14/03/2026 reseauinternational.net  6min #307734

 Quand l'Apocalypse s'invite dans l'armée américaine : « Trump avait été oint par Jésus pour allumer le feu du signal en Iran afin de provoquer l'Armageddon »

Bénir les guerres impériales : la profonde crise morale du christianisme occidental contemporain

par Mafa Kwanisai Mafa

Le spectacle de pasteurs évangéliques se rassemblant à la Maison-Blanche, entourant le président américain Donald Trump et lui imposant les mains en prière tandis que les États-Unis et Israël intensifient leur agression militaire à l'étranger n'est pas qu'un simple théâtre politique.

Elle représente une profonde crise morale au sein du christianisme occidental contemporain.

Des images circulant dans le monde entier montraient des pasteurs posant leurs mains sur Trump à l'intérieur du Bureau ovale, priant pour que le président reçoive la sagesse et la force divines face à l'intensification du conflit au Moyen-Orient.

D'après les informations disponibles, ces prières ont eu lieu pendant une période de confrontation militaire accrue entre les États-Unis et Israël et de tensions croissantes avec l'Iran.

La symbolique de ce moment était indéniable : des chefs religieux offrant une légitimité spirituelle à l'autorité politique au moment même où les bombes tombent et où les guerres s'étendent.

Pour des millions de personnes dans les pays du Sud, ce moment a ravivé un souvenir historique douloureux : celui de l'instrumentalisation de la religion pour sanctifier l'empire. Au lieu de contester le pouvoir, certains chefs religieux ont semblé le bénir.

Au lieu de défendre les victimes de la guerre, ils ont jeté l'éponge sur le commandant d'une machine militaire mondiale. La contradiction entre les enseignements du christianisme et les agissements des dirigeants politiques pour lesquels ils ont fait l'objet de prières est flagrante.

Au moment de ces prières, les États-Unis et Israël menaient déjà des manœuvres militaires agressives contre l'Iran, exacerbant les tensions dans une région qui subit depuis des décennies les conséquences d'interventions étrangères et de la déstabilisation. Partout dans le monde, des voix critiques s'élevaient pour avertir que de telles actions militaires risquaient de déclencher un conflit régional plus vaste, aux conséquences potentiellement catastrophiques pour les populations civiles.

Pourtant, plutôt que d'appeler à la retenue ou à la diplomatie, certains chefs religieux chrétiens ont choisi de présenter ces confrontations comme justes ou divinement justifiées. Dans certains milieux religieux, le conflit géopolitique au Moyen-Orient est même interprété à travers une théologie apocalyptique, où la guerre est perçue comme l'accomplissement des prophéties bibliques.

Il ne s'agit pas de théologie, mais de manipulation idéologique. Depuis des siècles, les puissances impériales instrumentalisent la religion pour asseoir leur domination. Lors de la conquête coloniale de l'Afrique, les missionnaires arrivaient souvent aux côtés des soldats et des administrateurs.

Le discours du salut accompagnait la confiscation des terres, des ressources et de la souveraineté. La Bible était invoquée tandis que des civilisations entières étaient anéanties.

Aujourd'hui, les méthodes peuvent sembler différentes, mais le schéma reste le même. La religion est instrumentalisée pour justifier la domination géopolitique et les guerres sans fin. Au cœur du message chrétien se trouve une vision morale radicalement différente.

Les enseignements de Jésus-Christ mettent l'accent sur la compassion, l'humilité, la justice et la paix. Dans le Sermon sur la montagne, le Christ a béni les artisans de paix, non les instigateurs de guerre. Son ministère était consacré aux pauvres, aux opprimés et aux marginalisés, non aux puissants dirigeants d'empires.

L'image de pasteurs bénissant des dirigeants politiques associés à l'agression militaire contredit le fondement éthique même du christianisme.

Plus inquiétant encore est le lien profond qui unit certains courants du christianisme évangélique américain et le sionisme politique. Depuis des décennies, certains groupes chrétiens aux États-Unis apportent un soutien indéfectible à l'État d'Israël, souvent sans se soucier des conséquences humanitaires de sa politique dans la région.

Cette alliance trouve en partie son origine dans des interprétations théologiques qui placent Israël moderne au cœur des prophéties bibliques. Selon ces interprétations, les conflits géopolitiques acquièrent une signification spirituelle, et les souffrances des civils sont reléguées au rang de dommages collatéraux au sein d'un prétendu récit divin.

Une telle théologie transforme la religion en instrument politique. Au lieu de défendre la justice et la dignité humaine, elle associe la foi à la puissance militaire et à la domination territoriale. Ce faisant, elle érode le message moral universel que le christianisme incarnait autrefois.

Parallèlement, les conséquences du militarisme impérial continuent de se faire sentir à travers le monde. En Iran, la confrontation militaire menace d'embraser la région dans un conflit plus vaste.

Au Venezuela, les sanctions économiques et les pressions politiques ont été utilisées comme instruments pour saper la souveraineté nationale. Dans certaines régions d'Afrique, notamment au Nigéria, les interventions sécuritaires occidentales ont souvent exacerbé l'instabilité au lieu de la résoudre.

Le schéma est clair : pressions politiques, asphyxie économique, ingérence clandestine et, enfin, escalade militaire. Ces actions sont fréquemment justifiées au nom de la démocratie, de la liberté et de l'intervention humanitaire.

Pourtant, pour de nombreux pays du Sud, la réalité apparaît bien différente. Ces politiques s'apparentent à une continuation de la domination coloniale par d'autres moyens.

C'est pourquoi l'image de pasteurs bénissant un président en temps de guerre résonne si profondément. Elle symbolise la fusion de la religion et de l'empire. Même au sein des communautés chrétiennes, cependant, des voix de conscience s'élèvent pour rejeter cette perversion de la foi.

De nombreux chefs religieux et théologiens ont mis en garde contre la militarisation de la religion et ont appelé à la paix, au dialogue et à la diplomatie plutôt qu'à la confrontation.

Ils rappellent au monde que le christianisme n'est pas une institution monolithique contrôlée par des élites politiques. Au sein de la communauté chrétienne mondiale, des millions de personnes s'opposent fermement à la guerre, à l'occupation et à l'injustice.

Le plus tragique, c'est que des mises en scène comme la prière dans le Bureau ovale risquent de saper la crédibilité même de la religion. Lorsque l'autorité spirituelle se trouve subordonnée au pouvoir politique, la foi perd son indépendance morale.

Pour les populations d'Afrique, d'Amérique latine et du Moyen-Orient, le souvenir du christianisme colonial reste vivace. Jadis, les églises bénissaient les armées coloniales tandis que les terres autochtones étaient confisquées et les cultures anéanties. Lorsque des chefs religieux contemporains semblent cautionner les politiques impériales actuelles, ces plaies historiques se rouvrent.

La foi ne doit jamais devenir une arme de domination politique. La prière ne doit jamais devenir un rituel servant à légitimer la guerre. Le vrai christianisme ne se range pas du côté des empires, mais des opprimés.

Elle se tient aux côtés des communautés dont les maisons sont détruites par les bombes, dont les économies sont étranglées par les sanctions et dont la souveraineté est violée par l'intervention étrangère.

Le message prêché par Jésus-Christ n'était pas un message de conquête, mais de compassion. Il appelait l'humanité à aimer son prochain, à défendre les faibles et à privilégier la justice à la force.

Toute théologie qui bénit la guerre sans fin trahit ce message. Et tout pasteur qui s'arroge le pouvoir en ignorant la souffrance de l'humanité doit se confronter à une question troublante : sert-il Dieu ou l'empire ?

source :  The Pan Afrikanist via  China Beyond the Wall

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