
Par la rédaction de Al Manar, le 6 mais 2026
Ces derniers jours, deux vieux messieurs, Hassane et Hussein, originaires de deux villages du sud du Liban, ravagé par la machine de guerre israélienne, ont enflammé les réseaux sociaux.
Hussein Ali Faqih, 87 ans, est devenu célèbre grâce à une photo : couché sur les décombres de sa maison détruite dans un raid israélien à Srifa, les mains engantées. Abou Ali ne s'y trouvait pas lorsqu'elle a été soufflée en mars. Depuis le début de la guerre, plus de 17 mille unités résidentielles et bâtiments ont été détruits au sud du Liban. Depuis, il y revenait chaque jour pour en dégager les pierres, alors que Srifa est devenu un village sinistré sous les raids israéliens.
"C'est comme s'il tentait de récupérer les années de sa vie", selon un proche. "C'est comme si sa maison l'habitait",
croit deviner le journaliste Ricardo Karam sur Facebook.
Il l'avait bâtie pierre par pierre, d'année en année, ont raconté ceux qui le connaissaient sur les réseaux sociaux, grâce à son travail d'agriculteur de tabac, une activité très répandue au sud du Liban.
Mais Abou Ali n'a pas tenu longtemps. Ne souffrant d'aucune maladie chronique avant la guerre, sa santé s'est rapidement détériorée après la démolition de sa maison. Il ne disait plus rien. Il a succombé le 4 mai laissant derrière lui un seul vœu : être enterré dans son village et c'est tout.
"Il s'est éteint non sur les décombres, mais sur une mémoire qui témoignera pour lui à jamais : c'est là qu'il a vécu... c'est là qu'il est revenu... et c'est là que son cœur s'est brisé",
l'a pleuré le site Ya Sour (O Tyr).
Le cas de Hassane Ayyache est quelque peu différent. La photo qui l'a rendu célèbre est celle où il venait de sortir de sa maison, mardi, indemne, couvert de poussière, des suites d'un raid ennemi israélien dans le village de Haroufe, dans le district de Nabatiyeh. A la différence d'Abou Ali, il se trouvait dans sa maison lorsqu'elle a été bombardée et détruite partiellement. Selon les chiffres, l'armée ennemie israélienne a endommagé plus de 32 mille unités résidentielles.
Dans sa première réaction, crampée à sa porte qui a résisté au raid, M. Ayyache a refusé de sortir, d'être emmené à l'hôpital par les secouristes de la Défense civile, plus étonnés que lui de le voir sortir des décombres.
Il a fini par accepter, pour y être lavé et subir quelques sutures.
Mais avant, il a fait une tournée dans les rues de son village. Les photos le montrent perplexe :
"Comme si ses yeux étaient en prière, son silence en invocation et sa souffrance récitant les cantiques de l'Amour",
a écrit le poète Haydar Haydar sur Facebook.
A Haroufe, Hassane Ayyache était bien connu : on l'appelait "Hassane l'officier", car il portait toujours un uniforme militaire, raconte un internaute sur le site Facebook Bint Jbeil.
Ses voisins racontent que lors de l'invasion israélienne du Liban en 1982, alors que les soldats ennemis avaient envahi son quartier al-Thaghra,
"Il les a défiés avec son balai, en uniforme. Ils lui ont tiré dessus: une vingtaine de balles lui ont transpercé le corps",
se rappelle Hussein Kanso sur Facebook. Mais il n'est pas mort!
Dans toutes les guerres israéliennes qui suivront, en 1993, en 1996 et en 2006, il a refusé de quitter son village. Échappant toujours à la mort. Depuis, on l'appelle "Hassane la bénédiction de Haroufe", et on croit fervemment que ses prières son exaucées. Chacun ayant un vœu le sollicitait et lui s'exécutait sans hésitation, rapporte le site Bint Jbeil.
"Hassane n'est pas simplement un homme... C'est l'illustration concentrée du sud... De celui qui est frappé mais se lève, de celui qui est brûlé mais revient, de celui qui est démoli mais se réinvente",
a commenté Kanso.
Les dernières images de lui le montrent mercredi dans sa maison, dont la moitié est démolie et l'autre pêle-mêle. Haroufe fait toujours l'objets de raids ennemis.
Portant son uniforme militaire, il a montré aux membres de la Défense civile le lit où il allait désormais coucher, refusant toutes les propositions d'être hébergé ailleurs. Sans se justifier. Sans trop de mots.
"Je protègerai la maison des voleurs, je n'ai pas peur, inchallah".
Et c'est tout.