
Par Nate Bear, le 19 juin 2026
L'Iran a infligé aux États-Unis l'une des plus grandes défaites stratégiques de leur histoire, aussi brève que violente et sanglante soit-elle.
Le protocole d'accord avec l'Iran, signé (symboliquement ou non) hier à Versailles, a marqué, comme je l'ai écrit plus tôt cette semaine, l'effondrement de la puissance militaire américaine.
Après la signature, Trump a tenu des propos étonnants qui n'auraient pas déparé dans un manuel de critique anti-impérialiste, affirmant notamment qu'il n' est pas juste que l'Iran ne puisse pas posséder de missiles alors que tous ses voisins en possèdent, et ajoutant qu'il relève du "bon sens" que ce pays puisse enrichir de l'uranium à des fins énergétiques. Trump a également admis que les réserves de pétrole se sont épuisées et que le monde était au bord du déclin, réduisant à néant l'idée (une idée à laquelle je n'ai jamais adhéré) selon laquelle l'attaque américaine a constitué un coup de génie pour contrôler le pétrole et le gaz mondiaux.
Les infrastructures iraniennes ont subi de graves dégâts et le pays a déploré la mort de plus de 3 000 civils, mais a mis les États-Unis en échec et mat sur le plan stratégique. Et Trump a dû l'accepter. La capacité de l'Iran à frapper des infrastructures régionales clés depuis des bases souterraines profondément enfouies comme le contrôle du détroit ont été décisifs. Les États-Unis semblent également accepter à contrecœur d'autres réalités. Quelques heures après la signature du protocole d'accord, lorsqu'on lui a fait remarquer qu'Israël était furieux de cet accord provisoire, JD Vance a déclaré qu'Israël
"est un pays de neuf millions d'habitants qui ne peut pas simplement se sortir de tous ses problèmes de sécurité nationale en tuant".
Ils analysent les sondages, regardent d'où vient le vent, et s'adaptent en conséquence.
Israël reste bien sûr un avant-poste stratégique vital pour l'empire et ne sera pas encore oublié. Mais un avenir où Israël aura moins de valeur pour l'empire que les avantages économiques qu'il peut tirer d'une paix plus largement établie dans la région semble tout à fait plausible, même si cette paix va à l'encontre des intérêts israéliens. Et si Israël, et non l'Iran ou la résistance, venait à être considéré comme le principal obstacle à cet avenir - orientation que Trump et Vance sembleraient privilégier -, il est tout à fait concevable qu'Israël, à l'instar de l'Afrique du Sud, soit alors ostracisé et abandonné par la communauté internationale.
Si tel était le cas, l'éventail des issues possibles serait extrêmement large. Les tensions entre juifs orthodoxes et laïques sont déjà vives en Israël, et on peut raisonnablement avancer que, dans un contexte de rejet mondial, une guerre civile serait inévitable. Avant ou après une telle guerre, on pourrait voir émerger un gouvernement dirigé par Ben-Gvir et des intégristes juifs adeptes de la fin des temps qui pourraient décider de combattre le monde et déclencher un holocauste nucléaire. Ou bien les intégristes pourraient perdre, et on verrait alors émerger un gouvernement engagé dans des négociations internationales en vue de la création d'un État unique garantissant l'égalité des droits pour tous. Après tout, un ancien Premier ministre israélien vient de qualifier les actions israéliennes en Cisjordanie de "nettoyage ethnique".
Je pense que nous sommes loin de voir Israël renoncer un jour à ses privilèges coloniaux. Une guerre civile est bien plus probable qu'une fin négociée de l'État, mais nous sommes certainement bien plus proches que jamais d'une issue, quelle qu'elle soit, pour cet avant-poste colonial génocidaire.
Peut-être que tout cela vous semble trop optimiste. Et je déteste m'autocongratuler, mais j'ai fait partie de la minorité qui a prédit le début de la guerre avant qu'elle ne commence, qui a affirmé que l'Iran ne perdrait pas, qu'il n'y aurait pas de changement de régime et qu'une victoire américaine par le biais d'une guerre aérienne était impossible. Lorsque le cessez-le-feu a été annoncé, j'ai fait partie d'une minorité encore plus restreinte affirmant qu'il tiendrait parce que les États-Unis étaient à court d'options réelles, alors que l'opinion anti-impérialiste dominante affirmait qu'il s'agissait d'une ruse destinée à gagner du temps pour une invasion terrestre ou une autre escalade.
Et aujourd'hui, malgré l'annulation des pourparlers à Genève consacrés à la prochaine étape du processus, ma prédiction - pour ce qu'elle vaut - est que cela ne signifiera pas pour autant un retour à la guerre, et qu'en réalité, cette annulation va accentuer le processus de désaffection entre les États-Unis et Israël, Trump et Vance étant susceptibles d'y voir la confirmation supplémentaire que c'est Israël, et non l'Iran, qui fait obstacle à la paix.
Ce qui revient à dire que Trump a été un mal nécessaire.
Bien sûr, nous ne saurons jamais si un président démocrate aurait attaqué l'Iran, mais une telle attaque aurait fini par se produire. Et puisqu'une attaque contre l'Iran était inévitable, le meilleur scénario possible devait se produire sous Trump, un narcissique idéologiquement sans repères, dépourvu de toute loyauté ou attachement réel. Un homme motivé par la protection de ses propres intérêts financiers avant toute autre chose (dont un certain nombre se trouvent à portée des missiles iraniens). Un homme qui allait inévitablement se faire battre par un pays dirigé, littéralement, par des hommes et des femmes titulaires de doctorats, des philosophes, des maîtres spirituels et des ingénieurs. Selon certaines informations, l'Iran aurait fait appel aux meilleurs psychologues du pays au cours des négociations afin d'élaborer des messages destinés à flatter l'ego et la personnalité vaniteuse de Trump. La stratégie semble avoir porté ses fruits.
Qu'il s'agisse de représailles, de la fermeture du détroit d'Ormuz aux frappes sur les bases américaines et les infrastructures pétrolières et gazières des alliés des États-Unis en passant par le recours à des psychologues pour flatter un narcissique, l'Iran a mené le processus d'une main de maître dès le premier jour.
Et Israël le sait.
Ses attaques contre le Liban constituent à la fois une dernière tentative pour faire dérailler le processus et pour regagner un certain poids dans les négociations. Je ne pense pas que cette stratégie fonctionne. Les choses sont allées trop loin. Soit le détroit rouvre et le pétrole et le gaz recommencent à circuler, soit, avec des réserves de pétrole à des niveaux critiques, nous nous dirigeons vers une dépression mondiale. Et Trump semble désormais déterminé à éviter ce scénario, ne serait-ce que pour protéger sa propre fortune, quoi qu'en dise Israël. Je ne crois pas, comme beaucoup, que le protocole d'accord, les commentaires de Trump et les critiques de Vance envers Israël fassent partie d'une longue opération de guerre psychologique précédant une nouvelle attaque contre l'Iran.
Il ne s'agit en aucun cas de faire l'éloge de Trump. Disons simplement que l'empire n'est ni tout-puissant ni stratégiquement intouchable.
Avec une stratégie de guerre appropriée, associée à une géographie favorable et à un timing propice, on peut contraindre l'empire à faire les concessions qu'il souhaite éviter.
Trump était nécessaire. Nécessaire pour dépouiller l'empire de ses faux-semblants et révéler son vrai visage, pour exposer son impunité, montrer ses crimes de guerre dans toute leur immoralité sanguinaire.
Oui, du Vietnam à l'Irak en passant par la soi-disant "guerre contre le terrorisme", ce que Trump nous a montré n'a rien de nouveau, mais grâce à une mise en scène minutieuse et une administration compétente, le mythe de l'empire américain bienveillant a réussi à perdurer. Je ne pense pas que ce mythe survivra à Trump. Il a aussi été utile à révéler les limites de l'empire, montrer qu'il peut être vaincu, mettre à nu ses vulnérabilités et détailler ses faiblesses.
L'Iran aurait pu associer plus étroitement Gaza au protocole d'accord comme il l'a fait avec le Liban, mais il a fourni un précieux modèle sur la manière de lutter contre l'empire.
Trump aura également été utile dans la dénonciation des "progressistes de façade", ces impérialistes libéraux anti-Trump qui, par leur opposition à l'accord de Trump avec l'Iran, ne peuvent que passer pour des psychopathes impérialistes bellicistes. De tous ceux qui partagent des mèmes sur les réseaux sociaux sur la capitulation, en passant par les Démocrates et les commentateurs de CNN qui dénoncent l'accord, jusqu'à Jimmy Fallon qui se moque de Trump pour avoir rendu à l'Iran l'argent que les États-Unis lui ont volé, personne ne propose d'alternative aux bombardements incessants sur l'Iran. Les libéraux ne manifestent aucune colère à l'égard des Iraniens tués, ni envers l'État impérialiste, ni envers le sionisme, ni envers la machine de mort intégrée qui a permis cette violence. Non, ils sont simplement embarrassés pour l'empire. Et ils refusent d'en reconnaître les limites.
Alors qu'Israël continue de bombarder le Liban et que les réserves de pétrole ont atteint des seuils critiques, rien n'est vraiment joué.
L'Iran a esquissé deux scénarios pour l'avenir des États-Unis qui doivent désormais choisir : soutenir l'accord que Trump a bruyamment proclamé comme étant indispensable pour sauver le monde et forcer Israël à faire marche arrière, ou laisser Israël dicter le processus, reprendre la guerre et entraîner le monde vers une crise économique. Bien sûr, tout est encore possible, mais j'estime que la seconde option est extrêmement improbable.
Et Trump, avec son égoïsme, sa vénalité et son intérêt personnel prétentieux, pourrait bien être l'homme de la situation.
Ce dont je suis sûr, c'est que les psychologues iraniens ont encore du pain sur la planche.
Traduit par Spirit of Free Speech