02/02/2026 2 articles dedefensa.org  12min #303634

Mariage inattendu : Tradition et technologie

 Ouverture libre 

• On sait que c'est aujourd'hui le sujet central des réflexions, des essayistes et philosophes aux théologiens et prédicateurs : qu'est-ce qui va remplacer l''ordre' libéral et la modernité ? • On sait qu'un mariage inattendu est avancé : celui des traditions (nous dirions "de la Tradition") et des technologies. • C'est loin, très loin d'être une utopie, - on la trouverait plutôt du côté des défenseurs de la modernité. • Pour illustrer et documenter magistralement cette problématique : une interview du Dr. Steve Turley, ardent défenseur d'une telle union.

2 février 2026 (19H00) - Voici une interview passionnante et profondément instructive en même temps, - ou "parce que", pour cette cause, - qu'elle se trouve directement intégrée dans notre actualité. Sans doute Finkielkraut n'a-t-il pas assez mesuré l'importance quasiment nucléaire de  sa réponse fameuse (pour nous) de septembre 2020 posée dans le cadre pourtant peu inspirant de LCI... Car pour nous (bis), cette question abordait, comme elle aborde aujourd'hui, directement, le phénomène fondamental, civilisationnel et au-delà, sous-jacent et toujours présent tout au long de cette interview. Il s'agit de l'apparition dans les événements courants, ceux de tous les jours, nous affectant directement, - de l'apparition de la métaphysique qui permet de parler de métahistoire et non plus d'une histoire chancelante et couturée de tant de mensonges et de simulacres qui sont autant de cicatrices et de plaies béantes, - qui ne nous permettent plus ni de l'écouter, ni de l'entendre, ni même de la lire...

Cette "apparition dans les événements courants de la métaphysique", c'est la description du retour de la tradition, que nous prendrions la précaution d'orner d'une majuscule, - parce que la Tradition évidemment originelle est un phénomène intemporel, qui nous dépasse et nous fait avoir directement accès à la transcendance. On mesure l'ampleur et l'importance du phénomène.

...Or, c'est bien de tout cela d'un coup dont nous parle l'interviewé, Steve Turley, qui est ainsi présenté par l'intervieweur, l'essayiste qui s'est fait journaliste pour l'occasion, Constantin von Hoffmeister, - que nos lecteurs ont déjà rencontré dans ces colonnes :

« Le Dr Steve Turley, universitaire et intellectuel américains, est devenu l'un des analystes les plus reconnus des réalignements politiques et culturels qui façonnent notre époque. Formé à la guitare classique et titulaire d'un doctorat en théologie, le parcours de Turley est atypique. Il est passé des amphithéâtres universitaires aux premières lignes du nouveau paysage médiatique, où il a conquis un large public international grâce à ses commentaires quotidiens. Son travail allie une formation rigoureuse à un style direct qui le rend accessible bien au-delà des cercles universitaires.

Turley s'est d'abord fait remarquer par sa thèse selon laquelle le globalisme libéral est entré dans une longue phase de déclin. Il y voit le renouveau de formes d'identité durables. Ses livres et vidéos examinent cette évolution à travers des exemples concrets : les réalignements électoraux, l'essor des États-nations traditionnels et religieux, et la rébellion croissante contre les élites dirigeantes. Selon Turley, le globalisme libéral repose sur une base démographique en déclin, tandis que les groupes culturellement enracinés et animés par la foi sont en pleine expansion démographique, jetant ainsi les bases d'un monde post-libéral à long terme.

Avant de devenir commentateur à temps plein, Turley a enseigné la théologie, la philosophie et la rhétorique pendant de nombreuses années. Cette expérience a façonné son ton mesuré et sa perspective historique. Il revient souvent sur l'idée que le changement politique découle de courants culturels et spirituels plus profonds. Pour ses lecteurs et ses auditeurs, cela permet de contextualiser des événements qui pourraient autrement paraître chaotiques ou déconnectés.

Cet entretien explore son point de vue sur les forces qui remodèlent l'Occident et le monde. »

Description et prévision d'une révolution cosmique

L'interview de Turley, très longue et se déroulant en de nombreuses questions auxquelles des réponses nettes et claires sont données, abordent ainsi un domaine fondamental dont nombre de références sont philosophiques et théologiques, alors que nombre d'événements qui saturent notre actualité à une vitesse insensée sont également sollicités. Ainsi prédomine une étrange impression d'un mélange paradoxal et surprenant des genres, qui n'est en fait qu'un retour à une façon de penser que la modernité avait interdite après avoir jugé et juré qu'elle l'avait liquidée, - définitivement, croyait-elle...

Au travers d'un parcours intellectuel qu'il rappelle en début d'interview, Turley nous montre combien il illustre parfaitement la révolution en train de se faire, qui est la liquidation de la modernité, d'ailleurs par ses propres moyens, par sa propre autodestruction que certains voudraient parer du nom de "suicide". Il faut bien avoir à l'esprit que cette quête de la liquidation de la modernité comme l'on détruit un mortel virus, dure depuis deux siècles, depuis soin apparition publicitaire et publique du début du XIXème siècle,  comme ici par exemple :

«...ce jour de 1825 sans doute, où Stendhal bondit d'horreur et abandonna aussitôt son engagement de "libéral" pro-américaniste, en entendant ce mot du dénommé Gouhier: "Les Lumières c'est désormais l'industrie". Lequel mot, quoi qu'il en soit de Stendhal et de ses divers écrits, annonçait un destin qui n'a cessé de se renforcer et qui est devenue une réalité criante dans les années 1990... »

Cette opposition à la modernité a connu depuis une manifestation sans répit, avec des périodes de pointe où elle venait se greffer sur des positions politiques spécifiques ; on parle par exemple de la période antiaméricaniste des années 1920, après la Grande Guerre et avant la Grande Dépression, de la part du monde intellectuel européen, notamment en France. Mais chaque fois, l'on sentait bien qu'il s'agissait d'une lutte sans espoir.

Aujourd'hui, c'est exactement le contraire : devant l'effondrement de l'empire psychologique, économique et politique du monde libéral qui porte haut le drapeau de la modernité, soudain la mise en cause radicale de la modernité reprend vie. Assez paradoxalement mais pas sans logique, c'est du monde américaniste que nous viennent les critiques les plus fondamentales de la modernité, avec des propositions de solutions alternatives. Turley en est un exemple, et il porte haut et fort l'étendard d'une nouvelle alliance qui résout le problème de l'impossibilité d'abandonner toutes les puissantes forces mises en route par la modernité, ce qu'on nomme le technologisme... Et ce qu'on est conduit à considérer, d'ailleurs comme une réminiscence de l'archéofuturisme de Guillaume Faye, ce sont les technologies sans technologisme.

La technologie rencontre la Tradition

Sur cette question qui est certainement la plus importante et la plus polémique des rapports entre les technologies et la tradition (la Tradition), Turley cite des exemples particulièrement intéressants et significatifs. Il répond ainsi aux questions que nous nous posons sur les nouvelles puissances du Sud Global : la Chine, l'Inde, pour prendre les exemples choisis, - comment ces puissances réagissent-elles devant leur propre maniement magistral des technologies les plus modernes ? Deviennent-elles, elles aussi, des pays de la modernité ("américanisés" ou "globalisés", si l'on veut adopter les termes anciens) ?

Rien de tout cela et il y a des références très anciennes d'attitudes volontaires. On cite ici le cas d'Archimède, qui nous ramène dans nos mondes anciens, avec cette citation du Tome-II de 'La Grâce de l'Histoire', qui s'appuie sur l'historien italien Aldo Schiavone ('L'histoire brisée - La Rome antique et l'occident moderne'), pourtant moderniste acharné :

«...Schiavone cite en détails le cas du grand savant et inventeur Archimède qui mit au point des systèmes remarquables d'efficacité, notamment lors du siège de Syracuse où ces systèmes permirent de défaire la flotte romaine. Ce n'est pas tant une impossibilité d'envisager des développements mécaniques qu'une absence de volonté qui caractérise la pensée et la spéculation des Anciens à cet égard, voire même plus nettement dit, un refus pur et simple d'envisager une telle orientation. Schiavone cite Plutarque, qui décrit la vertu d'Archimède...

« "Archimède avait un esprit si élevé et si profond, et avait acquis un si riche trésor d'observations scientifiques que, sur les inventions qui lui ont valu le renom et la réputation d'une intelligence non pas humaine mais divine, il ne voulut laisser aucun écrit. Il tenait la mécanique et en général tous les arts qui touchent aux besoins de la vie pour de vils métiers manuels et il consacrait son zèle aux seuls objets dont la beauté et l'excellence ne sont mêlées d'aucune nécessité matérielle..." (Si ce n'est une définition acceptable de la "divinité" en termes terrestres ! Comment notre époque peut-elle lire de telles choses sans trembler sur ses bases ? C'est simple, elle ne les lit plus.) »

... Mais aujourd'hui, peut-être va-t-elle être conduite, l'époque qui a tant changé en dix années de temps, à lire ce qu'écrivit Plutarque pour glorifier hautement l'attitude et le comportement d'Archimède. Ainsi revenons-nous à ce que Turley nous dit du mariage des technologies et de la Tradition dans ces puissances de vieille tradition et de haute spiritualité :

« L'alliance entre la technologie et la tradition s'oriente vers cette voie. Les entrepreneurs technologiques savent instinctivement qu'un but transcendant est nécessaire à une coordination à long terme. Ils s'associent aux traditionalistes chrétiens non par opportunisme politique, mais parce que seule la religion offre l'horizon temporel nécessaire aux projets multigénérationnels. Cela signifie que ce que le libéralisme a séparé - technologie et tradition, science et religion - sont nécessairement alliés, comme ils l'ont toujours été dans les sociétés sacrées précédentes. [...]

C'est une excellente question car elle reconnaît à juste titre que l'archéofuturisme fait le lien entre la géopolitique et l'astropolitique (les aspects politiques, militaires, économiques et sociaux de l'espace). Plutôt que de considérer le progrès comme une modernisation universelle, les puissances archéofuturistes exploitent les technologies de pointe pour affirmer des identités civilisationnelles distinctes, ancrées dans le mythe et la mémoire culturelle.

La Chine illustre cette stratégie à travers son programme spatial. Des missions comme Tianwen (« Questions au Ciel ») et Chang'e (« déesse de la lune ») évoquent l'ancienne cosmologie chinoise tout en réalisant des prouesses technologiques de premier plan. De même, l'Inde présente son alunissage de Chandrayaan-3 comme une redécouverte de la sagesse scientifique védique, nommant le site d'atterrissage « Shiv Shakti Point » pour relier directement l'exploration spatiale à la cosmologie hindoue. »

Le sexe trahit la modernité

Un autre trait surprenant dans cette interview se trouve au cœur de la description constante que Turley fait du rôle de l'Amérique dans cette révolution politique cosmique. Ce rôle conduit effectivement, comme nous l'observons depuis des années, à une atomisation et une désintégration de l'Amérique soumise à des tensions insupportables entre des factions ennemies de la population. C'en est à un point où, dabs l'extrait assez conséquent cité ci-après, on rencontre à un moment de la lecture une précision sur l'évolution des « mariages mixtes », - et l'on pense évidemment aux mariages interraciaux, entre Noirs et Blancs... Pas du tout. Il s'agit de la "mixité" entre républicains et démocrates !

Ainsi apprend-on que les « mariages mixtes » entre démocrates et républicains sont tombés de 9% des mariages en 2016 à 3,6% en 2016, - une baisse plus que significative, un chiffre plus que définitif... Bientôt cette barrière, plus infranchissable que celle de la race, actera une rupture complète ; et, à ce jeu, les démocrates progressistes sont les perdants, parce que progressistes et pratiquant une complète liberté sexuelle, ils acceptent de moins en moins le fardeau d'avoir des enfants. Ainsi le camp conservateurs-traditionnalistes est promis à proliférer alors qu'en face l'espèce ira de plus en plus vers l'extinction, renouvelant, mais dans un extrémisme politique inversé, le danger que fit courir l'hérésie cathare à l'Église de Rome...

« Collectivement, la gauche est de plus en plus post-américaine, rejetant les idéaux de la nation comme irrémédiablement racistes et discriminatoires. La droite est plus civique dans ses sentiments identitaires, cherchant à redonner sa grandeur à l'Amérique, mais elle est tout aussi susceptible de balkanisation raciale (blancs, latinos), religieuse (chrétiens conservateurs) et régionale (États républicains et mouvements sécessionnistes comme le Texit).

Ces deux camps sont de plus en plus éloignés l'un de l'autre. Par exemple, selon l'Institute for Family Studies, seulement 3,6 % des mariages étaient mixtes (entre démocrates et républicains) en 2020, contre 9 % en 2016. Cela représente l'une des mesures quantitatives les plus claires de la balkanisation civilisationnelle de l'Amérique. [...]

Oui, outre sa détérioration idéologique, le libéralisme est littéralement en train de mourir. J'ai mentionné plus haut ce que le démographe Eric Kaufmann appelle la contradiction démographique du libéralisme, où son engagement envers l'autonomie individuelle implique la liberté de ne pas se reproduire. Les libéraux laïques ont largement cessé d'avoir des enfants, tandis que les religieux conservateurs en ont plus que jamais (si l'on tient compte de la baisse de la mortalité infantile).

En conséquence, Kaufmann a prédit que d'ici 2030, nous verrions les guerres culturelles aux États-Unis basculer de manière décisive en faveur des États conservateurs ; et, comme prévu, que constatons-nous avec le recensement de 2030 et la redistribution des sièges au collège électoral : les États conservateurs gagnent des voix au collège électoral et les États démocrates en perdent. Ce n'est pas seulement dû aux millions de personnes qui fuient les États démocrates pour les États conservateurs ; il y a 20 ans, Phillip Longman a constaté que les États remportés par George W. Bush en 2004 avaient déjà un taux de fécondité supérieur de 12 % à celui des États qui avaient voté pour le sénateur John Kerry. Et depuis, cet avantage en matière de fécondité dans certaines régions a plus que doublé. »

Voici donc, pour remettre tous ces extraits dans leur contexte l'interview de Steve Turley par Constantin von Hoffmeister, parue sur RT.com le  1er février 2026.

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02/02/2026 dedefensa.org  34min #303635

 Mariage inattendu : Tradition et technologie


L'autodestruction de l'ordre' libéral

Interview de Steve Turley par Constantin von Hoffmeister

« Quelles expériences de votre jeunesse et de votre formation ont façonné la vision du monde qui imprègne votre travail aujourd'hui ? »

J'ai toujours été fasciné et captivé par la civilisation dans ses plus hautes expressions. Enfant, j'étais très artistique ; je suis tombé amoureux des peintures et des sculptures de Michel-Ange et j'ai fait de mon mieux pour les reproduire sur toile avec ma propre boîte de peinture à l'huile.