08/08/2026 reseauinternational.net  5min #322670

 La Turquie, l'Arabie saoudite et le Pakistan concluent un accord de défense dans un contexte de recul de la puissance américaine

L'étrange accord de défense entre l'Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie

par Moon of Alabama

Un nouvel accord de type OTAN entre trois grands États sunnites soulève diverses questions :

" La Turquie, l'Arabie saoudite et le Pakistan signent un pacte de défense - MEE

La Turquie, l'Arabie saoudite et le Pakistan ont signé vendredi un accord de défense commun, réunissant pour la première fois les trois plus grands pays musulmans du monde sous un même parapluie sécuritaire.

Cet accord, en cours de négociation depuis l'année dernière, crée un nouveau cadre trilatéral important dans un contexte de crise régionale qui s'aggrave à la suite des attaques israéliennes et américaines contre l'Iran. [...]

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif ont signé l'accord à La Mecque lors d'une cérémonie conjointe. [...]

"L'accord vise à renforcer la dissuasion collective contre toutes les formes d'agression et stipule qu'une attaque armée menée contre n'importe lequel des trois États sera considérée comme une attaque contre l'ensemble d'entre eux", indique le communiqué conjoint."L'accord prévoit également le développement de la coopération en matière de Défense entre les trois États sous toutes ses formes"".

L'expression "sera considérée comme une attaque contre l'ensemble d'entre eux" est reprise de l' article 5 du Traité de l'OTAN :

"une attaque armée contre l'un ou plusieurs d'entre eux... sera considérée comme une attaque contre l'ensemble d'entre eux..."

Mais les parties suivantes de l'article 5 énoncent des conséquences plutôt vagues :

"... ils conviennent que... chacun d'entre eux... viendra en aide à la ou aux Parties ainsi attaquées en prenant... les mesures qu'il jugera nécessaires..."

Contrairement à une idée reçue, l'article 5 ne stipule pas que l'ensemble de l'OTAN entrerait en guerre à la suite d'une attaque contre l'un de ses pays membres. Si une lettre de protestation est "jugée nécessaire..." pour apporter son aide - cela pourrait bien s'arrêter là.

Nous ne savons pas quelles conséquences d'une attaque contre un membre sont énoncées dans le nouvel accord turco-saoudien-pakistanais. Je soupçonne que celles-ci seront encore plus vagues que celles du Traité de l'OTAN.

J'ai du mal à comprendre comment ce nouvel accord pourrait avoir plus qu'une valeur symbolique.

Le Pakistan est actuellement en conflit avec le peuple pachtoune sur son propre territoire ainsi qu'avec ses frères en Afghanistan. Il a récemment connu un affrontement avec l'Inde qui pourrait bientôt reprendre. L'Inde s'emploie à détourner les ressources en eau de l'Himalaya dont le Pakistan a besoin pour survivre en tant qu'État. Si cela ne cesse pas, le Pakistan sera, d'ici quelques années, contraint d'entrer en guerre pour assurer sa propre survie. L'Inde, tout comme le Pakistan, dispose de l'arme nucléaire.

Ni la Turquie ni l'Arabie saoudite n'ont le moindre intérêt à combattre l'Inde ou l'Afghanistan.

Les Saoudiens sont en guerre contre Ansarullah au Yémen. Les "Houthis" ont récemment annoncé qu'ils bloqueraient tous les ports maritimes saoudiens jusqu'à ce que les Saoudiens lèvent leur blocus aérien et maritime de longue date sur le Yémen. Hier encore, ils ont attaqué des installations militaires en Arabie saoudite ainsi que des forces mandataires saoudiennes dans le sud-est du Yémen.

Le Pakistan a déjà envoyé des forces en Arabie saoudite. Mais celles-ci ont été, jusqu'à présent, déployées à des fins purement défensives (aériennes). Il est difficile d'imaginer que le Pakistan ou la Turquie envoient leurs soldats se joindre à une guerre impossible à gagner au Yémen. (Ils se souviendront que dans les années 1960, l'Égypte a essuyé un cuisant échec lorsqu'elle a envoyé des troupes terrestres au Yémen.)

L'Arabie saoudite accueille également des forces américaines qui sont devenues la cible d'attaques iraniennes. Si les États-Unis décident de lancer une nouvelle campagne de bombardements contre l'Iran, les frappes de représailles toucheront les installations saoudiennes. Cela pourrait, en théorie, déclencher la mise en œuvre du nouvel accord. Mais la Turquie, tout comme le Pakistan, entretient des relations plutôt bonnes avec Téhéran. Toute intervention de leur part constituerait une entreprise risquée et coûteuse. Leurs populations percevraient une guerre contre Iran comme un ralliement au camp américain (très détesté).

Il est donc peu plausible que le nouveau pacte de défense soit destiné à influencer les conflits en cours, ni qu'il ait une quelconque incidence sur ceux-ci.

L'intérêt du Pakistan pour cet accord se résume à l'argent saoudien dont il a besoin pour soutenir son État.

La Turquie souhaite vendre des armes. La clause relative au "développement de la coopération en matière de Défense" prévue dans le nouvel accord se traduira probablement par de nouveaux contrats pour les fabricants turcs de drones.

L'Arabie saoudite se méfie désormais de son alliance avec les États-Unis. Elle se prépare au départ des États-Unis et recherche d'autres partenaires solides. À plus long terme, son ennemi potentiel n'est probablement pas l'Iran, mais Israël, voire les Émirats arabes unis, qui bénéficient du soutien d'Israël.

Si ce nouvel accord n'a peut-être pas de conséquences à court terme, il pourrait toutefois, au fil des années, se transformer en quelque chose de plus solide.

Un signe de cette évolution serait le stationnement de troupes turques en Arabie saoudite pour prendre le relais des bases que les États-Unis s'apprêtent à quitter.

source :  Moon of Alabama

 reseauinternational.net