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 Israël et les États-Unis lancent des frappes contre l'Iran

Pourquoi Washington et Tel-Aviv s'en prennent à l'Iran

Par  Thomas Fazi, le 28 février 2026

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, explique la véritable raison de l'attaque des États-Unis et d'Israël contre l'Iran : "Ce n'est qu'une doctrine de domination... L'imposition d'une éternelle inégalité".

Si vous voulez comprendre pourquoi les États-Unis et Israël attaquent et tentent de soumettre l'Iran, je vous invite à lire ce discours historique prononcé par le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi au début du mois lors du 16e Forum Al Jazeera qui s'est tenu à Doha :

"Excellences,

Chers collègues,

Mesdames et Messieurs,

السلام علیکم

C'est un privilège de m'adresser à vous dans le cadre de ce forum prestigieux et de discuter de la question cruciale qui touche notre région : la Palestine.

Permettez-moi de commencer par une réalité que la région a apprise au fil de décennies d'expériences douloureuses, et que le monde est en train de réapprendre au prix d'un terrible coût humain : La Palestine n'est pas une question parmi tant d'autres.

La Palestine est la question déterminante en matière de justice en Asie occidentale et au-delà. Elle est la boussole stratégique et morale de notre région.

Elle permet de déterminer si le droit international a un sens, si les droits de l'homme sont universels et si les institutions mondiales sont là pour protéger les faibles ou simplement pour rationaliser le pouvoir des forts.

Pendant des générations, la crise palestinienne a été principalement considérée comme la conséquence d'une occupation illégale et du déni d'un droit inaliénable : le droit d'un peuple à l'autodétermination. Mais aujourd'hui, nous devons reconnaître que la crise a largement dépassé le cadre de la seule occupation. Ce à quoi nous assistons à Gaza n'est pas simplement une guerre. Ce n'est pas un "conflit" entre des camps égaux. Ce n'est pas un dommage collatéral fâcheux lié à des mesures de sécurité. C'est la destruction délibérée de vies civiles à grande échelle. C'est un génocide.

Le coût humain des atrocités commises par Israël à Gaza a meurtri la conscience de l'humanité. Il a bouleversé le monde musulman et a secoué des millions de personnes au-delà de ses frontières : des chrétiens, des juifs et des croyants de toutes confessions, qui croient encore que la vie d'un enfant n'est pas monnayable, que la famine n'est pas une arme, que les hôpitaux ne sont pas des champs de bataille et que le massacre de familles ne relève pas de la légitime défense.

La Palestine d'aujourd'hui n'est pas seulement une tragédie, c'est un miroir tendu au monde. Elle reflète non seulement la souffrance des Palestiniens, mais aussi l'échec moral de ceux qui avaient le pouvoir de mettre fin à cette catastrophe et ont préféré la justifier, la permettre ou la normaliser.

Mais la Palestine et Gaza ne se résument pas à une crise humanitaire. Elles sont devenues le théâtre d'un phénomène plus vaste et plus dangereux : un projet expansionniste mené sous couvert de "sécurité".

Ce projet entraîne trois conséquences, toutes trois profondément alarmantes :

La première conséquence est mondiale. Les agissements du régime israélien en Palestine et l'impunité dont il bénéficie ont gravement porté atteinte à l'ordre juridique international. Nous devons le dire clairement : le monde s'achemine vers une réalité où le droit international n'est plus respecté et ne régit plus les relations internationales.

Le plus inquiétant tient sans doute au précédent ainsi créé : si un État bénéficie de suffisamment de soutien et de protection politiques, il peut bombarder des civils, assiéger des populations, détruire des infrastructures, assassiner des individus au-delà de ses frontières et continuer à prétendre agir dans le respect du droit.

Ce n'est pas seulement un problème palestinien. C'est un problème mondial.

Nous assistons non seulement à la tragédie de la Palestine, mais aussi à la mutation du monde en un lieu où la loi cède la place à la force.

La deuxième conséquence est régionale. Le projet expansionniste d'Israël a un impact direct et déstabilisateur sur la sécurité de tous les pays de la région.

Le régime israélien viole désormais ouvertement les frontières. Il enfreint les souverainetés. Il assassine des dignitaires officiels. Il mène des opérations terroristes. Il étend son influence sur plusieurs théâtres d'opérations. Et le fait non pas discrètement, mais avec une arrogance décomplexée, car il a compris qu'il n'aura jamais à rendre de comptes à la communauté internationale.

Soyons francs : si la question de Gaza se "règle" à coups de destruction et de déplacements forcés, si cela devient la norme, alors la Cisjordanie est la prochaine sur la liste. L'annexion deviendra politiquement légitime.

C'est là l'essence même de ce qu'on qualifie depuis longtemps de projet du "Grand Israël".

La question n'est donc pas de savoir si les actions d'Israël menacent uniquement les Palestiniens.

La question est de savoir si la région va accepter un avenir fait de frontières temporaires, une souveraineté conditionnelle et une sécurité dictée non pas par le droit ou la diplomatie, mais par les ambitions d'un occupant armé.

La troisième conséquence est structurelle, et probablement la plus dangereuse.

Le projet expansionniste d'Israël exige l'affaiblissement des pays voisins sur les plans militaire, technologique, économique et social, afin que le régime israélien puisse durablement conserver l'avantage.

Selon ce projet, Israël serait libre d'étendre son arsenal militaire sans limites, y compris les armes de destruction massive qui échappent à tout régime d'inspection. Pourtant, on exige des autres pays qu'ils désarment. D'autres sont contraints de réduire leur capacité défensive. D'autres encore sont punis pour leurs avancées scientifiques. D'autres enfin sont sanctionnés pour avoir développé leur résilience.

Que personne ne s'y trompe : il ne s'agit pas de contrôle des armes, ni de non-prolifération, ni de sécurité.

Il s'agit d'imposer une inégalité perpétuelle : Israël doit jouir d'un "avantage militaire, stratégique et du renseignement permanents" tandis que les autres sont maintenus en position de vulnérabilité. Il ne s'agit que d'une doctrine de domination.

Mesdames et Messieurs,

Voilà pourquoi la question palestinienne ne se résume pas à un problème humanitaire. Elle relève de la stratégie politique. Elle ne concerne pas seulement Gaza et la Cisjordanie. Elle concerne l'avenir de notre région et les lois qui régissent le monde.

Que convient-il donc de faire ?

Exprimer son inquiétude et publier des déclarations ne suffit pas. S'apitoyer ne suffit pas. Nous devons mettre en œuvre une stratégie d'action coordonnée - juridique, diplomatique, économique et sécuritaire - fondée sur les principes du droit international et de notre responsabilité collective.

Premièrement, la communauté internationale doit soutenir sans hésitation les mécanismes juridiques.

Deuxièmement, les violations ne doivent pas rester impunies.

Nous appelons à des sanctions globales et ciblées contre Israël, notamment

  • un embargo immédiat sur les armes,
  • la suspension de la coopération militaire et du renseignement,
  • des sanctions contre les responsables et l'interdiction de tout échange commercial.

Troisièmement, notre horizon politique doit être crédible et fondé sur le droit. La communauté internationale doit affirmer la fin de l'occupation, le droit au retour et à l'indemnisation conformément au droit international, ainsi que la création d'un État palestinien unifié et indépendant avec Al-Quds Al-Sharif pour capitale.

Quatrièmement, la crise humanitaire doit être traitée comme une question relevant de la responsabilité internationale d'urgence. Les sanctions collectives ne doivent jamais être normalisées.

Cinquièmement, les États de la région doivent se coordonner pour protéger leur souveraineté et dissuader toute agression. Le principe doit être clair : la sécurité ne peut reposer sur l'insécurité des autres.

Enfin, le monde islamique, le monde arabe et les nations du Sud doivent former un front diplomatique uni.

L'Organisation de la coopération islamique, la Ligue arabe et les organisations régionales doivent aller au-delà des symboles et passer à une action coordonnée : soutien juridique, initiatives diplomatiques, mesures économiques et messages stratégiques.

Il ne s'agit pas d'une question de confrontation. Il s'agit plutôt d'empêcher le remodelage de la région sous la contrainte.

Chers collègues,

Que personne ne se méprenne : on ne peut maintenir la stabilité d'une région en autorisant un acteur à passer outre la loi. La doctrine de l'impunité ne rendra pas la paix, elle ne fera qu'aggraver le conflit.

La voie vers la stabilité est clairement tracée : justice pour la Palestine, sanctions pour les crimes commis, fin de l'occupation et de l'apartheid, et un ordre régional fondé sur la souveraineté, l'égalité et la coopération.

Si le monde aspire à la paix, il doit cesser de récompenser l'agression.

Si le monde aspire à la stabilité, il doit cesser de favoriser l'expansionnisme.

Si le monde croit au droit international, il doit le faire respecter, en toute cohérence et sans double standard.

Et si les nations de notre région aspirent à un avenir sans guerre éternelle, elles devront reconnaître cette vérité fondamentale : la Palestine n'est pas seulement l'objet de notre solidarité, elle est la pierre angulaire essentielle de la sécurité régionale.

Je vous remercie".

Traduit par  Spirit of Free Speech

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