Les opérations Lion's Roar et Epic Fury illustrent parfaitement comment des actions militaires illégales peuvent bafouer la tradition de la guerre juste et le droit international.
Le Moyen-Orient est à nouveau au bord du gouffre. Cette fois, l'Iran est de nouveau dans le collimateur des États-Unis et d'Israël. Reprenant le modèle établi par ce duo lors de la guerre de juin dernier, les États-Unis et Israël ont lancé des frappes militaires coordonnées sur l'ensemble du territoire iranien. Ces frappes ont non seulement bouleversé la vie des Iraniens, mais ont également entraîné la mort de nombreuses personnalités iraniennes importantes, issues des sphères théologique, militaire, politique et scientifique, et essentielles à la stabilité de la République islamique.
Ces frappes sont intervenues alors que des négociations étaient en cours entre l'Iran et les États-Unis, dans un pays tiers, concernant le programme nucléaire iranien. Alors que l'on s'attendait généralement à ce que l'Iran fasse des concessions aux États-Unis en échange d'un allègement des sanctions, la trahison manifeste de la bonne volonté iranienne par les États-Unis, à travers les frappes militaires, a été totalement inattendue.
Cette trahison s'est concrétisée par deux opérations militaires: l'opération Rugissement du Lion et l'opération Fureur Épique. Toutes deux consistent en une campagne surprise d'assassinats ciblés de personnalités iraniennes clés et en des attaques contre le système balistique et les autres programmes de défense iraniens.
Ces opérations militaires exigent toutefois un examen approfondi d'un point de vue théologico-juridique.
Violation de la théologie de la guerre
Une part importante de la théologie chrétienne est consacrée à l'idée de guerre juste: comment mener une guerre de manière mesurée et humaine. Cette conception théologique a été systématiquement formulée par saint Thomas d'Aquin dans son œuvre majeure, la Somme théologique. Le premier principe qu'il a énoncé pour qu'une guerre soit légitime est la Justa causa, c'est-à-dire la cause juste justifiant qu'une autorité souveraine entre en guerre. Dans le contexte iranien, les gouvernements israélien et américain ont commis un véritable sacrilège. Ils ont prétendu que l'attaque visait à empêcher le gouvernement iranien de se doter de l'arme nucléaire, alors que l'Iran a maintes fois affirmé que son intention n'avait jamais été de créer des armes nucléaires, mais plutôt d'exploiter la puissance de l'atome à des fins civiles et pacifiques.
Le principe suivant énoncé par saint Thomas d'Aquin est celui de la Recta Intentio, ou intention droite. Le duo américano-israélien a soutenu que ses "frappes préventives" étaient destinées à "libérer" le peuple iranien du régime "tyrannique" des ayatollahs. Or, rien n'était plus éloigné de la vérité : la révolution islamique de 1979 s'appuyait non seulement sur un soutien populaire sans précédent contre un gouvernement pro-occidental notoire, mais elle visait également à offrir au peuple iranien un choix : celui d'être libre de décider par lui-même, conformément à ses traditions autochtones, à l'abri des influences néfastes de l'Occident. En outre, le flot de chagrin et de condamnations suscité par les actions militaires israéliennes et américaines à travers tout l'Iran témoigne du soutien indéfectible dont bénéficie le gouvernement théocratique iranien.
Bafouement du droit international
Une grande partie du régime juridique international découle de la tradition théologique de la guerre juste. Dans ce contexte, les opérations Epic Fury et Lion's Roar violent ouvertement le droit international à plusieurs égards. Premièrement, ces opérations militaires contreviennent à l'article 2(4) de la Charte des Nations Unies, qui enjoint aux États membres de s'abstenir de "recourir à la menace ou à l'emploi de la force contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de tout État". Or, les actions des deux pays ont été menées sans déclaration de guerre claire ni autorisation préalable du Conseil de sécurité des Nations Unies.
Elles violent également l'article 51 de la Charte des Nations Unies, relatif au droit de légitime défense. Aucune menace visible ne pesait sur les États-Unis et Israël de la part de l'Iran, en particulier au moment où ce pays était engagé dans des négociations diplomatiques avec les États-Unis et où Gaza retrouvait progressivement une situation normale. Ces attaques visaient à provoquer un "changement de régime" permettant aux États-Unis et à Israël d'installer un dirigeant fantoche pro-occidental qui se plierait à leurs exigences.
Le principe de proportionnalité constitue un autre aspect important. Le droit international humanitaire exige que le recours à la force dans tout conflit soit mesuré, calculé et calibré. Or, les opérations Epic Fury et Lion's Roar étaient tout sauf cela. Ces attaques ont fait de nombreuses victimes civiles, notamment dans une école de Minab où plus d'une centaine d'élèves innocents ont péri. De plus, les frappes aériennes qui ont ciblé l'ayatollah Ali Khamenei ont tué non seulement ce dernier, mais aussi plusieurs membres de sa famille, soulevant de graves questions quant à l'usage excessif de la force. Ce dernier point constitue en effet une violation de la règle 89 du droit international humanitaire (DIH), qui interdit expressément toute violence à l'encontre de la vie des non-combattants.
Enfin, et surtout, il constitue une violation de l'esprit de la diplomatie. Aux termes de l'article 33 de la Charte des Nations Unies, il incombe aux États de régler les différends internationaux de manière pacifique. Ces frappes représentaient, de fait, une atteinte directe à l'esprit de la diplomatie en tant qu'outil permettant de garantir le règlement pacifique des conflits.
Par conséquent, il ne fait aucun doute que les actions unilatérales des États-Unis et d'Israël ont non seulement bafoué la tradition de la guerre juste et le droit international, mais ont également envoyé un message dangereux au monde entier : "Vous pourriez être les prochains".
Il est temps que les forces progressistes du monde s'unissent pour les tenir responsables.
Pranay Kumar Shome, analyste de recherche et doctorant à l'Université centrale Mahatma Gandhi, Bihar, Inde
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