Pour savoir où "nous en sommes"
• Prenant son courage à deux mains, Alastair Crooke, prestigieux commentateur, marque un temps d'arrêt pour tenter de rassembler ses idées et les nôtres sur le chaos général. • Un triptyque de notre confusion.
Parfois, un commentateur indépendant, loin des communiqués de presse du Système et immunisé contre le venin du conformisme écrasant, décide un temps d'arrêt pour, comme on dit, "faire le point". Alastair Crooke, que nous connaissons bien, s'y est mis, poursuivant une question simple et extraordinairement compliquer : "Où en sommes-nous" ? Il considère la réponse à cette question en un triptyque.
• La situation de la guerre. En reprenant la narrative officielle de ce qui ne cesse d'être une "victoire triomphante" dont nous semblons pour autant repousser, de semaine en semaine, le moment d'en recueillir les fruits, Crooke met implicitement son évidente grotesquerie. Nous n'avons aucun mal à le suivre : à côté de ce que nous clamons avoir accompli, se dégagent de soi-même, comme une évidence effectivement, la liste des montages, simulacres et autres que nous ne cessons de développer tandis que le président ne cesse de déverser de nouvelles manœuvres stupéfiantes. Nous comprenons alors dans quelle nasse se trouve prise la toute-puissance des USA et de l'empire de l'Amérisraël, - et nous, un peu avec, malheureusement.
• La situation économique du monde. La brusque plongée dans le chaos de la distribution du produit de pas loin d'un quart des sources d'énergie du monde. L'auteur décrit la maîtrise de l'Iran dans la gestion des conditions de restrictions imposées au passage du détroit d'Ormouz, alors que le pétrole et le gaz à transporter se réduit de plus en plus du fait des attaques successives contre les installations. La gestion iranienne du passage du détroit fait apparaître la carte-maîtresse de l'Iran, qui sélectionne les "droits de passage" pour les pétroliers ayant payé leur cargaison en toute autre monnaie que le dollar :
"L'enjeu n'est donc pas seulement la présence militaire américaine dans la région - dont l'Iran exige l'expulsion - mais plutôt les appels iraniens à la fin pure et simple du commerce du dollar dans la région."
• La troisième partie du triptyque concerne ce qui est, à notre sens, l'essentiel : la crise catastrophique du pouvoir américaniste et les questions qu'on peut soulever concernant la prise de décision pour des entreprises aussi folles que cette attaque de l'Iran. Il s'agit d'un mystère qui fonctionne depuis 1963, comme le constate Bret Weinstein, partisan forcené de Trump revenu de son engagement et conversant avec Tucker Carlson. Comme on le voit, son interrogation renvoie à la figure masquée et terrible de "l'Indicible" que James W. Douglass évoque et convoque dans son livre (' JFK and the Unspeakable') sur l'assassinat de JFK.
"Dans son entretien avec Tucker Carlson, Weinstein a souligné que, depuis un certain temps (1961 ou 1963), le système américain semblait profondément dysfonctionnel : il ne défend plus les intérêts des Américains. [...]" Weinstein attribue cette situation à un "quelque chose" d'inavoué, d'imperceptible. Il évoque une "structure de pouvoir cachée" dont le contrôle et les intérêts demeuraient opaques : "Qu'est-ce qui la motive ? Qui détient réellement le pouvoir dans ce système ?" Nous l'ignorons", affirme-t-il. Quels sont donc ces intérêts occultes qui ont poussé les États-Unis à s'engager dans cette succession de guerres étrangères au Moyen-Orient ?"
Trois ans après la mort de Kennedy, Douglass avait donné une interview, qui est rappelée dans le Wiki consacré à son livre qui a été salué comme le mieux ajusté à la terrible réalité par Robert Kennedy Jr. Douglass fait référence dès cette époque à "une sorte de mal systémique qui défie toute parole descriptive".
Il est évident qu'il s'agit pour nous du point le plus important du triptyque développé par Crooke dans son texte sur 'UNZ.com'. Nous avions développé ce point de vue dans notre texte sur le livre de Douglass, le 22 novembre 2013.