Par Philip Giraldi
Lors de ma dernière intervention mercredi dans l'émission Judging Freedomdu juge Napolitano, j'ai affirmé que le cessez-le-feu entre Washington et Téhéran n'est qu'une escroquerie conçue pour servir les intérêts israéliens et donner à Tel-Aviv et la Maison Blanche un répit pour planifier leur prochaine offensive majeure contre l'Iran.
J'ai fondé mon analyse sur plusieurs facettes de la version diffusée par la Maison Blanche et les médias aux ordres. On laisse d'abord entendre que les États-Unis auraient accepté la proposition de cessez-le-feu transmise par l'Iran via des médiateurs au Pakistan sans avoir consulté Israël. En d'autres termes, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n'en aurait rien su et n'aurait pas été impliqué.
Cette version est aux antipodes de l'histoire des relations américano-israéliennes antérieures à l'accord, si tant est qu'il s'agisse bien de ça. Jusqu'à présent, Donald Trump, comme son prédécesseur Joe Biden, s'est montré le "plus fidèle complice" d'Israël, y compris vis-à-vis de ses crimes de guerre, sans jamais user de l'influence des États-Unis pour contester ou bloquer quelque initiative d'Israël que ce soit, même lorsqu'elles entraînent de graves préjudices collatéraux pour les États-Unis ou leurs intérêts. On peut citer, par exemple, les cessez-le-feu au Liban, en Syrie et à Gaza, dont les États-Unis ont été le garant ou chargés de la mise en œuvre et qu'Israël a systématiquement violés, comme il le fait en ce moment même, dans chacun de ces pays, et avec l'Iran. Lorsque Israël enfreint les accords conclus, Trump se tait, suggérant qu'il s'agit bien d'une manœuvre rusée d'Israël, avec la complicité des États-Unis en coulisses, permettant de marquer une pause dans une guerre qui tourne mal, et de reprendre les combats dès l'expiration du délai de deux semaines de cessation des hostilités, sans qu'aucun accord plus substantiel ne soit conclus. J'ai été surpris que l'accord n'ait même pas tenu vingt-quatre heures avant qu'Israël ne décide de lancer des raids meurtriers sur le Liban, qui ont tué pas moins de trois cents civils en dix minutes et ravagé des quartiers résidentiels. Les Israéliens ont clairement orchestré ces frappes pour saboter toute perspective de cessez-le-feu ou d'accord de paix avec les Iraniens.
S'il fallait encore une preuve de l'imposture que représente ce prétendu cessez-le-feu, au-delà des effroyables bombardements d'Israël qui ont immédiatement repris contre les civils au Liban, on peut citer la révélation de jeudi selon laquelle Trump a envoyé le vice-président JD Vance en tant que négociateur en chef au Pakistan pour mener à bien ce qui est présenté comme une étape vers la fin de la guerre. Vance, opposé à la guerre dès le départ, pourrait s'avérer être le bon choix, mais de l'avis général, il ne fera que ce que Trump attend de lui, rien de plus. Vance est flanqué des deux négociateurs favoris de Donald Trump, Steve Witkoff et le gendre du président, Jared Kushner, qui ont tous deux lamentablement et spectaculairement échoué lors des négociations entre la Russie et l'Ukraine, et surtout avec l'Iran, où ils ont servi de diversion pour endormir la vigilance des Iraniens pendant que Trump et Netanyahu concoctaient leurs attaques surprises. Witkoff et Kushner sont tous deux inévitablement juifs, de zélés sionistes proches d'Israël, et surtout des promoteurs immobiliers. Kushner est probablement essentiellement intéressé par le développement d'un complexe touristique portant le nom de Trump sur la côte méditerranéenne de Gaza, inspiré de la Côte d'Azur, dont il tirera personnellement un énorme profit. Il ne semble pas le moindrement dérangé par la perspective de voir ce complexe sortir des décombres recouvrant des dizaines de milliers de Gazaouis massacrés. Rien que leur participation aux négociations montre à quel point Trump se moque du succès des efforts de paix.
Et même si Donald Trump était sincère - ce dont je doute - à propos de la paix et disposé à garder ses distances avec Netanyahu pour éviter de tout gâcher, on a du mal à croire qu'il maintiendra le cap s'il a le couteau sur la gorge, compte tenu de sa mémoire courte et de son incapacité notoire à concilier des visions opposées. Il s'est tellement acharné à défendre l'indéfendable - c'est-à-dire lui-même, le lobby israélien et sa présidence - qu'il s'en prend désormais à précisément ceux qui auraient pu plaider honnêtement en faveur de sa guerre hélas aberrante contre l'Iran.
Jeudi, sur Truth Social, Trump s'est emporté en expliquant avoir compris ce qui suscite la résistance à sa politique envers l'Iran. Il a écrit :
"Je sais très bien pourquoi Tucker Carlson, Megyn Kelly, Candace Owens et Alex Jones me combattent tous depuis des années : parce qu'ils trouvent formidable que l'Iran, premier État soutien du terrorisme, dispose de l'arme nucléaire. Parce qu'ils ont une chose en commun : un faible QI. Ce sont des gens stupides, ils le savent, leurs familles le savent, et tout le monde le sait ! Il suffit de se pencher sur leur passé, d'examiner leur parcours. Ils ne sont pas à la hauteur, et ne l'ont jamais été ! Il a ajouté que Carlson et Kelly, deux anciens présentateurs de Fox News (tout comme Pete Hegseth, ministre de la Guerre), "ont tous été virés de la télévision, ont perdu leurs émissions et ne sont même plus invités nulle part, car personne ne s'intéresse à eux. Ce sont des TARÉS, DES FAUTEURS DE TROUBLES, qui diront tout et n'importe quoi pour se faire mousser et bénéficier d'une notoriété de pacotille".
Les attaques de ces gens visent "à saboter MAGA", a conclu le président d'un ton geignard, avant de passer aux insultes.
Trump a noté que Carlson "n'a même pas validé ses études universitaires", le qualifiant d'"homme brisé lorsqu'il a été licencié de Fox". Il est intéressant de noter que Carlson est diplômé du très réputé Trinity College dans le Connecticut depuis 1991, ce qui lui confère des qualifications académiques autrement plus prestigieuses que celles du président. Trump a conclu, comme à son habitude, par ces mots : "Ces soi-disant 'experts' ne sont que des LOSERS pour l'éternité".
Ainsi, sans surprise, Trump se coupe des véritables conservateurs à même de redorer son blason auprès de l'opinion publique qui, selon les sondages, est de plus en plus exaspérée par son bellicisme au nom d'Israël. La réponse immédiate d'Israël, à savoir un raid majeur sur le Liban pour perturber les négociations de cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran, témoigne sans équivoque de la détermination de Netanyahu et de sa clique à compromettre toute perspective de fin de guerre. Je suspecte fortement Israël et son lobby d'exercer de concert de fortes pressions sur la Maison Blanche pour brider toute velléité sérieuse du président de mettre fin à un conflit désastreux sur le plan politique. Et je ne serais pas surpris si des mesures encore plus dévastatrices étaient envisagées par Netanyahu, comme une attaque sous faux drapeau contre les troupes américaines au Moyen-Orient, montée de telle sorte qu'Israël pourra accuser l'Iran, obligeant donc le gouvernement américain à prolonger la guerre jusqu'à ce qu'Israël déclare l'Iran anéanti et déclare : "Ça y est, c'est fait !"
Israël est très doué pour les opérations sous faux drapeau. On se souvient comment les Israéliens ont détourné et instrumentalisé le 7 octobre à Gaza pour commettre un génocide contre les Palestiniens. Le recours systématique d'Israël au mensonge et à la manipulation plutôt qu'à une politique étrangère digne de ce nom nous rappelle aussi comment Israël a préalablement été informé des attentats du 11 septembre et n'a rien fait pour les contrer, de manière à impliquer les États-Unis dans une guerre contre l'islam si chère à ses yeux. Netanyahu s'en est frotté les mains, déclarant que "sa" guerre était désormais aussi celle de l'Amérique. Si Trump commence à avoir des doutes, transposer ce modèle à l'Iran sera un jeu d'enfant, comme on dit, ou plutôt un tour de passe-passe dans ce cas précis.
Ainsi va la vie. Nous sommes dirigés par un président mégalomane, manifestement fou et psychotique, qui s'en prend à quiconque rejette sa détermination à faire disparaître un pays et 90 millions de personnes qui n'ont en aucune manière menacé les États-Unis, juste pour satisfaire l'État d'apartheid d'Israël. Il faut faire preuve d'une imagination débordante pour observer l'Amérique de Trump et essayer de comprendre en quoi les Pères fondateurs ont échoué il y a 250 ans. Ils ont voulu fonder une nouvelle nation inspirée des Lumières, la première république constitutionnelle au monde dotée d'un système de contre-pouvoirs censé empêcher une concentration excessive des pouvoirs. Aujourd'hui, on espère assister à un petit sursaut de lucidité à la Maison Blanche, mais puisque Trump, le cerveau en berne, se comporte comme un seigneur de guerre fonctionnant à l'"intuition" au service d'Israël et de ses donateurs milliardaires juifs, une issue positive est hautement improbable. Dieu seul sait ce qui va encore nous tomber dessus !
Philip Giraldi
Article original en anglais : When Is a Ceasefire a Scam? The Unz Review, le 10 avril 2026.
Traduit par Spirit of Free Speech
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Philip M. Giraldi, Ph.D., est directeur exécutif du Council for the National Interest, une fondation éducative qui milite en faveur d'une politique étrangère américaine au Moyen-Orient davantage axée sur l'intérêt national.. Son site web est councilforthenationalinterest.org, et son adresse électronique est email protected
Il est associé du CRM (Centre de recherche sur la Mondialisation)
La source originale de cet article est The Unz Review
Copyright © Philip Giraldi, The Unz Review, 2026
Par Philip Giraldi
