18/01/2026 reseauinternational.net  4min #302175

 L'Iran sur le pied de guerre : Trump menace d'intervenir pour «soutenir les émeutiers». Téhéran menace les intérêts américains et célèbre le «Conquérant de Khaybar»

Iran : Décrypter la propagande et rétablir la vérité - avec Jean-Michel Vernochet

Où va ce monde ?

Une émission de JSF co-animée par Claude Janvier et Eric Montana.

Invité : Jean-Michel Vernochet, grand reporter, écrivain et géopolitologue.

Thème : Iran : décrypter la propagande et rétablir la vérité.

Mise en perspective historique : les méthodes israélo-américaines de déstabilisation régionale

Les actions attribuées aujourd'hui aux États-Unis et à Israël en Iran ne constituent pas une rupture, mais s'inscrivent dans une doctrine historique de projection de puissance indirecte, développée depuis la guerre froide et régulièrement adaptée aux contextes régionaux.

1. La matrice fondatrice : la guerre froide et l'action clandestine

Dès les années 1950, les États-Unis ont institutionnalisé l'usage de la déstabilisation indirecte comme outil stratégique.

L'exemple le plus emblématique en Iran demeure l'opération Ajax (1953), menée par la CIA et le MI6, qui aboutit au renversement du Premier ministre Mohammad Mossadegh par : manipulation de manifestations, corruption de réseaux politiques, guerre psychologique et médiatique.

Ce précédent fonde une culture durable de méfiance iranienne envers toute agitation interne perçue comme soutenue de l'extérieur.

2. Israël : une doctrine de guerre asymétrique permanente

Pour Israël, entouré d'États hostiles, la doctrine de sécurité repose historiquement sur : la préemption, l'action clandestine, la déstabilisation des adversaires avant qu'ils ne deviennent des menaces existentielles.

Le Mossad a publiquement revendiqué, au fil des décennies : des opérations de sabotage industriel, des assassinats ciblés, l'infiltration de réseaux internes adverses et des campagnes de désinformation.

Dans le cas iranien, Israël considère la République islamique non comme un adversaire politique classique, mais comme une menace stratégique centrale, justifiant des méthodes exceptionnelles, y compris le soutien assumé à des mouvements de contestation.

3. L'évolution des méthodes : du coup d'État à la guerre hybride

Depuis les années 2000, les méthodes ont évolué. Les coups d'État militaires classiques ont laissé place à des stratégies hybrides, combinant : sanctions économiques massives, soutien politique et médiatique à l'opposition, usage intensif des réseaux sociaux, cyber-opérations, actions clandestines ciblées.

Cette approche a été observée : en Serbie (2000), en Géorgie (2003), en Ukraine (2004, 2014),

dans plusieurs pays du Moyen-Orient durant les «printemps arabes».

L'objectif n'est plus nécessairement de contrôler directement, mais de fragiliser durablement.

4. La complémentarité israélo-américaine

Dans cette architecture, les rôles sont souvent distincts mais complémentaires : les États-Unis fournissent la pression économique, la légitimité diplomatique et la capacité d'influence globale ; Israël opère sur le terrain du renseignement, du sabotage et de l'action clandestine assumée.

Les déclarations publiques de responsables israéliens et de figures américaines comme Mike Pompeo illustrent une décomplexion croissante : ce qui relevait autrefois du secret est désormais revendiqué comme outil de dissuasion.

5. Une constante : l'ambiguïté entre soutien aux peuples et ingérence

Historiquement, ces stratégies sont toujours justifiées par : la défense de la démocratie, la protection des droits humains, la lutte contre des régimes jugés hostiles ou dangereux.

Cependant, dans la pratique, elles posent une question récurrente : où s'arrête le soutien politique légitime et où commence l'ingérence active dans la souveraineté d'un État ?

Cette ambiguïté structurelle est au cœur des tensions actuelles autour de l'Iran.

6. Conséquences régionales et internationales

À long terme, ces méthodes ont produit des effets ambivalents : affaiblissement de certains régimes, mais aussi radicalisation, durcissement sécuritaire et perte de confiance durable dans les institutions internationales.

Dans le cas iranien, chaque manifestation soutenue ou revendiquée de l'extérieur tend paradoxalement à : renforcer la rhétorique sécuritaire du pouvoir, diviser l'opposition interne,

et légitimer, aux yeux d'une partie de la population, la thèse d'une agression étrangère.

Conclusion

Les méthodes israélo-américaines de déstabilisation régionale ne sont ni improvisées ni nouvelles. Elles s'inscrivent dans une tradition stratégique ancienne, modernisée par les outils numériques et la guerre informationnelle.

Le débat actuel sur l'Iran ne porte donc pas uniquement sur les manifestations, mais sur une question plus large et structurante : peut-on soutenir des mouvements populaires sans transformer la contestation en instrument géopolitique ?

C'est précisément cette confusion entre aspiration populaire et stratégie de puissance qui alimente, aujourd'hui encore, l'instabilité régionale.

 Claude Janvier -  Eric Montana

source :  JSF-TV

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