10/06/2024 arretsurinfo.ch  7 min #250214

Gaza: L'âne et le destin de la civilisation occidentale

Par  Jamal KanjJamal Kanj

Laila Shawa, Palestine, « Les mains de Fatima », 2013. (Via Tricontinental : Institut de recherche sociale)

Combien d'erreurs peut-on commettre avant de devenir soit menteur, soit certifié stupide ?

De la fumée noire en fond de tableau, et le brasier qui fait rage a déchiqueté les tentes longtemps après qu'Israël a bombardé une autre zone désignée comme étant "sûre" pour les civils évacués du nord de la bande de Gaza. Un corps carbonisé, celui d'un garçon ou d'une fille, est extrait des décombres, toujours en flammes. En 2008, Matan Vilnai, vice-ministre israélien de la Défense, avait promis à Gaza : " La Shoah la plus grave", "un Holocauste tout aussi terrible".

Au même moment, trois enfants ont aident leur mère à hisser leurs tapis de sol en lambeaux sur un chariot. Le visage de la femme entre deux âges est creusé de rides, telles des sillons fraîchement labourés dans un sol aride. L'âne rachitique boîte dans le sable, s'efforçant de tirer la charrette. Il a l'air aussi affamé et assoiffé que les enfants émaciés qui tentant de grimper sur les matelas.

L'âne semble désorienté lorsque la femme lui ordonne de rejoindre le centre de Gaza. Le pauvre animal se dirige là d'où la famille a été déplacée quelques jours plus tôt. Les ânes de Gaza ont une meilleure mémoire des lieux que la plupart des dirigeants occidentaux.

Mais cette fois, le chargement est plus léger, peut-être après la mort d'un mari ou d'un enfant. La famille s'est déplacée d'un lieu "sûr" pour un autre lieu "sûr" désignée par Israël. Comme tous les habitants de Gaza, les familles ont reçu l'ordre de quitter le nord et d'évacuer le sud vers le centre de Gaza, alors même que l'armée israélienne bombarde Al-Mawasi, Nuseirat et al-Bureij au centre de l'enclave.

La créature à quatre pattes progresse lentement. La caméra de télévision s'est concentrée sur ses grands yeux brillants et expressifs. Même l'âne a compris ce que le président Joe Biden n'a pas encore reconnu : il n'y a plus aucun lieu sûr à Gaza. Jusque là, je ne croyais pas les ânes capables de réactions émotionnelles. J'avais tort : l'âne famélique a plus de cœur que Joe Biden, Emmanuel Macron, Rishi Sunak, Justin Trudeau et Olaf Scholz réunis.

L'âne n'est pas le produit des "valeurs" de la civilisation occidentale. Il ne fabrique pas de bombe d'une tonne et demi et ni ne la largue sur  la zone la plus densément peuplée de la planète Terre, comme le camp de Jabalia, et il ne possède pas non plus la capacité mentale d'exploiter l'intelligence artificielle pour en faire  une usine d'assassinats de masse plus efficace. Mais surtout, l'âne ne sait rien du racisme occidental blanc démesuré à l'égard des cultures non-blanches.

Les responsables américains ne perdent généralement pas de temps à condamner l'assassinat d'un Israélien, mais se montrent excessivement prudents lorsqu'il s'agit des meurtres d'"êtres humains inférieurs" perpétrés par Israël. En réponse à une question sur la Shoah israélienne à Rafah,  le porte-parole du département d'État américain, Mathew Miller, a justifié l'immolation d'enfants par le feu en déclarant aux journalistes qu'"Israël a le droit de s'en prendre au Hamas... comme cela semble avoir été l'objectif d'Israël ici".

À la Maison Blanche, John Kirby s'est indigné lorsque Ed O'Keefe,  correspondant principal de  CBS News à la Maison Blanche, lui a demandé : "Combien de cadavres carbonisés va-t-il encore falloir voir ?"

Kirby a répondu qu'Israël enquête sur l'attaque, suggérant qu'il faut lui laisser le temps d'en tirer une quelconque conclusion. La démocratisation de l'auto-enquête est une idée si novatrice : permettre au criminel d'enquêter sur ses propres crimes. Pendant qu'on y est, le ministère de la Justice américain devrait envisager de permettre à Donald Trump d'enquêter sur le 6 janvier et de voir ce qu'il en ressortira.

Et c'est précisément cette aberration américaine qui encourage le bellicisme de Netanyahou, lui permettant de faire fi de la ligne rouge fluctuante de Biden et autres dirigeants occidentaux. Les chars israéliens ont atteint le centre de Rafah, obligeant l'UNRWA et la World Central Kitchen (WKC) à cesser leurs opérations d'aide alimentaire, tandis que les corps carbonisés des civils palestiniens s'amoncellent. Pourtant, Israël n'a pas franchi  les "limites" fixées par M. Biden.

Israël a enquêté sur des meurtres antérieurs, comme celui des membres du WCK, affirmant qu'il n'y avait pas eu d'intentionnalité. Le chef d'état-major général de l'armée israélienne, Herzi Halevi, a déclaré qu'il s'agissait d'une  "grave erreur". De même, le Premier ministre israélien Netanyahu a décrit le dernier massacre à Rafah dans des termes similaires, le qualifiant de  "tragique incident".

Pour justifier  le meurtre d'un grand nombre de journalistes - plus de 140 - un porte-parole de l'armée israélienne a déclaré qu'elle "ne prend jamais... délibérément pour cible les journalistes". Quant au massacre et aux blessures de plus de 100 000 civils palestiniens,  Israël affirme qu'il s'agit de victimes accidentelles puisqu'il "prend toutes les mesures possibles et imaginables sur le plan opérationnel pour limiter les atteintes à la vie des civils".

Au cours des sept derniers mois,  Israël a massacré " par erreur"  plus de 225 travailleurs humanitaires, soit "trois fois plus que dans n'importe quel conflit observé en une année". En outre,  plus de 700 professionnels de la santé ont été tués, et  des centaines de personnes victimes de la famine ont été tuées en attendant les camions d'aide alimentaire sur les ronds-points de Gaza. Dans tous ces cas, Israël a nié toute responsabilité et a rejeté la faute sur les victimes.

La dissonance cognitive est manifeste lorsque les puissances occidentales fournissent un soutien alimentaire pour atténuer la famine provoquée par Israël, tout en dotant Israël des ressources nécessaires à la poursuite d'un régime de famine, et des bombes requises pour brûler vifs des enfants (victimes de la faim). Gaza s'avère être non seulement le cimetière des enfants affamés, mais aussi celui des valeurs de la civilisation occidentale.

Les conclusions des enquêtes israéliennes passées se résument à une série La dissonance cognitive est manifeste lorsque les puissances occidentales fournissent un soutien alimentaire pour atténuer la famine provoquée par Israël, tout en dotant Israël des ressources nécessaires à la poursuite d'un régime de famine, et des bombes requises pour brûler vifs des enfants (victimes de la faim). Gaza s'avère être non seulement le cimetière des enfants affamés, mais aussi celui des valeurs de la civilisation occidentale.

 Jamal KanjJamal Kanj

Source :  Almayadeen.net, 31 mai 2024

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