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Char israélien à la frontière libanaise
Israël semble viser une zone tampon au sud du Litani. Le précédent du Golan alimente les craintes d'une occupation prolongée voire irréversible. Une telle stratégie pourrait renforcer le Hezbollah et fragiliser davantage l'État libanais.
Les évacuations forcées à Tyr, la destruction méthodique des ponts dépendants du sud du Litani au reste du Liban et les avancées militaires à Khiam, Taybé ou Bint Jbeil traduisent une stratégie claire : Israël semble vouloir instaurer une zone tampon au sud du fleuve. L'objectif serait d'y maintenir une présence jusqu'au désarmement du Hezbollah et à la conclusion d'un accord de normalisation avec Beyrouth, redessinant de fait les équilibres frontaliers.
Ce scénario rappelle celui du plateau du Golan, occupé depuis 1967. Présentée à l'époque comme temporaire, cette prise de contrôle s'est progressivement transformée en annexion de facto, consolidée par la multiplication des colonies et la reconnaissance américaine. Si des négociations ont existé, elles n'ont jamais abouti, et la restitution du territoire apparaît aujourd'hui hors de portée. Cette trajectoire nourrit les inquiétudes quant à un possible enlisement similaire au Liban-Sud.
Vers une conquête territoriale ?
Des différences subsistent cependant. Contrairement au Golan, Israël n'avait pas transféré de colonies lors de son occupation du Liban-Sud entre 1982 et 2000, et s'en était finalement retiré sans modification territoriale majeure. Officiellement, les autorités israéliennes continuent d'affirmer ne pas avoir d'ambitions territoriales au Liban. Mais la montée de discours plus radicale, évoquant une éventuelle colonisation du sud du Litani, alimente les craintes d'un changement de doctrine.
La dimension sécuritaire reste centrale. Depuis les attaques du 7 octobre 2023, Israël privilégie la création de zones tampons pour éloigner les menaces de ses frontières, comme à Gaza ou en Syrie. Dans cette logique, un retrait du Liban-Sud apparaît peu probable sans garanties strictes. Mais une occupation prolongée pourrait produire l'effet inverse de celui recherché : renforcer la légitimité du Hezbollah en tant que force de résistance et compliquer son désarmement.
Par ailleurs, le déplacement massif de populations du Sud, majoritairement chiites, risque d'accentuer les fractures internes libanaises. Un État fragilisé aurait alors peu de marge pour négocier un accord de paix, sauf dans le cadre d'un compromis régional plus large. À terme, une présence militaire prolongée pourrait même ouvrir la voie à une transformation plus profonde du territoire, sur le modèle du Golan, malgré les dégénérations actuelles.