29/03/2024 dedefensa.org  9 min #245800

Attaque terroriste au Crocus City Hall : le bilan s'alourdit à 115 morts

Le 'Rendez-vous de juillet'

 Journal dde.crisis de Philippe Grasset  

29 mars 2024 (18H15) – Nous (nous, en Occident dont ce site fait malheureusement partie, Dieu nous pardonne après nous avoir tant compromis), nous restons, quant à l'attaque terroriste de Moscou dont on se demande pourquoi ces Russes ignares et primaires vont s'exposer à leurs coups (ils font exprès, non ? Pour nous embêter, oui ?), fermement campés sur deux attitudes, selon l'entêtement de la bête privé de la grandeur de son milieu de nature et plongée dans l'enfer de ses réalisations du Progrès :

• La naïveté comme mère de l'‘intelligence' : "Je m'en tiens aux faits, que j'ai vérifiés avec mes sources sur place, les terroristes venaient du Tadjikistan où l'on s'agite beaucoup dans le mode antirusse, par conséquent ce sont eux sans autre lien suspect, compris avec l'Ukraine, qui ont fait le coup, et point barre".

• L'intelligence visionnaire : "Les Russes étant ce qu'ils sont, Poutine étant ce qu'il est, il s'agit donc d'un événement infâme-russe du type ‘falseflag', comme disent nos grands amis américanistes, et tout est dit dans la continuité sans fin de l'infamie russe, – le ‘général-Hiver'-Dostoïevski-Slalingrad-Navalny-‘Nordstream'-etc."

A côté de cela, et même si notre civilisation s'en fout, s'accumulent les signes, les indications, les témoignages, voire les preuves, que les Ukrainiens se situent quelque part, peut-être bien à l'origine après tout, de cette chaîne de l'infamie, – et cela, désormais, de  la plus officielle des sources parmi celles qui doivent être dénoncées avec horreurs comme étant le reflet de l'imposture russe, de cette Russie qu'il importe de rayer de la carte et de la mémoire du monde comme l'on fait de charognes puantes et qui puent en vérité :

« Les suspects de l'attentat terroriste perpétré à Moscou la semaine dernière étaient liés à des nationalistes ukrainiens, a déclaré jeudi le comité d'enquête russe, citant des conclusions préliminaires. Les auteurs de l'attentat ont reçu "d'importantes sommes d'argent" de l'Ukraine, a déclaré le service chargé de l'application de la loi.

» Les enquêteurs ont obtenu des "preuves substantielles" que les assaillants présumés ont reçu des fonds de l'Ukraine sous forme de crypto-monnaie, qui ont ensuite été utilisés pour préparer l'attaque terroriste, peut-on lire dans la déclaration. »

Notre Occident-toussif, -malformatif, -vomitif, totalement indifférent à ces bruits de fond venus d'un autre univers que nous méprisons de notre indifférence ignorante, se fiche absolument de ces billevesées que les Russes développent selon les procédures légales. Nos règles, à nous, sont celles qui nous permettent de ne rêver que d'en découdre afin, enfin, de glisser dans la serrure la «  clef de l ‘histoire universelle », et de tourner, tourner, jusqu'à ce que la Russie craque comme une noix. Il est vrai que nous nous sentons, dans nos performances économiques, militaires, morales et blingbling-claquettes, comme une sorte de Fred Astaire du simulacre, – pardon, plutôt comme un super-Popeye après qu'il ait pris sa boite de super-‘spinach', en super-forme pour asséner à l'ours mal léché une rouste dont la bête immonde gardera fort et long souvenir.

Nous réalisons ainsi une merveilleuse omelette bien relevée avec comme composants essentiels l'arrogance et l'ignorance saupoudrées de larges brassées de cette  stupidité et de notre superbe  bêtise métahistorique dont nous avons constitué des stocks considérables, bien plus importants que tous les hydrocarbures russes du monde, et beaucoup plus efficaces, beaucoup plus inflammables. Regardez ce qui nous attend, selon l'Italien Claudo Risé, avec son pronostic plein de belles descentes de ski poursuivie par l'aquaplane dans les eaux cristallines de l'abîme, – car, selon lui, «  L'arrogance nous conduit à l'abîme » :

« Ce conflit présente donc des caractéristiques précises qui surprennent, non seulement parce que nous en sommes là mais que nous avons pris cette direction. Aujourd'hui, l'Europe et les États-Unis parlent à nouveau ouvertement de campagnes militaires contre la Russie, alors que les deux siècles précédents ont déjà vu deux campagnes militaires européennes colossales pour la conquérir, qui se sont soldées par des milliers de morts et des défaites sanglantes. Il est compréhensible que Poutine, qui est peut-être un criminel mais pas un imbécile, conseille ironiquement aux envahisseurs potentiels de se familiariser avec le déroulement de ces deux guerres, qui n'ont pas été menées par des novices: la première par nul autre que Napoléon Bonaparte, qui dirigeait personnellement l'armée, et la seconde par Adolf Hitler, qui est resté à l'arrière de l'armée allemande, mais ne s'en est pas mieux sorti.

» Le fait est que les dirigeants/guerriers sont presque toujours malades de protagonisme et souffrent de fantasmes mortels d'omnipotence. Ils "négligent les leçons du passé", comme le souligne Peter Burke, l'un des historiens européens les plus réputés, dans son récent ouvrage ‘Ignorance. A Global History'. Il existe certaines constantes objectives qui ont rendu la Russie imprenable et que seuls des fous ont tenté de conquérir. "L'une d'entre elles, explique Burke, est l'immensité du pays dans lequel les envahisseurs se sont retrouvés, puis se sont dispersés comme s'ils avaient été aspirés. Après tout, von Clausewitz l'avait déjà dit: un pays de cette taille ne pouvait être conquis. La deuxième constante est météorologique: le ‘général Hiver', comme l'appellent les Russes, chasse régulièrement les envahisseurs, et il arrive sans regarder personne en face, parce qu'il ne dépend d'aucun ministère; ses armes sont différentes".

» Il ne s'agit cependant pas d'une ignorance "pure", note Burke: Napoléon et Hitler savaient très bien que l'hiver russe est froid et rude. Le problème est autre : "L'incapacité à mettre la connaissance au service de la décision" a un autre nom : "l'arrogance". Elle concerne tous ceux qui osent encore parler de la guerre et la présenter comme une nécessité et non comme un acte de folie douloureuse. La même arrogance étonnante avec laquelle le "doux" Premier ministre ukrainien Zelenski se permet de présenter à son homologue italien des listes d'Italiens, soupçonnés d'être des amis de la Russie. La guerre naît du côté de l'arrogance (certes déjà bien éloignée de toute démocratie véritable), elle est l'enfant de la maladie.

Elle devient perversion typiquement humaine : "même les animaux féroces" ne s'attaquent pas entre eux au sein d'une même espèce, observait en 1500 Érasme de Rotterdam, l'un des fondateurs de la pensée européenne, dans son ouvrage: la complainte de la paix. L'arrogance belliqueuse du pouvoir humain est pire que l'animal féroce. C'est ainsi que les guerres éclatent et que le monde peut finir. »

Les F-16 de juillet

Là-dessus, on nous promet que le maître de la diplomatie ukrainienne, le Talleyrand-de-Kiev, s'attend à recevoir ses (5-6 ?) premiers F-16 en juillet. Des officiers (danois dit-on, la puissance qui monte) auraient suggéré que l'on utilisât ces F-16 qui sont d'un modèle ancien, avec des boulons manquants, comme des avions-kamikaze capables de faire exploser la ligne Sourovikine. Les pilotes ukrainiens pourront s'informer auprès des vétérans restant encore en vie de ces attaques qui affolèrent la toute puissante IIIème Flotte US au large d'Okinawa en 1945.

Cela dit, et l'air de rien, mais alors qu'on se rapproche des dates fatidiques, ne voilà-t-il pas que Poutine, visitant une unité de formation de pilotes d'hélicos d'attaque Ka-52 ‘Alligator',  leur promet plusieurs choses concernant ces F-16. Ce n'est pas nouveau mais comme l'on quitte peu à peu le domaine théorique pour se rapprocher de l'opérationnel, cela peut devenir, disons, – ‘drôle', dans le genre de "drôle de guerre" et ‘drôle de drame' (‘phoney' disent les Yankees, et non ‘funny')..

« La Russie détruira les avions de combat F-16 de fabrication américaine qui finiront par arriver en Ukraine, tout comme elle possède d'autres équipements occidentaux, a déclaré mercredi le président Vladimir Poutine.

» "S'ils livrent les F-16, je pense que vous savez mieux que d'autres que cela ne changera pas la situation sur le champ de bataille", a déclaré le président. "Et nous détruirons ces avions tout comme nous avons détruit des chars, des véhicules blindés et d'autres équipements, y compris des systèmes de lancement de fusées multiples".

» "Car", a ajouté Poutine, les F-16 pilotés par des pilotes ukrainiens mais basés dans des pays tiers resteront néanmoins des cibles légitimes pour la Russie.

» "Bien sûr, s'ils sont utilisés depuis des aérodromes de pays tiers, ces aérodromes deviennent une cible légitime pour nous, où qu'ils se trouvent", a-t-il déclaré. »

Ainsi rejoint-il, Poutine, par des voies à peine détournées,  les souhaits proférés par l'éminent  Dimitri Trenine concernant quelques coups de semonce assez profonds dans l'un ou l'autre pays de l'OTAN. En effet, comme nous le confie Alexander Mercouris dans  deux  programmes, où il nous dit quelques mots des F-16 d'ailleurs, et pas très encourageants, les attaques russes se multiplient de plus en plus souvent avec des hypersoniques ‘Kinzhal' dont la production est actuellement développée à une cadence démentielle. On peut alors faire l'hypothèse que l'une ou l'autre base otanienne aura l'honneur du baptême du feu de la part de ces agaçantes machines qui percent des trous comme dans un gruyère.

Tout cela pour nous faire comprendre que rien n'est jamais fini avec l'Occident-compulsif et qu'il faut garder ferme l'espoir que la production régionale de la guerre en Ukraine devienne bientôt une super-production internationale et parvienne jusqu'à distraire nos vacanciers de notre ‘Rendez-vous de juillet'.

Note de PhG-Bis : « Juillet... Juillet... Vous savez combien ces gens sont plausibles et probables, n'est-ce pas ? Regardez le doux et attendrissant visage de Zelenski, l'engouement plein de franchise et de loyauté du sourire Joe Biden, la joie débordante et printanière de confiance enthousiaste de Stoltenberg... Alors, humm, le ‘Rendez-vous de juillet' des F-16 ? Allez plutôt voir le film de Jacques Becker de 1949 ; sur la façon dont fonctionne la machinerie des entrelacs de la psychologie humaine et les engouements des espérances de la jeunesse dont dépendent tous nos avenirs, il vous en dira beaucoup plus que toutes les monstrueuses stupidités de ces temps-devenus fous. »

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