
Par Moon of Alabama - Le 2 février 2026
Le week-end s'est écoulé sans attaque américaine contre l'Iran.
Trump aurait probablement aimé frapper s'il y avait eu une chance décente d'en faire une guerre courte et réussie. Mais ce n'était pas possible. L'Iran aurait riposté vivement à toute attaque et aurait mis la région en feu.
Une frappe rapide aurait été la meilleure chance de succès de Trump. Plus il pense qu'elle va durer longtemps, plus la probabilité qu'une attaque se produise est faible.
Trump doit maintenant trouver un moyen de se débarrasser de ses grandiloquentes menaces contre l'Iran. Il a envoyé une avant-garde pour des négociations :
L'administration Trump a déclaré à l'Iran par plusieurs canaux qu'elle était ouverte à une réunion pour négocier un accord, a déclaré un haut responsable américain à Axios....
La Turquie, l'Égypte et le Qatar s'efforcent d'organiser une réunion entre l'envoyé de la Maison Blanche Steve Witkoff et de hauts responsables iraniens à Ankara plus tard cette semaine, ont déclaré deux sources régionales à Axios.
Yves Smith en conclut que :
Trump recule mais garde l'intention de frapper plus tardL'histoire la plus probable est qu'une sorte de simulacre de négociations permette aux États-Unis de reculer momentanément et que Trump dépeigne le simple fait d'obtenir des pourparlers comme une victoire et une preuve de la domination américaine. Mais ne vous attendez pas à ce que les États-Unis cèdent. Comme Greg Stoker l'a souligné, le ministre israélien de la Défense était à Washington la semaine dernière pour remettre le paquet sur des frappes. Israël n'a pas renoncé au projet Iran. Les faucons certainement pas non plus.
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On peut s'attendre à ce qu'Israël fasse ce qui est évident, à savoir continuer à s'engager dans ce qu'on appelle trop poliment une guerre asymétrique, ou plus précisément du terrorisme, à la fois pour tenter de déstabiliser l'Iran et pour préserver sa crédibilité parmi les bellicistes de l'administration. Jusqu'où cela va aller dans les prochains mois sera un indicateur de la mesure dans laquelle l'Iran a été capable de dénicher et de détruire les réseaux du Mossad en Iran après ses attaques de décapitation de la guerre de 12 jours et ses récentes escalades par des manifestations.
Trump devient certes de plus en plus erratique chaque jour. Il pourrait finir par conclure qu'il y a trop de virilité en jeu pour reculer maintenant. Mais comme vous pouvez le voir, il a de nombreuses raisons d'essayer de trouver un moyen de battre en retraite, même s'il se dit que ce n'est que temporaire.
Juste après qu'Yves ait publié son article, nous avons appris que l'Iran avait accepté de négocier :
Le président iranien Masoud Pezeshkian a ordonné le début des négociations nucléaires avec les États-Unis, ont annoncé lundi les médias locaux, après que le dirigeant américain Donald Trump eut déclaré qu'il espérait un accord pour éviter une action militaire contre la République islamique....
"Le président Pezeshkian a ordonné l'ouverture de pourparlers avec les États-Unis", a rapporté lundi l'agence de presse Fars, citant une source gouvernementale anonyme.
"L'Iran et les Etats-Unis auront des discussions sur le dossier nucléaire", a déclaré Fars, sans préciser de date. Le rapport a également été publié par le journal gouvernemental Iran et le quotidien réformateur Shargh.
Les pourparlers auront probablement lieu en Turquie :
Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi était en Turquie la semaine dernière et a eu d'autres appels avec ses homologues égyptien, saoudien et turc, a-t-il déclaré sur Telegram."Le président Trump a dit pas d'armes nucléaires, et nous sommes tout à fait d'accord. Nous sommes tout à fait d'accord avec cela. Cela pourrait être une très bonne affaire", a déclaré Araghchi à CNN dimanche.
"Bien sûr, en retour, nous nous attendons à une levée des sanctions. Donc, cet accord est possible. Ne parlons pas de choses impossibles."
Le résultat probable : Trump devra lever certaines sanctions et, en échange, obtiendra un accord nucléaire limité avec l'Iran. Je suppose qu'il sera plus doux pour l'Iran que l'accord JCPOA qui avait été signé sous Obama pour être saccagé plus tard par Trump.
Les autres exigences envers l'Iran que les Israéliens avaient formulées par l'intermédiaire de Trump - pas d'enrichissement, une limitation du nombre et de la portée de ses missiles balistiques, la fin du soutien aux milices dans la région - ne feront pas partie des négociations.
Ces points n'intéressent pas Trump. Il veut et a besoin d'un accord - n'importe quel accord - qui peut être vendu au public comme un succès personnel. Les détails importeront moins pour lui que le fait qu'un accord ait été conclu.
Israël n'aimera pas ça. Il veut que l'Iran soit détruit en tant que leader régional potentiel. Israël lui-même est trop faible pour vaincre l'Iran. Il pourrait bien essayer des frappes sous fausse bannière ou du terrorisme pour que les États-Unis fassent enfin ce qu'Israël veut.
Mais les États-Unis ne sont plus la force toute puissante dans la région arabe qu'ils étaient il y a 30 ans. Ils manquent de moyens pour défendre leurs navires et leurs bases contre les attaques de missiles balistiques et de drones. Ceci alors que l'Iran a systématiquement construit de telles armes et capacités.
L'Iran a également gagné des alliés. L'aide russe et chinoise lui a permis de désactiver le réseau Starlink utilisé pour contrôler les récents émeutiers dans ses rues.
La Chine a publié ouvertement des images satellites haute résolution des forces américaines dans la région iranienne :
Une nouvelle série d'images satellites étrangères, de MizarVision, obtenue par Global Times, montre qu'au 25 janvier, le nombre d'avions de ravitaillement en vol KC-135 stationnés sur l'aire de trafic de la base aérienne d'Al Udeid avait considérablement augmenté.De plus, une autre image satellite prise le 25 janvier montre de nouveaux déploiements d'équipements autour de la base aérienne d'Al Udeid. Après analyse, le personnel technique de la société MizarVision a estimé que le site était probablement un système de défense aérienne Patriot nouvellement installé à la base.
Nous pouvons raisonnablement supposer que l'Iran a pleinement accès à ces images satellites chinoises et russes et aux analyses de renseignement qui en découlent.
De nouvelles manœuvres navales sont également prévues :
Le commandant de la marine régulière iranienne (Nedaja), le Contre-amiral Shahram Irani, a annoncé que l'Iran accueillera à nouveau des navires de guerre chinois et russes dans le cadre de l'exercice Ceinture de sécurité maritime 2026, qui se tiendra dans le nord de l'océan Indien, fin février. Il n'y a pas encore eu d'annonces confirmatives de la part des Chinois et des Russes, mais les Iraniens seront impatients d'obtenir à nouveau leur participation à cet exercice annuel, ayant besoin d'être rassurés d'avoir des alliés à leurs côtés à un moment de forte tension.Les participants chinois devraient provenir de la 48e Flottille de la Marine de l'Armée Populaire de Libération (PLAN) basée à Djibouti, composée du destroyer lance-missiles guidé de type 052DL Tangshan (D122), de la frégate lance-missiles guidée de Type 054A Daqing (F576) et le navire de ravitaillement de type 903A Taihu (K889).
Le contingent russe sera probablement composé de la frégate russe de classe Udaloy RFS Marshal Shaposhnikov (F543), toujours dans la région ayant participé à l'exposition de défense DIMDEX 2026 qui s'est tenue les 19 et 20 janvier à Port Hamad, au Qatar.
Ni la Russie ni la Chine ne mèneront une guerre pour l'Iran. Mais ils feront de leur mieux pour lui fournir tout ce dont il a besoin pendant qu'il continue de contrer les forces américaines au Moyen-Orient.
Alors que les chances d'une guerre contre l'Iran ont maintenant été réduites, elles n'ont pas disparu du tout. Les forces américaines sont toujours au Moyen-Orient et prêtes à frapper à court préavis.
Aux États-Unis, Trump est sous pression. Ses cotes sont en baisse dans les sondages. L'application brutale des lois sur l'immigration continue d'éroder son soutien. Au cours du week-end, les Républicains ont perdu un siège au Sénat de l'État au profit des Démocrates, dans un district autrefois rouge foncé :
Alors que les Républicains, y compris le lieutenant-gouverneur du Texas, Dan Patrick, avaient sonné l'alarme au sujet de la course électorale pour le Nord du Texas, expliquant qu'elle était trop serrée pour être confortable ces dernières semaines, le basculement de 31 points vers la gauche a été une surprise totale. Cet échec est un "signal d'alarme pour les Républicains dans tout le Texas«, a écrit Patrick sur les réseaux sociaux après le vote."Nos électeurs ne tiennent rien pour acquis".C'est un mauvais signe pour les Républicains qui espèrent conserver une majorité au Sénat et une majorité déjà mince à la Chambre, a déclaré Jason Villalba, un ancien législateur de l'État républicain qui dirige maintenant la Texas Hispanic Policy Foundation, un groupe de recherche.
« Quelles que soient les percées que le Parti républicain a récemment fait parmi les Latinos au Texas, il a vraiment commencé à revenir en arrière", a-t-il déclaré, soulignant les changements de samedi dans les circonscriptions du Texas avec de grandes populations hispaniques. "Cela aura des implications au Texas et dans tout le pays."
Trump a besoin d'une victoire. Il est peu probable qu'une guerre contre l'Iran lui en donne une. Un nouvel accord qui pourra être publicisé comme ayant empêché l'Iran d'utiliser des armes nucléaires qu'il n'a pas pourra être vendu comme une victoire. Pour l'instant, Trump semble avoir décidé d'essayer cette voie.
Moon of Alabama
Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.