
Par Larry Johnson, le 12 février 2026
Le principal sujet de discussion de la réunion de mercredi entre Donald Trump et Bibi Netanyahu semble avoir été le programme de missiles balistiques de l'Iran. Mais il ne s'agissait pas vraiment d'une discussion... Bibi et ses conseillers ont plutôt tenté de convaincre Trump et son équipe de la nécessité de mettre fin à la capacité balistique de l'Iran. Pourquoi cette insistance sur ces missiles alors que, jusqu'à récemment, la grande préoccupation était de savoir si l'Iran pouvait se doter de l'arme nucléaire ? Le discours des États-Unis et d'Israël sur les frappes de missiles et de drones iraniens en Israël pendant la guerre de 12 jours en juin 2025 soutient que l'Iran n'aurait causé que peu de dégâts et que la puissance combinée des systèmes de défense aérienne américains et israéliens aurait abattu 90 % des missiles balistiques iraniens. Si c'était vrai, pourquoi Netanyahu insiste-t-il tant auprès de Trump sur la nécessité d'éliminer l'arsenal de missiles balistiques de l'Iran ?
La réponse est simple... Il suffit de s'intéresser aux dégâts causés par les missiles balistiques iraniens en Israël pendant la guerre de 12 jours en juin 2025, d'après les reportages et les analyses indépendantes du conflit (la plupart des détails sur les dégâts ont initialement été censurés ou n'ont pas été entièrement divulgués par les autorités israéliennes, mais des sources indépendantes et étrangères ont fourni des informations).
L'Iran a lancé plus de 1 000 missiles balistiques vers Israël au cours des 12 jours de conflit, souvent en salves massives qui ont accablé les défenses aériennes israéliennes et américaines. Les systèmes de défense antimissile multicouches d'Israël en ont intercepté certains, mais un nombre important est tout de même passé et a atteint ses cibles.
Des centaines de bâtiments dans les grandes villes telles que la banlieue de Tel Aviv (Bat Yam, Ramat Gan) ont été touchés, certains bâtiments ayant été si gravement atteints qu'ils ont dû être démolis par la suite. Rien qu'à Tel Aviv, les experts ont recensé les dégâts causés à environ 480 bâtiments sur plusieurs sites touchés.
Les missiles iraniens ont détruit des infrastructures publiques essentielles, telles que le centre médical Soroka à Be'er Sheva, frappé par un missile iranien qui a causé des dommages structurels et des fuites chimiques. L'aile touchée a été évacuée. Les infrastructures électriques et hydrauliques ont également été atteintes, contribuant à des interruptions de service.
Les frappes balistiques iraniennes ont également touché des installations hautement stratégiques. L'Institut Weizmann des sciences (un important institut de recherche situé à Rehovot) a été sérieusement endommagé : environ 90 % de ses structures ont été détruites, ainsi que des dizaines de laboratoires, et environ 25 % de ses activités ont été suspendues.
Des données radar indépendantes et des rapports ont montré que les missiles iraniens ont directement touché environ cinq installations des Forces de défense israéliennes (FDI), notamment une base aérienne, un centre de renseignement et une base logistique. Les autorités israéliennes n'ont pas confirmé publiquement ces frappes à l'époque, en raison de la censure militaire. Les infrastructures de raffinage du pétrole israéliennes - en particulier dans la baie de Haïfa - ont également été directement touchées et endommagées par les missiles iraniens, notamment les unités et les pipelines essentiels de la raffinerie de Bazan, faisant plusieurs victimes. La frappe contre le complexe de raffinerie de pétrole de Bazan à Haïfa, l'une des installations énergétiques les plus importantes d'Israël, a gravement endommagé l'unité de production d'électricité et d'autres infrastructures essentielles à son fonctionnement.
La réunion de mercredi entre Trump et Netanyahu a duré près de trois heures (plus longtemps que prévu) et, selon les médias israéliens, a également réuni le secrétaire d'État américain Marco Rubio, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, l'envoyé spécial américain Steve Witkoff, Jared Kushner, l'ambassadeur américain en Israël Mike Huckabee, l'ambassadeur d'Israël aux États-Unis Yechiel Leiter, le secrétaire militaire Roman Gofman, le directeur par intérim du Conseil national de sécurité Gil Reich, Michael Eisenberg, Ziv Agmon et le conseiller Ofir Falk.
Alors, de quoi le président Trump et Bibi ont-ils parlé mercredi ? Selon le Jerusalem Post :
"Le Premier ministre a présenté des informations sur le renforcement militaire de l'Iran, y compris les développements liés à son programme de missiles balistiques. Il a également fait savoir que si Trump décide de frapper l'Iran, l'opération doit également inclure le projet de missiles balistiques".
Haaretz a repris l'article du Jerusalem Post, mais a également souligné que Netanyahu craint la conclusion d'un accord entre Trump et l'Iran garantissant que ce dernier ne possède pas et ne possédera pas d'arme nucléaire. Netanyahu pense que cela serait néfaste pour Israël :
" Les messages du bureau du Premier ministre indiquent qu'un tel accord serait préjudiciable non seulement pour Israël, mais aussi pour l'ensemble du Moyen-Orient. Netanyahu chercherait à faire échouer tout accord ne prévoyant pas de restrictions significatives sur la production de missiles balistiques en Iran, tout en évitant d'être perçu comme encourageant les États-Unis à entrer en guerre avec des conséquences imprévisibles".
Rappelez-vous toutes les apparitions de Bibi à l'ONU et au Congrès américain avec des photos d'une bombe nucléaire iranienne imaginaire. La bombe n'est plus la priorité d'Israël. L'élimination des missiles balistiques iraniens est désormais la priorité numéro un, car Israël a subi un revers cuisant en juin dernier et Netanyahu craint que l'Iran ne mette à exécution ses menaces de riposter avec ses missiles en cas d'attaque.
Trump a tenté d'apaiser Bibi en annonçant avoir ordonné à la marine de SE PRÉPARER à déployer un autre groupe aéronaval en mer d'Oman. Le mot clé est PRÉPARATION... Se préparer et ordonner un déploiement sont deux notions bien différentes. Je suis heureux de reconnaître m'être trompé au sujet d'une attaque américaine cette semaine. D'après le compte rendu de Trump sur sa rencontre avec Bibi, il y aura au moins une autre série de pourparlers à Oman entre les États-Unis et l'Iran avant qu'une nouvelle attaque contre l'Iran ne soit déclenchée.
Malgré les vantardises constantes de Trump sur la puissance militaire américaine, les États-Unis n'ont pas la capacité de détruire les missiles balistiques iraniens. Tout d'abord, les missiles iraniens sont stockés sous terre dans des tunnels fortifiés répartis dans tout le pays. L'armée américaine s'est ridiculisée en mars dernier lorsqu'elle n'a pas réussi à détruire les missiles balistiques houthis au cours des sept semaines de l'opération Rough Rider... Trouver et détruire un lanceur de missiles mobile est extrêmement complexe. Contrairement au Yémen, qui ne disposait ni de système de défense aérienne intégré ni d'armée de l'air, l'Iran possède les deux. L'absence de suprématie aérienne des États-Unis complique la tâche de localisation et de destruction des missiles balistiques en Iran. En supposant que l'Iran n'utilise pas de leurres pour épuiser le stock de missiles dont disposent les États-Unis pour détruire les capacités iraniennes.
L'Iran est disposé et prêt à conclure un accord qui garantira à Trump que le pays ne développe pas de programme nucléaire militaire. Et, d'après la récente interview de Rick Sanchez avec le ministre iranien des Affaires étrangères Araghchi, l'Iran est prêt à faire des concessions sur l'enrichissement de l'uranium. Même si Trump a du mal à l'admettre, il relancera de fait le JCPOA s'il accepte l'offre de l'Iran.
Traduit par Spirit of Free Speech
Danny Davis et moi-même avons évoqué en détail la situation avec l'Iran aujourd'hui.
youtube-nocookie.comAndrey Klintsevich, analyste militaire et politique russe, coprésident de l'International Unity Club, m'a interviewé mercredi dernier (la vidéo vient d'être publiée aujourd'hui sur la chaîne YouTube du Club) au sujet de la situation politique aux États-Unis.