
Par Karim pour BettBeat Media, le 20 février 2026
Le salut de l'Iran réside dans la démonstration incontestable qu'il est prêt à se battre, subir des sanctions catastrophiques et infliger des coûts si lourds que même cet empire dépravé sera contraint de revoir sa position.
Trompez-moi une fois, honte à vous. Trompez-moi deux fois, honte à moi.
L'Empire ne négocie pas. Il dévore. Il envoie ses émissaires - des spéculateurs immobiliers, des gendres milliardaires, des hommes dont les noms figurent dans les dossiers du gratin des prédateurs les plus dépravés jamais répertoriés - et qualifie cela de diplomatie.
Il déploie des groupes aéronavals au large de vos côtes, déplace plus de cinquante avions de chasse à portée de frappe de vos villes en une seule journée, puis, par l'intermédiaire de son attaché de presse, vous intime de conclure un accord "pour le bien de tous". Ce n'est pas de la politique. C'est l'idiome de l'Empire.
Et pendant ce temps, l'Iran, de l'autre côté de la table, a passé quatre ans sans comprendre à qui il a réellement affaire - non pas parce que la République islamique manque de renseignements ou d'informations, mais parce qu'elle manque de lucidité, de force morale et de courage institutionnel pour regarder le monstre en face et lui dire : "Non. Attaquez-nous. Nous sommes prêts à vous affronter".
J'appelle cela de la "naïveté structurelle" : un État affaibli, confronté à un adversaire dont la dépravation est sans bornes, s'accroche à des conventions diplomatiques que l'adversaire a déjà rejetées, à des principes que l'adversaire a déjà bafoués, et attend des résultats que l'adversaire n'a aucune intention de concéder. Ce n'est pas de l'ignorance. On pourrait aussi parler de naïveté structurelle - non pas la naïveté au sens ordinaire du terme, mais la naïveté totale, logique et humainement compréhensible que ressentirait toute personne normalement constituée face à un psychopathe meurtrier qui brandit déjà ses armes. C'est cette naïveté déguisée en pragmatisme. C'est dire oui à la peur. Et c'est ce qui tue l'Iran.
La stratégie Epstein
Pour comprendre en quoi la posture de négociation de l'Iran est suicidaire, il faut d'abord comprendre qui se trouve de l'autre côté de la table. Ce n'est pas l'Amérique au sens abstrait et institutionnel. Ce n'est pas "l'Occident". Ce n'est pas un rival civilisationnel engagé dans une grande stratégie. Ce qui se trouve en face d'Abbas Araghchi à Genève est bien plus sordide et dangereux : une classe dirigeante dont la corruption a été documentée dans plus de trois millions de pages de preuves publiées par le gouvernement qu'elle contrôle.
Il s'agit de la stratégie Epstein. Pas de grands stratèges à l'image de Metternich ou de Bismarck, mais un consortium d'escrocs, de prédateurs et de spéculateurs immobiliers qui traitent le démantèlement des nations souveraines comme ils traitent un rachat par endettement. La caste de pédophiles qui a pris le contrôle de l'Empire - ou était-elle déjà aux commandes - ce sont ces gens avec lesquelles l'Iran pense pouvoir parvenir à un "accord sur les principes directeurs".
"L'Empire se moque des déclarations de l'Iran. Il ne se soucie que de son pouvoir et de sa capacité d'action - demandez à la Corée du Nord et à la Libye, au besoin".
Révolutions de couleur meurtrières
La naïveté des dirigeants iraniens s'aggrave avec leur refus - ou leur incapacité - à reconnaître publiquement ce que les dossiers Epstein ont désormais établi sans contestation possible : les liens étroits entre l'État israélien, les services de renseignement israéliens et les réseaux d'élite de chantage et de coercition qui sous-tendent la politique américaine en Asie occidentale.
Les liens entre le financier américain déchu Jeffrey Epstein et Israël s'avèrent plus limpides depuis la publication par le ministère américain de la Justice de millions de documents relatifs au délinquant sexuel condamné. Ces documents révèlent plus de détails sur les interactions d'Epstein avec des membres de l'élite mondiale, notamment l'ancien Premier ministre israélien Ehud Barak. Selon un document figurant parmi les millions de pages récemment publiées par le ministère de la Justice, un informateur infiltré du FBI "est convaincu" qu'Epstein était un espion israélien.
Selon le dossier, l'informateur se souvient qu'Alan Dershowitz, l'avocat d'Epstein, a déclaré à l'ancien procureur américain Alexander Acosta qu'Epstein "appartient à la fois aux services du renseignement américains et alliés".
Ce dernier a ensuite admis :
"On m'a dit qu'Epstein 'appartient aux services du renseignement' et qu'il vaut mieux laisser tomber".
Voilà avec quel genre de personne l'Iran négocie. Pas avec l'Amérique républicaine. Pas avec l'Amérique démocratique. Avec l'Amérique, l'État du chantage, un empire dont l'appareil politique en Asie occidentale est empêtré dans des réseaux liés aux services du renseignement, impliqués dans la prédation sexuelle d'enfants, la coercition financière et la compromission des élites.
Et pourtant, l'Iran continue de qualifier les pourparlers de "constructifs". Il continue de proposer une coopération économique avec des entreprises américaines. Il continue de croire qu'un accord "équitable et équilibré" est possible avec un empire qui a bombardé ses installations nucléaires il y a à peine six mois, a sanctionné sa population jusqu'à la famine, a assassiné Qassem Soleimani et d'autres hauts responsables, a fomenté une révolution de couleur meurtrière et dont le président appelle ouvertement à un changement de régime. Ce n'est pas de la diplomatie. C'est un désir mortifère.
L'armada en approche
Alors qu'Araghchi évoque des "principes directeurs" et une "fenêtre d'opportunité", la réalité militaire se prépare au carnage.
Le 13 février 2026, des sources ont déclaré que le porte-avions USS Gerald Ford a été déployé en Asie occidentale dans le cadre du renforcement de la présence américaine. Plusieurs officiers affirment qu'ils se préparent à mener "des opérations de plusieurs semaines contre l'Iran". C'est la plus imposante présence aérienne de l'armée de l'air américaine au Moyen-Orient depuis l'invasion de l'Irak en 2003.
Cette fois, une attaque aérienne américaine contre l'Iran pourrait durer, en particulier si Trump cherche à infliger des ravages durables, voire fatals, au régime. Si les négociations avec l'Iran échouent, Trump dispose d'un éventail d'options, notamment une attaque totale susceptible de renverser le régime, ou des frappes limitées pour empêcher l'Iran de reconstruire ses installations nucléaires.
Malgré les pourparlers en cours, la Maison Blanche a été informée que l'armée américaine serait prête à attaquer d'ici le week-end, après un renforcement ces derniers jours des effectifs aériens et navals en Asie occidentale.
Et puis, il y a la date butoir. Jeudi, Trump a averti Téhéran qu'il ne lui reste que 10 à 15 jours pour conclure un "accord significatif" avec Washington. "Nous devrons donc peut-être agir, ou peut-être pas", a déclaré Trump, faisant à nouveau allusion à sa menace d'une action militaire contre Téhéran.
Dix jours. L'empire vous donne dix jours pour renoncer à votre souveraineté, démanteler vos défenses et ouvrir votre économie à la même pègre qui a transformé des îles privées en usines à violer des enfants. Et le ministre iranien des Affaires étrangères répond qu'il "rédige un cadre pour les futures négociations".
Il existe un terme pour désigner ce genre de comportement. Ce n'est pas de la diplomatie. C'est une capitulation au ralenti, camouflée derrière des discours apaisants autour du processus.
"La dissuasion ne fonctionne que lorsque l'adversaire pense que vous utiliserez les moyens dont vous disposez. L'Iran a passé l'année dernière à prouver, à chaque occasion, qu'il ne les utiliserait pas".
Qu'est-ce que l'Empire ?
L'échec fondamental de la stratégie iranienne - et de l'ensemble de l'écosystème d'analystes, de conseillers et de fonctionnaires qui composent l'appareil de politique étrangère de Téhéran - tient à son incapacité à comprendre la nature de l'entité à laquelle elle est confrontée. L'Iran persiste à traiter les États-Unis comme un acteur rationnel poursuivant des intérêts stratégiques identifiables par des moyens prévisibles. Or, ce n'est pas le cas. Ce n'est plus le cas depuis longtemps.
Epstein est l'Empire. Thiel est l'Empire. JP Morgan est l'Empire. Netanyahu est l'Empire. Musk est l'Empire. Wexner est l'Empire. L'Empire n'est pas un partenaire de négociation. Il n'est même pas question de différend. L'Empire est un prédateur moribond, de plus en plus erratique et dangereux, qui se débat dans sa chute, flanqué de courtisans qui pillent le trésor pendant que le navire sombre.
Et maintenant, les dossiers Epstein confirment ce qui aurait dû être évident depuis le début : la classe dirigeante américaine n'est pas simplement corrompue au sens ordinaire du terme. Elle est dépravée. Sa politique étrangère en Asie occidentale n'est pas dictée par l'intérêt national, mais par les impératifs d'un réseau de milliardaires, d'agents du renseignement et de personnalités politiques dont le comportement immoral a été documenté dans des millions de pages de preuves que leur propre gouvernement tente de supprimer.
Voilà le genre d'individus qui décident de la vie ou de la mort de l'Iran. Pas les hommes d'État. Pas les stratèges. Un cartel de milliardaires corrompus et de leurs complices dont la relation avec le pouvoir repose, comme le révèlent leurs propres documents, sur le trafic et l'exploitation sexuelle d'enfants.
La seule carte à jouer : être prêt à se battre
Le salut de l'Iran, s'il est encore possible, ne viendra pas de négociations plus efficaces à Genève ou de propositions économiques plus attrayantes pour attirer les entreprises américaines dans ses champs pétrolifères. Il réside dans la démonstration crédible et sans équivoque que la République islamique est prête à se battre, à subir des sanctions catastrophiques et à infliger des coûts si lourds que même cet empire dépravé devra reconsidérer l'affaire.
Ce n'est pas un appel à l'imprudence. C'est une évaluation stratégique aussi lucide que possible. La dissuasion ne fonctionne que si l'adversaire estime que vous utiliserez les moyens dont vous disposez. L'Iran a passé l'année dernière à prouver, à chaque occasion, qu'il n'en fera rien. Il n'a pas réussi à déplacer son uranium enrichi avant les frappes qu'il aurait dû anticiper. Il a regardé son réseau de mandataires se désintégrer sans déclencher les représailles que l'"axe de la résistance" était censé apporter. Il a laissé ses propres citoyens se faire massacrer, puis est revenu à la table des négociations comme si de rien n'était. Chaque signal envoyé par l'Iran communique un message unique à Washington et Tel-Aviv : "Nous vous craignons. Nous endurerons sans broncher. Laissez-nous simplement survivre".
Un sentiment tout à fait compréhensible pour nous, simples mortels. Mais pour l'empire, ce message ne signifie qu'une seule chose : un aveu de faiblesse.
Or, la faiblesse invite à la destruction.
"La tactique iranienne consiste à essayer de convaincre les États-Unis que la guerre sera coûteuse", a déclaré Vali Nasr, professeur à l'université Johns Hopkins. "On ne parle pas de juin. Ce ne sera pas comme au Venezuela : les États-Unis devront envisager certains coûts avant de frapper l'Iran", a-t-il ajouté.
Or, "essayer de convaincre" ne revient pas à "démontrer". Organiser des exercices navals dans le détroit d'Ormuz alors que deux groupes aéronavals se trouvent à portée de frappe, c'est du bluff. Déclarer que les missiles sont "non négociables" alors que votre programme nucléaire est en ruines, c'est de la rhétorique. L'empire se moque des paroles de l'Iran. Il ne se soucie que des capacités et des intentions - demandez à la Corée du Nord et à la Libye. Or, sur ces deux points, l'Iran a passé quatre ans à faire savoir qu'il ne détient ni l'un ni l'autre.
Le paradoxe s'avère brutal : le seul moyen pour l'Iran d'éviter la guerre est peut-être de la rendre si coûteuse que même cette classe dirigeante exsangue, corrompue et perturbée par l'affaire Epstein hésitera. Ce qui signifie non pas des exercices navals, mais une véritable préparation opérationnelle. Il ne s'agit pas de discours sur la "gifle à l'armée la plus puissante du monde", mais du déploiement discret et indéniable de capacités qui feraient d'une frappe américaine une catastrophe stratégique plutôt qu'un feu d'artifice sans conséquences.
En juin 2025, Israël a détruit des installations iraniennes parce qu'il a estimé, à juste titre, que le coût serait gérable. Quelques jours plus tard, Trump a lancé l'opération "Midnight Hammer" visant trois sites nucléaires. Ils ont eu raison. Cela n'a pas coûté grand-chose. L'Iran a encaissé le coup et est retourné à la table des négociations.
La prochaine fois, l'Iran doit s'assurer que ce calcul ne tient plus : le coût d'une frappe doit être si catastrophique et inacceptable que même cet empire imprudent y réfléchira à deux fois. Sinon, il n'y aura pas de prochaine fois. Il n'y aura plus rien à frapper.
La faillite morale et l'espoir
La naïveté structurelle de l'Iran repose sur une dernière illusion dévastatrice : croire qu'il existe, quelque part au sein du système américain, un acteur rationnel avec qui négocier, un groupe en faveur de la paix, un frein à la machine de destruction. Il n'y en a pas. Le mouvement anti-guerre américain est mort. Le Parti démocrate, qui prétendait autrefois s'opposer à l'aventurisme militaire, a été englouti par ses propres contradictions.
Le Parti républicain est dirigé par un homme dont le nom apparaît à plusieurs reprises dans les dossiers Epstein, et dont l' administration discute ouvertement du changement de régime en Iran comme de "la meilleure chose qui puisse arriver".
On a fait remarquer que les déclarations des responsables iraniens en Iran sont bien plus radicales que celles faites à l'étranger lors des négociations, illustrant ainsi leur manque de clarté s'agissant des possibles compromis.
Cette schizophrénie interne témoigne de cette naïveté structurelle. À l'intérieur du pays, le régime tient un discours ferme, car il doit maintenir l'illusion de la défiance pour son public national. À l'étranger, il tient un discours modéré, car il craint de provoquer l'Empire, qui se prépare déjà à agir. Cette politique ne satisfait personne, trop conciliante pour dissuader, trop belliqueuse pour rassurer et trop incohérente pour constituer une stratégie.
La question pour l'Iran n'est pas de savoir s'il peut conclure un accord avec ces gens. Il ne le peut pas. La question est de savoir s'il a le courage de se préparer à ce qui va se produire - et de faire payer à l'Empire un prix suffisamment fort pour offrir à la prochaine génération autre chose que des cendres.
La bataille contre le Mal
Je le dis sans détour : ma position reste celle du spectateur. Je suis plus que certain que j'aurais tout autant peur qu'eux. Je suis convaincu que je succomberais moi aussi à une naïveté structurelle. Je dis simplement que succomber à cette naïveté risque d'être fatal. Je comprends parfaitement la crainte de l'Iran, mais l'unique solution est de refuser de laisser cette crainte dicter notre conduite.
Le temps presse. L'armada est déployée. Le clan Epstein siège à la table des négociations. L'Iran siège en face, toujours avec espoir. Il rédige encore des propositions. Il est encore convaincu, envers et contre tout, que s'il formule les bonnes incitations économiques, la bonne formule diplomatique et les bons mots, la bête s'en contentera.
Mais ce ne sera pas le cas. Ça ne l'a jamais été. Les empires ne négocient pas avec les faibles. Ils les dévorent. L'unique langage qu'ils comprennent est l'assurance crédible d'un coût inacceptable. L'Iran n'a pas parlé ce langage. S'il ne s'y met pas immédiatement, avant l'expiration du délai, la naïveté structurelle qui a défini sa posture pendant quatre ans pourrait bien faire figure d'épitaphe sur sa tombe.
Traduit par Spirit of Free Speech