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Yechiel Leiter, ambassadeur d'Israël à Washington.
La France est exclue des discussions Liban-Israël, malgré les appels d'Emmanuel Macron à la paix et ses efforts diplomatiques. "Ils ne sont pas nécessaires. Ils n'ont pas d'influence positive, surtout pas au Liban", a reaffirmé sa position devant la presse Yechiel Leiter, ambassadeur israélien à Washington.
La réunion préparatoire du 14 avril à Washington entre Beyrouth et Tel Aviv, organisée sous l'égide des États-Unis, marque un tournant diplomatique majeur : la France en est absente. Une mise à l'écart notable pour un pays longtemps considéré comme un acteur central du dossier libanais.
"Il est certain que nous ne voulons pas voir les Français s'immiscer dans ces négociations. [...] Nous aimerions tenir les Français aussi loin que possible de pratiquement tout, mais surtout lorsqu'il s'agit de négociations de paix", a martelé l'ambassadeur israélien à Washington Yechiel Leiter devant la presse.
Interrogé par un journaliste pour savoir si le gouvernement israélien avait mené un effort "concerté" pour tenir la France à l'écart de ces négociations complexes, Yechiel Leiter a ajouté : "Ils ne sont pas nécessaires. Ils n'ont pas d'influence positive, surtout pas au Liban".
En 2006, Paris avait pourtant co-piloté avec Washington la résolution 1701 de l'ONU, fondement du cessez-le-feu ayant mis fin à la guerre entre Israël et le Hezbollah. Ce même texte avait servi de cadre à l'accord de trêve entré en vigueur en novembre 2024.
Depuis, l'influence française s'est progressivement érodée. En 2024, déjà, le rôle de médiateur avait été largement assumé par l'émissaire américain Amos Hochstein. Mais cette fois, la France semble totalement exclue du processus. La réunion du 14 avril visait notamment à isoler le Hezbollah de l'État libanais et à poser les bases de futures négociations directes entre les deux pays, un objectif porté avant tout par Washington et Tel Aviv.
Israël et les États-Unis en duo
Israël a clairement exprimé son opposition à la participation française, l'accusant de maintenir un canal de dialogue avec le Hezbollah et d'adopter une position jugée trop conciliante envers Beyrouth. La reconnaissance par Emmanuel Macron de l'État de Palestine en 2025 a également accentué les tensions. Pour plusieurs responsables israéliens, la France ne peut plus être considérée comme un médiateur impartial.
Ce recul s'inscrit aussi dans un changement plus large de paradigme diplomatique. Là où la France incarnait une approche multilatérale et de "maintien de la paix", les États-Unis et Israël privilégient désormais une logique de rapport de force. Les relations tendues entre Paris et l'administration américaine de Donald Trump ont renforcé cette marginalisation, notamment après des désaccords sur des opérations militaires et des questions stratégiques régionales.
Malgré tout, la France continue de soutenir le Liban sur le plan diplomatique et insiste sur la nécessité d'un cessez-le-feu. Elle tente également de peser indirectement, en encourageant la reprise des négociations entre Washington et Téhéran, espérant y intégrer la question libanaise. Mais son absence des discussions directes illustre une perte d'influence significative dans un dossier où elle fut longtemps incontournable.
La réunion préparatoire du 14 avril a mis en exergue la pression des États-Unis et d'Israël sur l'État libanais pour qu'il se désolidarise totalement du Hezbollah et initie un changement de posture vis-à-vis du mouvement chiite, pour arriver à terme à totalement le désarmer. D'autres réunions sont à prévoir dans les prochaines semaines.