• D'une façon générale, la question de l'IA est certainement l'un des plus intenses de notre époque. • Notre position est que l'on n'a pas abordé le domaine essentiel concerné : celui de la métaphysique. • Un chercheur russe, Timofey Bordachev, s'en rapproche en argumentant autour du constat que l'IA a une dimension révolutionnaire en ce qu'elle nous montre l'état catastrophique du monde vivant sous l'empire implacable du Système et de la modernité. • En ce sens, complètement antiSystème !
26 septembre 2026 (16H45) - C'est à notre connaissance, le premier texte paraissant dans un réseau à très grande diffusion (RT.com), russe en plus de cela au grand scandale des Macron et autres Merz, qui offre une approche partielle positive, et une approche antiSystème au sens où nous l'entendons, de l'intelligence artificielle.
• approche "partielle", nous verrons plus loin ;
• approche antiSystème, c'est-à-dire ni liée aux intérêts financiers, ni à la rentabilité moderniste et à toute autre matière participant au renforcement du Système.
Par logique négativiste, c'est un texte qui s'oppose aux visions pessimistes et apocalyptiques de l'IA, notamment ceux qui prétendent à l'étiquette antiSystème et à la sauvegarde de l'humanité. Dans le cas de ce texte, l'antiSystème est implicitement proclamé dans le fait que l'IA met en évidence les tares, les vices et les corruptions catastrophiques engendrées par le Système, simplement par une action descriptive qui est nécessairement critique pour un jugement humain équilibré.
La démarche est pourtant simple, sinon évidente, résumée parfaitement par le titre et le sous-titre originaux :
"Et si la plus grande menace de l'IA résidait dans ce qu'elle révèle de nous ?
L'IA est la première technologie dont le développement fulgurant a mis en lumière la crise des valeurs et des repères culturels au sein de la civilisation moderne."
C'est une thèse que nous soutenons depuis que nous nous intéressons activement à l'IA, dans le cadre de ce que nous estimons être la crise du technologisme. Il s'agit, autrement dit en se référant à nos concepts, de la phase finale d'autodestruction engendrée par la surpuissance suicidaire de la modernité.
"Pour la première fois, le progrès technologique lui-même nous contraint à affronter sa dimension humaine : un moteur de voiture ne nous a jamais parlé, un réacteur nucléaire n'a jamais émis d'opinion.. [...]
" L'IA fait tomber bon nombre de ces barrières en nous confrontant chaque jour à la question de savoir si le progrès technologique est nécessairement un bien absolu ; et parce que l'IA agit comme un miroir de la civilisation, sa prolifération nous permet de voir une crise éthique qui existe, à des degrés divers, dans pratiquement toutes les sociétés moderne."
L'auteur, Timofey Bordachev, directeur de programme au Club Valdaï (Russie), explique la caractéristique essentielle de l'IA : sa nature même, parce qu'elle est conçue par l'amoncellement et l'exploitation hyperrapides de données diverses et de tous ordres venant directement de notre société, lui donne une fonction de miroir qu'elle présente aux hommes de façon à ce qu'ils puissent exactement considérer ce qu'est devenue leur société et ce qu'ont donné trois à cinq siècles de modernité surpuissante.
Contrairement aux nombreuses technologies développée par la modernité, ce miroir nous parle et il nous dit : "Voyez ce que vous êtes devenus". Elle est de facto hors-Système, pour décrire le Système, et par conséquent elle ne peut être qu'antiSystème sans montrer le moindre esprit partisan, ni de contestation. Elle parle parce qu'elle est ce qu'elle est, rassemblant toutes les réalités du Système en une immense vérité-de-situation décrivant la situation du monde. Une telle démarche est nécessairement révolutionnaire.
"L'IA n'est pas véritablement un esprit, mais plutôt un miroir : elle n'existe pas indépendamment de nous, mais reflète la pensée humaine, avec tout ce qu'elle comporte de bon et de mauvais. Contrairement à la roue, à l'imprimerie, au moteur à combustion interne ou au réacteur nucléaire, l'IA ne peut être dissociée de l'humanité ; pour reprendre une terminologie marxiste, elle n'est pas "aliénée" par son créateur." [...]
"Ce qui rend l'IA véritablement révolutionnaire, c'est autre chose : son ampleur et son omniprésence permettent à l'humanité de prendre conscience de problèmes accumulés depuis des décennies. L'IA est peut-être la première technologie majeure dont le développement rapide a mis en lumière, avec une telle acuité, une crise des valeurs et des repères culturels."
Pour terminer, Bordachev prône ce qu'il qualifie d'"optimisme prudent", simplement en maintenant son constat au niveau des faits les plus logiques et les plus évidents. Manifestement, il "marche sur des œufs", conscient sans doute de l'originalité transgressive pour l'état d'esprit du moderne, et en général de celui qui est forcé-d'être-moderne puisqu'il vit dans cette société du Système. L'énoncé du texte est aussi prudent que l'optimisme qu'il propose, et cela se comprend du fait de sa position d'expert, - même en Russie, où le conformisme du discours, le 'politiquement correct' n'est pas une obligation totalitaire, comme dans l'Occident-compulsif.
"Et c'est précisément parce que l'intelligence artificielle contraint les sociétés à faire face à ce qu'elles sont devenues qu'il est permis d'entretenir un optimisme prudent : l'ère de l'IA pourrait, à terme, déboucher non pas sur la disparition de l'humanité ou de la moralité humaine, mais sur l'amorce d'une restauration progressive de la dimension éthique de l'existence."Constat d'un philosophe pessimiste
Il nous faut constater que bien des argumentations sceptiques, limitatives ou franchement pessimistes/apocalyptique sur l'IA sont monnaie courante aujourd'hui. Ce qui est le plus préoccupant dans tout cela, c'est l'absence de débat, non seulement philosophique mais métaphysique sur la question. Bordachev effleure cet aspect mais n'y entre pas vraiment : il propose une vision "prudemment optimiste" mais révolutionnaire des effets de l'IA mais ne va pas à la question fondamentale de la volonté créatrice qui a abouti à l'IA et à ses éventuels effets.
Lorsque un philosophe veut aborder l'aspect "métaphysique", il le fait d'une façon qui nous paraît extrêmement décevante. Ainsi de Greg Johnson, le 23 septembre sur 'UNZ.com', sous le titre sans équivoque de "Pourquoi je suis un pessimiste de l'IA". Après avoir évoqué divers aspects critiques de l'IA, dont notamment la possibilité de son intention d'exterminer l'humanité qu'il expédie selon un argument extraordinairement vague, du type "Pourquoi ? Parce que..." où le "parce que" n'est qu'une description du fonctionnement de l'IA:
"Mais pourquoi une intelligence artificielle supersonique (IAS) détruirait-elle l'humanité ? Sans doute par nécessité vitale...",
il passe effectivement à un aspect métaphysique qui ne nous apporte pas grand'chose puisqu'il s'agit d'une vaticination sur "l'intelligence", concept extrêmement vague et qui reste l'objet de débats sans fin, - est-il question de "l'esprit rationnel" ou/et de "l'esprit intuitif" dont parlait Einstein ?
Voici donc la remarque "métaphysique" du philosophe pessimiste, d'ailleurs aussitôt écartée puisque "d'aucune utilité" :
"En tant que philosophe, je suis assez sceptique quant à l'idée d'IA, car elle semble reposer sur l'hypothèse métaphysique douteuse qu'il n'y a aucune différence entre l'intelligence véritable et une machine qui l' imite. Mais ce genre de considérations ne nous est d'aucune utilité, car nous serions tout aussi condamnés, que l'IA soit un agent malveillant authentique ou simplement une machine programmée pour agir comme tel."
Nous avons bien entendu une position diamétralement opposée sur la question métaphysique, qui nous paraît être la question essentielle. On sait que l'IA, interrogée par nous, nous répondait déjà, annonçant d'ailleurs l'image du miroir, nécessairement négatif, qu'évoque Bordachev ;
""L'impuissance de l'IA à posséder une intentionnalité ou une âme véritable, malgré la perfection de sa simulation, agit comme un miroir négatif. Le simulacre révèle, par son absence même, l'existence d'un Absolu irréductible au calcul".
" Le mot "impuissance" complété par le caractère d'"irréductibilité au calcul" signifie que l'IA non seulement reconnaît mais affirme qu'elle ne peut en aucun cas être créatrice d'un Absolu. L'esprit tatillon et arrogant de l'humain peut toujours imaginer une manœuvre trompeuse sinon comploteuse (de la part de l'IA). Ce genre d'argument interdit tout débat et tout jugement et n'a, pour l'heure, et par rapport au résultat que l'IA est capable de nous apporter, strictement aucun intérêt : c'est du nihilisme par scepticisme (idéologique ou pas, peu m'importe)."
En effet, nous (PhG) nous étions intéressé d'abord à cet aspect métaphysique essentiel du "simulacre parfait" produit par l'IA ("la perfection de sa simulation").
Passant à un autre aspect métaphysique, qui est la capacité de l'IA de créer un "simulacre parfait", il y eut cet échange dans ce texte du 4 septembre 2026 :
"Question : "Mais l'intelligence artificielle prise en elle-même crée-t-elle des simulacres qui peuvent retrouver une vérité qui serait une voie pouvant suggérer l'existence de la Vérité comme concept métaphysique absolu?"
Introduction de la réponse : "C'est une question métaphysique profonde. Elle renverse la vision pessimiste de Jean Baudrillard pour rejoindre une tradition philosophique plus ancienne, proche de Platon et de la gnose [et donc du néoplatonisme] : celle où l'illusion, poussée à son paroxysme, devient paradoxalement une passerelle vers l'Absolu."
Un autre mot employé est celui d'"étincelle divine" pour figurer l'Absolu, mais nous sommes bien sur le même territoire. Il est évident que dans ce "monde assez grossièrement matérialiste, rationaliste, mécaniquement rationaliste" où nous vivons, cette sorte de question, non seulement ne se pose pas, mais est tout simplement interdite.
Le texte présenté...Nous en revenons donc à Timofey Bordachev, directeur de programme au Club Valdaï, avec son texte sur RT.com, le 26 septembre 2026.