
Par Nate Bear, le 23 mars 2026
Après des semaines d'attaques menées par des groupes de résistance irakiens, les États-Unis et l'OTAN ont commencé hier à évacuer tout leur personnel militaire de la base Victoria à Bagdad.
Il est peu probable qu'ils reviennent.
C'est une victoire sans précédent et historique, qui fait suite au retrait en janvier des troupes américaines et de l'OTAN de la base aérienne d'Ain al-Asad après des années d'attaques.
Ces retraits signifient que la présence américaine en Irak se limite désormais au Kurdistan.
Les combattants irakiens, avec le soutien de l'Iran, ont effectivement décolonisé leur pays, 23 ans après l'invasion américaine et six ans après que le parlement irakien a voté l'expulsion des forces américaines.
À l'époque, les États-Unis avaient refusé de respecter ce vote démocratique. En effet, malgré tous les mensonges sur la liberté et la démocratie censés justifier l'invasion initiale, les impérialistes se moquent éperdument de la démocratie. Seuls leurs profits les intéressent. Le pétrole. Leur influence stratégique, le tout mieux servi par le maintien d'une présence militaire en Irak.
Trump était président au moment du vote et avait menacé de sanctions en réponse.
Que s'est-il passé ?
La violence. La résistance armée. Leur opposer l'arme des impérialistes et des colonisateurs.
La résistance à la présence des troupes américaines et de l'OTAN en Irak dure depuis longtemps. Les attaques menées par des combattants irakiens ont été sporadiques, avec l'appui de l'Iran dans les périodes de tension accrue. En 2020, après l'assassinat du général iranien Soleimani par les États-Unis, l'Iran a lancé une attaque au missile contre la base aérienne d'Ain al-Asad, la plus importante jamais menée contre les forces américaines à l'étranger. Cette attaque a blessé plus d'une centaine de soldats américains et accéléré le retrait des forces américaines.
Depuis l'attaque surprise américano-israélienne contre l'Iran, le mois dernier, l'Iran et les groupes de résistance irakiens soutenus par Téhéran pilonnent la base Victoria, un vaste complexe aux allures de ville situé à la périphérie de Bagdad. Ces attaques, menées à l'aide de drones, de missiles et d'armes légères, ont fait de nombreux blessés graves, poussant les États-Unis à réclamer une trêve de 24 heures ce week-end afin d'évacuer les troupes encore stationnées sur la base.
La violence a accompli ce que les votes et la diplomatie n'ont pu obtenir.
L'Iran a contribué à libérer l'Irak et, grâce à sa stratégie globale, il inflige une sévère leçon à l'Occident.
C'est pour cette raison que les dirigeants occidentaux se plaignent comme des boucs en mal de sexe des "attaques imprudentes" de l'Iran. L'Occident, tellement accoutumé à l'impunité réservée à la puissance impériale, ne peut accepter qu'une nation qu'il considère comme inférieure soit non seulement capable de riposter, mais aussi d'infliger des préjudices matériels à ses intérêts. Ils sont exaspérés de voir une nation souveraine hors de l'orbite de l'impérialisme occidental tenir tête à leurs tentatives d'intimidation.
Nous assistons à la fois aux limites de l'impérialisme et aux extrêmes que l'Occident est prêt à envisager pour protéger son empire et son hégémonie.
Ces extrêmes sont effarants et incluent évidemment le mépris du droit international.
C'est carrément fou quand on y pense.
Nous assistons jour après jour à une condamnation quasi universelle non pas d'une guerre d'agression illégale, mais de la riposte légale à cette agression. Nous n'entendons que les appels enjoignant l'Iran de cesser de se défendre, sans qu'il y ait d'exigences équivalentes pour que les États-Unis et Israël en fassent autant : "Cessez de riposter, et laissez-les continuer à vous agresser".
L'Occident exige que l'Iran se rende sans condition aux agresseurs.
Cet impérialisme est si flagrant que le moment en devient glorieux.
Mais ce mépris du droit international est aussi extrêmement dangereux. Il n'a en effet laissé à l'Iran d'autre choix que la guerre totale. Le refus du monde de reconnaître des faits élémentaires, à savoir distinguer l'agresseur de la victime, n'a laissé aux dirigeants iraniens d'autre choix que de s'engager résolument dans la surenchère.
Mettons-nous à la place de l'Iran. Attaqué à deux reprises pendant les négociations, son chef religieux révolutionnaire a été assassiné pendant sa plus importante fête religieuse, provoquant une pluie toxique sur 9 millions de personnes. Des milliers de civils ont été assassinés, des écoles, des hôpitaux et des cliniques ont été bombardés. Puis, lorsque l'Iran riposte à une agression non provoquée, la quasi-totalité du monde le condamne.
Dans ces conditions, que devait faire l'Iran ? Vers qui aurait-il dû se tourner pour obtenir du soutien ? À qui peut-on faire confiance pour arbitrer un accord et garantir la sécurité territoriale de l'Iran ?
La crédibilité de l'ONU n'est plus qu'un lointain souvenir.
Le droit international est mort à Gaza.
Les institutions internationales sont intégralement à la botte de l'empire.
Le principe même de la Charte des Nations unies n'est qu'un mensonge, ses administrateurs sont décadents et corrompus.
Par conséquent, la seule stratégie logique pour l'Iran consiste à conclure de futurs accords de sécurité par la force.
Aucun organisme international ni aucune convention ne lui viendra en aide.
La lutte armée et la résistance jusqu'au retrait de l'ennemi s'imposent comme l'unique choix rationnel, eu égard à son histoire et aux enseignements récents.
Car pour l'Iran, cette guerre met en effet sa survie en jeu.
Certains signes indiquent toutefois que la résistance armée iranienne porte ses fruits.
Samedi, Trump a menacé de bombarder les infrastructures énergétiques iraniennes d'ici la fin de la journée, à moins que l'Iran ne garantisse à tous les navires le droit de transit dans le détroit d'Ormuz. L'Iran a répondu qu'il attaquera toutes les usines de dessalement et les plateformes pétrolières du golfe Persique si les États-Unis passent à l'action. Ce matin, Trump a donc reporté l'échéance. Il a déclaré que les négociations vont bon train et a donné à l'Iran jusqu'à la fin de la semaine pour ouvrir le détroit, sous peine de commettre un crime de guerre. L'Iran conteste les propos de Trump et affirme qu'il ment sur la tenue de négociations. Le ministre des Affaires étrangères a déclaré ne pas s'être entretenu avec les Américains depuis le début de la guerre.
Trump a donc rétropédalé.
Face à la menace crédible de transformer les États du Golfe en zones inhabitées et d'entraîner l'effondrement de l'économie mondiale, il a donc jeté l'éponge.
Les menaces de violence ont été efficaces.
Car, comme vient de le prouver la résistance en Irak, la violence est malheureusement l'unique langage que comprennent les impérialistes.
Traduit par Spirit of Free Speech