
Par BettBeat Media, le 6 mai 2026
Les sciences sociales n'ont pas manqué de voir venir Epstein ou Gaza. Mais elles ont été conçues pour détourner le regard. Une analyse approfondie des disciplines qui nous ont aveuglés face à la monstruosité travestie en civilisation.
Le monde est dirigé par des monstres. Et ces monstres resserrent leur emprise.
Pourtant, la dépravation ne cesse de surprendre la plupart d'entre nous - alors qu'elle ne devrait pas. Si on nous avait enseigné comment le monde fonctionne vraiment, nous l'aurions vu venir.
Nous en aurions reconnu les signes. Mais on ne nous l'a pas enseigné. On nous a conditionnés - formés à confondre les rouages du pouvoir avec le cours naturel des choses, à traiter chaque atrocité comme une exception plutôt qu'une norme.
Les disciplines qui promettaient d'expliquer le monde sont devenues son alibi le plus raffiné. L'économie, les relations internationales et la psychologie - la trinité sacerdotale de la recherche universitaire moderne - président à une civilisation mondiale qui bombarde des hôpitaux, affame des enfants, se livre au trafic de mineures et blanchit les profits par le biais de dotations et de chaires universitaires. Elles ne fonctionnent pas comme des sciences, mais comme des liturgies. Elles sanctifient le pillage. Elles délivrent les indulgences. Elles fournissent à l'empire son langage, ses citations évaluées par des pairs, son déni plausible.
Et dans les décombres encore fumants de Gaza, dans les registres de vol d'Epstein, dans la correspondance divulguée de "journalistes" liés aux services du renseignement qui traquent les universitaires dissidents, on découvre non seulement un establishment corrompu, mais tout un ordre intellectuel conçu - dès le départ - pour détourner le regard.
C'est Sheldon Wolin, le théoricien politique dont Chris Hedges a fait l'éloge à l'American Political Science Association, qui a identifié le mal pour ce qu'il est.
La science politique, a-t-il accusé, est devenue "accro" aux programmes de recherche mathématisés - en quête de certitudes scientifiques qu'elle ne pourrait jamais offrir, et en profitant, presque comme un bonus, de la liberté d'ignorer toutes les questions urgentes qui agitent la société. Tout universitaire acceptant ce marché, a rappelé Chris Hedges à l'assemblée, pouvait s'attendre aux contreparties suivantes : la titularisation, une chaire, voire cette "invitation du courtisan dans les arcanes du pouvoir". Mais selon la formule crue et impitoyable de Wolin, ce qu'un tel chercheur commettait en réalité, était une "trahison intellectuelle". Cette trahison s'est depuis métastasée. Ce n'est plus l'échec personnel de quelques opportunistes troquant leur conscience contre le confort. C'est le fondement même de la discipline.
Dans mon domaine, des critiques similaires ont été formulées - Kenneth Gergen, Glenn Adams et moi-même, chacun sous un angle différent, tapant sur la même porte verrouillée.
Il y a près de soixante ans, Gergen, s'appuyant sur le constructivisme social, a dénoncé la fraude silencieuse au cœur de la psychologie dominante : ses "découvertes" ne sont pas les observations neutres d'un appareil braqué sur la nature humaine, mais les artefacts d'un moment historique précis, d'un langage particulier, d'un agencement de pouvoir spécifique, déguisés sous la blouse blanche empruntée aux sciences naturelles.
Adams est allé plus loin, en montrant comment toute l'architecture de la discipline s'est élaborée autour de la vie étriquée du sujet occidental, éduqué, industrialisé, riche et démocratique (WEIRD) - et comment cette créature a ensuite été universalisée, exportée et imposée au reste de la planète comme le modèle à l'aune duquel tout autre esprit devait être mesuré - et jugé insuffisant. L'"humain universel" des sciences humaines s'est avéré être une fiction coloniale. Le "moi" consacré dans les manuels s'est avéré être l'individu blanc propriétaire foncier du capitalisme tardif, réfracté par la salle du séminaire et déclaré éternel.
J'ai étendu leurs critiques de la psychologie au domaine de l'économie politique. La psychologie, ai-je soutenu, n'est pas simplement, culturellement provinciale ou épistémiquement, naïve. C'est la philosophie officielle du néolibéralisme. Il suffit de constater ce que la discipline traite comme étant "humain". La compétitivité implacable qui nous oppose à nos voisins, la défiance l'étranger qui se mue en racisme, la solitude et la déconnexion que les épidémiologistes suivent désormais comme un virus, l'obsession anxieuse du statut social, la conviction que sa valeur se mesure chaque jour à l'aune de la performance - la psychologie a passé un siècle à répertorier ces tendances, à les mesurer, les modéliser et les proclamer discrètement traits de la nature humaine. Elles ne le sont pas. Ce sont les résidus psychologiques prévisibles d'une vie au sein d'un ordre économique spécifique, en ordre qui nous oppose les uns aux autres dans autant de domaines que le logement, l'emploi, la santé, a dignité elle-même. Elle en étudie ensuite les contusions comme s'il s'agissait de taches de naissance.
La discipline a ainsi fonctionné pendant des décennies comme une vaste entreprise de normalisation. Elle s'empare des problèmes d'un contexte social particulier - la concurrence, l'isolement, l'angoisse liée au statut social, la peur racialisée de l'autre, l'effondrement personnel que nous appelons aujourd'hui trouble mental - et les transforme en faits généraux concernant l'humain. Chaque concept évalué, chaque intervention, chaque protocole "basé sur des preuves" qu'elle exporte, porte discrètement la signature idéologique d'un système qui mue sa violence en déficit personnel. Le génie de ce dispositif réside en ceci que le patient ne se demande jamais pourquoi nous sommes si nombreux à être malades en même temps. Il se demande seulement ce qui cloche chez lui.
Et plus récemment, j'ai encore approfondi ma réflexion. Selon moi, l'aspect le plus grave tient à ce que la psychologie se met au service du capitalisme. Elle l'invisibilise en le faisant disparaître de nos revues, de nos manuels et de nos programmes. On le traite comme relevant de la conjoncture plutôt que du système. L'ordre économique qui structure chaque vie que la psychologie prétend étudier a discrètement disparu de son domaine d'étude, considéré comme une toile de fond insignifiante, trop évidente ou triviale pour être mentionnée. C'est pourquoi j'ai récemment incité la discipline à faire ce à quoi elle s'est refusée durant un siècle : prendre le capitalisme comme moteur central de notre approche de la psychologie moderne, le nommer, l'étudier et identifier ses effets sur la souffrance que nous diagnostiquons avec tant d'assurance. Tant que la psychologie ne sera pas en mesure de voir clairement l'environnement dans lequel elle évolue, elle assimilera les symptômes d'un ordre économique aux caractéristiques de la nature humaine et proposera, avec une grande virtuosité technique, le mauvais remède à la douloureuse réalité.
Les bombardements en Irak, le génocide en Palestine, les mandataires en Syrie, les seigneurs de guerre déchaînés en Libye. Rien de tout cela ne figure sur les listes de lecture de Harvard.
La parodie académique
Les événements des trois dernières années ont tranché la question, comme je le montre dans cet article. Le flux ininterrompu en direct du génocide à Gaza, le regain des appétits impériaux du XIXe siècle relookés pour le XXIe, l'implosion de l'ordre dit "réglementé", le dépeçage définitif de la démocratie par les États occidentaux qui arment désormais ouvertement la famine et célèbrent le bombardement des tentes de réfugiés, les abus sexuels sur des enfants par des milliardaires sur des îles privées, la banalisation planétaire d'un sionisme qui ne dissimule plus sa logique d'élimination - ces événements pris dans leur ensemble ne constituent pas une crise que les sciences sociales et politiques n'auraient pas su prévoir. Mais c'est le verdict rendu à ces sciences elles-mêmes.
L'économie dominante, les relations internationales et la psychologie s'avèrent n'être qu'une vaste farce : un appareil pédagogique qui forme, génération après génération, à ne percevoir que les ondes superficielles d'un système dont il est interdit de nommer le fonctionnement profond. Leurs concepts ne sont pas conçus pour éclairer l'impérialisme et le capitalisme, mais pour les occulter, en fragmentant le monde en variables suffisamment insignifiantes pour se limiter à de simples régressions et suffisamment inoffensives pour passer l'examen par les pairs. Ce que ces disciplines produisent, finalement, ce ne sont pas tant des savoirs sur le monde social que des membres calibrés pour le perpétuer - citoyens, technocrates, cliniciens, analystes, électeurs -, un ordre qui incinère des enfants dans l'indifférence générale. En conclusion, cette farce ne peut plus être maintenue et toute science sociale ou politique digne de ce nom doit s'appuyer sur les ravages causés par ces disciplines au cours du siècle dernier, et reconnaître que regarder ailleurs revient désormais à cautionner ce désastre.
L'économie : la religion du pillage
Commençons par l'économie, ce culte qui se prétend science. Le programme d'enseignement traditionnel forme des générations d'étudiants à des théories amputées de l'histoire, de la géographie et du pouvoir. L'économiste Michael Hudson, interviewé par The Grayzone, a consacré quarante ans à exposer en détail l'ensemble des réalités que le département des sciences économiques refuse d'intégrer à son programme : la forme concrète que prend l'empire (régimes d'embargo, lettres d'intention du FMI, architecture des réserves en dollars), ainsi que l'aveuglement délibéré de ses collègues néolibéraux face à cette réalité.
Hudson qualifie ce système de " super-impérialisme". Selon lui, il s'agit d'un réseau - le statut de réserve du dollar, les missions de surveillance du FMI, les ajustements structurels de la Banque mondiale, la liste des sanctions du Trésor - grâce auquel les États-Unis gèrent la dimension financière de leur hégémonie militaire. Les bombardements en Irak, le génocide en Palestine, les mandataires en Syrie, les chefs de guerre déchaînés en Libye : chacun de ces événements trouve son équivalent comptable, et ce sont ces équivalents qui font l'objet de son livre. Rien de tout cela ne figure sur les listes de lecture de l'université Harvard. Rien de tout cela n'est mentionné à Stockholm, où les comités Nobel continuent de décerner des prix aux apôtres de l'austérité.
youtube-nocookie.comVous y trouverez plutôt ce que David Graeber et George Monbiot ont correctement diagnostiqué dans leur entretien sur la montée du néolibéralisme : une doctrine qui a réorganisé l'ensemble des sociétés occidentales en démantelant l'industrie, en gelant les budgets publics, en privatisant les réseaux d'adduction d'eau, les bureaux de poste, les écoles, les hôpitaux, les prisons, les services de renseignement, les forces de police, une partie des forces armées, voire les lignes ferroviaires, et en transformant le droit fiscal en un siphon aspirant les richesses nationales vers le haut, vers une couche de ploutocrates dont les fortunes, en termes réels, rivalisent désormais avec celles des pharaons. Et le tout s'accomplit dans un silence assourdissant, car le monde universitaire et la presse, censés le dénoncer, appartiennent eux-mêmes à ce système qui en tire profit.
Tout économiste émettant des réserves est écarté. Les sciences humaines ont été entièrement vidées de leur substance. Les universités doivent se débrouiller pour trouver leurs propres fonds et rémunérer leurs enseignants. Le carriériste l'apprend très tôt. Des milliards affluent vers les partis politiques, les think tanks et les fonds de dotation des facultés, en provenance de milliardaires. Les critiques du capitalisme n'ont pas accès à la moindre tribune. Ceux qui vantent les mérites des donateurs sont récompensés par des subventions, des contrats d'édition, des chaires à leur nom et des tribunes permanentes dans la presse mainstream.
Le réalisme, en particulier, a davantage servi à justifier l'empire qu'à le remettre en question - une doctrine qui assimile la violence caractéristique d'un ordre historique bien précis, à savoir le pillage et le partage de la majeure partie de la planète par une poignée de puissances européennes, à la manifestation inévitable d'une structure internationale "anarchique", une triste loi de la nature plutôt qu'une scène de crime.
Les relations internationales, une discipline tout droit sortie du système impérial
Le domaine des relations internationales est peut-être encore plus grotesque, car il prétend étudier de manière impartiale la guerre et la paix, alors qu'il a été créé par l'administration coloniale elle-même. Il raconte volontiers une histoire d'origine bien ficelée : il serait né en 1918, sur les cendres de la Première Guerre mondiale, d'un noble désir de prévenir la suivante. Les historiens de la discipline ont démoli ce mythe. Des décennies avant Versailles, on trouvait déjà, sous l'appellation même de "relations internationales", toute une littérature pratique sur la manière d'administrer les peuples assujettis, de classer les races et ce que ses auteurs n'hésitaient pas à appeler le "développement racial". Le drame bien huilé d'un "grand débat" entre idéalistes et réalistes n'est qu'un leurre. Dès ses premiers amphithéâtres, la discipline n'a jamais été qu'un mode d'emploi de gestion des territoires conquis.
L'essai de Dissent intitulé " Les origines impériales du réalisme" expose une histoire qu'aucun manuel introductif n'oserait publier. Le réalisme ne serait pas né de la désillusion des années 1930. Il est issu d'un même vivier intellectuel des années 1880 et 1890 qui a donné naissance à la "géopolitique" et aux doctrines du Lebensraum [espace vital]. Il s'agissait moins d'un acte de lucidité morale que d'un registre de la hiérarchie raciale que les puissances occidentales façonnaient alors à travers le monde. Son langage prétendument pragmatique - "l'intérêt national", "la sphère d'influence" - a été élaboré dans les chancelleries de Londres, Amsterdam, Paris et Washington, et les hommes qui l'ont conçu se sont présentés comme les inventeurs de l'art de la gouvernance.
Toute cette tradition repose sur un tour de passe-passe : elle a rebaptisé la suprématie temporaire de l'Europe sur les continents soumis comme étant la nature éternelle de cet espace qu'elle a nommé "l'international". Les concepts fondamentaux de la discipline sont loin d'être des indicateurs neutres. Ce sont les concepts transmis par ceux qui détenaient le pouvoir. Le réalisme, en particulier, a davantage servi à justifier l'empire qu'à le remettre en question - une doctrine qui assimile la violence caractéristique d'un ordre historique bien précis, à savoir le pillage et le partage de la majeure partie de la planète par une poignée de puissances européennes, à la manifestation inévitable d'une structure internationale "anarchique", une triste loi de la nature plutôt qu'une scène de crime. La supercherie est ingénieuse : une fois la violence impériale reclassée en nécessité structurelle, personne n'a à en répondre, car toute alternative est impossible. Cela n'a rien d'une posture marginale. Certains des penseurs les plus célèbres du domaine, à l'instar de John Mearsheimer, la défendent d'ailleurs avec la conviction de théologiens et forment des générations successives à confondre cette théorie avec un réalisme lucide sur la façon dont le monde fonctionne réellement.
La refondation de la discipline après la guerre n'a pas non plus été le fruit du hasard. L'historien Nicolas Guilhot a montré, en épluchant les archives, que le rassemblement de 1954, financé par la famille Rockefeller et au cours duquel la théorie moderne des relations internationales a été officialisée, a donné lieu à une production d'écrits qui, tout en prétendant freiner les ambitions impériales des hommes d'État, est restée étrangement silencieuse sur l'effondrement des empires européens - un événement historique que de nombreux observateurs, à l'époque comme depuis, ont considéré comme plus déterminant que la confrontation avec Moscou. Une discipline dont le centre d'intérêt déclaré est le pouvoir n'a rien dit de la plus grande redistribution de pouvoir du XX^e siècle. Elle n'a rien dit, car les fondations qui la finançaient ne tenaient pas à ce que l'on aborde le sujet.
L'université en tant qu'État de surveillance
Si vous entrez aujourd'hui sur un campus britannique, vous pénétrez au cœur d'une opération de contre-insurrection. Declassified UK a révélé que des dirigeants de l'industrie de l'armement ont été invités à siéger dans des comités consultatifs universitaires : BAE Systems, Leonardo, Thales et Rolls-Royce, les fabricants des missiles qui frappent le Yémen et Gaza, ont été accueillis au sein de pas moins de 53 de ces comités, où ils sont régulièrement consultés pour définir l'"orientation stratégique" de département universitaires entiers, et dans certains cas, pour surveiller les chercheurs et évaluer leurs performances. Des demandes d'accès à l'information ont permis d'obtenir de la bureaucratie une liste d'au moins vingt-et-une universités ayant invité des fabricants d'armes à siéger dans leurs comités - Southampton, Édimbourg, Glasgow, Leicester, Cardiff, York, Queen's Belfast, et bien d'autres. Les programmes des amphithéâtres où les futurs économistes et spécialistes des relations internationales britanniques obtiennent leurs diplômes sont validés par les hommes qui conçoivent les armes à sous-munitions.
Mais il y a pire. Une enquête conjointe d' Al Jazeera et de Liberty Investigates a révélé une affaire qui aurait dû mettre fin à une douzaine de carrières universitaires : douze universités britanniques ont payé secrètement une société privée, Horus Security Consultancy Limited, dirigée par d'anciens membres des services du renseignement militaire, pour passer au crible les comptes de réseaux sociaux de leurs propres étudiants et du personnel académique - y compris ceux qui ont rejoint les piquets de grève en faveur de la Palestine - et pour fournir aux doyens des "évaluations confidentielles des menaces terroristes".
La liste des clients ferait pâlir d'envie la première page du classement du Sunday Times : Oxford, l'Imperial College de Londres, le King's College de Londres, l'UCL, la LSE, et bien d'autres encore. Horus, qui se présente comme une société de "renseignement de premier plan", a facturé à ces institutions au moins 440 000 livres sterling depuis 2022. The Cherwell, le journal étudiant d'Oxford, a identifié l'homme à la tête de la société mère, Horus Global : l'ancien colonel Tim Collins, cofondateur de la Henry Jackson Society, un bastion pro-israélien d'extrême droite influent dans la politique britannique. Ainsi, l'université n'est plus un sanctuaire de la recherche. Elle n'est plus qu'une station relais intégrée à un réseau d'espions privés, de policiers, de bureaucrates antiterroristes et - par le biais de la lignée Henry Jackson de l'homme à la tête de la société sous-traitante - à une tendance idéologique indéniable de l'appareil de politique étrangère britannique.
Voilà - voilà - l'institution qu'on nous demande, apparemment sans ciller, de considérer comme le lieu où les "relations internationales" sont étudiées sans préjugés. Gina Romero, rapporteuse spéciale des Nations unies pour la liberté de réunion pacifique, a lancé un avertissement sans équivoque : le déploiement de l'intelligence artificielle pour collecter et analyser les données des étudiants soulève de "profondes préoccupations juridiques" et engendre, selon elle, un "climat de peur" parmi les étudiants militants. Le résultat - qu'ils se retirent, se désabonnent ou fassent profil bas - n'est pas un dommage collatéral. Le désengagement est le but recherché. Le système remplit exactement la fonction pour laquelle il a été conçu.
Cela commence dès l'enfance. Declassified a rapporté que le Government Communications Headquarters - la plus grande des agences de renseignement britanniques - s'immisce désormais dans la vie quotidienne d'au moins 22 000 enfants scolarisés dans des classes primaires et secondaires de dizaines d'écoles britanniques, que des agents du renseignement se trouvent, en personne, dans au moins l'une de ces écoles, que les parents de ces enfants n'ont jamais été informés de l'implication de l'agence d'espionnage, et que le soi-disant "Cyber Schools Hub" de l'agence, présenté aux enfants sous la marque plus attrayante de "CyberFirst", distribue des brochures qui présentent le GCHQ aux enfants de dix ans comme le "cœur de la sécurité nationale" - alors que les programmes de surveillance de masse de cette même agence ont été jugés illégaux par la Cour européenne des droits de l'homme. Une filière est en train d'être mise en place, qui commence à la porte de l'école et se termine à un bureau à Whitehall. Les "scientifiques" politiques qui occupent des chaires dans ce pays n'ont produit pas une seule étude approfondie à ce sujet.
Lorsque des universitaires dissidents parviennent à échapper à ces contrôles, ils sont traqués. Kit Klarenberg, journaliste d'investigation pour The Grayzone et ami de BettBeat Media, a révélé l'opération menée par Paul Mason, un journaliste britannique "de gauche". Selon les documents, Mason travaillait apparemment de concert avec Andy Pryce, un haut responsable des services du renseignement britanniques ayant supervisé une série de projets malveillants de guerre de l'information et de censure de contenu, ainsi qu'avec Emma Briant, une universitaire qui se présente comme une "chercheuse en lutte contre la désinformation". Ensemble, ils ont attaqué des personnalités anti-guerre et diffusé des informations douteuses sur au moins l'une d'entre elles, informations qui ont visiblement alimenté un article de la BBC critiquant des universitaires ayant remis en question la version officielle des meurtres de Boutcha, en Ukraine.
Dans des fuites ultérieures examinées par The Grayzone, Mason a avoué être l'auteur du désormais tristement célèbre organigramme qui dépeignait les militants pacifistes britanniques et les critiques de longue date de l'OTAN comme des pions de Pékin et de Moscou. Pendant trois ans, il a harcelé et insulté quiconque a osé dénoncer son projet, brandissant l'accusation de "désinformation russe" et menaçant de dix ans de prison, tout en assurant à ses avocats mener une noble croisade pour démasquer les "idiots utiles" que, selon lui, le Kremlin et le Parti communiste chinois cultivaient discrètement en Grande-Bretagne.
Klarenberg lui-même, à son retour dans son pays d'origine, a été interpellé à l'aéroport de Luton, près de Londres, en vertu des pouvoirs antiterroristes, où six agents en civil, dont aucun ne s'est identifié, l'ont conduit dans une pièce à l'écart de l'aéroport de Luton et l'ont interrogé pendant plus de cinq heures sur ses articles publiés.
youtube-nocookie.comPsychologie : de MK-ULTRA à Guantánamo
Si l'économie blanchit le butin de l'empire et les relations internationales ses guerres, la psychologie blanchit ses tortures. L'American Psychological Association - la plus grande association professionnelle de psychologues au monde - entretient, depuis près d'un siècle, un partenariat institutionnalisé avec la CIA et le Pentagone. Depuis le programme MKUltra de la guerre froide, les psychologues ont été impliqués dans le développement et les essais sur le terrain de méthodes d'interrogatoire fondées sur des hallucinogènes et des techniques hypnotiques, et compte tenu de cet héritage, l'implication continue de l'APA auprès de ces agences n'aurait dû surprendre personne.
Le rapport Hoffman de 2015 a constitué un acte de confession forcée. Sur 542 pages, s'appuyant sur une correspondance interne jamais divulguée auparavant, le rapport a exposé ce que les hauts responsables de l'APA avaient réellement accompli : ils ont travaillé main dans la main avec des fonctionnaires fédéraux et des sous-traitants externes pour légitimer la torture, pour empêcher le public de l'apprendre, et pour réprimer ceux qui tentaient de la dénoncer. Ce schéma transparaissait directement dans le reste des archives fédérales sur la torture. Les dirigeants de l'association ont veillé à ce que ses politiques soient conformes aux souhaits des tortionnaires du ministère de la Défense - un service qui a valu à l'association des contrats lucratifs et un accès privilégié du Pentagone.
Même la propre annonce de l'APA, lorsqu'elle a été publiée, concédait l'essentiel de ce que ses détracteurs documentaient depuis une décennie : que les personnes impliquées dans cette collusion ont cherché à s'attirer les "faveurs" du ministère de la Défense, que leur comportement a peut-être servi de couverture aux pratiques d'interrogatoire abusives du gouvernement, et que le rapport PENS de 2005 - présenté au public comme un document irréprochable sur l'éthique professionnelle - a en réalité été orienté au moins aussi fortement par le ministère de la Défense que par quoi que ce soit ressemblant au bien-être de la profession de psychologue ou aux engagements en matière de droits de l'homme que l'association imprimait autrefois sur son papier à en-tête.
Il ne s'agit pas de quelques brebis galeuses, mais de tout le troupeau. Les spécialistes des sciences cognitives, les psychologues sociaux, les économistes comportementaux, bref, tout l'empire des sciences humaines, siège aux comités de subventions qui acheminent les fonds provenant de l'initiative Minerva du Pentagone, de la DARPA ou du Bureau de la recherche navale. Leurs programmes d'enseignement n'en font pas mention. Leurs cours d'introduction n'en parlent pas non plus. On enseigne l'expérience de la prison de Stanford, mais on n'enseigne pas la psychologie financée par la CIA qui a donné lieu au waterboarding.
L'université McGill, où Donald Hebb a été canonisé dans les manuels de premier cycle, était - comme l'a finalement admis son propre journal étudiant - le laboratoire où la torture psychologique moderne a été développée. L'Allan Memorial Institute, l'hôpital psychiatrique universitaire affilié au Royal Victoria Hospital de l'université McGill, est désormais considéré par les journalistes, les médecins et le grand public comme le "berceau de la torture moderne". Son concepteur était le Dr Donald Ewen Cameron, d'origine écossaise. Les travaux menés sous sa direction ont constitué un sous-projet du programme MKULTRA plus vaste, dirigé depuis Langley par Sidney Gottlieb. En juillet 1963, la CIA a synthétisé les résultats accumulés dans un manuel de torture, le manuel d'interrogatoire de contre-espionnage KUBARK, qui a ensuite défini la doctrine et le programme de formation de l'agence dans le monde entier, en s'appuyant explicitement sur les recherches de McGill sur la privation sensorielle comme référence fondamentale.
Les protocoles de "rééducation" de Cameron - des semaines de sommeil induit par des médicaments, des électrochocs répétés et son "pilotage psychique" exclusif appliqué en boucle continue à des patients sous sédatifs - n'étaient pas considérés comme des écarts par rapport à la discipline. Ils ont été mis en œuvre par ses éminents praticiens, publiés dans ses revues à comité de lecture, récompensés par la présidence des associations psychiatriques américaine, canadienne et mondiale, et n'ont jamais été sanctionnés, en aucune instance. Aucune des personnalités haut placées impliquées n'a jamais été appelée à rendre des comptes.
La variable Epstein
Une science sociale qui ne rend pas compte de Jeffrey Epstein ne rend compte de rien. L'enquête en deux volumes de Whitney Webb, One Nation Under Blackmail, a démontré que ce que la presse n'a cessé de présenter comme un scandale isolé et aberrant n'est en réalité que la partie émergée d'une structure bien plus profonde.
Le livre, selon la présentation de l'éditeur, est une mise en accusation de l'association de longue date, vieille de près d'un siècle, entre les services du renseignement américains et israéliens et l'appareil criminel organisé que le FBI appelait autrefois le "National Crime Syndicate". Il retrace, à partir de documents originaux, comment cette union a donné naissance aux méthodes de chantage sexuel et aux réseaux de trafic dont Epstein allait hériter et qu'il allait perfectionner.
Il pose également la question que les chaînes de télévision n'ont pas osé poser : pourquoi, lors de la première arrestation d'Epstein au milieu des années 2000, les procureurs ont-ils été discrètement informés de son "appartenance aux services du renseignement" et ont-ils reçu l'ordre de laisser tomber l'affaire ?
Ce ne sont pas des rumeurs. C'est la réalité structurelle de la façon dont les élites occidentales sont constituées, recrutées, compromises et disciplinées. Et la science politique n'a rien à en dire. La sociologie non plus. Même Chris Hedges a été contraint d'écrire une chronique accablante sur les liens entre Noam Chomsky - peut-être le plus célèbre intellectuel dissident de notre époque - et Epstein. Il a écrit que Chomsky n'est
"pas aussi passif ou crédule que le prétend sa femme", qu'il "savait pour les abus commis par Epstein sur des enfants", que "tout le monde savait" et qu'"il s'en fichait",
comme beaucoup d'autres dans l'entourage d'Epstein.
Si nos intellectuels les plus encensés n'ont pas pu se résoudre à refuser une invitation au cocktail, quel espoir reste-t-il pour les médiocres titulaires de l'American Political Science Review ?
"Le déni des crimes graves" et l'État tripartite
Dans son livre American Exception: Empire and the Deep State, le politologue et ami de BettBeat Media, Aaron Good, a fourni le concept que la science politique dominante n'arrive pas à articuler. Comme le résume une revue scientifique, l'État constitutionnel américain, avant la Seconde Guerre mondiale, devait partager son autorité avec un État plus secret et moins visible. Après la guerre, cet État plus secret a lentement englouti et supplanté les organes du gouvernement public. La poursuite de l'hégémonie impériale - la longue guerre froide contre les Soviétiques, le maintien de dépendances néocoloniales à travers les continents non industrialisés - a nécessité un vaste éventail d'actions illégales ; les traités internationaux ont été ignorés. La Constitution américaine, qui classe ces traités parmi les lois suprêmes du pays, a été considérée comme un obstacle. Et l'effet cumulatif a donné lieu à un état d'exception permanent au sein duquel des institutions américaines entières se sont transformées en "entreprises criminogènes". L'auteur s'appuie sur trois auteurs précurseurs - Michael J. Glennon et son récit sur le double gouvernement, C. Wright Mills et son élite du pouvoir, Peter Dale Scott et sa théorie de la politique profonde - pour aboutir à la conclusion que les États-Unis sont, simultanément, un État public, un État sécuritaire et un État profond, et que c'est dans ce dernier que réside en réalité la souveraineté ultime.
Good est prêt à identifier ce que sa discipline a refusé de nommer pendant soixante-dix ans. Il reprend la formulation de l'illustre Michael Parenti, selon laquelle il est impossible de comprendre l'État moderne sans analyser conjointement la notion de classe et celle de conspiration. Cette analyse combinée serait le seul solvant capable de dissoudre ce que Good a lui-même nommé la "cécité face aux crimes graves" des sciences sociales dominantes.
La cécité face aux crimes graves. Cinq mots qui, pris ensemble, diagnostiquent la totalité du projet des sciences politiques et sociales modernes. Les assassinats politiques des années 1960, les coups d'État orchestrés contre Mossadegh, Árbenz, Allende, Lumumba, le trafic de cocaïne de l'affaire Iran-Contra, le scandale du blanchiment d'argent de la BCCI, l'affaire pédophile Franklin, l'affaire Epstein - aucun de ces crimes n'est admis comme preuve. Ils sont écartés, qualifiés de "théories du complot", de sujets marginaux, de lecture bon marché. Ils ne peuvent être admis dans le paradigme explicatif. S'ils l'étaient, le modèle ne survivrait pas aux révélations.
youtube-nocookie.comL'impérialisme, version noire
La gauche radicale noire a clairement compris tout cela bien avant que la gauche blanche en ait le courage. Glen Ford, ami d'Ajamu Baraka de Black Agenda Report, et les autres journalistes de ce média ont refusé, même au plus fort de l'Obamamania, de renoncer à leur rigueur analytique. Dans ses réflexions sur l'ascension d'Obama, Ford a écrit que le nouveau président ne serait que le dernier d'une longue lignée de dirigeants de l'exécutif américain, déterminés à préserver la suprématie des États-Unis par tous les moyens à leur disposition, et que les Noirs américains seraient bientôt confrontés à un choix de conscience : leur fierté de voir un Noir à la Maison Blanche l'emporterait-elle sur la honte de voir l'empire mener de sombres affaires derrière un visage noir ?
Sa vision de l'Afrique sous Obama était sans pitié. En 2013, il écrivait que plus rien n'entraverait désormais la militarisation et l'occupation du continent africain par les États-Unis et les puissances impériales mineures les épaulant. Que les Nations unies et l'Union africaine avaient été réduites au statut de simples appendices administratifs de l'AFRICOM, le tout au nom des "droits de l'homme". Pendant ce temps, l'AFRICOM s'emparait du continent et les départements de sciences politiques, les départements de sociologie et les instituts d'études africaines - tous financés par la Fondation Ford, par Carnegie et l'Open Society de George Soros - publiaient régulièrement des monographies sur la "démocratisation" et la "bonne gouvernance". Aucune chaire n'a jamais été nommée en l'honneur de Glen Ford. Aucune chaire ne sera jamais nommée en l'honneur d'un homme qui dit la vérité.
youtube-nocookie.comGaza : la révélation finale
Puis vint Gaza, qui a mis fin à la mascarade. Près de trois ans d'extermination diffusée en direct. Deux ans d'enfants affamés, de viols filmés de prisonniers palestiniens innocents, d'hôpitaux bombardés, de lignées entières anéanties en une seule frappe aérienne. Deux années au cours desquelles les prétentions morales de l'Occident ont été anéanties aux yeux du monde entier.
Comme le dit un article de Middle East Eye sur l'Occident après Gaza,
"le plaidoyer de l'Occident en faveur de la démocratie n'est donc qu'une mascarade invoquée quand elle sert le pouvoir et abandonnée quand elle le menace. Gaza a exposé cette imposture, révélant que le discours moral n'est qu'une question de convenance et non de conviction".
Sur les campus américains et britanniques, les étudiants qui refusent de se taire sont punis pour le délit de dissidence morale. En Grande-Bretagne, la police est intervenue contre les manifestations en vertu de lois sur l'ordre public réécrites pour réprimer les consciences. En Allemagne, les autorités ont interdit les marches de solidarité avec la Palestine sous prétexte de "sécurité" - spectacle grotesque d'un gouvernement berlinois exigeant, en substance, que les Palestiniens règlent la dette morale contractée par l'Allemagne lors du massacre industriel des Juifs d'Europe.
Dans les pages des revues International Studies Quarterly et World Politics, vous ne trouverez rien de tout cela, plutôt des exercices théoriques sur la "dissuasion" et "l'entrepreneuriat normatif".
Vous y trouverez des euphémismes discrets. Vous y trouverez ce que le journaliste Jonathan Cook, écrivant sur son propre blog alors que le "mur du silence" autour d'Israël commençait à se fissurer, a clairement nommé : une fiction orchestrée, entretenue pendant des décennies tant par les médias que par les universitaires occidentaux, dont la seule fonction était de préserver les auteurs des crimes. Une fiction utile, selon Cook, et à deux égards. Elle a permis à Israël d'échapper à toute responsabilité pour deux décennies de crimes contre l'humanité à Gaza, et aux gouvernements occidentaux qui arment Israël d'échapper à toute responsabilité pour avoir armé les criminels. Et elle a tenu bon - elle a tenu bon, frappe aérienne après frappe aérienne, blocus après blocus - alors même que l'armée israélienne elle-même, avec un aplomb que le monde universitaire ne saurait jamais surpasser, utilisait l'expression désinvolte "tondre la pelouse" pour décrire ses opérations périodiques visant à raser des quartiers entiers et à tuer les habitants qui s'y trouvaient.
Les sciences sociales occultées
Voici donc l'acte d'accusation. Les sciences sociales et politiques, telles qu'elles sont actuellement structurées, ne sont pas défaillantes. Elles fonctionnent exactement comme prévu. Conçues dans l'après-guerre, elles ont été pensées pour fournir au pouvoir impérial un savoir exploitable : un ensemble de méthodes et de concepts qui lui permettraient de s'administrer lui-même, de se sécuriser et de discipliner ses opposants. Financées par la Fondation Rockefeller, dotées de personnel issu des sciences du comportement de la CIA et accréditées dans des universités dont les dotations se sont enrichies grâce au système esclavagiste et au pillage des colonies, elles ont formé leurs diplômés à ne jamais nommer le système qui les faisait vivre, en aucune circonstance.
Ce dont nous avons besoin, ce n'est pas d'une réforme. La réforme est l'euphémisme auquel l'empire recourt pour faire taire ses critiques sans rien concéder. Je crois qu'il faut, comme le dit mon confrère Aaron Good, des sciences sociales non officielles, c'est-à-dire des disciplines prêtes à étudier ce que les disciplines actuelles se refusent à étudier : le capitalisme et ses crises, l'impérialisme et ses instigateurs, les agences de renseignement et leur guerre permanente contre l'opinion publique, le crime organisé et son pacte avec l'État, l'exploitation sexuelle des enfants à la fois instrument de domination des élites et divertissement de ces mêmes élites, l'assassinat comme instrument de politique étrangère et intérieure, ainsi que la destruction systématique de la mémoire publique qui permet à tout cela de se perpétuer sans laisser de traces.
Des disciplines inspirées du courage des radicaux noirs qui ont refusé de mentir au sujet d'Obama, de l'obsession de Whitney Webb pour la dénonciation des scandales, de la résistance arabe en Asie occidentale qui refuse de s'incliner, de la patience de Kit Klarenberg, document par document, du sérieux historique de Michael Hudson, de l'analyse institutionnelle d'Aaron Good, et de la clarté morale des auteurs de Middle East Eye, Black Agenda Report, Declassified UK et The Grayzone, qualifiés de marginaux et de complotistes précisément parce qu'ils ont raison.
Ce genre de discipline ne serait pas toléré à Harvard. Elle ne bénéficierait pas de subventions de la fondation Mellon. Ses enseignants ne seraient pas promus. Ils sont déjà surveillés, calomniés, privés de services bancaires et de visas, détenus dans les aéroports, menacés de poursuites judiciaires. Tel est le prix de l'intégrité intellectuelle dans un empire moribond.
Mais l'alternative, nous l'avons déjà : une grande citadelle du "savoir" qui n'a pas su prévoir, expliquer, prévenir et même décrire honnêtement les catastrophes du dernier quart de siècle. Un corps professoral de prêcheurs dans le temple d'un dieu du pillage, psalmodiant les liturgies de "l'ordre fondé sur des règles" tandis que des bombes s'abattent sur des tentes et que des fichiers de maîtres chanteurs sont stockés dans des coffres-forts offshore. Une discipline qui, pour reprendre les termes exacts de Wolin, n'est qu'une "escroquerie intellectuelle".
Le monde a dépassé les sciences sociales. Les étudiants des campements, les journalistes en exil, les témoignages depuis Gaza - tous ont compris ce que les titulaires ne peuvent admettre. Les sciences sociales doivent désormais choisir : soit elles se refondent de A à Z, soit elles passeront à la postérité comme l'aumônerie d'un empire englouti par ses propres mensonges.
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Epstein, Gaza, Iran: The Painful Realization That Mainstream Social Science Cannot Explain Our World
The world is run by monsters. And the monsters are tightening their grip...