Gaza : Netanyahou rejette toute proposition de trêve et annonce la « préparation » d'une offensive à Rafah, bombardée par l'armée israélienne

« Déluge d'Al-Aqsa » Jour 129 : les Israéliens bombardent Rafah, faisant plus de 60 morts en une nuit

Des Palestiniens, dont des enfants, contemplant les bâtiments lourdement endommagés et dont une partie s'est effondrée, appartenant aux familles Azira et Zahir, après les attaques israéliennes à Rafah, Gaza, le 12 février 2024 - Photo : Doaa Albaz via Memo

Par  Yumna Patel

Soixante-sept Palestiniens, dont des bébés et de jeunes enfants, ont été tués dans la nuit de dimanche à lundi lorsqu'Israël a intensifié ses bombardements à Rafah, où plus d'un million de Palestiniens sont réfugiés, en préparation d'une invasion terrestre qui, selon les experts, ne peut être qu'un génocide.

Victimes dans la bande de Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem :

  • 28 340+ Palestiniens assassinés dans Gaza (*) par les troupes d'occupation, dont au moins 12 000 enfants
  • 67 984+ Palestiniens blessés dans Gaza suite aux tirs et bombardements israéliens.
  • Plus de 380+ Palestiniens assassinés en Cisjordanie et à Jérusalem depuis le 7 octobre

(*) Ce chiffre a été confirmé par le ministère de la santé de Gaza sur la chaîne Telegram. Certains groupes de défense des droits de l'homme estiment que le nombre de morts est plus proche de 35 000 si l'on tient compte des personnes présumées mortes.

Principaux développements

  • L'aile militaire du Hamas déclare qu'un bombardement israélien  a tué deux captifs israéliens et en a blessé huit autres. On ne sait pas où les attaques ont eu lieu.
  • CENTCOM : les Etats-Unis prétendent effectuer des « frappes d'autodéfense » au Yémen.
  • UNICEF : Les civils de Rafah doivent être protégés car ils n'ont nulle part où aller.
  •  ONU : Au moins 395 personnes déplacées ont été tuées dans les abris de l'UNRWA depuis le 7 octobre.
  • 100 corps de Palestiniens  retrouvés dans la ville de Gaza après le retrait des troupes israéliennes, la plupart tués par des balles de tireurs isolés.
  • Israël affirme que deux captifs ont été  récupérés à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, et qu'ils sont en bon état de santé.
  • Au cours des dernières 24 heures, les forces israéliennes ont tué 164 personnes et en ont blessé 200 à Gaza, selon un communiqué du ministère publié sur Telegram.
  • Selon le ministère palestinien de la santé, au moins 67 Palestiniens ont été tués dans des frappes aériennes israéliennes à Rafah au cours de la nuit.
  • Les forces israéliennes assassinent un Palestinien en Cisjordanie occupée.
  • En quatre mois, 17 plans de colonisation portant sur plus de 8 400 unités d'habitation ont été avancés à Jérusalem-Est occupée.
  • Israël dépense au moins 7 millions de dollars pour la  publicité sioniste du Super Bowl.
  • Un tribunal néerlandais ordonne aux Pays-Bas d'interrompre la livraison de pièces d'avions F-35 à Israël.
  • Le sénateur américain Bernie Sanders : « Aucun membre du Congrès » ne devrait soutenir l'envoi d'une aide militaire à Israël par l'administration Biden, la « machine de guerre » de Netanyahu étant responsable d'un « désastre humanitaire sans précédent ».
  • Un expert militaire estime que l'invasion de Rafah par l'armée israélienne conduirait à un génocide, étant donné que plus d'un million de Palestiniens vivent sur 60 kilomètres carrés,  rapporte Al Jazeera.
  • Un tribunal néerlandais  ordonne au gouvernement d'interrompre la livraison de pièces d'avions de combat F-35 utilisées par Israël dans ses attaques contre Gaza, estimant qu'il existe un « risque évident » que les pièces exportées par les Pays-Bas soient utilisées dans des « violations graves du droit humanitaire international ».
  • Israël « déporte » un journaliste palestinien de 51 ans de la Cisjordanie occupée vers la bande de Gaza.

Israël bombarde Rafah en prévision d'une invasion terrestre

L'armée israélienne a intensifié ses attaques sur Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, en prévision d'une éventuelle offensive terrestre sur la ville palestinienne, qui est devenue l'une des zones les plus densément peuplées au monde.

Rafah, qui fait frontière avec l'Égypte, est la dernière ville clé dans laquelle les troupes israéliennes n'ont pas encore pénétré. La région avait été désignée comme « zone de sécurité », bien qu'elle ait été soumise à des attaques aériennes constantes depuis le début de l'offensive israélienne.

Dans la nuit de dimanche à lundi, l'armée a intensifié ses raids aériens sur la ville, tuant au moins 67 Palestiniens, selon le ministère palestinien de la santé, dont des bébés et des enfants.

Les frappes ont entraîné d'importantes destructions à Rafah, endommageant des maisons, des entreprises et des mosquées qui,  selon Al Jazeera, accueillent 1,4 million de Palestiniens.

Le Hamas a dénoncé les dernières frappes aériennes israéliennes sur Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, déclarant qu'elles représentaient « une extension de l'ampleur des massacres commis contre notre peuple», dans un communiqué de presse,  rapporte Al Jazeera.

« L'attaque de l'armée d'occupation nazie sur la ville de Rafah ce soir », a déclaré le groupe, « est considérée comme une continuation de la guerre génocidaire et des tentatives de déplacement forcé qu'elle mène contre notre peuple palestinien x, a poursuivi le groupe.

De même, le ministère palestinien des affaires étrangères a « condamné avec la plus grande fermeté les massacres de masse » que les forces israéliennes continuent de commettre contre les Palestiniens, en particulier les personnes déplacées.

« Israël continue officiellement à cibler les civils et à transférer la guerre à Rafah pour pousser la population à se déplacer sous les bombardements x, a déclaré le ministère dans un communiqué publié sur X.

« Les récents massacres de l'occupation sont la confirmation de la validité des avertissements internationaux et des craintes des résultats catastrophiques de l'extension de la guerre à Rafah », a ajouté le ministère.

Le ministère égyptien des affaires étrangères a mis en garde contre les « conséquences désastreuses x d'un assaut militaire israélien sur la ville du sud.

« L'Égypte réitère son rejet total des déclarations de hauts responsables israéliens concernant le lancement d'une opération militaire sur Rafah, mettant en garde contre ses conséquences désastreuses, à la lumière de la catastrophe humanitaire qu'elle menace d'aggraver », a déclaré le ministère dans un communiqué.

« L'Égypte a appelé à la nécessité d'unir tous les efforts internationaux et régionaux pour empêcher que la ville palestinienne de Rafah ne soit prise pour cible », a ajouté le ministère.

11 février 2024 - Les Palestiniens de la bande de Gaza, en particulier dans la région nord, sont maintenant confrontés à un grave danger en raison de la pénurie de nourriture dans le cadre de la guerre dévastatrice menée par Israël depuis le 7 octobre. « Les familles palestiniennes mangent la moitié d'un repas tous les deux jours, tandis que les habitants du nord de la bande de Gaza ne peuvent même pas trouver de fourrage à manger en raison de la guerre d'extermination qu'Israël mène contre la bande de Gaza depuis des mois », a déclaré Ismail Al-Thawabta, directeur général du bureau des médias du gouvernement à Gaza - Photo : via Al-Qods News Network

L'expert militaire Wassef Erekat a  déclaré à Al Jazeera qu'une invasion de Rafah par l'armée israélienne conduirait à un génocide, étant donné que plus d'un million de Palestiniens vivent sur 60 kilomètres carrés.

« Ce serait une nouvelle tragédie pour le peuple palestinien, une catastrophe aux proportions inégalées », a-t-il déclaré.

M. Erekat a ajouté qu'aux yeux de Netanyahu, une guerre sans invasion de Rafah signifierait un aveu de défaite.

« Une invasion a des répercussions dangereuses et désastreuses. Plusieurs scénarios sont possibles : permettre aux déplacés de retourner dans le centre et le nord de la bande de Gaza, les pousser dans le Sinaï [égyptien] ou simplement les bombarder davantage », a ajouté M. Erekat.

L'évacuation de Rafah serait totalement « illégale », avertissent les experts en droits de l'homme

La majorité des habitants de Rafah ont été déplacés de force à plusieurs reprises depuis octobre en raison de l'offensive israélienne, qui a progressivement étendu son invasion à l'enclave assiégée.

L'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine ( UNRWA) « estime qu'au total, au moins 395 IDP [personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays] hébergées dans des abris de l'UNRWA ont été tuées et au moins 1 379 autres blessées » depuis le 7 octobre, a  indiqué l'Office dans un communiqué.

Nadia Hardman, chercheuse à  Human Rights Watch, a déclaré que les gens luttent déjà pour survivre dans la petite zone où ils ont été poussés et déplacés.

Mme Hardman a  déclaré à Al Jazeera que les personnes avec lesquelles elle s'est entretenue, dont certaines ont été déplacées jusqu'à dix fois, disent craindre une invasion terrestre de la zone.

La seule question qu'ils continuent de se poser est la suivante : « Où allons-nous ? » Ils ont fui des zones qui étaient autrefois considérées comme sûres. « La promesse d'Israël de fournir un passage sûr doit être analysée à la lumière du fait qu'il n'a jamais respecté cette promesse », a déclaré M. Hardman.

« Cette évacuation serait illégale si elle était ordonnée », a-t-elle ajouté.

La directrice générale du Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF), Catherine Russell, a déclaré que les civils de Rafah devaient être protégés quoi qu'il arrive.

« Les civils sont acculés, ils vivent dans la rue ou dans des abris. Ils doivent être protégés. Ils n'ont nulle part où aller en toute sécurité », a posté Mme Russell sur X, ajoutant que la zone est remplie d'enfants et de familles.

« Rafah compte déjà près de la moitié de la population de Gaza. Depuis le début de la guerre à Gaza, les gens fuient vers Rafah suite aux ordres d'évacuation israéliens », a  déclaré Nebal Farsakh, porte-parole du Croissant-Rouge palestinien, à Al Jazeera.

« Il n'y a aucun endroit sûr et il n'y a aucun moyen d'évacuer. En outre, les infrastructures ont été complètement détruites et l'absence de moyens de transport empêche les gens de se rendre où que ce soit », a ajouté M. Farsakh.

« Nous demandons l'arrêt de cette guerre qui dure depuis si longtemps », a-t-il conclu.

Le système de santé à Gaza continue de souffrir

Les soins médicaux dans l'ensemble de l'enclave assiégée ont été gravement affectés par les attaques délibérées d'Israël contre le personnel et les installations médicales.

À l'approche de l'invasion terrestre de Rafah, les professionnels de la santé craignent que l'opération terrestre n'affaiblisse encore davantage le système de santé déjà effondré dans la région.

Jamal al-Hams, médecin à l'hôpital koweïtien de Rafah, a  déclaré à Al Jazeera qu'une attaque israélienne sur la ville du sud entraînerait des souffrances infinies pour les Palestiniens.

« Nous souffrons beaucoup ces jours-ci en raison du grand nombre de personnes qui ont été déplacées des régions du nord et du centre de la bande de Gaza vers Rafah », a déclaré al-Hams.

« Ensuite, nous avons [déjà] un grand nombre de blessés et de patients atteints de maladies chroniques et de maladies aiguës qui ont été ramenés de toute la bande de Gaza [à Rafah]. Nous souffrons d'une pénurie de produits médicaux jetables et de médicaments. La plupart des antibiotiques et des analgésiques ne sont pas disponibles. »

« Nous avons transformé les lits d'admission en lits d'urgence. L'hôpital Najjar a une capacité de 70 lits, qui a été portée à 200, mais ce n'est toujours pas suffisant », a poursuivi M. al-Hams.

« Je ne sais pas ce qui nous attend, mais je suis sûr que nous allons terriblement souffrir », a conclu M. al-Hams.

« Il n'y aura plus de place pour les blessés. Il n'y aura plus de lits, pas même un seul, car tous les hôpitaux [du sud] - l'Européen, le Najjar et le Koweïtien - sont tous à pleine capacité ».

Le chef de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a qualifié d' « extrêmement inquiétantes » les informations faisant état de l'offensive imminente d'Israël.

« La mise en œuvre de ces plans pourrait avoir des conséquences gravement dévastatrices pour les 1,4 million de personnes qui n'ont nulle part où aller et qui n'ont pratiquement plus aucun endroit où se faire soigner x, a-t-il déclaré sur le site X.

En outre, le chef de l'OMS a déclaré que les hôpitaux de Rafah, dans la bande de Gaza, étaient « submergés et débordés ».

« Dans le reste de la bande, la majorité des hôpitaux ne fonctionnent que très peu ou pas du tout », a-t-il ajouté.

Pendant ce temps, à l'hôpital Nasser de Khan Younis, les eaux usées ont inondé le service des urgences du complexe médical, empêchant le personnel médical de prodiguer des soins vitaux.

Le ministère palestinien de la santé appelle à la protection du personnel technique de l'hôpital pour réparer le réseau d'égouts dans la cour médicale, où sept personnes ont été abattues par des tireurs isolés israéliens et 14 autres blessées.

Les hôpitaux Al Nasser et Al Amal de Khan Younis sont  assiégés par l'armée depuis plus de deux semaines et font l'objet d'attaques israéliennes constantes.

Le PCRS a une fois de plus appelé la communauté internationale à protéger les professionnels de la santé après que les forces israéliennes ont tué deux membres du personnel paramédical du PCRS lors d'une frappe aérienne alors qu'ils allaient secourir  Hind Rajab, âgée de six ans, qui a également été tuée par Israël à quelques mètres de là.

« Selon le droit international humanitaire et les Conventions de Genève, le ciblage direct et l'assassinat délibéré d'équipes et de volontaires du Croissant-Rouge palestinien sont considérés comme des crimes de guerre », a déclaré le groupe dans un communiqué publié sur X.

« Les parties contractantes qui ont signé les Conventions de Genève et sont tenues de faire respecter le droit international humanitaire doivent prendre les mesures nécessaires pour réprimer, réprimander et punir les auteurs de ces actes. »

Francesca Albanese, rapporteur des Nations unies sur la Palestine, a également déclaré que l'escalade israélienne à Gaza avait fait des centaines de victimes, aggravé la dévastation et provoqué des déplacements forcés, au mépris des conditions imposées à Israël par la Cour internationale de justice, notamment la fin de l'incitation au génocide et l'amélioration de la fourniture de l'aide humanitaire.

« Israël est tenu de se conformer à l'ordonnance de la Cour et les États doivent agir de manière décisive pour empêcher de nouvelles atrocités », a-t-elle déclaré.

Malgré les appels internationaux croissants, les États-Unis ne diront pas à Israël de ne pas envahir Rafah

Malgré l'inquiétude croissante de la communauté internationale concernant les plans d'invasion de Rafah, Israël est déterminé à poursuivre l'attaque. Pendant ce temps, les États-Unis n'ont exercé que peu ou pas de pression sur Israël pour qu'il annule ses plans, à l'exception d'une demande verbale, sans pression matérielle, pour protéger les vies civiles.

La Maison Blanche a publié un  communiqué après l'appel de Biden avec Netanyahou, dans lequel le président américain a déclaré : « Une opération militaire à Rafah ne devrait pas avoir lieu sans un plan crédible et exécutable pour assurer la sécurité et le soutien de plus d'un million de personnes qui s'y abritent. »

Le communiqué ajoute que M. Biden a souligné « la nécessité de capitaliser sur les progrès réalisés dans les négociations pour obtenir la libération de tous les otages dès que possible ».

Mustafa Barghouti, de l'Initiative nationale palestinienne, a  déclaré à Al Jazeera que le fait que le président des États-Unis n'ait pas appelé à un cessez-le-feu immédiat représentait une régression de la politique américaine vis-à-vis de la guerre à Gaza.

« Ce que je m'attendais à entendre de la part de M. Biden [est quelque chose] que nous n'entendrons jamais. Ses commentaires sur l'imminence de l'attaque israélienne sur Rafah auraient dû s'accompagner d'un soutien des États-Unis à un cessez-le-feu », a-t-il déclaré.

« Rafah est la seule zone de Gaza qui n'est pas complètement détruite. Israël n'a jamais renoncé à son projet de nettoyage ethnique de la population palestinienne en Égypte. C'est à cela que le président américain aurait dû s'opposer. Mais il ne l'a pas fait. Les États-Unis participent à cette attaque », a poursuivi M. Barghouti.

« Pendant des jours, les responsables américains ont laissé entendre que cette opération militaire potentielle à Rafah serait désastreuse et qu'elle ne pouvait pas avoir lieu, mais nous avons maintenant les conditions pour que l'opération de Rafah ait lieu, malgré le million et demi de personnes qui s'y trouvent », a  souligné Shihab Rattansi, d'Al Jazeera.

Alors que les États-Unis financent les attaques croissantes d'Israël, le public américain regarde le Super Bowl [finale de championnat de football américain], au cours duquel Israël a dépensé au moins  7 millions de dollars en propagande sioniste diffusée pendant les matchs de football.

Le sénateur australien David Shoebridge a dénoncé le bombardement de Rafah et s'est interrogé sur le moment choisi pour le faire, alors que les téléspectateurs américains regardent le Super Bowl.

« L'attaque de Rafah à 2 heures du matin, heure de Gaza, alors que les États-Unis regardent le Superbowl, est tout à fait horrible et dévastatrice », a déclaré M. Shoebridge.

« Nos cœurs sont avec le peuple palestinien, aujourd'hui plus que jamais », a-t-il ajouté.

Auteur :  Yumna Patel


* Yumna Patel est directrice de l'information sur la Palestine pour la publication américaine Mondoweiss. Elle est basée à Bethléem, en Cisjordanie occupée et fait des reportages sur le territoire depuis plusieurs années. Son compte  twitter.

12 février 2024 -  Mondoweiss - Traduction :  Chronique de Palestine

 chroniquepalestine.com

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