Drop Site News
Manifestation à Kermanshah, en Iran, le 8 janvier 2026 (AFP)
Ce récit offre un regard rare : celui d'une participante qui rejette à la fois la violence du régime et toute instrumentalisation étrangère, et qui raconte avec précision ce qu'elle a vu, entendu et ressenti.
Couvrir le soulèvement et sa répression en Iran a représenté un défi unique. L'implication manifeste de forces extérieures, soutenues par les États-Unis et Israël, rend difficile la distinction entre les griefs nationaux authentiques et les efforts soutenus par l'étranger visant à renverser le régime. Les États-Unis sollicitent ouvertement des renseignements sur le Corps des gardiens de la révolution islamique et offrent des « récompenses et des relocalisations ». Parallèlement, le gouvernement iranien a imposé un black-out Internet prolongé et quasi total, alors même que les manifestations atteignaient leur apogée à la fin de la semaine dernière.
Les vols à destination et en provenance de l'Iran ont été annulés en masse la semaine dernière, alors que le pays se préparait à une nouvelle série de frappes aériennes américaines. Ces attaques sont peut-être encore à venir, mais elles ne se sont pas encore concrétisées.
Les vols ont désormais repris, et une manifestante, qui a passé le mois dernier en Iran et a participé aux précédentes vagues de protestations, a accepté de nous accorder une interview à condition que nous protégions son identité. Nous avons examiné ses documents de voyage et vérifié d'autres éléments de son récit dans la mesure du possible, notamment grâce aux images qu'elle et ses amis ont prises lors des manifestations. La plupart de ces images, dont certaines sont incluses dans l'interview, montrent des poubelles renversées et des pneus incendiés. Le Financial Times a rapporté que des témoins du soulèvement ont observé des groupes d'hommes vêtus de noir et bien organisés aller de poubelle en poubelle pour y mettre le feu, mais la femme que nous avons interviewée n'a pas vu cela directement. Des vidéos du soulèvement, ainsi que des témoignages rapportés par le FT, montrent des « agitateurs armés » tirant sur la foule et les forces de sécurité.
Son récit ne prétend pas être exhaustif ; aucun récit ne pourrait l'être. Elle ne fait pas partie d'un réseau militant professionnel, mais elle était en visite en Iran pour passer du temps avec sa famille. L'interview présente le point de vue personnel d'une personne directement impliquée dans les manifestations, qui s'oppose au gouvernement iranien, mais qui s'oppose également au bombardement de l'Iran et ne soutient pas les États-Unis ni Israël, pays qui ont joué un rôle dans les troubles et n'ont pas caché leurs intentions envers l'Iran. Le New York Times a rapporté que « un réseau hétéroclite d'activistes, de développeurs et d'ingénieurs a percé les barricades numériques de l'Iran » et, avec l'aide du National Endowment for Democracy, un mécanisme de financement américain proche de la CIA, a réussi à mettre en place un réseau transnational qui a introduit clandestinement quelque 50 000 appareils Starlink en Iran, soit environ 40 millions de dollars de matériel pour ce groupe « hétéroclite ».
Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a déclaré que « plusieurs milliers » de personnes avaient été tuées lors des manifestations. Le bilan comprend des manifestants, dont certains étaient armés et, selon Khamenei, entraînés par des adversaires étrangers, ainsi que des membres des services de sécurité iraniens.
Traduction et transcription de la vidéo de Drop Site News :
De nombreux échanges ont eu lieu autour des conséquences géopolitiques des mouvements de protestation en Iran, mais la parole des manifestants est restée largement absente. Cette absence ne s'explique pas uniquement par des lacunes médiatiques : l'une des raisons majeures est la coupure prolongée d'Internet imposée par les autorités, qui a empêché la population de communiquer avec ses proches ou d'accéder aux médias étrangers. Cette restriction a également entravé le travail des journalistes sur le terrain, qui n'ont pas pu transmettre d'images. S'ajoute à cela la répression qui dépasse les frontières : même si l'on parvient à joindre sa famille en Iran, le fait de s'exprimer publiquement à l'étranger expose ses proches restés sur place à des risques importants.
Aujourd'hui, nous avons le privilège d'accueillir une personne ayant pris part aux manifestations en Iran pendant plusieurs années. Présente lors des moments les plus intenses, elle a depuis quitté le pays. Par souci de confidentialité, nous ne révélerons ni sa localisation actuelle ni son origine, mais nous lui exprimons toute notre gratitude pour sa présence parmi nous.
Merci beaucoup d'être là.
Merci de m'avoir invitée.
Pouvez-vous nous raconter votre première manifestation, et a quel moment avez-vous réalisé que ce mouvement, qui a commencé peu après Noël, était sérieux ? Quand avez-vous commencé à y participer ?
Je suis rentrée chez moi pour voir ma famille. Je n'avais aucune idée qu'il y avait des troubles jusqu'au jeudi soir 8 janvier. On était assis là...
Mais vous étiez là depuis des semaines à ce moment-là
Oui. Je n'avais rien remarqué. J'entendais parler de choses qui se passaient en dehors de Téhéran, mais pas à Téhéran. Ce n'est pas surprenant, car je n'étais pas près du centre-ville ou des lieux de rassemblement.
Mais jeudi soir, vers 20h, nous avons commencé à entendre des chants dehors. Nous sommes allés voir ce qui se passait et avons réalisé que les gens se rassemblaient, les chants devenaient de plus en plus forts. Nous avons décidé d'aller dehors. Il fait froid en Iran la nuit à cette période, donc ça a pris quelques minutes pour s'habiller, se préparer, et nous étions dans les rues un peu avant 20h30.
Qu'avez-vous vu ?
Il y avait juste des groupes de personnes. Nous avons marché longtemps, à la fin de la nuit nous étions à des kilomètres de notre point de départ. Il y avait des gens partout, dans les rues principales, les ruelles et ils défilaient. Il y avait de plus en plus de monde qui rejoignaient les rues principales de Téhéran en chantant. Tout le monde était vraiment excité et surpris de voir autant de gens dehors. Les Iraniens protestent depuis longtemps. Pour ma part, j'ai toujours rêvé de voir autant de gens sortir, se soutenir mutuellement, et c'est enfin arrivé.
En quoi l'ampleur de cette mobilisation différait-elle des précédentes ?
Je n'ai jamais rien vu de pareil. Même pendant le « mouvement vert » 1. Pendant ce mouvement, il y a bien eu une manifestation silencieuse après les élections mais je n'y ai pas participé. J'ai entendu dire que des centaines de milliers de personnes avaient défilé en silence, mais à part ça, je n'avais pas connaissance de quelque chose d'aussi massif.
Pour en revenir aux derniers événements, ça me semblait spontané et les gens rejoignaient le mouvement en entendant les slogans dans les rues. J'ai vu une vieille dame avec une canne, vraiment très âgée, je lui ai demandé de rentrer chez elle, que je ferai ce qu'elle me demanderai, je manifesterai pour elle. Elle a répondu : « Non, je vais rester, je vais marcher lentement derrière toi. »
Jeudi soir était juste incroyable.
Il y a eu des témoignages sur des violence ce jeudi soir quelque part dans la ville. Avez-vous vu quelque chose ? En avez-vous été témoin ? Et comment se répartissaient, selon vous, les moments de simple marche par rapport aux affrontements avec les forces de sécurité ?
Je n'ai pas observé d'affrontements entre les forces de sécurité et les manifestants ; celles-ci sont restées à distance. Les deux seules fois où nous avons remarqué des signes de la présence des représentants du gouvernement ou du régime, c'était à travers des gaz lacrymogènes lancés derrière la foule. S'ils voulaient nous faire fuir, ils lançaient du gaz lacrymogène et on s'éloignait des lieux. Je n'ai constaté aucun affrontement jeudi. Jeudi, il y avait énormément de monde et la foule était devenue énorme. Ils n'auraient pu rien faire d'autre. Il y avait trop de monde. Le nombre de personnes dans les rues était sans précédent.
Et vendredi, quelle a été votre expérience ?
Vendredi, c'était pareil mais avec une présence accrue des forces de police et des milices. Nous les avons vues, mais ils ne voulaient pas s'engager. Il y avait encore des gaz lacrymogènes. Des amis, de l'autre côté de la ville, ont vu des snipers sur les toits et des gens tomber. Il y avait un peu plus de monde vendredi soir, mais c'était surtout des manifestants. À la télévision d'État, ils montraient des gens qui incendiaient des mosquées, mais cela ne me surprend pas : quand on utilise les mosquées pour imposer un mode de vie aux gens. Il ne faut pas s'étonner que ce soit la première chose qu'ils incendient. J'ai entendu d'autres histoires violentes, mais je n'en ai pas été témoin. Je ne sais pas si des gens ordinaires sont capables de telles violences où si le gouvernement a transformés les gens en êtres violents. Je n'ai vu aucun manifestant commettre d'actes violents même samedi.
New York Times du 15 janvier 2026
Comment communiquiez-vous ? Vers l'étranger ce n'était pas possible mais à l'intérieur du pays vous pouviez le faire ?
Jeudi soir, on pouvait envoyer des SMS en dehors de l'Iran jusqu'à 20h ou 21h, puis tout s'est arrêté. On ne pouvait même plus s'appeler entre nous, sauf de ligne fixe à ligne fixe. Internet était coupé. Il n'y avait vraiment aucun moyen de s'organiser. La soirée de vendredi s'est passée normalement.
Et samedi, les gens sont revenus dans les rues. À quelle heure êtes-vous sortie ?
Ce samedi restera gravé dans ma mémoire, je crois que je ne pourrai jamais l'oublier. La journée a été courte : j'ai dû sortir pour le travail vers 19 ou 20 heures, et cela n'a pas duré plus d'une heure. Dès notre arrivée dans une zone de rassemblement, le bruit des mitrailleuses s'est fait entendre - pas seulement quelques tirs, mais une rafale continue. Nous avons couru, entendu des personnes tomber, puis, à deux pâtés de maisons, j'ai vu un quartier s'illuminer pendant une dizaine de secondes, comme en plein jour. J'ignore ce qui a provoqué cette lumière, mais après cela, tout est redevenu silencieux.
Il y avait de grands groupes de motards armés avec des mitrailleuses et des machettes qui patrouillaient.
Ils portaient des uniformes ?
Non, Ils étaient habillés en noir avec des masques. Mes amis m'ont demandé s'ils étaient iraniens ou pas. Mais c'était impossible de le savoir.
Ils étaient réunis dans de grands groupes ? Pourriez-vous nous décrire ces motocyclistes ?
Ils étaient toujours en grands groupes, habillés en noir comme des commandos, comme dans les films Ils étaient vraiment effrayants. Ils nous fixaient du regard.
Le dimanche, j'étais en voiture, ils patrouillaient dans les rues et ils sont arrivés derrière moi, un groupe de 50 au moins. J'avais tellement peur que je ne pouvais pas détourner le regard. L'un d'eux me fixait. Un de mes amis m'a pris la main et m'a dit « regarde-moi, ne les regarde pas ». Ils ont essayé de détourner mon attention d'eux. C'était tout simplement terrifiant !
Tu m'as expliqué qu'en courant, tu entendais les tirs et voyais des personnes tomber. À quelle distance étaient-elles de toi ?
Aucune idée, je pourrai te dire quelque chose mais je ne sais si ça serait exact. C'était choquant...
Comment as-tu réussi à t'échapper ?
Nous avons couru, nous n'étions pas si loin. On a eu de la chance parce qu'on est sortis tard. Nous sommes juste retournés dans la ruelle, les gens ouvraient des portes. Nous étions assez proches de l'endroit où je logeais.
Nous n'étions pas arrivé si loin samedi. Et c'était le calme plat, un silence total.
Jeudi et vendredi vers minuit, les gens étaient encore dans les rues, scandaient des slogans depuis les toits et les fenêtres, les gens apportaient leur soutien même sans sortir de chez eux. Samedi soir, après environ une heure de bruit, de lumière et d'agitation, le silence était absolu. Je ne pense pas que Téhéran ait jamais été aussi silencieuse.

Même Pas de sirènes ou quoi que ce soit d'autre ?
Rien
Un silence de mort ?
Un silence total.
J'essaie de ne pas regarder les vidéos car je ne peux pas supporter ces images en ce moment.
Je sais que des vidéos commencent à sortir, mais la plupart datent de jeudi soir. Vendredi et peut-être samedi, pour les plus violentes. Ensuite, il ne s'est plus rien passé à Téhéran.
Dimanche, lundi, le reste du temps, d'après vous, c'était une suppression totale ?
Oui, samedi soir ce fût un massacre à Téhéran, puis le calme est revenu.
Pensez-vous qu'il subsiste un espoir ou que l'on envisage de relancer le mouvement une fois que les gens auront pu se regrouper à nouveau ? Ou bien avez-vous le sentiment que le niveau de violence a été tel que le mouvement est désormais anéanti ?
Je ne sais pas si je peux prédire cela. Mais à chaque fois que le peuple iranien a protesté, le gouvernement a répondu par la violence. Et chaque fois c'était pire. Je pense que quelque chose a changé samedi soir, car ils ont tué sans distinction. Ils ont tiré sur la foule. Et ils avaient annoncé qu'ils le feraient. lls ont envoyé des SMS de la part des services de renseignements à toute la population de Téhéran. C'était le seul message que nous avons pu recevoir sur les numéros en Iran et ils avertissaient les gens de ne pas sortir car ils allaient utiliser la force et ils l'ont fait.
Quelque chose a changé
Je suis consciente qu'il existe de nombreux débats sur la possibilité que ce mouvement de liberté du peuple iranien soit récupéré ou détourné. Cela reste envisageable, mais je tiens à souligner une chose : au vu de la manière dont le gouvernement iranien a répondu aux manifestations, chaque Iranien serait prêt à collaborer avec n'importe quel service de renseignement pour mettre un terme à ce régime. Certes, nous ne sommes pas tous d'accord sur ce que nous souhaitons pour l'avenir, mais nous sommes unanimes dans notre rejet de la République islamique.
Quelles étaient les discussions parmi les manifestants concernant l'objectif final ? Quelle est l'étape entre des centaines de milliers de personnes dans les rues jeudi et la chute du régime.
Il n'y avait pas beaucoup d'échanges. On discutait juste entre nous. Mon impression est que personne ne savait ce qui se passait, et c'est très inquiétant. Les Iraniens savent que dans le chaos il y a des risques. Ils savent que leurs moyens de subsistance vont être affectés. Comme la monnaie iranienne a tellement chutée que le citoyen lambada de Téhéran gagne désormais en moyenne un peu moins de 300 dollars. Des millions de familles vont passées de la classe moyenne à la pauvreté. Je pense qu'ils savent que ça va être difficile. Ils ont peur de ce qui va se passer ensuite. Ce gouvernement aurait pu empêcher cela à maintes reprises au cours de ces 47 ans. Ils aurait pu faciliter et fluidifier le changement. Mais à chaque fois ils ont choisi d'opprimer leur propre peuple, de tuer, de pendre, de torturer, de faire disparaître leur propre peuple.
Après l'assassinat de Mahsa Amini 2, on disait que : « la rage d'une mère en deuil ne s'apaise jamais». Il y a des milliers de mères en deuil en Iran en ce moment. Je ne sais pas ce que ça va donner, ils pourraient réussir cette fois, mais quelque chose a changé.
Les vidéos et photos que vous m'avez transmises - prises par vous ou vos amis - proviennent‑elles surtout de jeudi et vendredi ? Et samedi, avez‑vous été témoin de quelque chose ou ne faisiez‑vous qu'y passer brièvement ?
Non, rien samedi. Je voulais filmer les motards, mais j'avais tellement peur que je ne pouvais plus bouger. Ils étaient vraiment terrifiants,
Ils se déplaçaient en groupes ?
Oui, ils patrouillaient même après samedi soir. Ils criaient, juste pour signaler leur présence et pour semer la terreur afin que les gens n'osent plus sortir.
J'aimerais également connaître votre réaction face à la réponse du gouvernement. Comme vous le savez, les autorités ont invité de nombreux ministres étrangers (NDLR : des ambassadeurs étrangers en fait) et leur ont présenté des images montrant des individus armés et masqués. Ces vidéos ont largement circulé sur Internet, et beaucoup de personnes les ont vues : on y distingue des gens tirant avec des fusils de chasse, et de nombreuses séquences en témoignent. Selon vous, comment peut-on établir un lien entre ces scènes et la dynamique générale des événements qui se sont déroulés ?
Anadolu Ajansi du 12 janvier 2026
Je n'ai vu personne armé dans la foule, ni de violence. Je ne serais pas surprise s'il y avait des agents étrangers parmi la foule. Je sais qu'Israël tire profits des troubles en Iran. Je ne serais pas surprise s'ils tentaient de s'en emparer. Je ne suis pas étonnée non plus que le gouvernement iranien organise des séances avec des ambassadeurs. Il l'ont déjà fait, ce n'est pas nouveau. Ils ont un récit bien rodé : tout opposant au régime est un agent impérialiste, ou du Mossad ou de la CIA. Je ne nie pas que le Mossad ou la CIA existent, mais la plupart des gens dans la rue sont des Iraniens.
Bien sûr, ils ne sont pas à l'abri d'une manipulation. Je pense que toute personne qui se trouverait dans la même situation que le peuple iranien en ce moment - sur le plan économique, culturel, en termes de sanctions et de relations avec le monde extérieur - quel que soit l'angle sous lequel on examine l'Iran, comprendra pourquoi le peuple iranien se tournerait vers Peu importe qui le lui demande. Ils veulent du changement. Je ne pense pas que ce genre de méthode, qui consiste à faire regarder des vidéos par des ambassadeurs fonctionnera.
Même si des agents armés détournent ce mouvement, cela n'a pas d'importance. Ce n'est pas ça le mouvement, ce n'est d'ailleurs pas le seul mouvement. Nous protestons depuis 47 ans. Les mollahs sont corrompus et cruels, c'est la vérité. En tant que progressiste, je suis navrée de constater que nous ne pouvons pas le revendiquer ouvertement, car l'Iran est une présence au Moyen-Orient qui constitue une sorte d'obstacle pour les États-Unis et Israël. Mais cela ne doit pas priver le peuple iranien de liberté et de dignité. Si l'Iran a été un obstacle pour Israël et vice versa, tout cela peut être analysé sans se taire sur le fait que les gens sont opprimés.
D'après mes informations, l'administration Trump continue de privilégier l'option de frappes aériennes malgré la situation actuelle. Comment cette perspective est‑elle perçue parmi les manifestants ? Les opinions semblent variées, mais comment évaluez‑vous, vous, l'idée d'une intervention américaine, et quel sentiment général percevez‑vous dans la rue à ce sujet ? Par ailleurs, comment établiriez‑vous le lien - s'il existe - entre d'éventuelles frappes américaines et un possible renversement du régime ? Pour ma part, n'ayant jamais été en Iran, j'ai du mal à comprendre comment des frappes aériennes pourraient, à elles seules, provoquer un changement de régime. Quelle est votre analyse ?
J'hésite à donner mon avis, mais je vais vous dire ce que je pense et ce que pensent les gens de mon entourage. Personnellement, je suis anti-guerre, je n'aime pas les frappes aériennes ni les interventions étrangères. Elles sont toujours à courte vue, et pas motivées par les besoins réels sur le terrain. Je ne respecte pas Donald Trump, je ne lui ferai pas confiance, je ne lui demanderai pas d'aide. Je ne vois pas comment des frappes aériennes peuvent mener à un changement de régime. Je suis juste une personne normale, je n'ai jamais œuvré en politique.
Dans la rue, je pense que les gens étaient aussi divisés que la diaspora iranienne. Beaucoup en ont assez ; c'est tellement grave qu'ils sont prêts à tout. S'ils peuvent attaquer et tuer Khamenei, sans que nous ayons à payer un lourd tribut, pourquoi pas ? D'autres sont absolument contre, ne veulent pas d'attaques. Je ne dis pas qu'il faut prendre l'avis de tout le monde et faire une moyenne ; je ne crois pas à cette attitude pour ce genre de décisions. Je ne prétend pas savoir ce qui est le mieux. C'est juste mon avis.
Je pense que le mieux pour l'Iran serait d'avoir nos élites actuelles en prison. Nous avons aussi des élites en dehors du pays. Nous pouvons rassembler un groupe de personnes qui aideraient le peuple à organiser des référendums, des élections, pour passer à un régime plus démocratique, si possible. Pendant 47 ans, ils ont essayé de tuer et de réduire au silence tout ceux qui se trouvaient en Iran. Ils ont aussi commis des assassinats en dehors du pays. Mais je crois toujours que parmi les Iraniens il existe des personnes capables de guider ce pays vers une meilleure voie. Je ne pense pas que nous ayons besoin de qui que ce soit et surtout pas de ceux qui sont responsables du génocide d'autres peuples
Merci beaucoup d'avoir partagé votre expérience. J'apprécie vraiment que vous ayez accepté. Je suis sûr que ça a été difficile et vous vous en souviendrez toute votre vie.
Merci.
- Le « mouvement vert » en Iran désigne le vaste soulèvement populaire qui a éclaté après l'élection présidentielle du 12 juin 2009, remportée par le conservateur Mahmoud Ahmadinejad. Les manifestants, soutenant principalement le candidat réformateur Mir Hossein Mousavi, ont dénoncé une fraude massive et réclamé l'annulation du scrutin, adoptant le vert comme symbole de campagne devenu emblème d'espoir et d'unité. Ce mouvement, parfois appelé « Vague verte », a mobilisé des millions de personnes, surtout des classes moyennes urbaines, durant plusieurs mois jusqu'en 2010. ︎
- Mahsa Jîna Amini était une jeune femme kurde-iranienne de 22 ans dont la mort en garde à vue a déclenché un vaste mouvement de protestations en Iran. Née en 1999 à Saqqez, dans la province du Kurdistan iranien, elle était connue sous son nom kurde Jîna, signifiant « vie », et Mahsa en persan. Son arrestation par la police des mœurs le 13 septembre 2022 à Téhéran, pour port présumé incorrect du hijab, a conduit à son décès trois jours plus tard dans un hôpital, dans des circonstances suspectes attribuées par les autorités à des problèmes de santé préexistants, mais dénoncées comme un cas de brutalité policière par des témoins et des organisations internationales. ︎
Source : Drop Site News
Des émeutiers ou des manifestants pacifistes ?
Des exemples de vidéos diffusées par l'Iran qui montrent des émeutiers plus que des manifestants. L'Iran affirme qu'ils sont coordonnés et armés par des services de renseignements étrangers, plus particulièrement par le Mossad et la CIA.
VIDEO |Newly released footage shows rioters in Iran attacking and setting fire to the Imamzadeh Hazrat Mohammad bin Musa al-Kadhim (known as Sabzeqaba) shrine in Dezful, Khuzestan Province, on 8 January. pic.twitter.com/Q4HBr9q6jV- The Cradle (@TheCradleMedia) January 15, 2026
VIDEO |Footage shows a highly trained group of individuals preparing an attack in Iran on Thursday, 8 January, loading weapons, concealing firearms under clothing, and using satellite communications believed to be linked to foreign intelligence agencies. pic.twitter.com/3dlNCgcywm- The Cradle (@TheCradleMedia) January 15, 2026



