par Alfredo Jalife-Rahme
Israël, tirant les leçons de sa défaite de 2006, s'est doté sans aucune gêne de sa "doctrine Dahiya" : considérer les populations qui lui résistent comme des forces armées ; une doctrine qui lui permet de massacrer des civils sans limite. Elle l'a déjà appliquée à Gaza et maintenant au Liban.
De son côté, Ali Larijani assure que l'Iran dispose désormais aussi d'une nouvelle stratégie correspondant à celle qu'avait énoncé son défunt frère. Cette seconde affirmation doit être prise avec circonspection, tant l'expression "Axe de résistance" est comprise différemment selon que l'on se réclame du chiisme ou du nationalisme iranien. Pour les uns, l'Iran doit défendre ses coreligionnaires, pour les autres il doit s'assurer d'une ligne de défense chez ses voisins.

L'Institut pour la Compréhension du Moyen-Orient (IMEU) développe le contenu de la "Doctrine Dahiya" et théorise l'utilisation de la force disproportionnée par Israël. On y prône "l'usage disproportionné de forces massives, le ciblage délibéré des ainsi que des infrastructures civiles." [1].
Ce nom vient de la banlieue de Dahiya à Beyrouth, "où est basé le groupe paramilitaire libanais Hezbollah, un quartier que l'armée israélienne a rasé lors de son offensive contre le Liban à l'été 2006 (sic), au cours de laquelle environ un millier de civils sont morts - dont un tiers d'enfants - opération qui a causé d'énormes dégâts aux infrastructures civiles, y compris des centrales électriques, des stations d'épuration, des ponts et des installations portuaires".
Le général Gadi Eisenkot, ancien chef du Commandement Nord en 2008 (sic), se vante et se réjouit du "style de la future guerre au Liban, comme dans le quartier de Dahiya en 2006, qui aura lieu dans chaque ville d'où Israël est attaqué." Sans rougir, le général Gadi Eisenkot ajoute qu' "il n'y a pas de villes civiles, ce sont toutes des bases militaires", et il enfonce le clou : "ceci n'est pas une recommandation. C'est un plan qui a été approuvé".
L'IMEU indique que la "doctrine Dahiya" a été consacrée comme "la doctrine militaire officielle d'Israël après son attaque contre le Liban en 2006". Rien de nouveau !
Adieu à la "guerre juste" de saint Augustin d'Hippone (Réponse à Faust le Manichéen, 400 ap. J.-C.) : l'un des fondements les plus importants de l'éthique chrétienne sur la guerre. La "guerre juste" constitue l'ossature d'une véritable civilisation occidentale - "La guerre elle-même ne se mène pas pour ne pas exister, mais pour implanter une paix sans injustice" - doctrine assortie de la défense par Hugo Grotius (1625) du droit international humanitaire, déjà conceptualisé par le saint aristotélicienne Thomas d'Aquin (Summa Theologica, 1274).
D'ailleurs, depuis la création de la "Doctrine Dahiya" en 2006, Israël a exacerbé son application particulièrement l'année dernière à Gaza, jusqu'à présent dans la banlieue chiite de Beyrouth et dans la région de la Bekaa/Baalbek, où se trouve la grande communauté chiite arabe liée théologiquement à ses coreligionnaires persans [2].
L'ancien diplomate britannique Alastair Crooke soutient de manière convaincante que "cette phase du conflit iranien ne prendra probablement fin que lorsque l'Occident tombera dans le précipice économique, ce qui est imminent [3].
Alistair Crooke et Robert Pape évoquent tous deux la finance "visible", mais ils ne traitent pas de la partie explosivement inquiétante des "dérivés financiers" insensés qui ont atteint de manière "invisible" huit fois la quantité visible du PIB mondial [4] représente la jugulaire financière que l'Iran a découverte lors de sa contre-offensive pour fermer le détroit d'Ormuz, ce qui a déclenché sa séquence militaire/géoéconomique (hausse des hydrocarbures, engrais, nourriture, hélium, etc.) et géofinancière [5], ce qui pourrait intensifier la "guerre régionale" en cours et peut-être mener à une troisième guerre mondiale nucléaire.
L'ancien agent de la CIA Larry Johnson commente que la "nouvelle politique de l'Iran pourrait constituer un Game Changer (tournant paradigmatique)" au Moyen-Orient [6] et rapporte que le célèbre religieux chiite iranien Sadeq Larijani (frère du martyr Ali, conseiller à la sécurité nationale) "a annoncé que l'intervention de Téhéran en soutien au Liban comporte la déclaration formelle d'une nouvelle doctrine stratégique" [7] "Des attaques contre n'importe quelle composante de l'Axe de la Résistance (le Hezbollah et les Palestiniens) déclencheront une réponse qui dépassera les frontières géographiques et reconfigurera les équations régionales."
L'Iran est passé de la défense de son existence, en raison de la double agression d'Israël et des États-Unis, à une contre-offensive en défense de l'Axe de la Résistance des chiites au Liban, des Palestiniens à Gaza/Cisjordanie et d'Ansarallah au Yémen : cela s'inscrit dans le triangle super-stratégique détroit d'Ormuz/détroit de Bab Al Mandab/mer Méditerranée orientale.
Traduction
Maria Poumier
Source
La Jornada (Mexique)
Le plus important quotidien en langue espagnole au monde.
[1] " Explainer : The Dahiya Doctrine & Israel's Use of Disproportionate Force", Institute for Middle East Understanding, July 31, 2024.
[2] " Israel ATACA Beirut ; Irán CONTRAATACA y Yemen CIERRA Bab al Mandab", Alfredo Jalife, YouTube, 9 de junio de 2026.
[3] " Iran Takes Its Chances with War", Alastair Crooke, The UNZ Review, June 8, 2026.
[4] " Over-the-counter derivatives statistics", Bank for International Settlements.
[5] " "MOMENTO FINANCIERO" DEL ESTRECHO DE ORMUZ : ¿Fondos Soberanos de Riqueza (SWF) del Consejo de Cooperación del Golfo como Reparación de Guerra para Irán ?", Alfredo Jalife-Rahme, Substack, 24 de mayo de 2026.
[6] " Iran's New Policy Could Be a Middle East Game Changer", Larry C. Johnson, Sonar21, 9 June 2026.
[7] " 'Strategic doctrine' : Iran hails military shift after Beirut raid response", Maziar Motamedi, Al-Jazeera, 8 June 2026.