Xu Li
Le 23 septembre 2026, le président chinois Xi Jinping a entamé une visite d'État aux États-Unis. Un déplacement qui s'inscrit dans la continuité des échanges diplomatiques récents, notamment après la visite d'État du président américain Donald Trump en Chine en mai dernier. Lors de cette visite en mai, le président Xi avait présenté le concept de "stabilité stratégique constructive" comme une nouvelle orientation pour les relations sino-américaines. Comment cette vision, qui s'appuie sur la construction d'une communauté de destin pour l'humanité, se concrétise-t-elle dans les échanges entre la Chine et les États-Unis ? CGTN a interrogé M. Jean Pégouret, président de Saphir Eurasia Promotion, sur ce thème.
La "stabilité stratégique constructive" : compréhension et portée
Selon Jean Pégouret, la visite de Donald Trump à Beijing en mai 2026 s'est déroulée dans un contexte particulièrement délicat pour le président américain. Ce dernier s'était engagé dans une impasse stratégique en déclenchant une guerre contre l'Iran, dont l'une des conséquences majeures a été de créer des difficultés économiques considérables pour ses alliés occidentaux et asiatiques, en bloquant le commerce énergétique mondial à travers le détroit d'Ormuz.
Pourtant, Xi Jinping a ouvert la voie à une évolution positive des relations sino-américaines, fondée sur le concept de "stabilité stratégique constructive". Depuis plusieurs années, le président chinois promeut la construction d'un nouveau type de relations internationales, destiné à faire avancer la "communauté de destin pour l'humanité". Cette vision doctrinale constitue une révolution pour la gouvernance mondiale. Elle vise à rompre à la fois avec l'unilatéralisme issu de l'affrontement bipolaire pour la prééminence planétaire, avec la logique de Guerre froide héritée de 1945, et à remettre en cause l'hégémonie américaine exacerbée depuis la dissolution de l'Union soviétique en 1991.
La Chine exige des États-Unis qu'ils la traitent sur un pied d'égalité et qu'ils mettent fin à ce qu'elle considère comme des ingérences occidentales dans ses affaires intérieures. Dans cette perspective, la stratégie de Xi Jinping à l'égard de Washington s'articule autour de quatre axes de stabilité, destinés à encadrer et à orienter la relation sino-américaine au cours des prochaines années.
Le premier est celui d'une stabilité positive, fondée sur la coopération dans les domaines où les intérêts des deux puissances convergent. Le deuxième repose sur une stabilité saine, visant à encadrer la compétition économique et technologique pour éviter qu'elle ne devienne un facteur de paralysie mondiale. Le troisième correspond à une stabilité constante, dans laquelle les divergences et les désaccords seraient gérés sans rompre le dialogue. Enfin, le quatrième axe est celui d'une stabilité durable, fondée sur un engagement réciproque en faveur de la paix à long terme, en s'abstenant de chercher à renverser le modèle politique de l'autre.
Quel éclairage la pensée diplomatique de Xi Jinping apporte-t-elle au monde ?
Ces propositions ne sont rien d'autre que la déclinaison, dans le cadre des relations sino-américaines, de la nouvelle doctrine diplomatique chinoise structurée autour de quatre grandes initiatives mondiales, élaborée par le Parti communiste chinois depuis 2021 à partir de la vision diplomatique de Xi Jinping. Ces quatre initiatives proposent un modèle de gouvernance globale des relations internationales adapté à l'évolution de la mondialisation, pour combler les lacunes du système international actuel, largement façonné par les normes et institutions issues de l'ordre occidental.
Il est intéressant de noter que cette nouvelle doctrine diplomatique chinoise s'inspire profondément de l'esprit de Shanghai. On constate ainsi que la doctrine diplomatique de la Chine, dans le droit fil de cet héritage, ne vise pas à instaurer une nouvelle hégémonie. Sans hégémonie, il n'y a aucun risque de la perdre, et donc d'être entraîné dans le piège de Thucydide qui guette les hégémons en déclin.
