02/02/2026 mondialisation.ca  9min #303630

 Une nouvelle guerre américano-israélienne contre l'Iran embrasera toute la région (secrétaire général du Hezbollah)

Jonathan Cook : Encourager l'agression contre l'Iran

Par  Jonathan Cook

Le droit international est on ne peut plus clair. Si les États-Unis attaquent l'Iran, il s'agirait d'une guerre d'agression et du « crime international suprême ».

Le rôle même de médias prétendument libéraux comme The Guardian est de vous persuader que ce n'est pas ce qui est en jeu. De vous faire croire le contraire.

Voyez ce titre et ce sous-titre d'une malhonnêteté stupéfiante, parus dans l'édition de jeudi :

L'article « La menace d'une escalade de la guerre entre les États-Unis et l'Iran »occulte délibérément la vérité : ce sont les États-Unis qui provoquent cette « escalade », et cette escalade est totalement illégale.

L'article « Trump avertit que le temps presse pour un accord » laisse entendre que Trump a une quelconque autorité pour lancer cet « avertissement ». Tiens, Guardian, peut-être agit-il au nom de son Conseil pour la paix !

En réalité, il n'a aucune autorité de ce genre. Cette autorité relève des Nations Unies. Ce que fait Trump n'est pas un avertissement ; c'est une menace - une menace d'agression totalement illégale.

Quoi qu'il en soit, l'Iran tente de ramener les États-Unis à la table des négociations depuis que Trump a unilatéralement dénoncé leur accord initial il y a huit ans. Le temps « presse » uniquement parce que les États-Unis ont décidé qu'il leur fallait un prétexte pour lancer une guerre d'agression illégale. Pourquoi le Guardian ne le précise-t-il pas dans ses titres ?

Au lieu de cela, il déforme la réalité. D'après le Guardian, c'est Trump qui prétend tenter de conclure un accord - or, il s'agit du même Trump qui a déchiré l'accord initial, a refusé de reprendre les négociations et a bombardé l'Iran l'été dernier, commettant ainsi un nouvel acte d'agression illégal.

« Le président américain affirme que l'armada se dirigeant vers l'Iran est « prête à remplir ses missions par la violence si nécessaire » ». C'est là une façon détournée du Guardian de masquer le fait que Trump s'apprête à violer le droit international en menant une guerre d'agression, un crime suprême.

Le titre et le sous-titre du Guardian présentent un acte d'une illégalité absolue commis par les États-Unis comme s'il s'agissait d'une simple mesure de maintien de l'ordre. Ce n'est pas du journalisme. C'est un plaidoyer pour une guerre illégale dont les civils iraniens seront inévitablement les premières victimes.

Il faut cesser de croire que les grands médias représentent l'intérêt de l'humanité. Ils défendent les intérêts des milliardaires et de leurs acolytes, qui engrangent d'énormes profits grâce à une machine de guerre qui a constamment besoin de prétextes pour tuer.

Les médias traditionnels ne tiennent pas ces milliardaires responsables de leurs actes. Leur seul rôle est de servir de service de relations publiques.

Par ailleurs, voici un autre exemple de journalisme totalement irresponsable de la BBC, diffusé ce soir au journal de 22h.

La correspondante diplomatique Caroline Hawley commence par relayer avec une crédulité démesurée le bilan grotesque de « dizaines de milliers de morts » lors des récentes manifestations en Iran - des chiffres fournis par des opposants au régime. À l'inverse, la BBC a fait preuve, pendant deux ans, d'une prudence constante et a minimisé le nombre de victimes israéliennes à Gaza.

L'idée que les forces de sécurité iraniennes auraient tué autant d'Iraniens en quelques jours qu'Israël a tué de Palestiniens à Gaza par des bombardements massifs et prolongés, le rasage de cette minuscule enclave et la famine qui affecte sa population, est tout simplement incroyable. Ces chiffres paraissent absurdes, car ils le sont.

Soit le bilan des morts en Iran est largement exagéré, soit celui de Gaza est largement sous-estimé. Ou, plus probablement, les deux sont utilisés intentionnellement pour tromper l'opinion publique.

Regardez le reportage de la BBC à 16h45 :

Trump met en garde l'Iran : une « armada massive » est en route et le temps presse pour un accord nucléaire |BBC News Donald Trump a averti l'Iran que le temps presse pour négocier un accord sur son programme nucléaire, suite au renforcement des forces militaires américaines dans le Golfe. Le président américain a déclaré qu'une « armada massive » se dirigeait « rapidement, avec une grande puissance, un grand enthousiasme et une grande détermination » vers l'Iran, faisant référence à une importante flotte navale américaine.

La BBC poursuit un agenda politique qui justifie la publication d'un chiffre exagéré et inventé de toutes pièces concernant les morts en Iran, sous prétexte que nos dirigeants ont désigné l'Iran comme un ennemi officiel. Parallèlement, la BBC poursuit un agenda politique inverse qui justifie l'utilisation de réserves interminables pour minimiser le nombre de morts à Gaza, déjà certainement  largement sous-estimé, Israël étant un allié officiel.

Ce n'est pas du journalisme. C'est un travail de sténographie pour les gouvernements occidentaux qui choisissent leurs ennemis et leurs alliés non pas en fonction de leur respect des normes éthiques ou juridiques, mais uniquement en fonction de leur capacité à aider l'Occident dans sa lutte pour la domination des ressources pétrolières au Moyen-Orient.

Remarquez autre chose. Ce reportage - qui attire une fois de plus l'attention du public occidental sur le massacre présumé de manifestants en Iran au début du mois - est utilisé par la BBC pour justifier une guerre contre l'Iran au nom de considérations purement humanitaires que Trump lui-même ne semble pas partager.

Trump a envoyé sa flotte de navires de guerre dans le Golfe non pas pour protéger les manifestants - en réalité, les frappes de missiles tueront sans aucun doute bien plus de civils iraniens - mais pour contraindre l'Iran à négocier son programme nucléaire.

Les mensonges des responsables politiques occidentaux concernant l'Iran sont déjà profondément enracinés, notamment l'idée, répandue depuis des années, que l'Iran cherche à se doter de l'arme nucléaire (alors qu'aucune preuve ne vient étayer cette affirmation), et que Téhéran est responsable de l'échec de l'accord de surveillance de son programme nucléaire civil. En réalité, c'est Trump lui-même, lors de son premier mandat, qui a dénoncé cet accord.

L'Iran a réagi en enrichissant l'uranium au-delà des niveaux nécessaires à un usage civil, une initiative maintes fois signalée à Washington par Téhéran et qui visait clairement à inciter l'administration Biden à rétablir l'accord que Trump avait fait capoter.

À son retour au pouvoir, Trump a instrumentalisé cet enrichissement d'uranium non pas pour renouer avec la diplomatie, mais comme prétexte, d'abord pour intensifier les sanctions américaines qui ont encore davantage paralysé l'économie iranienne et aggravé la pauvreté parmi les Iraniens, puis pour lancer une frappe contre l'Iran l'été dernier. Cette frappe semble avoir eu peu d'impact sur le programme nucléaire iranien, mais a affaibli la défense aérienne du pays, assassiné certains de ses dirigeants et semé la terreur au sein de la population.

Il convient également de noter - même si la BBC passe sous silence ce point - que les sanctions américaines constituent une forme de châtiment collectif infligé à la population iranienne, en violation du droit international, et que les frappes de l'année dernière contre l'Iran étaient un acte d'agression manifeste, qualifié de « crime international suprême ».

Le président américain se présente aujourd'hui comme celui qui souhaite amener l'Iran à la table des négociations, en envoyant une armada de navires de guerre, alors que c'est lui qui a renversé cette même table en mai 2018 et déchiré l'Accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPOA).

La BBC, bien sûr, passe sous silence ce contexte pourtant crucial pour juger de la crédibilité des déclarations de Trump concernant ses intentions envers l'Iran. Au lieu de cela, sa rédactrice en chef pour l'Amérique du Nord, Sarah Smith, reprend sans conviction (dans la vidéo ci-dessus) l'affirmation, dénuée de preuves, de la Maison Blanche selon laquelle l'Iran possède un « programme d'armement nucléaire » que Trump souhaite voir le pays « démanteler ».

Mais par-dessus tout, des médias comme la BBC ajoutent leur propre couche de désinformation pour justifier une guerre américaine contre l'Iran.

Tout d'abord, ils tentent de donner un nouvel angle à de vieilles informations concernant la répression violente des manifestations en Iran. Ils citent des chiffres de morts extraordinaires et totalement infondés, puis les associent aux raisons qui poussent Trump à s'engager dans une guerre. Leurs reportages se concentrent une fois de plus - après les catastrophes d'Afghanistan, d'Irak, de Libye et d'ailleurs - sur de fausses justifications humanitaires à la guerre, alors que Trump lui-même n'établit aucun lien de ce genre.

Deuxièmement, le reportage de Sarah Smith pour la BBC expose froidement les mécanismes d'une attaque américaine contre l'Iran - la préparation à la guerre - sans jamais mentionner qu'une telle attaque constituerait une violation flagrante du droit international. Ce serait, une fois de plus, « le crime international suprême ».

Elle observe plutôt : « Donald Trump entrevoit une opportunité de frapper un pouvoir affaibli à Téhéran. Mais comment compte-t-il s'y prendre ? Il a notamment évoqué dans son message les succès militaires qui l'ont sans aucun doute enhardi après ses interventions au Venezuela et, plus tôt l'année dernière, en Iran. »

Imaginez, si vous le pouvez - et c'est impossible -, que la BBC expose avec détachement les plans du président russe Vladimir Poutine, qui envisage de passer de son invasion de l'Ukraine à des frappes militaires contre la Pologne.

Ses correspondants notent calmement le nombre de missiles que Poutine a massés près des frontières polonaises, les conditions posées par le dirigeant russe en Pologne pour éviter une attaque, et les obstacles pratiques qui font obstacle à une telle attaque. Un correspondant conclut en citant les « succès » autoproclamés de Poutine, comme l'invasion de l'Ukraine, comme précédent justifiant ses nouvelles actions militaires.

C'est impensable. Et pourtant, pas un jour ne passe sans que la BBC ne diffuse ce genre de propagande belliciste flagrante, déguisée en journalisme. Le public britannique paie le prix de ce flot incessant de désinformation qui déferle dans ses foyers - des mensonges qui non seulement le laissent dans l'ignorance des événements internationaux majeurs, mais nous rapprochent inexorablement du précipice d'une conflagration mondiale.

Jonathan Cook

Article original en anglais :  The Guardian joins the cheerleading for a war of aggression against Iran, Jonathan.Cook.net, le 30 janvier 2025.

Traduction :  Marie-Claire Tellier pour son blog

La source originale de cet article est  jonathan-cook.net

Copyright ©  Jonathan Cook,  jonathan-cook.net, 2026

Par  Jonathan Cook

 mondialisation.ca