
par Patrick Mbeko
Les États‑Unis et l'Iran sont finalement parvenus à un accord mettant fin à la guerre au Moyen‑Orient sur l'ensemble des fronts, y compris au Liban. Beaucoup ne le mesurent pas encore, mais nous assistons à un véritable tournant dans l'histoire des relations internationales. Pour Washington, il s'agit d'une défaite stratégique majeure, d'autant plus amère que l'administration américaine avait misé sur l'effondrement du régime iranien. Avant le conflit, l'Iran était déjà une puissance régionale non négligeable ; il en sort désormais comme une grande puissance régionale, incontournable dans tout calcul stratégique au Moyen‑Orient.
On imagine sans peine l'état d'esprit de Benjamin Netanyahou. Pendant des décennies, une certaine propagande occidentale a présenté Israël comme la "grande puissance" de la région. Or, la guerre de douze jours, puis celle qui vient de s'achever, ont fait voler en éclats ce récit. Le Mossad, objet de tous les fantasmes, demeure un service de renseignement tactiquement redoutable. Mais la tactique, lorsqu'elle n'est pas adossée à une stratégie cohérente, expose à la défaite. Israël vient de l'apprendre à ses dépens. Sur le terrain, il a sans doute conservé un avantage tactique ; mais sur le plan stratégique, l'Iran a dominé la séquence du début à la fin. Lorsque Téhéran a lancé, il y a quelques jours, une salve de missiles en direction d'Israël en réponse au bombardement de Beyrouth, les États‑Unis se sont contentés d'appeler à la retenue. À cet instant précis, un constat s'est imposé à tous les observateurs avisés : l'Iran, et non Israël, détenait les clés de l'escalade. C'est une première dans la région depuis la dernière guerre israélo‑arabe.
Ce renversement de dynamique stratégique constitue un moment charnière. Pour la première fois depuis des décennies, l'initiative militaire et politique ne se trouve plus du côté d'Israël, mais du côté de l'Iran, capable d'imposer le tempo du conflit et de contraindre Washington à une posture défensive. L'accord qui vient d'être signé en est la démonstration la plus éclatante.
Je bois mon lait nsambarisé
source : Patrick Mbeko