
Par Larry C. Johnson, le 27 juin 2026
Un peu plus d'une semaine après la signature du protocole d'accord entre les États-Unis et l'Iran, certains navires restés bloqués dans le golfe Persique se sont empressés de traverser le détroit, nombre d'entre eux tentant d'emprunter un itinéraire alternatif au sud du détroit, le long de la côte omanaise. L'Organisation maritime internationale (OMI) avait coordonné cet itinéraire alternatif avec Oman - en longeant les côtes des Émirats arabes unis et de la péninsule de Musandam, pour éviter le chenal central miné par l'Iran au début du conflit. Cet itinéraire présente l'avantage de contourner entièrement le couloir désigné par l'Iran, qui passe plus près des eaux territoriales iraniennes.
Cependant, l'Iran et Oman se sont mis d'accord sur un nouveau cadre pour la gestion future du détroit d'Ormuz, mardi 24 juin 2026. Les deux pays ont convenu de créer un groupe de travail conjoint entre leurs ministères des Affaires étrangères afin de discuter :
- Les futures règles de navigation et la gestion du détroit
- Les services fournis (par exemple, la sécurité, le service de pilotage)
- Les coûts associés (conformément aux normes internationales)
Les deux pays ont tous deux souligné leur souveraineté sur leurs eaux territoriales dans le détroit.
La branche navale des Gardiens de la Révolution a lancé jeudi un avertissement contre toute utilisation de cette nouvelle route. Dans un communiqué relayé par l'agence de presse officielle iranienne IRNA, des responsables de la marine ont déclaré que cette route a été établie sans préavis ni coordination avec l'Iran, la qualifiant d'"inacceptable et extrêmement dangereuse". Selon les Gardiens de la Révolution islamique :
"La seule route autorisée pour traverser le détroit d'Ormuz est celle déclarée par la République islamique d'Iran. La circulation des navires en dehors de ces routes est extrêmement dangereuse et interdite. Les contrevenants seront sanctionnés".
La veille, la Garde a averti un pétrolier par radio, un soldat ayant déclaré : 'Vous êtes à portée de nos missiles et nous pourrions ouvrir le feu', selon la société de sécurité privée Ambrey.
Jeudi, l'Ever Lovely, un navire battant pavillon singapourien et appartenant à la flotte de la compagnie taïwanaise Evergreen Marine, a tenté de traverser le détroit en empruntant un chenal étroit près des côtes d'Oman, conformément à un itinéraire établi par l'organisme de surveillance UKMTO (United Kingdom Maritime Trade Operations). L'Ever Lovely a été touché par un drone appartenant au puissant Corps des gardiens de la révolution islamique iranien. L'Iran aurait tiré au moins quatre drones sur des navires traversant le détroit jeudi. L'un d'entre eux a touché le pont supérieur de l'Ever Lovely.
Vendredi, les États-Unis ont attaqué l'Iran en "riposte" aux frappes menées la veille contre le navire marchand dans le détroit d'Ormuz :
"L'IRIB iranienne a rapporté qu'une explosion a été entendue à 23 h 15 sur le quai de Taheroui à Sirik. Une source militaire a déclaré que les déflagrations ont été provoquées par un projectile ayant touché la zone du quai, ajoutant qu'environ cinq heures plus tôt, plusieurs tirs d'avertissement ont eu lieu depuis Sirik en direction de navires en infraction dans le détroit d'Ormuz. Des informations indiquent également que deux missiles d'avertissement ont été tirés plus tôt depuis les environs de Karpan en direction du détroit."Le Commandement central américain (CENTCOM) a déclaré que ses troupes ont frappé l'Iran le 26 juin en riposte à l'attaque iranienne de la veille contre le cargo battant pavillon singapourien M/V Ever Lovely, alors qu'il sortait du détroit d'Ormuz le long de la côte omanaise. Le CENTCOM a précisé que des avions américains ont frappé des sites de stockage de missiles et de drones iraniens ainsi que des positions radar côtières après que le navire a été touché par un drone kamikaze".
Bien que le CENTCOM présente ces frappes comme une riposte musclée contre l'Iran et que les médias américains les qualifient d'acte de représailles majeur, la riposte américaine n'a causé que peu de dégâts et peut raisonnablement être interprétée comme un geste symbolique plutôt qu'une attaque punitive.
Le service des relations publiques du Corps des gardiens de la Révolution islamique (CGRI) a publié la déclaration suivante :
"À la suite de la violation du cessez-le-feu dans le sud du Liban par le régime israélien, le régime américain, lui-même en violation de ses engagements, a une nouvelle fois manqué à ses promesses."Sous divers prétextes, notamment le passage d'un navire qui a emprunté une route non autorisée dans le détroit d'Ormuz, les États-Unis ont lancé une frappe aérienne sur les côtes de la République islamique d'Iran.
"En réponse à cette agression, la marine du Corps des gardiens de la révolution islamique a frappé des bases où l'armée terroriste américaine est stationnée dans la région.
"En vertu de l'article 5 du Mémorandum d'entente d'Islamabad, la responsabilité de la régulation de la navigation dans le détroit d'Ormuz incombe exclusivement à la République islamique d'Iran.
"Cependant, les États-Unis ont violé cet engagement en encourageant diverses parties à y déroger. Ils ont récolté la riposte nécessaire, et il en sera de même à l'avenir. Si l'agression devait se répéter, la riposte de l'Iran sera plus massive".
Loin de signifier un retour à la guerre, cet échange de tirs peut être plutôt qualifié de mise en scène politico-militaire. Je pense que l'Iran, grâce à des renseignements fournis par la Russie ou/et la Chine, a appris que les États-Unis ont donné l'ordre de rapatrier vers le continent américain (CONUS) les avions, véhicules et militaires déployés dans la région pour l'attaque du 28 février. Compte tenu des dégâts limités causés par l'attaque américaine, l'Iran a sans doute préféré réagir avec retenue plutôt que provoquer une escalade et courir le risque que les États-Unis annulent l'ordre de rapatriement.
Pour l'instant, l'Iran garde le contrôle du détroit d'Ormuz et les navires souhaitant le traverser doivent se plier à la nouvelle réglementation iranienne.
Traduit par Spirit of Free Speech