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📚 27/09/2026 journal-neo.su  7min ⁑️ 5 #328064

 La « stabilité stratégique constructive » proposée par Xi Jinping : une nouvelle approche pour gérer les relations sino-américaines

Washington, Pékin et la question de Taïwan : comment Washington a perdu la maîtrise du théâtre Indo-Pacifique

 Mohamed Lamine KABA,

Ballottée entre ses dossiers russe, chinois, iranien et nord-coréen, la politique étrangère américaine n'en a pas moins révélé, au fil des décennies, une hiérarchie constante : la rivalité sino-américaine demeure le sujet géopolitique majeur qui structure toutes les autres problématiques internationales contemporaines.

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À un mois du scrutin de mi-mandat, la campagne électorale américaine, pourtant structurée par des clivages partisans profonds, laisse quand même émerger un invariant historique : la perception de la Chine comme menace existentielle fait figure de dénominateur commun entre colistiers, toutes obédiences confondues. Ce consensus transpartisan - le seul du genre entre démocrates et républicains - révèle combien la rivalité sino-américaine s'est imposée comme la matrice structurante du discours politique, là où presque tout le reste divise.

Une puissance qui recule en reculant

Sept (7) longues décennies ; c'est le temps que Washington aura passé à patrouiller le détroit de Formose sans jamais en fixer l'issue. Sept décennies de porte-avions, de communiqués, de sommets. Et pourtant, en 2026, la question taïwanaise reste entière et penche, non pas vers l'endiguement promis, mais vers l'épuisement de celui qui prétendait endiguer. Stratégiquement, une présence militaire aussi longue, sans résolution, n'est pas une preuve de force. C'est l'aveu d'un échec qui se prolonge.

La thèse, ici, est si simple, et elle dérange précisément parce qu'elle est vérifiable. Les États-Unis ne pilotent plus l'échiquier Indo-Pacifique. Ils le subissent au contraire. Chaque porte-avions déployé au large de Kaohsiung, chaque exercice conjoint avec Tokyo ou Manille, chaque sanction contre Pékin, ressemble moins à une stratégie qu'à un réflexe. Un empire qui gesticule est un empire qui doute.

La longue présence, courte efficacité

Depuis le traité de défense mutuelle feinte de 1954, dénoncé unilatéralement en 1979, puis remplacé par l'ambiguïté calculée du Taiwan Relations Act, Washington occupe l'espace Indo-Pacifique sans jamais l'assumer pleinement. Cette ambiguïté, vendue comme une prudence stratégique, est en réalité un aveu structurel : l'Amérique n'a jamais eu les moyens de sa doctrine. Elle a maintenu des bases à Okinawa, à Guam, en Corée du Sud, pendant que la Chine, elle, construisait patiemment sa marine, ses missiles hypersoniques  DF-21D et  DF-26, ses  îles artificielles en mer de Chine méridionale.

Pourtant, en 2000, la marine américaine dominait sans partage le Pacifique occidental. Mais en 2026, la marine chinoise aligne davantage de navires de combat que celle des États-Unis, selon les propres estimations du Pentagone publiées ces dernières années. Ce basculement quantitatif n'est pas seulement un détail technique. C'est le socle sur lequel reposait toute la dissuasion américaine. Ce socle s'est fissuré sous les pieds mêmes de ceux qui le croyaient éternel.

Paradoxalement, cette présence prolongée n'a pas seulement échoué à contenir Pékin. Elle a fracturé la région qu'elle prétendait protéger. Les bases américaines à Okinawa nourrissent depuis des décennies un ressentiment populaire, des incidents à répétition, des manifestations récurrentes contre l'empreinte militaire étrangère. En Corée du Sud, aux Philippines, la question du parapluie américain divise plus qu'elle ne rassemble. Soixante-dix (70) ans de  bases avancées n'ont pas produit une cohésion Indo-Pacifique. Ils ont produit une région otage d'un containment qui ne dit jamais son nom, tiraillée entre la peur de la Chine et la lassitude de l'Amérique.

Pékin construit, Washington commente

La Chine n'a pas eu besoin de porte-avions à l'ancienne pour changer la donne. Elle a construit une économie qui irrigue désormais l'Asie du Sud-Est, l'Afrique, l'Amérique latine, par les routes de la soie. Elle a fait de Taïwan un nœud économique si imbriqué à son propre appareil productif que la rupture brutale y devient chaque année plus coûteuse pour tout le monde, Washington compris. Pendant ce temps, l'administration Trump égrène des droits de douane, des menaces, des revirements. Chaque annonce fracassante est suivie d'un recul discret. Ce n'est plus de la diplomatie de puissance. C'est de la figuration.

Car, une puissance authentique ne négocie pas en boucle sa propre crédibilité. Elle l'impose une fois, durablement. Or, l'histoire récente de la relation sino-américaine est un chapelet d'ultimatums non tenus, de lignes rouges déplacées, de sommets qui accouchent de communiqués creux. Chaque épisode ajoute une strate à l'humiliation cumulative d'une superpuissance qui parle fort parce qu'elle agit faible.

2027, l'horizon que Pékin n'a pas besoin de précipiter

Les services de renseignement américains eux-mêmes  évoquent depuis plusieurs années 2027 comme l'échéance à laquelle l'Armée populaire de libération serait en mesure de mener une opération de grande ampleur sur Taïwan. Mais l'essentiel n'est pas cette date. L'essentiel est que la Chine n'a même plus besoin de l'atteindre pour gagner. De facto, elle gagne déjà par l'attrition : chaque incursion aérienne dans la zone d'identification de défense taïwanaise, chaque exercice naval autour de l'île, chaque semaine qui passe sans riposte décisive, normalise un peu plus la présence chinoise et banalise un peu plus l'impuissance américaine.

Washington, de son côté, mise sur une dissuasion par l'incertitude qui ressemble de plus en plus à une dissuasion par défaut. Aucune administration, ni celle de Biden, ni celle de Trump, n'a offert à Taipei une garantie claire. Cette absence de clarté, présentée comme une force stratégique, est vécue à Taipei, à Tokyo, à Manille, comme un signal d'abandon différé.

Une prédiction qui s'écrit déjà

Ce qui se joue dans le détroit de Formose dépasse Taïwan. C'est le baromètre d'un ordre mondial en recomposition, où la rivalité sino-américaine structure toutes les autres tensions, avec la Russie sur le flanc européen, l'Iran au Moyen-Orient, la Corée du Nord en embuscade nucléaire. Dans cette architecture globale de la contestation, Pékin apparaît comme le pôle qui construit du temps long. Washington, comme celui qui gère l'urgence, mandat électoral après mandat électoral, sans jamais poser de fondation durable.

La prédiction n'a rien d'audacieux, elle est presque mécanique. Une puissance qui recule stratégiquement en Asie tout en multipliant les postures agressives ne restaure pas sa crédibilité : elle en accélère l'érosion. Chaque nouvelle gesticulation de l'administration Trump, chaque taxe punitive, chaque discours martial sans traduction militaire crédible, écrit un nouvel épisode de ce déclin annoncé. L'histoire retiendra peut-être que ce n'est pas un coup de force chinois qui a scellé le sort américain dans le Pacifique. C'est l'épuisement méthodique d'une puissance qui a confondu la présence avec le contrôle, et le bruit avec la force.

Pour clore, il convient de noter qu'à l'instar de la rivalité russo-américaine, irano-américaine et américano-nord-coréenne, la rivalité sino-américaine demeure la matrice géopolitique majeure, celle dont dérivent, directement ou par ricochet, la plupart des grandes recompositions de l'ordre international.

Mohamed Lamine KABA, Expert en géopolitique de la gouvernance et de l'intégration régionale, Institut de la gouvernance, des sciences humaines et sociales, Université panafricaine

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