
Par Yoann pour le Media en 4-4-2, le 24 avril 2026
Une série de clichés a enflammé les réseaux sociaux arabes : une capitaine de Tsahal, souriante, cueille des légumes dans le potager d'une famille libanaise avant de se préparer un repas dans leur cuisine. La scène, filmée et partagée par la soldate elle-même, se déroule à Bint Jbeil, dans le sud du Liban, où des milliers de déplacés attendent toujours l'autorisation de rentrer chez eux. L'ironie est cruelle : la maison, intacte, semble n'attendre que ses propriétaires - mais ceux-ci en sont réduits à contempler, de loin, leur jardin pillé par l'occupant.
Un cessez-le-feu à géométrie variable
Depuis le 17 avril, un cessez-le-feu précaire est en vigueur entre Israël et le Hezbollah. Pourtant, Tsahal maintient une présence militaire dans une "zone de défense avancée", une ligne arbitraire tracée au sud de 55 villages libanais. Le colonel Avichay Adraee, porte-parole arabophone de l'armée israélienne, a beau multiplier les mises en garde - "pour votre sécurité" -, le message est clair : les Libanais n'ont pas le droit de revenir. Pendant ce temps, les soldats israéliens, eux, s'installent. Entre deux patrouilles, ils visitent les maisons abandonnées, testent les matelas, et, comme en témoignent ces images, se servent dans les frigos et les jardins.
Le Liban sous le choc : entre statues brisées et légumes volés
L'indignation est d'autant plus vive que cet épisode survient trois jours après un autre scandale : un soldat israélien a été filmé en train de s'acharner à coups de masse sur une statue du Christ dans le village chrétien de Debel. Tsahal a beau parler de "valeurs bafouées" et promettre des sanctions, le mal est fait. Deux affaires en une semaine, dans la même région de Nabatiyé, qui résument à elles seules l'arrogance d'une armée en terrain conquis.
"Ils détruisent nos symboles et volent nos récoltes, mais c'est nous qu'on accuse de violer la trêve",
s'insurge un habitant de Bint Jbeil.
Diana Moukalled : "Une insulte à la dignité des déplacés"
La journaliste et réalisatrice libanaise Diana Moukalled n'a pas mâché ses mots :
"Cette maison respire encore la vie de ses propriétaires, mais eux en sont les absents forcés. Pendant qu'une soldate de l'armée occupante cueille leurs légumes et rit comme si de rien n'était, une famille entière est privée de son droit le plus élémentaire : rentrer chez elle. C'est une occupation, une provocation, une insulte à leur mémoire et à leur dignité".
Ses propos, relayés massivement, ont ravivé la colère d'un pays exsangue, où plus d'un million de personnes ont été déplacées par quarante jours de combats.
La trêve, un leurre ?
Officiellement, le cessez-le-feu tient. Officieusement, la "ligne jaune" tracée par Tsahal est une nouvelle frontière, une zone grise où Israël dicte ses règles. Les négociations pour un retrait complet traînent, les villages restent vides, et les images de soldats cuisinant dans des maisons qui ne sont pas les leurs alimentent un ressentiment qui ne demande qu'à exploser.
"Ils nous chassent, puis ils font comme si nos vies leur appartenaient", résume un déplacé de Bint Jbeil. "La trêve ? Une pause dans leur occupation, pas la fin".
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L'impunité en uniforme
Tsahal a beau parler de "sanctions" après la profanation de la statue du Christ, la réalité est tout autre : deux soldats condamnés à un mois de détention, une statue remplacée à la va-vite, et surtout, aucune remise en question de la présence militaire israélienne dans le sud-Liban.
"Ils punissent un soldat pour avoir brisé une statue, mais personne pour avoir brisé des vies", souligne un analyste politique beyrouthin. "La vraie provocation, c'est cette occupation qui se perpétue sous couvert de sécurité".
Le Liban attend - Israël s'installe
Alors que les déplacés libanais comptent les jours, les images de la soldate cuisinière résument une réalité amère : pour Israël, le sud-Liban est une zone de confort, un territoire à domestiquer.
"Ils nous volent nos terres, nos maisons, et maintenant nos légumes", résume un agriculteur de Nabatiyé. "Mais une chose est sûre : un jour, ils devront partir. Et ce jour-là, ils ne laisseront derrière eux que des ruines - et peut-être quelques casseroles sales".