
par Raphaël Besliu
Téhéran campe sur ses positions : l'enrichissement de l'uranium reste une ligne rouge, défendue comme un droit souverain face aux exigences toujours plus larges de Washington.
Vendredi, les premiers pourparlers à Oman ont esquissé des avancées prudentes. Les deux camps affichent la volonté de poursuivre le dialogue, pour la première fois depuis les bombardements américains de juin sur des sites nucléaires, soutenus discrètement par des alliés régionaux.
Côté américain, l'administration Trump pousse pour un accord élargi, incluant missiles balistiques et soutien présumé à des groupes hostiles à Israël. Une posture de realpolitik assumée, mais freinée par des alliés ouvertement belliqueux.
Le déploiement massif de forces navales dans le Golfe, mené par le porte-avions Abraham Lincoln, sert de rappel musclé. Mais la démonstration de force ne fait pas plier la résilience iranienne. Trump a renforcé la pression après la répression violente des manifestations de janvier, avant de viser un accord sous contrainte.
MAE iranien : les négociations se poursuivront si les États-Unis font preuve du "sérieux nécessaire"
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Seyed Abbas Araghchi, a déclaré dimanche que les négociations sur le nucléaire avec les États-Unis se poursuivraient si Washington se... pic.twitter.com/6HkB1ieNjA
- CGTN Français (@CGTNFrancais) February 9, 2026
Téhéran défie Washington et fixe ses lignes rouges
Israël complique l'équation. Netanyahou atterrit mercredi à Washington pour marteler une ligne dure auprès de Trump. Son bureau exige que missiles balistiques et proxies «soient inclus dans toute négociation», une ingérence qui alourdit un processus déjà fragile.
Dimanche, Abbas Araghchi, négociateur en chef iranien, tranche sans détour. Téhéran ne cédera rien sur l'enrichissement de l'uranium civil :
«Même si une guerre nous est imposée».
Cette ligne rouge répond frontalement aux gesticulations militaires américaines.
Le déploiement naval «ne nous effraie pas», balaie-t-il d'un revers de main.
Araghchi avance un chemin concret : «une série de mesures de confiance concernant le programme nucléaire» contre une levée des sanctions. Mais il doute du «sérieux» des États-Unis à «mener de véritables négociations». Il «évaluera l'ensemble des signaux et décidera de la poursuite des négociations», confirmant sur Al-Jazeera qu'une nouvelle ronde est envisagée.
Trump envoie son message à Téhéran depuis le porte-avions
La visite de l'émissaire américain Steve Witkoff à bord de l'Abraham Lincoln, aux côtés de Jared Kushner et de l'amiral Brad Cooper, a servi à relayer directement le message de Trump aux Iraniens, mettant en avant «le message de paix et de force du président» américain.
Les discussions de vendredi avec Araghchi marquent un pas en avant. Trump se montre optimiste, évoquant des discussions «très bonnes» qui «se poursuivront en début de semaine prochaine».
Le président iranien Massoud Pezeshkian salue ces pourparlers comme «un pas en avant», l'affirmant sur X.
«Encore un long chemin à parcourir pour établir la confiance», tempère Araghchi.
Face aux exigences inspirées par Israël visant à élargir l'accord au-delà du nucléaire civil, l'Iran revendique son droit légitime à se protéger, sans céder aux pressions économiques.
Araghchi est clair :
Ils ne peuvent «jamais être négociés», car il s'agit «d'un enjeu de défense».
source : Géopolitique Profonde