11/03/2026 reseauinternational.net  10min #307369

 Israël et les États-Unis lancent des frappes contre l'Iran

Iran : Une guerre de reconquête coloniale

par Robin Philpot

Qu'ont en commun Yasser Arafat, Nelson Mandela, Thomas Sankara ? La réponse est simple : tous les trois ont tenu à rencontrer les dirigeants de la révolution iranienne, l'Ayatollah Khomeini et l'Ayatollah Khameini. Tous les trois savaient ce que c'est la libération d'un peuple du colonialisme ; tous les trois connaissaient l'impérialisme ; et tous les trois reconnaissaient que la révolution iranienne n'était pas un simple coup de palais, pas une jacquerie, pas une révolte des colonels, mais une révolution de l'envergure de la Révolution française. Ils savaient qu'elle marquerait un point tournant pour les peuples colonisés et dominés par les puissances impériales. Comme pour toute grande révolution, ceux qui ont été battus, défaits et chassés feront tout pour reprendre ce qu'ils ont perdu. C'est ce qui se passe aujourd'hui.

"Aujourd'hui l'Iran, demain la Palestine" dit Arafat, le premier dirigeant politique étranger à se rendre à Téhéran en février 1979 pour rencontrer Khomeini. Jusqu'à là, l'Iran avait d'excellentes relations avec Israël, notamment en lui assurant 60% des besoins pétroliers. L'Iran révolutionnaire a rompu ses relations avec Israël et Khomeini a promis à Arafat que l'Iran se tournerait vers le problème d'Israël dès qu'ils auraient consolidé le pouvoir.

"My Leader", dit Nelson Mandela à Ali Khameini lors qu'il le rencontre à Téhéran en 1992. Pour Mandela, la révolution iranienne était "un exemple irréprochable de lutte victorieuse contre l'oppression" ! l'Iran sous le chah entretenait des relations économiques, politiques et diplomatiques étroites avec le régime d'apartheid d'Afrique du sud. Dès le lendemain de la révolution, l'Iran a rompu ces relations tandis que sud des membres de la famille du chah y ont été accueillis à bras ouverts.

Ali Khameini, un clerc chiite, a rencontré Thomas Sankara, un marxiste élevé dans le christianisme, en 1986 à Lusaka. Pour Khameini, le révolutionnaire burkinabé était "son frère". Tous deux ont été assassinés parce qu'ils refusaient les diktats de puissances impériales.

Une reconquête coloniale

Que l'on ne se trompe pas la guerre que livrent les États-Unis et Israël contre l'Iran a pour objectif de rétablir un ordre mondial qu'on pensait avoir défait, l'ordre mondial contre lequel les Mandela, Arafat, Sankara, Lumumba et tant d'autres se sont battus. Marco Rubio, secrétaire d'État, l'a claironné à la Conférence de Munich en regrettant l'époque des colonies et des empires. Donald Trump l'a trompeté le 28 février dernier lorsqu'il a déclenché cette guerre.

"Ce régime apprendra bientôt, dit-il, que personne ne doit défier la force et la puissance des forces armées des États-Unis". La menace est claire. À bon entendeur, salut !

Il y en a qui se plaise à dire que la guerre actuelle est celle d'Israël et que ce dernier aurait forcé Trump à déclarer la guerre. Faux ! Il suffit de lire le discours de Trump, qui est celui d'un empire qui cherche la revanche contre ce pays qui refuse d'obtempérer et qu'Israël n'est qu'une plateforme de projection de son pouvoir. Israël n'y est mentionné qu'une seule fois.

"Il y a peu, l'armée américaine a lancé une opération militaire de grande envergure en Iran. Notre objectif est de défendre le peuple américain en éliminant les menaces imminentes que représente le régime iranien. Un groupe vicieux composé d'individus très durs et terribles. Ses activités menaçantes mettent directement en danger les États-Unis, nos troupes, nos bases à l'étranger et nos alliés à travers le monde".

"Depuis 47 ans, le régime iranien scande "Mort à l'Amérique" et mène une campagne incessante de massacres et d'assassinats de masse, visant les États-Unis, nos troupes et des innocents dans de très nombreux pays. L'une des toutes premières mesures prises par le régime a été de soutenir la prise de contrôle violente de l'ambassade américaine à Téhéran, retenant en otage des dizaines d'Américains pendant 444 jours".

Que Trump revienne sur la prise de l'ambassade des États-Unis par les étudiants le 4 novembre 1979 pour justifier la guerre n'étonne pas. Ce faisant, il nous convie à la revisiter.

"Un repaire d'espions"

Peu après la prise de l'ambassade, le président Carter a demandé au pape Jean-Paul II d'être un médiateur pour faire libérer les otages. Le pape a offert son aide dans un message à l'Ayatollah Khomeini. Khomieni a répondu dans un texte dont le titre pourrait décrire la réaction de l'Iran aujourd'hui :

"NOUS NE CRAIGNONS NI LES ACTIONS MILITAIRES NI LES SANCTIONS ÉCONOMIQUES"

Son texte est encore d'actualité, surtout en réponse aux commentateurs des médias occidentaux qui recommandent le film Argo de Ben Affleck (et de la CIA). Voici quelques extraits :

"Les 35 millions d'Iraniens, ainsi que les millions des peuples défavorisés du monde entier qui ont subi le joug de l'oppression et la pression du colonialisme, en particulier de la part des États-Unis, comme l'a récemment démontré la pression exercée par Carter, ont tous attendu pendant toutes ces années un mot gentil de la part du pape. Ils s'attendaient à ce que le pape adresse au moins un avertissement sévère aux États-Unis et aux autres puissances qui exploitent les nations défavorisées du monde".

"Pendant cinquante ans, les plus nobles de nos jeunes ont été tués et ont subi des tortures inhumaines et sauvages de la part des agents du chah et des États-Unis. Pendant toutes ces années, le pape n'a ni soutenu notre peuple opprimé ni fait d'effort pour servir de médiateur. Tout à coup, lorsque nos jeunes, qui subissaient des pressions et souffraient depuis de nombreuses années, ont pris le contrôle du repaire d'espionnage et arrêté certaines personnes dans ce nid d'espions, contre lesquelles il existe suffisamment de preuves d'actes répréhensibles, le pape a décidé d'intervenir en tant que médiateur".

Il poursuit au sujet de l'ambassade américaine :

"Les ambassades ne sont pas autorisées à espionner et nous avons le droit légal de les en empêcher. Des experts ont démontré que l'ambassade américaine était un centre d'espionnage et de conspiration. ()

"La meilleure preuve en est que pendant les trois heures où les jeunes gens tentaient de pénétrer dans le repaire des espions, le personnel de l'ambassade s'est affairé à détruire les preuves documentaires, ne laissant derrière lui qu'un tas de poudre. Si le bâtiment était vraiment une ambassade et si ces papiers étaient vraiment des documents de l'ambassade, il n'aurait pas été nécessaire de les détruire aussi précipitamment".

Qu'est-ce que les étudiants ont trouvé après avoir collé les morceaux des documents pilonnés ? Voici un exemple. (Voir la reproduction)

Dans un télégramme "top secret" que le général Robert Huyser, envoyé militaire spécial du président Carter, a adressé au général Alexander Haig, commandant en chef des forces armées américaines, en janvier 1979, peu avant le retour de Khomeini en Iran, on peut voir que les Américains planifiaient un coup d'État si le gouvernement de Chapour Bakhtiar mis en place in extremis par le chah n'obtempérait pas à leurs consignes :

"My guidance to the military is we must go to a straight military take over. Also I think there are several elements outside the Gov. that want a complete civil war here. One good way to trigger that is to have Khomeini return and be assassinated". ("Mon conseil à l'arméeest que nous passions directement à un coup d'État militaire Je pense également qu'il existe plusieurs éléments extérieurs au gouvernement qui souhaitent une guerre civile totale ici. Un bon moyen de déclencher cela serait de faire revenir Khomeini et de le faire assassiner".) (Voir la reproduction)

Voilà la logique meurtrière américaine à l'œuvre il y 47 ans. Ils n'ont pas réussi à assassiner Khomeini, mais ils ont assassiné son successeur.

En revenant sur les 47 ans de conflit avec l'Iran, Trump a oublié de mentionner l'échec d'une autre tentative de renverser la révolution iranienne : la guerre meurtrière qu'a livrée de 1980 à 1988 leur allié de circonstance, Saddam Hussein de l'Irak. Que ceux qui sont tentés de faire la sale besogne des États-Unis dans la guerre actuelle se rappelle le sort réservé à Saddam Hussein.

L'Iran a survécu à cette guerre qui a vu l'Irak recourir massivement à l'utilisation d'armes chimiques avec l'aide technologique des États-Unis, malgré leur prétendue neutralité. Disait Henry Kissinger : "C'est dommage qu'ils ne puissent pas perdre tous les deux".

Prétextes farfelus

Les États-Unis et Israël prétendent avoir déclenché cette guerre
1) pour éliminer la menace nucléaire iranienne :
2) pour libérer les femmes et le peuple iraniens :
3) pour éliminer un régime de fanatiques religieux.

Comment croire au premier prétexte depuis le mensonge éhonté des "armes de destruction massive" de l'administration américaine justifiant la guerre contre l'Irak en 2003 ?

Comment croire après les mensonges éhontés de l'administration Trump sur la mort de Renee Good et d'Alex Pretti à Minneapolis en janvier 2026 ? Ils ont menti au vu et au su de tous mais aujourd'hui ils nous diraient la vérité ?

D'autant plus que depuis les années 1990, le guide suprême Khameini a émis une fatwa contre l'acquisition, le développement et l'utilisation d'armes nucléaires, fatwa reconnue internationalement et répétée entre autres par le président Obama et son secrétaire d'État John Kerry.

Trump et de nombreux perroquets des médias tentent aussi de nous épouvanter en brandissant le spectre de ce qui pourrait arriver si l'Iran avait des armes nucléaires.

Et on inversait le proverbe, "Deux tu tiens vaut un tu l'auras" ? Ne vaut-il pas mieux de contester d'abord la seule puissance qui a déjà largué une bombe atomique et qui en possède des stocks massifs, et ensuite Israël, qui en possède depuis longtemps mais dont personne ne parle.

Libération des femmes et du peuple iranien : Parlons-en !

D'abord, les bombes n'ont jamais libéré un peuple et ne le libéreront jamais ! Il va de soi.

En ce qui concerne la condition des femmes depuis la révolution de 1979, si on arrive à percer la propagande occidentale, on en trouve un portrait tout autre.

Côté alphabétisation, le progrès depuis l'époque sombre d'avant 1979 dépasse celui de la plupart des pays du monde. Selon le journal indien  TimesNowNews :

"L'Iran a accompli l'une des plus grandes révolutions sociales de son histoire en matière d'alphabétisation des femmes, passant de 35,5% en 1976 à 85,1% en 2023, selon les statistiques de la Banque mondiale et de l'UNESCO.

Grâce à l'amélioration de l'accès des femmes à l'éducation, beaucoup ont pu poursuivre des études supérieures dans des domaines professionnels. Les statistiques du secteur éducatif du pays montrent que le nombre d'étudiantes dans les universités du pays a déjà dépassé les 50%".

En matière de santé des femmes, tous les indicateurs révèlent des progrès inouïs depuis la révolution de 1979.

L'une des raisons de ces progrès selon la journaliste iranienne  Maryam Qarehgozlou est la présence des femmes dans les professions médicales :

"Environ 40% des médecins spécialistes sont des femmes, et environ 27% des sous-spécialistes sont des femmes, ce qui constitue une évolution notable si l'on considère qu'avant 1979, il n'y avait pratiquement aucune femme sous-spécialiste dans le pays. ()

Environ 10 000 femmes enseignent actuellement dans les universités de médecine, ce qui représente environ 34% de l'ensemble du personnel universitaire".

Par conséquent, note-t-elle, "L'espérance de vie des femmes iraniennes a augmenté d'environ 19% tandis que la mortalité féminine a été réduite d'environ 80%".

Ces progrès des femmes dans le domaine de la santé se reflètent également dans le taux de diplomation des femmes en général mais dans les domaines du génie et des sciences.

Les fanatiques religieux ?

Revenons au discours de déclenchement de la guerre de Donald Trump.

Après avoir annoncé qu'il mettrait l'Iran à feu et à sang avec ses forces armées les plus puissantes au monde, il appel à Dieu :

"C'est une noble mission. Nous prions pour tous les militaires qui risquent leur vie de manière désintéressée afin que les Américains et nos enfants ne soient jamais menacés par un Iran doté de l'arme nucléaire. Nous demandons à Dieu de protéger tous nos héros qui sont en danger. Et nous sommes convaincus qu'avec son aide, les hommes et les femmes des forces armées l'emporteront".

Il termine son discours avec une autre incantation religieuse.

"Que Dieu bénisse les courageux hommes et femmes des forces armées américaines. Que Dieu bénisse les États-Unis d'Amérique. Que Dieu vous bénisse tous".

Est-ce possible que les fanatiques religieux ne sont pas ceux qu'on pense ?

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