04/03/2026 ismfrance.org  6min #306586

 Le guide suprême iranien, Sayyed Ali Khamenei, assassiné par la coalition israélo-Us

Le martyre de l'Imam Khamenei et la révolution qu'aucun empire ne pourra détruire

 Sayid Marcos Tenorio, 3 mars 2026. Le martyre de l'Imam Seyyed Ali Khamenei ne marque pas la fin d'une ère, mais la transformation de la Révolution islamique en un mouvement encore plus profond, politiquement et spirituellement irréversible.

Prières funéraires organisées pour les 160 fillettes innocentes tuées lors de l'attaque d'une école à Minab, Iran, dans une atmosphère empreinte de deuil.

Assassiné lors d'une attaque menée conjointement par les États-Unis et Israël, le Guide suprême de la République islamique n'a pas été éliminé en tant que dirigeant politique, mais élevé au rang de martyr, inscrivant ainsi sa mort dans la longue tradition de sacrifice qui caractérise l'histoire de l'islam et, plus particulièrement, du chiisme.

Dans la tradition islamique, et notamment dans la conscience historique du chiisme, le martyre ne représente pas une défaite. Au contraire, il constitue la forme suprême de fidélité à l'alliance avec Dieu.

Depuis Karbala, où l'Imam Hussein tomba sous le joug d'un pouvoir injuste, le martyre est devenu un principe fondateur de la résistance. La mort de Khamenei s'inscrit dans cette continuité historique, celle d'un leader qui a traversé des décennies de lutte contre l'impérialisme et le sionisme et qui est mort en témoin d'une cause qui transcende sa propre vie.

Pendant près de quatre décennies, depuis 1989, Khamenei, en tant que Guide suprême, a incarné la continuité de la Révolution islamique fondée par l'Imam Khomeini. Son rôle était unique. En tant que plus haute autorité religieuse et politique du pays, il exerçait une influence décisive sur les grandes orientations de l'État, notamment la politique étrangère, les forces armées et la supervision des institutions centrales de la République islamique.

Bien que souvent perçu en Occident comme un dirigeant absolu, le système politique iranien possède une structure institutionnelle complexe, avec un parlement, une présidence et des instances de contrôle religieux. Le Guide suprême est le gardien des principes fondamentaux de la Révolution et de la loi islamique, garantissant ainsi la continuité du projet révolutionnaire.

Les stratèges qui ont planifié son élimination espéraient probablement provoquer une désorganisation interne, des divisions politiques, voire l'effondrement du système. Cependant, tout porte à croire que c'est l'effet inverse qui s'est produit.

La mort du Guide suprême a provoqué une profonde émotion nationale et a conduit les autorités iraniennes à déclarer la nécessité de venger l'ennemi et de défendre la souveraineté du pays, laissant présager une intensification des tensions régionales.

Le lâche assassinat de l'imam Khamenei marque donc un tournant décisif. Contrairement à d'autres figures de la résistance, comme les commandants militaires ou les dirigeants politiques, Khamenei était perçu par des millions d'Iraniens comme un guide spirituel.

Sa figure dépassait le cadre de la politique quotidienne. Il incarnait la continuité historique de la Révolution islamique et le lien entre religion, souveraineté nationale et résistance à la domination étrangère.

De ce fait, sa mort tend à produire un effet paradoxal. Ce que ses ennemis imaginaient comme un coup décisif porté à la République islamique pourrait se transformer en un puissant facteur de mobilisation.

L'histoire montre que les révolutions disparaissent rarement avec la mort de leurs leaders. Elles s'intensifient souvent. La Révolution islamique elle-même est née du martyre de milliers d'Iraniens tombés lors de la lutte contre le régime du Shah Reza Pahlavi.

En ce sens, le martyre de Khamenei peut être comparé à l'assassinat du général Qassem Soleimani en 2020, qui a provoqué une mobilisation populaire sans précédent.

Il existe cependant une différence essentielle. Soleimani était un commandant militaire directement impliqué dans les opérations militaires. Khamenei était la plus haute autorité religieuse du pays. Sa mort est perçue par de nombreux Iraniens non seulement comme un acte d'agression politique, mais aussi comme une profanation spirituelle.

Cette dimension religieuse est fondamentale pour comprendre le moment historique actuel. Dans la vision chiite du monde, l'histoire n'est pas seulement un processus politique, mais un chemin spirituel guidé par la justice divine.

Manifestation massive contre l'assassinat de Khamenei en Iran. ( VIDEO)

L'attente de la venue de l'Imam Mahdi, le guide promis qui rétablira la justice dans le monde, fait partie intégrante de cette vision historique. Le martyre des dirigeants fidèles à l'alliance avec Dieu est interprété comme un signe de persévérance et de préparation à cette justice future.

Ainsi, loin d'affaiblir la Révolution islamique, l'assassinat de l'Imam Khamenei tend à renforcer son caractère spirituel. La République islamique n'est pas seulement un État ; elle est aussi une expérience civilisationnelle qui affirme la possibilité d'une indépendance politique et culturelle face aux grandes puissances.

L'assassinat de Khamenei fut conçu comme une démonstration de force, mais il pourrait entrer dans l'histoire comme le moment où la révolution islamique acquit une nouvelle légitimité.

Le mécanisme même de succession prévu par la Constitution iranienne démontre que le système a été conçu pour survivre aux individus. Après la mort du Guide suprême, un Conseil de direction intérimaire a assumé les fonctions jusqu'à ce que l'Assemblée des experts choisisse le nouveau chef religieux, assurant ainsi la continuité institutionnelle.

Ceci révèle une réalité fondamentale : la Révolution islamique ne dépend pas d'un seul homme. Elle repose sur des principes religieux, politiques et historiques qui continuent de mobiliser des millions de personnes en Iran et à l'étranger.

Le martyre de l'Imam Khamenei doit donc être compris comme un moment de transition historique. En tombant, il cesse d'être simplement le chef d'une révolution et entre dans sa mémoire sacrée. Sa mort ne met pas fin au processus initié en 1979, mais l'approfondit davantage.

Ceux qui imaginaient que l'élimination du Guide suprême signifierait l'affaiblissement de l'Iran ont peut-être mal compris la nature de la Révolution islamique. Les révolutions fondées uniquement sur le pouvoir peuvent disparaître avec leurs dirigeants. Les révolutions fondées sur la foi survivent aux siècles.

La mort de l'Imam Khamenei marque la fin d'une ère de leadership historique. Mais elle inaugure aussi une nouvelle étape dans laquelle la Révolution islamique se redéfinit comme héritage spirituel, mémoire du sacrifice et promesse de continuité.

Article original en anglais sur  Middle East Monitor / Traduction MR

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