À travers l'histoire, les sociétés humaines ont été mises à l'épreuve par diverses catastrophes: guerres, catastrophes naturelles, persécutions, et bien d'autres. Les victimes ont souvent fait preuve d'une résistance inébranlable. C'est ce que démontre le peuple iranien.
Bâtiments bombardés, vies perdues, rêves brisés, cris de douleur: autant d'images que vit actuellement le peuple iranien, pris dans le conflit qui fait rage au Moyen-Orient. Le 28février, les États-Unis et Israël ont lancé une campagne aérienne dans le but de mettre à genoux la République islamique d'Iran. Leurs objectifs étaient triples: un changement de régime, l'affaiblissement des capacités militaires conventionnelles et non conventionnelles de l'Iran, et l'appropriation de ses ressources en hydrocarbures.
Plus d'un mois plus tard, l'Iran tient bon. Malgré les lourdes pertes engendrées par cette campagne aérienne illégale menée par les États-Unis et Israël, les Iraniens ordinaires font preuve d'une solidarité remarquable. Cela reflète non seulement l'esprit de résistance civilisationnelle du peuple iranien, mais aussi son profond respect pour le gouvernement théocratique iranien.
Dans sa dernière diatribe contre l'Iran sur les réseaux sociaux, le président américain Donald Trump a menacé l'Iran de représailles aériennes " sans précédent" contre les centrales électriques iraniennes s'il ne parvenait pas à un accord de paix au plus vite.
En réponse, le gouvernement iranien a appelé la population, et notamment les jeunes, à descendre dans la rue et à former des chaînes humaines autour des centrales pour les protéger.
Dans ce contexte, il est essentiel de décrypter la portée de cette déclaration.
Histoire de l'esprit de résistance
Avec le recul, cet appel du gouvernement iranien peut paraître surprenant. Mais une analyse plus approfondie révèle qu'il incarne l'esprit de résistance chiite, qui s'inscrit dans une longue tradition remontant au martyre d'Hussein ibn Ali, petit-fils du prophète Mahomet, lors de la bataille de Karbala. Dans cette lignée, d'importantes personnalités politiques et militaires ont donné leur vie pour la cause du pays et de son peuple. Dans ce contexte, on peut notamment citer Qassem Soleimani, ancien commandant du Corps des gardiens de la révolution islamique, tué par les forces américaines lors d'une frappe de drone ciblée; Mohsen Fakhrizadeh, éminent scientifique nucléaire iranien assassiné par Israël lors d'une opération secrète; et plus récemment, l'ayatollah Ali Khamenei, ancien Guide suprême de l'Iran; ainsi qu'Ali Larijani, ancien secrétaire général du Conseil suprême de sécurité nationale, parmi d'autres personnalités militaires et politiques de haut rang.
Face à l'hégémonie technologique
Dans son ouvrage " Cahiers de prison", le philosophe et penseur néomarxiste italien Antonio Gramsci a introduit le concept d'hégémonie. Pour lui, l'hégémonie représentait l'esprit du temps - la nouvelle idée directrice de l'ère dans laquelle vit l'humanité - et la manière dont l'acceptation de cette idée se construit par le développement de la légitimité, laquelle passe par la conquête de la société civile, qu'il nomme " structures de légitimation". Dans le contexte du conflit en cours, les États-Unis et Israël ont réussi à légitimer leur "puissance écrasante" grâce à un armement de pointe intégrant des technologies avancées, par le biais d'une campagne de guerre narrative ciblée. Cependant, l'Iran conteste avec succès cette hégémonie idéologique, affirmant qu'en appelant ses citoyens à résister à cette démonstration de force, le pays ne cédera pas. Ainsi, l'Iran tente de reconquérir son influence au sein de la société civile mondiale en instrumentalisant la violence comme symbole de la construction d'une contre-hégémonie par le biais de "structures de légitimation".
De cette manière, l'Iran cherche à démontrer la supériorité symbolique de la résistance organique et spirituelle de l'Orient sur l'hégémonie inorganique et mécanique des États-Unis et d'Israël. De plus, il faut comprendre que l'Occident, avec son armement de haute technologie, tente de "neutraliser" la mort, tandis que l'esprit de résistance iranien, manifesté par les appels du gouvernement iranien à la formation de chaînes humaines, est une expression de l'"humanisation" des cibles - une tentative de dépasser la distance mécanique sur laquelle s'appuie l'Occident.
L'Iran donne l'exemple aux pays du Sud, qu'ils ne doivent pas abandonner; ils ne doivent pas succomber à l'hégémonie occidentale, tant militaire que financière. Par ailleurs, les pays du Sud doivent soutenir l'Iran en ces temps difficiles et dénoncer l'hypocrisie de l'Occident, qui ne cesse de donner des leçons de morale sur le fondement du droit international, mais qui manque à son devoir de respecter lui-même ces règles.
Pranay Kumar Shome, analyste de recherche, étudiant de troisième cycle, Université centrale Mahatma Gandhi, Bihar, Inde
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