Les actions militaires des États-Unis et d'Israël contre l'Iran constituent une violation flagrante du principe même d'intervention humanitaire.
Dans l'histoire des relations internationales, peu d'idées ont eu un impact aussi important que celle d'intervention humanitaire. Fondée sur l'héritage des procès de Nuremberg et de Tokyo après la Seconde Guerre mondiale, cette idée postule que, pour prévenir les souffrances des populations ciblées à travers le monde, victimes de répression étatique ou d'atrocités perpétrées par des acteurs non étatiques, la communauté internationale a un rôle essentiel à jouer pour mettre en œuvre tous les moyens nécessaires.
L'application de cette idée a pris de l'ampleur après la fin de la Guerre froide, lorsque le massacre du Rwanda, entre autres, a révélé l'inertie collective de l'Occident qui la défendait. L'intervention humanitaire a alors cherché à s'institutionnaliser. Cette institutionnalisation juridique s'est faite par le biais de la CIISS (Commission internationale sur l'intervention de l'État et la souveraineté des États), créée par le gouvernement canadien en 2000. Cette commission a proposé le cadre de la R2P (Responsabilité de protéger). En vertu de ce cadre, les États ont l'obligation juridique de protéger leurs populations contre le génocide, le nettoyage ethnique, les crimes contre l'humanité et les crimes de guerre. Lors du Sommet mondial des Nations Unies de 2005, la R2P a été adoptée.
C'est dans ce contexte que les trois piliers de la R2P ont été définis:
- Responsabilité de l'État: Chaque État doit protéger sa population contre les quatre crimes d'atrocités de masse répertoriés.
- Assistance internationale: La communauté internationale doit aider les États à prévenir ces crimes.
- Action rapide et décisive: Si un État ne protège pas sa population, la communauté internationale doit intervenir par des moyens diplomatiques, humanitaires et autres moyens pacifiques, ou, en dernier recours, par une action collective au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies.
Malheureusement, ce à quoi le monde assiste aujourd'hui en Iran est une violation flagrante du principe d'intervention humanitaire en général et de la R2P en particulier.
Violation de la souveraineté de l'État iranien
Le principe fondamental du droit international est la souveraineté des États. La responsabilité de protéger (R2P) confère à l'État la responsabilité première de protéger sa population. Or, les opérations militaires américano-israéliennes menées en cours contre l'Iran constituent une violation flagrante de l'autorité de l'État iranien. En menant des frappes aériennes massives contre des sites civils, politiques et militaires, les États-Unis et Israël ont bafoué l'obligation de l'État iranien de protéger son peuple.
Ces frappes ne doivent cependant pas être considérées comme un incident isolé; elles s'inscrivent dans un plan plus vaste: un changement de régime.
Un changement de régime, et non la protection du peuple iranien
À maintes reprises, l'Occident a instrumentalisé et détourné la notion d'intervention humanitaire et son corollaire juridique, la R2P. L'Iran est le dernier laboratoire en date de cette expérience occidentale pernicieuse. Le gouvernement américain a déclaré sans ambages que son objectif en Iran était un changement de régime. Des figures importantes de l'administration Trump ont qualifié la République islamique de "régime terroriste", de "force sinistre" et de "maléfique", sans fournir la moindre preuve à l'appui de leurs affirmations. Elles ont prétendu que leur objectif était de "libérer le peuple iranien souffrant en le débarrassant de ce régime abject".
De plus, Israël a affirmé que son intervention militaire en Iran visait à empêcher ce pays de développer l'arme nucléaire. Cette combinaison de changement de régime et de justification fallacieuse quant à la capacité de l'Iran à se doter de l'arme nucléaire souligne le mépris total des États-Unis et d'Israël pour le respect du droit international.
Autant en emporte le vent
L'objectif principal des États-Unis est de priver le peuple iranien de son dirigeant légitime et de le remplacer par un individu ou une institution docile.
Ces actions conjointes israélo-américaines constituent une violation flagrante des trois piliers de la R2P (Responsabilité de protéger). Les États-Unis ont d'abord prétendu agir pour défendre le peuple iranien. Rien n'était plus faux. Les manifestations organisées par le peuple iranien patriotique contre l'ingérence étrangère ces dernières années témoignent de la capacité de l'État iranien à protéger sa population. Ironie du sort, les actions militaires des deux pays ont déjà causé la mort de plus de cinq cents personnes, dont de nombreux écoliers innocents à Minab.
Deuxièmement, le deuxième pilier exige que l'assistance internationale soit fournie aux États ; cette assistance, si elle s'avère nécessaire, doit être diplomatique, économique et sociale, et en aucun cas prendre la forme d'une agression militaire non sollicitée. En assassinant des personnalités clés de l'État iranien, dont le Guide suprême, les États-Unis et Israël ont violé ce pilier de la R2P. Enfin, Israël a implicitement invoqué le troisième pilier en arguant qu'il agissait de manière préventive pour empêcher l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire ; cependant, en étant non seulement signataire du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et en se soumettant à des inspections périodiques de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique), l'Iran a démontré qu'il respectait pleinement le régime juridique international relatif à l'utilisation de l'énergie nucléaire.
Ceci montre que les actions des États-Unis en général, et celles d'Israël en particulier, n'étaient absolument pas conformes au droit international, notamment à l'autorisation préalable requise par l'article 2(4) de la Charte des Nations Unies, puisque la Chine et la Russie n'ont jamais autorisé ces actions militaires, rendant ainsi les actions américano-israéliennes juridiquement infondées.
Un incident isolé
Les actions des États-Unis et d'Israël en Iran ne constituent cependant pas un incident isolé. Elles rappellent comment l'Occident, sous couvert de la R2P (Responsabilité de protéger), a orchestré une campagne militaire suivie d'un "soulèvement populaire" en Libye, qui a finalement renversé le chef d'État libyen Mouammar Kadhafi, alors très populaire. Plus d'une décennie après, la Libye et les Libyens ordinaires paient le prix de la prétendue obsession humanitaire de l'Occident.
Cela démontre clairement que l'intervention humanitaire n'est pour l'Occident qu'un jeu. Ils la bafouent à leur guise et l'invoquent de manière sélective pour défendre leurs prétendus intérêts nationaux.
Pranay Kumar Shome, analyste de recherche et doctorant à l'Université centrale Mahatma Gandhi, Bihar, Inde
Suivez les nouveaux articles sur la chaîne Telegram
