31/03/2026 ssofidelis.substack.com  13min #309538

 Quand l'Apocalypse s'invite dans l'armée américaine : « Trump avait été oint par Jésus pour allumer le feu du signal en Iran afin de provoquer l'Armageddon »

Le culte chrétien mortifère du secrétaire aux Crimes de guerre Pete Hegseth et l'Iran

Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, prononce un discours lors d'une revue de la 82e division aéroportée à Fort Bragg, en Caroline du Nord, le 22 mai 2025. (Photo du ministère de la Défense prise par le premier maître de la Marine américaine © Alexander Kubitza). Couleurs modifiées. Domaine public. Source : Picryl.

Par Dan Dinello, le 30 mars 2026

Chicago - Le secrétaire aux Crimes de guerre Pete Hegseth présente l'attaque non provoquée de Trump contre l'Iran comme une guerre sainte de force brute, de vengeance et d'arrogance moralisatrice. Fanatique religieux, il a rapidement métamorphosé le Pentagone en une tribune de croisade idéologique et chrétienne. Il a rejeté toute notion de responsabilité face à la guerre au profit de l'attitude arrogante et moralisatrice d'un évangéliste MAGA prêchant la violence comme volonté divine.

Ancien animateur du week-end sur Fox News et devenu célèbre pour avoir défendu des crimes de guerre, Hegseth est devenu l'incarnation haineuse et renfrognée de la guerre de Trump. Cumulant un machisme outré, des fanfaronnades théocratiques et une insensibilité crasse à la vie des musulmans comme à celle des soldats américains, Hegseth tient des propos immatures à la télévision, pour satisfaire le désir de Trump d'avoir un meneur de guerre suffisamment rustre pour la "virilosphère" américaine.

"Nous négocions avec des bombes", a-t-il averti mardi en se frappant le torse, incarnant le gorille dopé à la testostérone de Trump. Il a affirmé que ses combattants "détruiront l'ennemi aussi sauvagement que possible dès le premier instant".

Trump, à côté de ce despote de BD, semble prendre ses distances. Trump, le faux lauréat du prix de la paix de la FIFA, a dépeint Hegseth comme un belliciste et a déclaré que lui et le général Dan Caïne, président du Comité des chefs d'état-major, étaient "déçus" par les négociations de cessez-le-feu :

"Je pense que cette affaire va être très bientôt réglée et ils vont dire : 'C'est dommage'. Pete ne voulait pas d'accord", a déclaré Trump. "Seule la victoire l'intéresse".

Dans une de ses phrases sans queue ni tête si typiquement absurde, Trump a affirmé - comme il le fait depuis le début de la guerre -

"Nous avons gagné, cette guerre est gagnée. Seules les fake news font traîner tout ça".

Or, une guerre gagnée ne nécessite plus de bombardements, plus de navires de guerre, ni les 200 milliards de dollars supplémentaires réclamés par Trump au Congrès, ni les 5 000 à 10 000 soldats supplémentaires qui laissent présager une invasion terrestre potentiellement catastrophique pour s'emparer de l'île de Kharg - le centre névralgique de l'infrastructure pétrolière iranienne - ou du détroit d'Ormuz, si convoité.

Jeudi, en rejetant la responsabilité de la guerre sur Hegseth, Trump a rappelé sa décision de bombarder l'Iran et s'est tourné vers le secrétaire aux Crimes de guerre pour lui dire :

"Pete, tu as été le premier à prendre la parole, et tu as dit : 'Allons-y'".

Trump est peut-être en proie au remords du belligérant. Car quand tout va bien, il ne partage jamais le mérite.

Ce président lâche a refusé d'assumer la responsabilité des États-Unis dans le massacre de près de 200 enfants et enseignants, lorsque les États-Unis ont bombardé une école dès le premier jour de cette guerre illégale. Il a d'abord accusé l'Iran. Après qu'une enquête américaine a attribué le bombardement aux États-Unis, Trump a menti, comme toujours, en prétendant ne rien savoir.

Hegseth a limogé 90 % du personnel du Pentagone chargé de veiller à ce que les États-Unis ne frappent pas accidentellement des civils. Dans ces conditions, l'horrible bombardement d'une école ne surprend guère. De tels actes ignobles contribuent à raviver le soutien au régime iranien, dont la plus grande faiblesse a longtemps été son manque de légitimité aux yeux de sa population.

Hegseth, excité par les bombardements, se délecte du carnage dévastateur causé par les frappes aériennes longue distance. Dans une ivresse lubrique, il s'est vanté que les bombardiers B-2 et les drones Predator feraient pleuvoir sans relâche

"la mort et la destruction. Nos règles d'engagement sont conçues pour libérer la puissance américaine, pas pour la brider. Ce n'est pas censé être un combat équitable, et ce n'est pas un combat équitable. Nous leur portons des coups alors qu'ils sont à terre, précisément comme les circonstances l'exigent".

Des propos de psychopathe.

"Viva la Muerte" était un slogan fasciste nihiliste attribué au groupe nationaliste espagnol d'extrême droite Falange Española, qui plaçait l'exaltation de la violence au cœur de sa propagande. Hegseth et ses acolytes font eux aussi l'apologie d'un culte nihiliste de la mort qui fétichise le meurtre et la destruction gratuite.

Ce message a été amplifié par des vidéos snuff sordides glorifiant la violence diffusées sur les réseaux sociaux, qui célèbrent les meurtres extrajudiciaires commis en mer près du Venezuela, et ont coûté la vie à 163 personnes. Concernant le conflit actuel, le ministère de la Guerre produit de nombreuses vidéos de propagande destinées au plus grand nombre, qui associent notamment des extraits de superproductions hollywoodiennes telles que Braveheart, Gladiator, Superman et Top Gun au personnage d'Hegseth, véritable icône du cinéma macho, et à de véritables images d'attaques meurtrières en Iran.

Pour Hegseth et Trump, la guerre n'est qu'un jeu vidéo, un sport de spectacle, un festival sur les réseaux sociaux consistant à marquer des points contre un adversaire supposé vulnérable, le tout illustré par des images d'attaques meurtrières en Iran. La politique, tant intérieure qu'extérieure, consiste à marquer des points, à gagner et à humilier l'autre camp.

Une surpuissance massive est ainsi encouragée, qui se justifie non pas par des objectifs stratégiques - que Hegseth est totalement incapable de définir -, mais par des pulsions apparemment incontrôlables : une "fureur épique" et une soif de vengeance qui infligent une destruction maximale et de terribles souffrances.

Toute cette surenchère s'accompagne de l'aveu éhonté, voire ostentatoire, que les contraintes humaines et morales minimales de la guerre seront enfreintes, comme si les transgresser était synonyme de virilité. Exemple parfait de Musclor toxique, Hegseth a juré de "déchaîner une violence écrasante et punitive" sur l'ennemi et a promis de se passer des "règles d'engagement idiotes" - des règles conçues pour limiter les attaques contre les populations civiles.

"Pete Hegseth est un individu particulièrement dangereux",

a déclaré Janessa Goldbeck, directrice générale de la Vet Voice Foundation, une organisation à but non lucratif de défense des droits.

"C'est un nationaliste chrétien blanc qui dispose de l'arsenal du gouvernement américain et de l'autorisation du président Trump de semer le carnage où bon lui semble et contre qui bon lui semble".

Pendant des années, Hegseth s'est forgé une image caricaturale de l'hyper virilité qui fait écho au complexe d'infériorité de Trump, et a su tirer parti de la sphère médiatique de droite. Aujourd'hui, face à une crise géopolitique qui exige subtilité et vision stratégique, il est totalement dépassé, agissant comme s'il passait une audition pour une publicité RAM Trucks [marque automobile américaine, du type pick-up noir imposant aux vitres teintées].

Fidèle au désir de domination totale et d'extermination de son maître, Hegseth encourage la barbarie et annonce des crimes de guerre à venir en direct à la télévision, déclarant :

"Nous continuerons à progresser, à nous imposer, sans pitié. Pas de quartier pour nos victimes".

"Pas de quartier" est la pratique consistant à refuser de faire des prisonniers et à tuer les combattants ennemis qui se rendent - un crime de guerre interdit par la loi américaine et la Convention de Genève.

"J'aimerais pouvoir faire comprendre à quel point le secrétaire Hegseth, à la tête du Pentagone, est grossier, obtus et incompétent", a écrit Goldbeck, un vétéran du corps des Marines. "Mais je ne trouve même pas les mots pour décrire son auto-adulation, dont l'ampleur n'a d'égale que sa dépravation morale manifeste".

Hegseth veut créer un monde imaginaire d'adulation de Trump au sein même du Pentagone. Plutôt que des conférences de presse avec des échanges francs et des réponses sincères, on assiste à un échange convenu entre "le secrétaire à la guerre" - un titre grotesque - et des "journalistes" issus de médias pro-Trump complaisants, tels que Newsmax, Epoch Times et Lindell TV, qui vantent les vertus d'un monde idéal façon "l'homme de chez MyPillow" [les meilleurs oreillers au monde].

Malgré son déni des réalités, Hegseth insiste sur l'absence de positivité de la presse à l'égard des attaques américaines contre l'Iran, tout en interdisant l'accès aux photographes s'étant rendus coupables de clichés peu flatteurs de sa personne. L'ego instable d'Hegseth est incapable d'affronter ce qu'il a déclenché de manière si imprudente. À l'instar de ces "bobos" qu'il déteste tant, Hegseth se met à geindre dès qu'il est confronté à des questions embarrassantes de la part du Guardian ou de CNN.

Il dénonce les "fake news" tout en évoquant les six réservistes de l'armée américaine tués lors d'une attaque iranienne contre un centre d'opérations au Koweït.

"Quand quelques drones passent à travers les défenses ou que des tragédies se produisent, ça fait la une des journaux. Je comprends".

Selon lui, la presse ne cherche qu'à donner une mauvaise image du président. Ces commentaires témoignent de son absence totale d'empathie envers les soldats américains tombés au combat, Hegseth considérant tous les reportages sur les conséquences négatives de la guerre comme des attaques contre Trump.

Son comportement infantile et méprisant crevait déjà les yeux lors de ses audiences de confirmation l'année dernière. Les sénateurs ont soulevé de sérieuses questions concernant ses précédentes remarques désobligeantes vis-à-vis des femmes, ainsi que les allégations d'agression sexuelle et d'ivresse au travail dont il a fait l'objet. Une ex-épouse l'a accusé de comportements abusifs dans une déclaration sous serment. Il a également été accusé de viol et, bien qu'il n'ait pas été inculpé, Hegseth a payé pour étouffer l'affaire. Sa propre mère l'a même accusé, dans un e-mail, d'avoir un long passé d'abus envers les femmes.

Reflet de son mépris envers les femmes et les personnes de couleur, Hegseth a bloqué la promotion militaire de quatre officiers "exemplaires" la semaine dernière, deux femmes et deux hommes noirs. Il aurait agi sans en avoir l'autorité. Selon certaines informations, on lui aurait dit que Trump ne souhaite pas se tenir aux côtés d'une femme officier noire lors d'événements militaires.

Lors des audiences de confirmation au Sénat, le New Yorker a rapporté qu'un collègue de Concerned Veterans for America s'est plaint qu'Hegseth et un autre homme ont crié à plusieurs reprises "Tuons tous les musulmans !" lors d'une soirée arrosée dans un bar.

Son propre corps témoigne de ce serment anti-musulman des croisés. La phrase latine Deus vult, ou "Dieu le veut", est en effet tatouée sur le biceps droit d'Hegseth. Ce "cri de guerre" des croisés a été remis au goût du jour ces dernières années par divers groupes d'extrême droite. On peut notamment le lire sur les vêtements et les drapeaux brandis par certains participants à l'attaque du Capitole du 6 janvier.

Hegseth glorifie ces guerres médiévales impitoyables au cours desquelles des guerriers chrétiens ont massacré des musulmans pour s'emparer de Jérusalem, qu'il considère comme l'un des épisodes les plus marquants de l'histoire du monde libre. Il a même intitulé son livre de 2020 La Croisade américaine. Il décrit les croisades comme "meurtrières", et "marquées par des tragédies indicibles", mais affirme qu'elles étaient justifiées, car elles ont sauvé l'Europe chrétienne de l'"assaut" de l'islam.

Il porte sur la poitrine un tatouage représentant la croix de Jérusalem, un symbole associé depuis longtemps à l'iconographie médiévale des croisés. Ce symbole est lié aux Templiers. Cette armée de moines-guerriers a été fondée à Jérusalem en 1119 et a établi son quartier général dans la mosquée Al-Aqsa, un lieu de grande valeur pour l'islam. Faire de ce lieu un quartier général militaire étranger constituait une profanation.

Ces tatouages ne sont pas de simples motifs décoratifs. Ce sont ses "valeurs", reflet d'une vision du monde malsaine où la politique devient croisade et le monde moderne un champ de bataille permanent où s'affrontent l'Occident et l'islam. Dans American Crusade, Hegseth écrit que ceux qui se réclament de la "civilisation occidentale" devraient "remercier les croisés".

Il s'est engagé à reprogrammer l'armée selon une idéologie nationaliste chrétienne associant identité religieuse et identité nationale. Les aumôniers militaires sont censés servir toutes les religions, mais Hegseth veut réécrire leur manuel pour y réintroduire le Dieu chrétien. Il a déclaré sur X que

"Les combattants de la foi ont été aliénés par l'humanisme laïc au sein de l'armée".

En organisant un service de prière chrétien mensuel diffusé en direct dans tout le Pentagone, il a appelé la semaine dernière à une

"réponse écrasante" contre ceux qui "ne méritent aucune pitié". Il a lu une prière implorant Dieu de "faire en sorte que chaque balle atteigne sa cible contre les ennemis de la justice et de notre grande nation".

En février, il a invité son pasteur, le nationaliste chrétien Doug Wilson, à s'adresser à l'armée américaine. Ce dernier estime que l'homosexualité est un crime, souhaite abroger le droit de vote des femmes et œuvre pour faire des États-Unis une théocratie chrétienne.

La Military Religious Freedom Foundation (MRFF), une organisation militante à but non lucratif qui défend les droits des militaires, a déclaré avoir reçu plus de 200 plaintes de militaires concernant des commandants recourant à une rhétorique chrétienne extrémiste sur la "fin des temps" biblique pour justifier la participation à la guerre contre l'Iran. Selon le fondateur de la MRFF, Mikey Weinstein, ancien avocat de l'armée de l'air, le discours de Hegseth présente la guerre contre l'Iran comme une guerre sainte entre une nation chrétienne et une nation musulmane.

"Nous reproduisons exactement le schéma des huit croisades précédentes, du XIe au XIIIe siècle", a déclaré Weinstein. "Nous sommes simplement en train d'attaquer une immense nation musulmane, et toute cette opération ne fait que fournir une mine de propagande inestimable à nos ennemis".

Hegseth considère l'armée comme sa propre armée personnelle pour mettre en œuvre sa conception anti-musulmane de la volonté de Dieu.

Une vision qui reflète les propos de Trump à l'égard du peuple iranien : "C'est vraiment une nation de terrorisme et de haine". Il a affirmé vouloir aider les Iraniens, mais que ceux-ci se sont montrés très menaçants. Et ce n'est pas tout. Sur Truth Social, il a écrit avec une délectation eschatologique :

"Nous éliminerons des cibles facilement destructibles qui priveront l'Iran de toute capacité de reconstruction - la mort, le feu et la destruction s'abattront sur eux".

Pete Hegseth partage manifestement ce point de vue. L'opposition aux islamistes a été une source de grande motivation dans la carrière publique d'Hegseth. Il a écrit que les États-Unis sont confrontés à une "croisade" qui rappelle l'invasion chrétienne de la Terre sainte au XIe siècle.

"Nous ne voulons pas nous battre, mais, comme nos frères chrétiens il y a mille ans, c'est notre devoir".

Il a prédit que les États-Unis se battront aux côtés d'Israël.

"Nous, chrétiens - aux côtés de nos amis juifs et de leur remarquable armée en Israël - devons brandir l'épée d'un américanisme sans concession et nous défendre. Nous devons repousser l'islamisme, culturellement, politiquement, géographiquement et militairement".

Hegseth incarne cette administration autoritaire, flagorneuse, islamophobe et ivre de pouvoir, dont l'unique langage repose sur la domination. Le militarisme, l'arrogance civilisationnelle et les fantasmes de croisade ne sont plus marginaux, mais bien au cœur du pouvoir. Et Hegseth n'a rien d'une voix marginale. Il commande des flottes, des armées, des bombardiers et des missiles, et s'exprime comme un fanatique religieux. Vantard, provocateur et grisé par la violence, il revendique une loi divine pour tuer quiconque ne s'aligne pas sur son dogme nationaliste chrétien blanc, l'agenda sioniste ou les injonctions toujours contradictoires de son Suprême Guidouilleur.

Traduit par  Spirit of Free Speech

 juancole.com

 ssofidelis.substack.com