Mornia Labssi
Tombes des enfants de l'école de Minab suite aux bombardements en Iran (AFP)
Le monde nous bombarde. Par les écrans, les mots, les images, les discours. Les médias dominants arrosent sans relâche, plantent la peur, sèment la confusion, creusent la fatigue. Ils frappent nos esprits, détournent nos émotions, colonisent nos imaginaires.
C'est une guerre d'images, une guerre d'idées, une guerre de conscience.
Et pendant que les ondes s'acharnent, d'autres bombes explosent. Les vraies.
Les guerres du capital labourent la terre, déchiquettent les peuples. L'impérialisme avance, par les drones, par la finance, par les blocus et les écrans. Il tue, il exploite, il ravage, avec des tanks ou des contrats, avec des missiles ou des mots. Tout ce qui brise sert son empire.
Ces violences ne sont pas que lointaines. Elles entrent en nous, s'infiltrent dans nos corps et dans nos têtes.
Elles créent l'épuisement, l'angoisse, la résignation. Elles volent nos forces et nos rêves. Le capitalisme a fait de la souffrance un instrument, de la peur une économie, de la lassitude un pouvoir. Il fait de la vie même un terrain d'occupation.
Alors, se protéger devient un geste de survie.
Respirer. Se reconnecter à soi. Écouter son corps et son âme. Aimer plus fort. Se tenir entre nous, se relever ensemble. La tendresse n'est pas un luxe ; c'est une barricade. Le soin n'est pas une pause ; c'est un acte politique. Notre douceur est une insoumission.
Dans ces temps si durs, ce qui se joue en réalité, c'est l'appropriation, l'accaparement, la volonté d'avoir toujours plus : économiquement, structurellement, politiquement, territorialement. La volonté de dévorer pour un impérialisme guerrier, tout ce qui peut lui apporter du profit au détriment des vies. Tel un ogre, il avance, engloutissant. Jusqu'à même des enfants, déchiquetant, juste pour mettre la main, ces mains énormes, composées de doigts américains, anglais, français, israéliens, sur une terre, des terres, qu'ils voient comme de l'or.
Ils laissent dégouliner le sable entre leurs mains ensanglantées et, en réalité, ce qu'ils y voient, c'est une pluie de pétrole brut et de minerais précieux. Les pupilles dilatées, le souffle haletant... ils jubilent... électrisés, ivres de leur propre appétit, ils jubilent encore et encore. La maltraitance, l'exploitation, l'expropriation, la colonisation les excitent, les nourrissent, les rendent plus monstrueux encore. Ils en redemandent.
Tuant les femmes, les enfants, les peuples... Si l'argent était un homme, il serait meurtrier, certainement, en série, assurément, mais il n'a pas besoin de respirer pour cela. Ceux qui en rêvent la nuit, comme on rêve d'un être qu'on aime, sont prêts à tout pour lui, prêts à tout pour peser lourd de son poids.
Trump, cet ogre gargantuesque, et ses amis de table s'empiffrent de fric comme on s'empiffre d'un festin, ni faim ni soif, juste pour satisfaire ce besoin de pouvoir, cette envie de domination du monde, de la nature, des gens. Leur appétit est monstrueux, inextinguible, et ils détruisent tout sur leur passage, laissant derrière eux un monde affamé, saignant, épuisé.
Parce que nos chairs respirent, nos âmes pleurent, nos cœurs saignent, et cela ne peut se soigner uniquement par le militantisme. Il est de notre devoir de nous ancrer, de nous protéger, de bercer nos âmes comme une mère berce son enfant, d'enlacer nos cœurs comme deux êtres chers pour se montrer leur amour, de protéger nos corps comme la laine douce nous enveloppe dans des temps si froids.
Dire cela ne veut pas dire qu'on oublie la détresse, les cris, les pleurs, la souffrance de celles et ceux que nous portons en nous, qui sont à quelques kilomètres de chez nous, écrasés par les mains sanguinaires, écrasés par les pluies de Tomahawk, de ceux qui se gavent d'opulence. Ils ne veulent pas que nous soyons en deuil à chaque minute, à chaque heure qui nous appartiennent. Pour pouvoir nous libérer, pour ne pas capituler, il est essentiel et vital de nous enrichir de nous-mêmes, de ne pas répondre à l'injonction qu'ils ont tenté de nous imposer. Eux, les ogres, voudraient nous garder vivants, morts, pour continuer à nous exploiter. Or nos âmes et nos corps, notre santé, sont indéniablement la force qui nous permet de rester debout et de contrecarrer leurs plans.
Alors, il faut préserver notre santé, nos âmes, juste pour rester debout au moins, juste pour sourire encore un peu, juste pour aimer encore un peu cette vie, juste pour s'aimer.
Ils tuent ; nous transpirons.
Ils sèment la mort ; nous faisons circuler la vie.
Ils détruisent ; nous réparons.
Ils pillent ; nous partageons.
Parce qu'ils ont les armes, nous avons la force des âmes.
Parce qu'ils ont les profits, nous avons la solidarité du cœur.
Ils croient régner, mais nous créons.
Ils dominent, mais nous résistons.
Ils veulent tout posséder ; nous sommes ce qui ne s'achète pas.
Nous ne baisserons pas la tête.
Nous marcherons, le poing levé, le cœur plein de feu.
Et tant qu'il restera une seule étincelle d'humanité,
ils n'auront jamais gagné.
