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 « La vérité triomphera face à la guerre informationnelle menée par l'Occident contre le Sud global », affirme Sergueï Lavrov

Lavrov à l'Onu: 'Les élites occidentales sont infectées par le virus de la supériorité raciale'

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Allocution du Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, Sergueï Lavrov, lors du débat général de la 81e session de l'Assemblée générale des Nations unies, New York, 26 septembre 2026.

Source :  Ministère des affaires étrangères de la Fédération de Russie

Monsieur le Président,

Vos Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Au cours des jours passés, de cette tribune et dans les couloirs de l'Assemblée générale, l'idée a été énoncée à maintes reprises que la politique mondiale connaît des bouleversements tectoniques et que, sous nos yeux, naît un ordre mondial multipolaire plus juste. Les pays du Sud et de l'Est affirment leur statut de centres souverains de développement et assument la responsabilité d'assurer la sécurité dans leurs régions. Ils font preuve d'attachement au droit international, de rejet des pressions extérieures et d'intérêt pour la prospérité de tous les États, et non pas seulement des "élus". Cette philosophie constructive est également au cœur de la politique étrangère russe, elle est partagée par nos nombreux partenaires partageant les mêmes idées, et c'est sur elle que reposent la coopération au sein de la CEI, de l'OCS, des Brics et d'autres structures de la majorité mondiale.

Cependant, cela ne plaît pas à tout le monde. La minorité occidentale, qui a dominé pendant cinq siècles grâce aux ressources des autres, ne renonce pas à ses tentatives de préserver ses privilèges et d'imposer à tous ses "règles". L'Occident recourt de plus en plus souvent à la force brute, agit de manière imprévisible et aventuriste, mettant en danger la vie et le bien-être de millions, voire de milliards d'habitants de notre planète commune. Selon la définition du Président russe Vladimir Poutine, la dictature d'un hégémon unique "a déraillé et est tout simplement dangereuse pour son entourage".

Au début de cette année, en violation de toutes les normes, y compris les normes morales, l'invasion américaine du Venezuela s'est soldée par la capture du président Nicolas Maduro et de son épouse, détenus sans jugement dans une prison américaine. Cela alors que le droit international prescrit expressément le respect des immunités et de l'inviolabilité des plus hauts responsables des États. Nous insistons sur la libération immédiate du dirigeant vénézuélien et de son épouse et sur la non-répétition de tels excès à l'avenir.

Nous considérons comme une manifestation inacceptable du diktat de la force l'assassinat du Guide suprême de l'Iran, l'ayatollah Ali Khamenei, et de membres de sa famille, ainsi que de membres de la direction militaire et politique de la République islamique. Le fait que d'autres cibles de l'agression américano-israélienne, entamée en juin de l'année dernière, aient été non seulement les infrastructures civiles de l'Iran, mais aussi des installations nucléaires civiles placées sous les garanties de l'AIEA, suscite une inquiétude particulière. Cela a porté un préjudice irréparable à l'autorité de l'Agence et à l'ensemble du système de non-prolifération des armes nucléaires.

Les récidives de confrontation armée dans la zone du golfe Persique et du détroit d'Ormuz se poursuivent, malgré les dommages évidents pour la navigation et le commerce mondiaux. Nous estimons qu'une condition nécessaire au règlement de la crise est l'établissement de la confiance dans les relations entre les États riverains du Golfe, les pays arabes et l'Iran. Notre Concept de sécurité collective dans la zone du golfe Persique vise à la formation d'une architecture régionale durable. La Russie, avec d'autres pays responsables, est prête à apporter une contribution constructive à la stabilisation de cette région stratégiquement importante.

Nous sommes convaincus que le moment est également venu de résoudre le problème principal du Moyen-Orient, la reconnaissance de l'État du peuple palestinien sur la base des nombreuses décisions de l'ONU. Il y a près d'un an, le Conseil de sécurité, à l'initiative des États-Unis, a approuvé le "plan de paix" pour la bande de Gaza, mais la paix n'y est pas advenue. Des personnes âgées, des femmes et des enfants y périssent toujours, la situation humanitaire reste critique. La situation se dégrade également en Cisjordanie, où Israël intensifie son activité de colonisation. Si cela continue, il sera impossible de créer un État palestinien, il n'y aura tout simplement plus de place pour lui. Mais dans ce cas, la sécurité d'Israël sera également sous menace permanente, les experts le comprennent parfaitement.

L'ONU, nous tous, États membres, devons prendre des mesures urgentes et non conventionnelles pour inverser les tendances défavorables au Moyen-Orient et dans les territoires avoisinants. Il ne s'agit pas seulement de la Palestine, mais aussi du Liban, de la Syrie, du Yémen, de l'Irak, du Soudan, de la Somalie, du Soudan du Sud et d'autres pays d'Afrique où font rage des conflits.

Des mesures urgentes sont nécessaires pour redresser la situation humanitaire désastreuse à Cuba, qui subit aujourd'hui une pression sans précédent de la part de son voisin du nord. Nous réaffirmons notre solidarité avec le peuple et le gouvernement cubains, appelons instamment à la levée du blocus maritime de l'Île de la Liberté, à la suppression de toutes les restrictions commerciales imposées à Cuba et à l'exclusion du pays de la liste, devenue depuis longtemps odieuse, des États parrains du terrorisme.

Ce ne sont là que les exemples les plus flagrants nécessitant une attention prioritaire de la communauté internationale. Toutefois, il est impossible de s'y limiter. La politique de force et le deux poids deux mesures de l'Occident déstabilisent la situation partout. Dans les Balkans, l'Union européenne ignore grossièrement la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l'ONU et contraint la Serbie à se résigner à la perte de la province du Kosovo, à renoncer à son histoire et à la mémoire de ses ancêtres. Belgrade est littéralement forcé d'introduire des sanctions contre la Russie, en échange d'une perspective illusoire, comme tous le comprennent désormais, d'intégration européenne. Dans la tentative d'unitarisation de la Bosnie-Herzégovine, les Serbes sont poussés à renoncer à leurs compétences constitutionnelles, garanties par l'Accord de paix de Dayton et le Conseil de sécurité de l'ONU.

Dans le même esprit de mépris du droit international, les actions irresponsables des parrains extérieurs du régime de Kiev créent une grave menace pour la paix et la sécurité internationales. Dans le but utopique d'endiguer la Russie, l'Occident a détruit de ses propres mains le système de sécurité européenne et a élevé un régime russophobe à Kiev. Comprenant la futilité de ses efforts, l'Europe fait tout pour entraver le règlement pacifique et faire échouer les perspectives de négociations, chose que beaucoup souhaitent, y compris l'administration de Donald Trump. L'Occident alimente le régime ukrainien en armes, aide Kiev à diriger des drones et des missiles contre des civils et des infrastructures civiles. En Occident, on rêve d'infliger à la Russie une "défaite stratégique", mais ces rêves, comme cela s'est déjà produit maintes fois par le passé, conduiront les fauteurs de la guerre eux-mêmes dans une impasse stratégique.

Chers collègues,

L'année dernière, nous avons célébré le 80e anniversaire de la Victoire sur le nazisme allemand et le militarisme japonais. La semaine prochaine, le 1er octobre, marquera le 80e anniversaire de la fin des travaux du Tribunal militaire international de Nuremberg. Le verdict historique du Tribunal des peuples, nom sous lequel est connu le Tribunal de Nuremberg, a condamné sévèrement et sans équivoque les criminels nazis, mettant hors la loi et hors la morale l'idéologie haineuse du nazisme.

Cependant, 80 ans plus tard, les leçons de Nuremberg n'ont pas été apprises par tous. Les élites dirigeantes de nombreux pays de l'Union européenne, à en juger par les déclarations de leurs représentants, sont manifestement infectées par le virus de la supériorité raciale et nourrissent des idées extrémistes et russophobes. Elles tolèrent les dirigeants du régime ukrainien lorsque ceux-ci célèbrent à Kiev des criminels de guerre notoires et des collaborateurs d'Hitler, dont les mains sont couvertes de sang de Russes, de Juifs, de Biélorusses, d'Ukrainiens et de personnes d'autres nationalités. La quasi-totalité de l'Occident vote chaque année ici, dans cette salle, contre la résolution russe condamnant la glorification du nazisme. L'Allemagne, le Japon, ainsi que tous les pays de l'Otan votent contre, parmi lesquels beaucoup sont coupables de crimes contre l'humanité pendant la Seconde Guerre mondiale. Cela ne nous surprend pas.

Mais je voudrais souligner que les résultats de la Seconde Guerre mondiale constituent le fondement de l'ordre mondial d'après-guerre et sont consacrés dans la Charte de l'ONU. Les anciens États de l'Axe, en ratifiant ce document, ont reconnu leur responsabilité historique pour les malheurs incalculables que l'idéologie et les pratiques nazies ont infligés au monde. Lorsque aujourd'hui on ferme pudiquement les yeux sur les manifestations de plus en plus évidentes du nazisme ukrainien, ce sont les fondements mêmes de l'ordre mondial axé sur l'ONU qui sont mis en péril.

Livrant à l'oubli la responsabilité de l'Allemagne nazie pour le génocide du peuple soviétique et sans se gêner du rôle de l'Allemagne en tant que principal parrain du régime nazi de Kiev, le chancelier Friedrich Merz déclare la nécessité de transformer "de nouveau" l'Allemagne en principale force militaire en Europe. Berlin comprend-il ce que signifie ce "de nouveau", à quoi cela peut mener ? Les résultats de la Seconde Guerre mondiale n'ont-ils rien enseigné?

Le régime ukrainien bafoue ouvertement le principe fondamental de la Charte de l'ONU, à savoir le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue et de religion. Il n'existe aucun autre pays au monde, hormis l'Ukraine, où une langue soit législativement interdite. En Ukraine, la langue russe est interdite. Son utilisation est passible de sanctions allant jusqu'à l'emprisonnement. Mais dans l'Union européenne, où l'on se targue de "valeurs européennes", on reste muet: pas un mot de condamnation. On se contente de dire que l'Ukraine aide justement à défendre ces mêmes "valeurs européennes". On en vient involontairement à conclure que le nazisme et les violations flagrantes par le régime ukrainien des libertés d'expression, d'information et de culte constituent l'essence même de ces "valeurs européennes".

Ayant lancé en 2022 l'opération militaire spéciale pour protéger les populations du Donbass et de la Nouvelle-Russie de l'extermination par le régime de Kiev, la Russie continue de se battre pour leur sécurité et leurs droits, en pleine conformité avec la lettre et l'esprit de la Charte de l'ONU. Notre combat pour la vérité et la justice sera mené à son terme: les objectifs de l'opération militaire spéciale seront atteints, les menaces pesant sur la sécurité de la Russie seront éliminées, la vie pacifique sera rétablie. Cela se produira quelles que soient les circonstances, y compris l'incapacité de la direction actuelle de l'Organisation mondiale à adopter la seule position juste dans la situation ukrainienne, celle de défenseur des principes de la Charte de l'ONU, non pas de manière sélective, mais dans leur intégralité, leur plénitude et leur interdépendance.

Nous espérons que le nouveau Secrétaire général, que nous devons élire d'ici la fin de l'année, respectera scrupuleusement son mandat, les principes d'impartialité et d'équidistance consacrés dans la Charte. Qu'il représentera l'ensemble de la communauté internationale au lieu de servir les intérêts d'États particuliers, qu'il ne portera pas atteinte à la nature intergouvernementale du système des Nations unies et ne diluera pas les prérogatives du Conseil de sécurité et de ses membres permanents.

Notre position de principe est que la réforme du Conseil de sécurité ne saurait prévoir de sièges supplémentaires pour les pays occidentaux, encore moins pour l'Allemagne et le Japon, qui se sont engagés sur la voie de la militarisation et du revanchisme. Nous nous prononçons exclusivement en faveur d'une représentation accrue de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique latine, nous soutenons les candidatures du Brésil et de l'Inde à des sièges permanents, tout en satisfaisant simultanément, je le souligne, les intérêts du continent africain, conformément au consensus d'Ezulwini et à la Déclaration de Syrte.

Mesdames et Messieurs,

Menant une politique étrangère responsable, la Russie œuvre à l'assainissement de la situation dans le monde, en unité avec nos alliés et partenaires stratégiques, notamment au sein des Brics, de l'OCS, de l'Union économique eurasiatique, de la CEI et de l'OTSC. Nous proposons un agenda fédérateur, des idées et des projets concrets.

La thématique de la sécurité de l'information internationale passe objectivement au premier plan. Il est évident que c'est l'ONU, et non des mécanismes fermés, qui doit jouer un rôle central dans cette question. En octobre dernier, à Hanoï, la Convention de l'ONU contre la cybercriminalité, élaborée à l'initiative de la Russie, a été ouverte à la signature. Nous saluons le lancement du Mécanisme mondial créé pour sa mise en œuvre sous l'égide de l'ONU, le premier format permanent dans ce domaine.

Une responsabilité particulière incombe également à l'ONU en raison du développement fulgurant des technologies d'intelligence artificielle. Des règles universellement reconnues pour son application ne peuvent être formulées que sur une base égalitaire, avec la participation de tous les pays, cela est difficile à contester. Le début des travaux du Dialogue mondial sur la gouvernance de l'intelligence artificielle et du Groupe scientifique international indépendant sur l'intelligence artificielle constitue un pas dans la bonne direction. Dans cette même veine s'inscrit l'initiative de la Chine, soutenue par la Russie, visant à créer une Organisation mondiale de coopération dans le domaine de l'IA.

Au milieu du siècle dernier, l'Union soviétique aidait les peuples d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine à se libérer des entraves de la dépendance coloniale. La démocratisation de la vie internationale est impossible sans l'éradication des pratiques néocoloniales, qui restent encore très visibles. L'adoption de la résolution de l'Assemblée générale proclamant le 14 décembre Journée internationale contre le colonialisme sous toutes ses formes et manifestations a constitué une étape importante. Nous serons heureux de voir les partisans de la lutte contre les pratiques contemporaines du néocolonialisme de tous les États lors de la première Assemblée mondiale du Mouvement international interpartis Pour la liberté des nations, qui se tiendra en Russie dans les mois à venir.

Chers collègues,

Assurer une paix durable n'est possible que lorsque la dangereuse rivalité cessera entre les plus grands acteurs mondiaux. Cela ne peut être réalisé que sur la base du respect scrupuleux de la Charte de l'ONU et du principe de sécurité égale et indivisible. Ce principe, je le rappelle, signifie le renoncement à assurer la sécurité d'un État au détriment de la sécurité des autres, l'inadmissibilité qu'un pays, un groupe de pays ou une organisation prétende à la domination dans le domaine de la sécurité. Cela concerne avant tout l'Otan, qui tente d'étendre son influence destructrice bien au-delà des limites géographiques de sa zone de responsabilité, y compris en Asie du Sud-Est et en Asie du Nord-Est.

Les valeurs d'une coopération large et égalitaire sont au cœur des initiatives du Président russe Vladimir Poutine visant à former un Grand partenariat eurasiatique et une architecture de sécurité sur l'ensemble du continent eurasien. Hier, ici à New York, la Russie, la Biélorussie et nos partenaires partageant les mêmes idées ont adopté une déclaration sur le lancement du travail sur la Charte eurasiatique de la diversité et de la multipolarité au XXIe siècle. Nous appelons tous ceux qui sont prêts à faire partie de la nouvelle architecture continentale de paix et de développement à contribuer au succès de cette importante initiative, destinée à compléter et harmoniser le travail des mécanismes existants dans l'esprit des réalités géopolitiques du monde multipolaire naissant.

Déclaration conjointe "Charte eurasiatique de la diversité et de la multipolarité au XXIe siècle : Inauguration des négociations"

Source :  Ministère des affaires étrangères de la Fédération de Russie

Nous, les représentants de la République du Bélarus, de la République islamique d'Iran, de la République du Kazakhstan, de la République kirghize, de la République démocratique populaire lao, de la République de l'Union du Myanmar, de la Fédération de Russie, de la République du Tadjikistan, de la République socialiste du Viêt Nam, réunis le 25 septembre 2026 en marge de la semaine de haut niveau de la 81e session de l'Assemblée générale des Nations Unies,

Réaffirmant notre attachement aux buts et principes consacrés par la Charte des Nations Unies et le droit international, tels que l'égalité souveraine, l'indépendance politique et l'intégrité territoriale de tous les États, la non-ingérence dans leurs affaires intérieures, l'inviolabilité des frontières des États, et le règlement pacifique des différends,

Maintenant la paix et la sécurité internationales, les relations amicales entre les États, l'égalité souveraine des États, et s'abstenant de la menace ou de l'emploi de la force,

Guidés par l'engagement commun de renforcer la paix, la sécurité et la stabilité internationales sur le continent eurasiatique et dans le monde entier,

Reconnaissant la diversité inhérente du monde, y compris la diversité des civilisations, des cultures, des traditions et des modèles de développement, comme un principe fondamental des relations internationales,

Réaffirmant que cette diversité doit être respectée en pleine conformité avec le droit international, notamment le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour tous,

Convaincus de la nécessité de promouvoir un ordre international plus inclusif, démocratique et équitable,

Soulignant que l'ordre mondial multipolaire émergent doit être fondé sur le droit international, le rôle central de coordination des Nations Unies et l'égalité des chances pour tous les États, quelle que soit leur taille, leur potentiel économique ou leurs capacités militaires,

Convaincus de la nécessité de promouvoir un ordre mondial véritablement multipolaire qui garantisse une sécurité égale et indivisible, une coopération mutuellement bénéfique et un développement durable pour tous les États,

Rappelant l'idée d'une Charte eurasiatique de la diversité et de la multipolarité au XXIe siècle (ci-après dénommée "la Charte"), formulée pour la première fois lors de la Conférence internationale sur la sécurité eurasiatique à Minsk en octobre 2023, et prenant note des discussions ultérieures sur la Charte qui ont eu lieu dans diverses enceintes et sous diverses formes depuis lors,

Désireux de traduire cette idée en un cadre politique de coopération pan-eurasiatique,

Sont convenus de ce qui suit :

  1. Nous lançons officiellement par la présente un processus de négociation en vue d'élaborer et d'adopter la Charte eurasiatique de la diversité et de la multipolarité au XXIe siècle.

Compte tenu du caractère eurasiatique de l'initiative, le processus de négociation sera ouvert à tous les États eurasiatiques intéressés, sur la base des principes d'égalité souveraine, d'inclusivité, de transparence et de participation égale.

Toutes les décisions sur les questions de fond et de procédure, y compris l'approbation du projet de Charte, la détermination de sa nature juridique, de son format et de sa procédure d'adoption, ne seront prises que sur la base du consensus.

  1. L'objectif de ce processus est d'élaborer un document politique qui énonce les principes de coopération, réaffirme l'engagement envers le droit international et définit des approches communes pour garantir une sécurité égale et indivisible dans l'espace eurasiatique et favoriser les partenariats économiques, promouvoir les liens culturels et humanitaires, et faciliter les échanges civilisationnels à l'ère multipolaire.
  2. À cette fin, nous créons un Groupe de travail chargé d'élaborer la Charte eurasiatique de la diversité et de la multipolarité au XXIe siècle, qui conduira les négociations sur la Charte eurasiatique conformément au Mandat du Groupe de travail joint à la présente Déclaration conjointe.

Je vous remercie de votre attention.

Allocution et réponses aux questions des médias du Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, Sergueï Lavrov, à l'issue de la semaine de haut niveau de la 81e session de l'Assemblée générale des Nations unies, New York, 26 septembre 2026

Source :  Ministère des affaires étrangères de la Fédération de Russie

  1. "Sortir activement de l'isolement" : comment contourner l'influence occidentale
  2. Groenland contre Ukraine : le double standard sur l'autodétermination et les crimes de guerre
  3. Quatre occasions manquées : la confiance trahie de 2014 à Anchorage
  4. Ormuz, Bab el-Mandeb et la Palestine
  5. Les systèmes S-400 et la Charte eurasiatique de la diversité et de la multipolarité
  6. La rencontre avec l'Allemagne
  7. Néonazisme ukrainien, relations russo-américaines et fin de conférence

"Sortir activement de l'isolement" : comment contourner l'influence occidentale

Veuillez excuser le léger retard. Nous terminions la dernière d'une cinquantaine de réunions. La semaine a été chargée. Comme vous le comprenez, nous "sortions activement de l'isolement".

Je viens d'exposer les priorités de la politique étrangère russe lors de la séance de l'Assemblée générale des Nations unies. J'espère que vous avez pu en prendre connaissance. Je ne répéterai pas ces questions en détail. Nous avons particulièrement insisté sur la nécessité de respecter les principes de la Charte de l'ONU, non pas de manière sélective, mais dans toute leur plénitude, leur totalité et leur interdépendance, comme voie vers le renforcement des fondements multilatéraux du monde contemporain, ainsi que sur la lutte contre les pratiques néocoloniales, auxquelles les pays du Sud et de l'Est prêtent désormais de plus en plus d'attention, étant parfaitement conscients que, même après avoir obtenu l'indépendance politique dans les années 1960, la dépendance économique envers l'Occident persiste et ne disparaît nulle part, et dans certaines situations s'accroît même.

Nous avons souligné l'importance d'une lutte sans compromis contre les manifestations du néonazisme, en premier lieu en Ukraine. Mais pas seulement, car les métastases de cette idéologie de haine sont également visibles dans d'autres pays de notre continent, en particulier parmi les membres de l'UE et de l'Otan, dans les pays baltes. Et en Allemagne aussi, ce qui est particulièrement préoccupant. J'en ai fait spécialement mention à l'Assemblée générale de l'ONU.

Notre délégation a eu non seulement des réunions bilatérales, mais aussi multilatérales. Hier, en particulier, nous nous sommes réunis dans le format de l'OTSC, du Groupe des Amis pour la défense de la Charte de l'ONU. Avec nos amis et alliés biélorusses, nous avons lancé les travaux de préparation de la Charte eurasiatique de la diversité et de la multipolarité au XXIe siècle. Une dizaine de délégations ont exprimé le souhait de participer au groupe d'experts, qui commencera ses travaux d'ici la fin de l'année en cours. L'objectif est de contribuer à la création, sur le continent eurasien (le plus grand et le plus riche, où se trouvent plusieurs des plus grandes civilisations les plus anciennes), d'une architecture de sécurité égale et indivisible et de coopération.

Lors des entretiens bilatéraux, nous avons parlé de différentes situations de crise, notamment de ce qui se passe dans la zone du golfe Persique, du détroit de Bab el-Mandeb, de la catastrophe à Gaza, de la poursuite de la politique de colonisation en Cisjordanie. Nous avons discuté des situations conflictuelles sur le continent africain, de la situation en Amérique latine, où les nuages s'amoncellent une fois de plus autour de Cuba.

Bien entendu, nous avons parlé de l'Ukraine. Je rappelle que le 23 septembre a eu lieu une séance spéciale du Conseil de sécurité de l'ONU sur la crise ukrainienne, convoquée par les Français. J'y ai pris la parole de manière détaillée. J'ai exposé une genèse assez détaillée de toute cette histoire. Tout y est clairement expliqué.

Il est bien évidemment nécessaire d'adapter notre Organisation aux nouvelles réalités, notamment par la réforme du Conseil de sécurité en y incluant des représentants supplémentaires d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine. Aucun siège occidental supplémentaire ne saurait être envisagé. Nous ne pouvons pas les admettre, car l'Occident est déjà surreprésenté au Conseil de sécurité de l'ONU. Nous voulons que l'ONU devienne véritablement un centre de conciliation des intérêts de tous les États, comme l'exige sa Charte.

Bien entendu, le Secrétariat de l'Organisation pourrait apporter une contribution constructive à cet égard. Mais l'équipe actuelle, dirigée par Antonio Guterres, n'est pas en mesure de mettre en œuvre les exigences fondamentales de ce document qui est à la base de toute l'ONU. Ils promeuvent des approches partiales, des deux poids deux mesures, et servent au fond les intérêts d'un groupe de pays occidentaux. Si l'on regarde la composition du "sommet" du Secrétariat, sept ou huit des postes les plus importants pour le fonctionnement de l'ONU et de son système sont occupés par des citoyens ou des ressortissants de pays membres de l'Otan.

Groenland, Ukraine, Boutcha : le double standard sur l'autodétermination et les crimes de guerre

Le Secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres et son porte-parole Stéphane Dujarric déclarent, en réponse à la question de ce qu'il faut faire avec le Groenland, vu l'intérêt des États-Unis de le "prendre", que cette question doit être résolue sur la base de la Charte de l'ONU, des résolutions de l'Assemblée générale, de l'intégrité territoriale du Danemark et du droit des Groenlandais à l'autodétermination. J'ai demandé à Antonio Guterres (nous nous sommes rencontrés avant-hier) pourquoi, s'agissant de l'Ukraine, l'option du "droit à l'autodétermination" n'est jamais mentionnée. Même simplement comme option. Il a dit qu'ils y avaient longtemps réfléchi et que ce sont des choses différentes. En quoi sont-elles différentes ? Où sont le Danemark et le Groenland, alors que l'Ukraine fait partie de notre réalité géopolitique, géoéconomique et culturelle commune.

Les Américains, les Danois et les Groenlandais ont signé des accords renforçant la présence militaire et le contrôle des États-Unis sur l'île, cet accord prévoit expressément que la présence américaine reste permanente, y compris si les Groenlandais organisent un référendum en exerçant leur droit à l'autodétermination. Comprenez-vous la différence?

Nous voyons comment les violations flagrantes par le régime de Kiev des droits fondamentaux de l'homme et du droit international humanitaire sont passées sous silence. La situation à Boutcha en avril 2022 est déjà devenue proverbiale. Une mise en scène y a été montée. De nulle part, après deux ou trois jours sans aucun combat, une équipe de la BBC est apparue. S'étant "opportunément" trouvée "au bon endroit au bon moment", elle s'est mise à diffuser dans le monde entier des dizaines de cadavres, soigneusement disposés le long de la rue principale de cette banlieue de Kiev.

D'ailleurs, j'aborde ce sujet chaque fois que je m'adresse à vous ici. Et en 2025, je m'en souviens bien, j'avais mentionné cette histoire. J'avais demandé pourquoi aucun journaliste, qui dans d'autres situations bien moins significatives et moins tragiques mènent leurs enquêtes journalistiques, n'avait posé la question de savoir où sont les informations officielles sur les noms de ceux dont les corps ont été montrés par la BBC. J'en appelle une fois de plus à votre fierté professionnelle. J'espère être entendu.

Et Antonio Guterres, en réponse, se contente de hausser les épaules. Il dit ne rien savoir. Que c'est un sujet secret. Alors qu'à Boutcha même, un mémorial a déjà été érigé avec des noms gravés dessus. À la vérification, il s'est avéré que ce sont des noms de criminels de guerre. Il n'y a aucun civil là-dedans. Nous avons diffusé le rapport de notre mouvement social. J'espère qu'il vous sera utile. Peut-être stimulera-t-il votre curiosité, votre flair journalistique pour comprendre enfin ce qui s'est passé là-bas et pourquoi la vérité est si soigneusement dissimulée.

Nous espérons que le nouveau Secrétaire général représentera les intérêts de l'humanité tout entière, et pas seulement du "milliard doré", qu'il répondra à tous les critères consacrés dans la Charte de l'ONU, y compris l'impartialité, la neutralité et l'exercice des fonctions de principal responsable administratif de l'Organisation.

Merci beaucoup.

Quatre occasions manquées : la confiance trahie de 2014 à Anchorage

Question (traduite de l'anglais): Vous avez parlé de la disposition de la Russie à un règlement politico-diplomatique de la situation autour de l'Ukraine. Vous avez également mentionné que la Russie n'acceptera pas de pause dans les opérations militaires pendant les négociations. Quelles mesures concrètes de renforcement de la confiance la Russie prépare-t-elle actuellement pour passer des positions diplomatiques à des négociations concrètes?

Sergueï Lavrov: Le renforcement de la confiance ne peut se faire que d'une seule manière: en respectant ce qui a été convenu. En février 2014, lorsque le mouvement de protestation battait son plein, stimulé par la sous-secrétaire d'État américaine aux Affaires européennes et eurasiennes de l'époque Victoria Nuland et d'autres visiteurs occidentaux, des négociations ont commencé sous l'égide de la France, de l'Allemagne et de la Pologne. Y participaient l'actuel Président de l'Allemagne Frank-Walter Steinmeier, le ministre des Affaires étrangères de l'époque, son homologue français, le chef de la diplomatie française de l'époque Laurent Fabius, le Ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski (qui dirigeait déjà le Ministère polonais des Affaires étrangères à l'époque et est revenu à ce poste).

Le Président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine avait reçu un appel spécial du président des États-Unis de l'époque Barack Obama, qui lui demandait de ne pas s'opposer à ce que le président de l'Ukraine de l'époque Viktor Ianoukovitch signe cet accord promu par les Occidentaux et les Européens. Le Président russe Vladimir Poutine avait répondu que si Viktor Ianoukovitch, qui était indéniablement le président légitime, reconnu de tous, prenait cette décision, comment pourrait-il s'y opposer, s'agissant d'une décision souveraine du président d'un pays voisin.

Un accord avait alors été signé, aux termes duquel Viktor Ianoukovitch renonçait pratiquement à tous ses pouvoirs, acceptait d'annoncer des élections présidentielles anticipées quelques mois plus tard. Et pour cette période, un gouvernement d'unité nationale devait être créé. L'Allemagne, la France et la Pologne avaient signé et garanti tout cela.

Le lendemain matin, l'opposition a craché sur la France, l'Allemagne, la Pologne et sur toutes ses obligations souscrites après la signature de ce document, et a pris d'assaut les bâtiments gouvernementaux. Elle a déclaré que Viktor Ianoukovitch n'était plus président. Et le jour suivant, les Allemands, les Français et les Britanniques (comment s'en passer?) ont déclaré que voilà, la démocratie avait résolu tous les problèmes, et qu'ils reconnaissaient le nouveau gouvernement arrivé au pouvoir par un coup d'État sanglant. Cela ne renforce probablement pas la confiance, quand on signe et que le lendemain on dit: bon, vous nous avez bafoués, et nous, nous encaisserons et tout ira bien.

Puis, un an après le soulèvement de la Crimée contre le gouvernement illégitime, le Donbass s'est soulevé, parce que ceux qui étaient arrivés au pouvoir avaient, dès le premier jour, depuis le territoire officiel des structures présidentielles, déclaré qu'ils supprimeraient le statut de la langue russe en Ukraine. 2014. C'est-à-dire que cette idée ne leur était pas venue au dernier moment, ils s'y employaient depuis longtemps.

Ils ont déclaré "sous-humains" la Crimée et les parties du Donbass qui avaient refusé de reconnaître le coup d'État terroristes (ce sont les termes du "premier ministre" de ces autorités illégitimes arrivées au pouvoir en février 2014). Vladimir Zelenski lui-même les a par la suite qualifiés de "spécimens". Son prédécesseur à la présidence de l'Ukraine, Piotr Porochenko, déclarait fièrement à toutes les tribunes que leurs enfants, les enfants des Ukrainiens, iraient dans des écoles lumineuses, de beaux jardins d'enfants, tandis que leurs enfants, montrant du doigt le Donbass, moisiraient dans les sous-sols. Quel rapport avoir avec ces gens, sinon refuser d'avoir quoi que ce soit en commun avec eux et organiser un référendum d'autodétermination, ce qui a été fait.

Après un an de ces événements, les accords de Minsk ont été signés et approuvés par le Conseil de sécurité de l'ONU, or le Conseil de sécurité adopte des décisions que la Charte de l'ONU exige de respecter. Il y a un article spécial à ce sujet. Pendant de longues années, Piotr Porochenko et Vladimir Zelenski ont saboté ces accords de Minsk, se moquant non seulement de la Grande-Bretagne et de la France, mais aussi du Conseil de sécurité de l'ONU.

En 2019, Emmanuel Macron, arrivé à l'Élysée, a convoqué en décembre 2019 ce quartet avec la France, l'Allemagne, la Russie et l'Ukraine. Y participaient la chancelière allemande de l'époque Angela Merkel, le Président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine et Vladimir Zelenski. Décembre 2019. Un nouveau document a été adopté, dans lequel Angela Merkel, Emmanuel Macron et Vladimir Zelenski ont apposé leur signature sous des formulations sur la nécessité d'appliquer les accords de Minsk, notamment d'accorder à cette partie du Donbass un statut spécial et de le consacrer dans la Constitution ukrainienne.

Il y avait aussi des accords sur le retrait des troupes, qui n'ont pas non plus été respectés par le régime de Vladimir Zelenski. C'est-à-dire, une troisième occasion où il fallait prouver son aptitude à négocier et qu'on peut vous faire confiance, avant de commencer à "renforcer" quoi que ce soit.

La quatrième fois, quand poussés par le désespoir, ne voyant pas d'autre moyen de protéger notre sécurité et les peuples du Donbass et de la Nouvelle-Russie, nous avons lancé l'opération militaire spéciale, au bout de trois semaines, en mars 2022, l'Ukraine a demandé des négociations. Nous avons accepté ces négociations. Il y a eu plusieurs cycles en Biélorussie, puis à Istanbul début avril 2022, la délégation ukrainienne a proposé des principes de règlement que nous avons acceptés. Je souligne à nouveau: nous ne les avons pas modifiés. Ils ont été paraphés. La signature sur un document, c'est sans doute ce qui exige de la fiabilité contractuelle.

Nous avons fait confiance à nos collègues ukrainiens. Nous avons également paraphé ce document. Mais il s'est avéré qu'ils ne renforçaient pas la confiance, mais la détruisaient. Et celui qui les y a aidés était le Premier ministre britannique de l'époque Boris Johnson, ainsi que tous les autres dirigeants européens qui ont accepté l'exigence de Boris Johnson selon laquelle l'Ukraine ne devait pas signer ce papier, mais combattre la Russie.

À Anchorage aussi, nous avons fait confiance à nos collègues américains. Nous avons accepté les principes qu'ils avaient formulés, en les acceptant comme base de travail ultérieur. Mais aussitôt, des représentants européens se sont précipités à la Maison Blanche pour dissuader le Président des États-Unis Donald Trump de suivre sa propre initiative. Exactement comme l'ancien Premier ministre britannique Boris Johnson avait dissuadé en 2022 Vladimir Zelenski de respecter sa propre position.

Jugez donc par vous-mêmes. J'ai exposé cette séquence d'événements à maintes reprises. Il n'y a aucun déficit de confiance de notre côté. De plus, nous avons continué les négociations, bilatérales à Istanbul et trilatérales à Abou Dhabi avec la participation des Américains. Tous ces cycles de négociations ont été interrompus non pas par nous, mais par ceux qui disent aujourd'hui que "les Russes évitent les contacts, ils n'ont rien à dire".

Je pense que vous étudiez tout de même le fond de la question et comprenez ce que valent ces cris de Vladimir Zelenski et de ses collaborateurs, qui sont entièrement sous le contrôle de l'Occident, lequel est à son tour totalement incapable de négocier, si l'on considère la "contribution" de l'Europe aux efforts sur la crise ukrainienne.

Question: La Russie a déjà déclaré que parmi les candidats au poste de nouveau Secrétaire général de l'ONU, il n'y a aucune candidature qui lui conviendrait pleinement. Cela signifie-t-il qu'au Conseil de sécurité de l'ONU, nous ne soutiendrons aucune candidature et opposerons notre veto au vote?

Sergueï Lavrov: Vous savez, ici il ne faut pas chipoter sur les mots. "Pleinement", c'est le mot clé que vous avez cité, et vous avez bien fait. Il a été prononcé par l'un de nos collaborateurs. Une entente totale n'existe que, vous savez où ? Au cimetière. C'est bien connu de tous.

Mais il y a un certain nombre de candidatures actuellement sur la table des négociations qui sont tout à fait dignes et possèdent les qualités nécessaires pour occuper ce poste de haute responsabilité.

Ormuz, Bab el-Mandeb et la Palestine

Question (traduite de l'anglais): Maintenant que le Président des États-Unis Donald Trump a rejeté le plan de sept jours présenté par l'Iran concernant la situation dans le détroit d'Ormuz, il reste encore beaucoup de difficultés là-bas. Le détroit de Bab el-Mandeb est contrôlé par les Houthis, les frappes contre l'Arabie saoudite se poursuivent. Comment la Russie envisage-t-elle la résolution de cette situation très complexe?

Concernant la Palestine. 10 mois se sont écoulés depuis l'adoption par le Conseil de sécurité de l'ONU de la résolution 2803, qui contient le plan de Donald Trump. Peu de choses se sont passées depuis. Les forces internationales de stabilisation n'ont pas été déployées.

Sergueï Lavrov (traduit de l'anglais): Vous allez lire toute la résolution?

Question (traduite de l'anglais): Non. Je veux simplement dire qu'elle n'a pas été mise en œuvre. Or c'est justement la mise en œuvre dont nous avons besoin. Que faire ensuite?

Sergueï Lavrov: Malheureusement, ce n'est pas nouveau que les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU ne sont pas appliquées. Chaque fois, le non-respect est lié au fait que l'Occident poursuit son agenda caché. La résolution 1244 sur le règlement dans l'ex-Yougoslavie, qui prévoyait que le Kosovo reste partie intégrante de la Serbie, que des forces policières serbes (même symboliques) seraient déployées sur le territoire du Kosovo, et bien d'autres choses. Il n'y a plus de résolution. Bien que nous rappelions constamment qu'il y avait des chances d'un règlement normal sans aucune "proclamation d'indépendance" unilatérale (sans aucun référendum).

Il y avait la résolution 1515 sur le règlement de la crise au Moyen-Orient et la création d'un État palestinien. Le Quartet des médiateurs internationaux, avec la Russie, les États-Unis, l'ONU et l'Union européenne (un instrument utile, soit dit en passant), soutenait la mise en œuvre de la feuille de route qui prévoyait la proclamation d'un État palestinien en un an.

Ce n'est pas la première fois que des résolutions ne sont pas appliquées. Je n'énumérerai pas les autres résolutions puisque nous parlons ici de la Palestine. Voilà de tels exemples.

Nous nous sommes abstenus sur la résolution 2803 pour une raison simple: nous avions des doutes. Nous en avons discuté avec les auteurs américains, car il est quelque peu étrange qu'une résolution sur la Palestine qui ne mentionne pas du tout l'ONU, surtout quand le Conseil de sécurité de l'ONU adopte un texte qui exclut complètement toute mention du rôle de cette Organisation, qui s'occupe du problème palestinien depuis des décennies. Mais à l'époque, la plupart des pays arabes et les Palestiniens eux-mêmes nous ont demandé de ne pas opposer notre veto à cette résolution. La partie chinoise s'est également abstenue. Nous avons la situation que nous avons.

Quant au rejet par Washington du plan de sept jours proposé par l'Iran, ce n'est pas non plus la première fois. Il y avait le Mémorandum d'Islamabad, qui contenait des accords concrets. Il a été signé au plus haut niveau.

Ce n'est donc pas un phénomène nouveau dans la politique mondiale à l'étape actuelle de son développement.

Quant à ce qu'il faut faire. Nous estimons que le Mémorandum d'Islamabad était un accord honnête. Puisqu'il a été signé au plus haut niveau, c'était probablement fait en connaissance de cause. Alors pourquoi ne pas y revenir?

Question (traduite de l'anglais): Merci de nous recevoir chaque année pour avoir l'occasion d'échanger, notamment sur la Palestine. Vous avez dit dans votre discours il y a quelques minutes que la Russie veut prendre l'initiative pour avancer vers la solution à deux États afin qu'elle devienne réalité. Vous savez parfaitement ce qui se passe en Cisjordanie. Il ne reste pratiquement plus rien de l'État palestinien, et à Gaza non plus, il reste peu de chose, ils sont littéralement acculés. Si l'on suppose que la Russie pourrait réaliser une initiative, comme vous venez de le dire, que pourrait faire concrètement la Russie pour se rapprocher ne serait-ce qu'un peu de la réalisation de cette solution étatique?

Sergueï Lavrov: Dans mon discours à l'Assemblée générale de l'ONU, j'ai dit que la situation en Cisjordanie se dégrade très rapidement et qu'avec les dernières décisions sur les colonies à Jérusalem-Est, si ces colonies y sont créées, le lien entre Gaza et la Cisjordanie sera rompu. En fait, il n'y aura plus d'endroit pour créer un État palestinien. Vous l'avez dit justement. Je suis d'accord avec vous.

La résolution 2803, qui a approuvé le "plan de Donald Trump", le "plan de paix", le "Conseil de paix", prévoit justement que la majeure partie de la bande de Gaza (il n'y a pas un mot sur la Cisjordanie) passe sous le contrôle des structures palestiniennes, sous la supervision de ce "Conseil de paix". Mais vous l'avez dit justement, les Palestiniens contrôlent actuellement peut-être 20%, pas plus.

Que faire ? Depuis de longues années, autant que je m'en souvienne à ce poste, nous avons prôné l'unité palestinienne, car la division parmi les Palestiniens ne leur présageait rien de bon, et nous en sommes aujourd'hui convaincus. Même maintenant, il n'y a aucun espoir que des ponts soient jetés entre le Fatah et le Hamas en tant que mouvement politique. Nous soutenons pleinement la nécessité de ne fixer à cette structure que des objectifs politiques.

Nous avons organisé plusieurs réunions à Moscou. Nous avons invité les 14 factions palestiniennes, adopté un document stipulant qu'elles acceptaient de s'unir, d'oublier les désaccords et de promouvoir "d'un seul front" la cause palestinienne pour la création d'un État palestinien.

Nos collègues chinois ont fait de même un an plus tard. Malheureusement, tous ces accords de renforcement de la confiance sont également restés lettre morte, et ce n'est pas de notre faute. Nos frères palestiniens n'ont pas pu surmonter ces divergences internes, malgré les déclarations selon lesquelles ils assureraient l'unité de leurs rangs.

Je me souviens que lors des négociations, quand le Quartet existait encore (Russie, États-Unis, Union européenne et ONU), quand nous discutions dans ce cercle de la nécessité de faire quelque chose, de prendre des mesures spéciales, des initiatives, très souvent les Américains disaient qu'ils étaient ravis, mais avec qui parler parmi les Palestiniens, puisqu'ils étaient divisés: les uns sont d'accord, les autres non.

Par conséquent, même du point de vue de la nécessité de ne pas donner prétexte à enterrer encore plus profondément le problème palestinien, il faudrait tout de même... Je ne sais pas dans quelle mesure c'est réaliste aujourd'hui, mais c'était notre initiative. À ce stade, que pouvons-nous faire ? Les amis palestiniens et tous ceux qui, dans le monde arabe, sont intéressés par un règlement durable et à long terme savent que nous sommes toujours prêts à aider. Nous l'avons prouvé par toute notre expérience antérieure. Nous sommes à leur service, mais il faut qu'il y ait un intérêt pour nos services.

Contrairement à certains de nos collègues occidentaux, y compris certains membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, nous n'imposons pas des initiatives qui finissent ensuite par de grandes manifestations quelque part sur les Champs-Élysées, et après lesquelles rien de concret n'est fait et qu'on oublie.

Les systèmes S-400 et la Charte eurasiatique de la diversité et de la multipolarité

Question (traduite de l'anglais): Comment sera résolue la question des systèmes de défense aérienne S-400 avec la Turquie ? Autorisez-vous la Turquie à vendre les S-400?

Sergueï Lavrov: Les systèmes de défense aérienne S-400 ont été livrés avec un contrat prévoyant le respect intégral et absolu du certificat d'utilisateur final. Ils savent parfaitement qu'ils ne peuvent pas déplacer ces systèmes au-delà de leurs frontières sans l'accord officiel de la Russie. Nous n'avons reçu aucune demande de ce type.

Question: Dans votre introduction, vous avez déjà évoqué le lancement hier de la préparation de la Charte eurasiatique de la diversité et de la multipolarité au XXIe siècle. Néanmoins, je voudrais demander ce qui est prévu en ce sens à l'avenir?

Sergueï Lavrov: Il est prévu de préparer la charte. Sur le plan pratique, une décision a été prise.

Une déclaration a été publiée, je pensais que tous ceux qui s'y intéressent en avaient pris connaissance. Un groupe d'experts est créé, avec un "noyau" de pays ayant déjà exprimé leur disposition à participer à l'élaboration de ce document. Sa composition est ouverte, et aux étapes ultérieures, tous ceux qui le souhaitent pourront s'y joindre.

La première réunion de consultations d'experts aura lieu à Minsk d'ici la fin de 2026. La deuxième, selon nos plans, se tiendra à Moscou dans la première moitié de 2027. Ensuite, un certain nombre de pays ont exprimé leur intérêt à accueillir à leur tour de telles consultations sur leur territoire.

Nous ne fixons aucun délai artificiel, mais nous ne voudrions bien sûr pas faire traîner ce travail, étant donné que notre continent eurasien a grand besoin d'une structure continentale ouverte à tous les pays et organisations du continent sans exception et sans aucune ingérence extérieure. De telles structures continentales existent en Afrique et en Amérique latine, là-bas comme ici, il y a de nombreuses organisations sous-régionales, mais il y a aussi des structures continentales. Or en Eurasie, les organisations sous-régionales sont nombreuses, mais il n'existe aucun "parapluie" (même sans nécessairement appeler une telle structure "organisation"), aucune plateforme où tous les pays et organisations du continent, sans exception, pourraient régulièrement échanger leurs points de vue. Il me semble que c'est une lacune.

La rencontre avec l'Allemagne

Question (traduite de l'anglais): Vous venez de rencontrer le Ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul, et il vous aurait demandé une "désescalade", notamment en ce qui concerne les attaques hybrides. Que lui avez-vous répondu ? Et pouvez-vous dire, de votre point de vue, à quel stade se trouvent actuellement les relations germano-russes?

Sergueï Lavrov: Je vous conseille de lire mon discours au Conseil de sécurité de l'ONU d'il y a trois jours. Je viens de le résumer brièvement en répondant à la première question. J'espère que vous avez également noté l'histoire qui a précédé tout ce qui se passe actuellement. Notre conscience est absolument tranquille.

Contrairement à la conscience de ceux qui ont signé et garanti les accords de février 2014, qui ont signé les accords de Minsk en février 2015, qui ont signé les accords de Paris en décembre 2019, avant tout, bien sûr, l'Allemagne et la France.

Et pas un de ces accords n'a été respecté par l'Allemagne ni la France, bien que les documents de Minsk aient été approuvés à l'unanimité par le Conseil de sécurité de l'ONU, dont l'Allemagne aspire si obstinément (je dirais même de manière importune) à devenir membre, bien qu'elle n'ait aucune chance.

Quant au Ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul, il a demandé au dernier moment (hier ou avant-hier) une réunion. Nous avions un créneau, ce matin, avant le discours à l'Assemblée générale. Nous ne refusons jamais d'écouter nos collègues, y compris ceux qui accusent la Russie de tous les péchés. Le Président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine l'a démontré maintes fois par son exemple personnel. Nous sommes toujours prêts à écouter.

Lorsque nous nous sommes rencontrés, j'ai proposé au Ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul d'exposer ce avec quoi il venait. Il a sorti ses notes et a lu un texte reproduisant intégralement ce que l'Allemagne déclare quotidiennement, publiquement et officiellement par la voix de ses dirigeants. Ce que je lui ai fait savoir. Je n'en ai rien tiré de nouveau.

Le sous-entendu était qu'il était venu vers nous, qu'il avait "daigné" nous contacter, et qu'en réponse à un tel geste de bonne volonté, nous devions faire des concessions sur le front ukrainien, parvenir à un accord sur la région de la mer Noire pour que les pétroliers et les cargos y circulent sans problème, ajoutant que des collègues d'Inde, d'Égypte et de Turquie s'adressaient également à la Russie sur cette question.

C'est exact, ils s'adressent à nous, et nous discutons avec eux sur ce sujet. Mais en réponse, nous disons une chose très simple, nous demandons de citer ne serait-ce qu'un seul cas où des navires commerciaux agissant dans leurs intérêts auraient été la cible de frappes russes. La conversation s'arrête là. Il n'y a pas de tels cas!

Tous les dommages causés à la navigation commerciale résultent d'attaques terroristes ukrainiennes, non seulement en mer Noire, mais aussi Caspienne. Il existe un Consortium du pipeline caspien. Le principal investisseur est le Kazakhstan, mais Chevron et ExxonMobil y détiennent également des parts. À plusieurs reprises, l'Ukraine a frappé l'infrastructure de ce consortium. Et il y a environ un mois et demi, ils ont touché un pétrolier appartenant à Chevron. J'en ai discuté avec le Secrétaire d'État américain Marco Rubio et lui ai dit que nous devions entendre ce que les Américains pensent de cela. Il semble qu'ils aient "envoyé des signaux".

Le Ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul en a également parlé (la situation de la navigation en mer Noire). Je lui ai tout expliqué.

C'est pourquoi, lorsque nos collègues s'adressent à nous, je leur propose de conclure des accords bilatéraux (Russie-Égypte, Russie-Turquie, Russie-Inde) garantissant que nous ne le ferons jamais, de même que nous n'avons jamais visé leurs navires. Quant aux Ukrainiens, il faut leur parler à part et probablement non plus en termes de demandes, mais d'exigences.

D'ailleurs, le Ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul m'a aussi présenté une réclamation au sujet d'un drone égaré retrouvé à Leipzig, immédiatement qualifié de russe parce que "highly likely" (il existe cette expression). Et ils ont expulsé notre Consulat général de Bonn, alors que ce consulat assurait, entre autres, notre participation aux travaux des organisations internationales basées à Bonn.

Lorsque la capitale allemande a "déménagé" à Berlin, un grand nombre de locaux à Bonn n'étaient plus nécessaires à personne. Et alors (c'était encore dans les années 1990), avec notre soutien, des accords ont été conclus pour y transférer les secrétariats de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), de la Convention sur la lutte contre la désertification et les sièges de toute une série d'autres organisations. Les Allemands savent parfaitement que notre Consulat général à Bonn comptait plusieurs collaborateurs qui s'occupaient non pas de questions consulaires, mais de la participation de la Russie aux travaux de ces structures internationales.

Pour chacune de ces structures, l'Allemagne a signé un accord de pays hôte par lequel elle s'engageait à tout faire pour assurer le fonctionnement normal de ces secrétariats et des conditions normales pour les représentants des pays membres auprès de ces structures.

Ils l'ont sans doute oublié. Ils oublient beaucoup de choses, y compris le fait qu'il ne devait y avoir aucune infrastructure de l'Otan sur le territoire de l'ancienne République démocratique allemande. Tout cela est oublié.

Le Ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul a aussi parlé de l'importance de mettre en œuvre l'Initiative de la mer Noire. Il y avait encore quelque chose d'autre... Mais je n'ai rien entendu de nouveau par rapport à ce que Berlin déclare publiquement chaque jour. Je le lui ai dit honnêtement: je pensais qu'il avait quelque chose d'intéressant, d'inhabituel. Ils auraient pu simplement appeler et dire: lisez nos déclarations officielles. J'ai écouté une fois de plus un discours sur ce sujet.

Néonazisme ukrainien, relations russo-américaines et conclusion

Question: Au Conseil de sécurité et dans votre discours d'aujourd'hui, vous avez parlé des manifestations du nationalisme ukrainien. Les journalistes dans la salle et vos interlocuteurs lors des réunions bilatérales ont reçu des brochures au titre éloquent "Les héritiers de Goebbels". Le silence de l'Occident sur ce sujet: ne voient-ils vraiment pas de problème ou ferment-ils sciemment les yeux pour continuer la pression sur la Russie et le soutien à l'Ukraine?

Sergueï Lavrov: Je pense que cela ne se limite pas à la pression sur la Russie. Je viens d'aborder ce sujet dans mon discours à l'Assemblée générale. Le nazisme renaît.

Il ne s'agit pas seulement du fait que l'Europe choie et protège de toutes les manières Vladimir Zelenski quand il s'agenouille devant les cendres de criminels nazis, que les Européens serviables ont volontiers remises au régime de Kiev, sachant parfaitement qu'on en ferait un spectacle. Ils veulent créer à partir de ces restes sataniques un "panthéon des héros de l'Ukraine" sur le territoire de la Laure des Grottes de Kiev.

Cette tendance au nazisme ouvert se manifeste non seulement dans le soutien européen, mais aussi dans le fait que, comme je l'ai dit dans mon discours, le chancelier allemand Friedrich Merz déclare (et ce n'est pas un lapsus, il l'a répété plusieurs fois) que son objectif est de faire en sorte que l'Allemagne redevienne "de nouveau" la principale force militaire en Europe. Comprend-il la signification du mot "de nouveau" dans cette construction ? Je le souligne encore, ce n'est pas un lapsus, il l'a répété plusieurs fois à différentes occasions.

Sans parler du fait que toute la mémoire de ceux qui ont vaincu le nazisme est effacée des manuels et par le démantèlement des monuments dans toute une série de pays européens.

Ce sont donc des tendances très dangereuses qui amènent de nombreux analystes à dire que nous assistons actuellement à des tentatives de création d'un "quatrième Reich".

Question (traduite de l'anglais): La position de la Russie sur le transfert des S-400 à des pays tiers a-t-elle changé ? On dit que les S-400 pourraient être transférés aux Émirats arabes unis. La Russie est-elle prête à envisager cette option ? Et la Russie participe-t-elle aux négociations en cours entre les Américains et les autres?

Sergueï Lavrov: Je ne commenterai pas pour l'instant, mais de telles possibilités n'existent qu'avec notre accord: quand le pays de destination des S-400 sera responsable et entretiendra des relations amicales avec la Fédération de Russie, afin que nous sachions fermement que ces systèmes ne quitteront pas ce pays.

Il est d'autant plus important pour nous de le savoir que de nombreux, d'énormes cas se sont produits où des Européens "écument", excusez l'expression, le monde entier pour racheter des armes à des pays d'Afrique, d'Asie, d'Amérique latine, du monde arabe, garantissent qu'elles n'iront nulle part, et les transfèrent quand même au régime ukrainien. Nous serons prêts à transférer les S-400 à un pays (lorsqu'il y aura une demande) qui garantira que de telles violations ne se produiront pas.

Question (traduite de l'anglais): Est-ce une option pour vous, Monsieur le Ministre?

Sergueï Lavrov: Nous n'examinons aucune option, ne m'avez-vous pas entendu ? Quand il y aura une demande, nous comprendrons alors ce que nos collègues turcs veulent concrètement faire. On pourrait d'ailleurs aussi refuser de leur donner des avions.

Question: En 2025, quand votre première rencontre avec Marco Rubio a eu lieu ici, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, des journalistes allemands ont demandé au Ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul s'il accepterait de vous parler. Il avait alors répondu, permettez-moi de citer: "Ce n'est que lorsqu'une nouvelle approche crédible apparaîtra qu'il sera pertinent d'engager le dialogue."

Que s'est-il passé ? Les Allemands ont-ils vu cette "nouvelle approche crédible" ? Pourquoi et dans quel but est-il venu vous voir?

Sergueï Lavrov: Honnêtement, je ne me suis pas intéressé à cela et ne m'y intéresse pas.

Notre position est simple. Si quelqu'un veut discuter avec un représentant de notre pays, nous ne refusons jamais personne. Bien qu'aujourd'hui nous nous soyons une fois de plus convaincus que de telles demandes de la part des États occidentaux n'apportent rien de nouveau.

Nous disposons de plusieurs canaux de communication avec un certain nombre de pays de l'UE et de l'Otan. Il existe des possibilités confidentielles d'échange de vues par des canaux bilatéraux. Les structures occidentales concernées nous communiquent également certaines positions. Nous ne rendons pas cela public, mais je peux seulement dire que nous sommes toujours ouverts à écouter.

Pourquoi Johann Wadephul a-t-il changé d'avis ? Je ne sais pas, et je ne veux même pas spéculer. Mais tous ceux qui suivent l'évolution de la situation affirment que l'Europe cherche désespérément à "s'immiscer" dans le processus que les États-Unis encouragent. Ils encouragent aussi avec des interruptions, car tantôt l'Iran "s'en mêle", tantôt la Palestine "attire" ou autre chose encore.

Néanmoins, les États-Unis poursuivent activement leurs efforts. J'ai déjà commenté ce qui s'est passé à Anchorage. Nous estimons qu'à Anchorage il y a eu un accord, et nous sommes toujours prêts à y revenir. L'Europe, elle, sent qu'on la laisse "sur la touche". Vous vous souvenez, le Secrétaire américain au Trésor Scott Bessent a dit que l'Europe ne peut absolument pas être considérée comme médiatrice, que seuls les États-Unis peuvent le faire.

Maintenant, le Secrétaire d'État américain Marco Rubio, contrairement à ses déclarations de juin dernier lorsqu'il avait dit qu'ils étaient du côté de l'Ukraine et comment pouvaient-ils alors servir de médiateurs, a déclaré que les États-Unis veulent trouver des voies, des approches, de nouvelles propositions. Quant aux Européens, ils en ont bien envie. Ils ont l'habitude d'être partout ceux qui "commandent la musique".

Question: Peut-on considérer ces négociations comme un rétablissement du dialogue avec l'Allemagne?

Sergueï Lavrov: J'ai déjà dit: il a répété la position officielle et publique avec condamnation de la Russie. Jugez vous-mêmes si c'est un dialogue ou non.

Question (traduite de l'anglais): Merci, Monsieur Lavrov, de poursuivre cette tradition de conférences de presse pour les médias de tous les pays.

L'Administration autonome kurde en Syrie a cessé ses activités après plus de 10 ans de fonctionnement. Les Kurdes en Syrie tentent désormais de préserver leurs droits linguistiques, culturels et politiques au sein du pays.

La Russie s'est toujours présentée comme un pays soutenant les droits des Kurdes au Moyen-Orient. Avez-vous évoqué, lors de vos rencontres avec vos homologues syriens, la protection des droits des Kurdes dans le cadre de la nouvelle Constitution syrienne?

Sergueï Lavrov: Nous entretenons de très bonnes relations avec pratiquement tous les mouvements kurdes, y compris les Forces démocratiques syriennes. Nous connaissons ces gens.

Chaque fois qu'ils traversaient une crise, quand les Américains cessaient de les soutenir (il y a eu un tel moment encore lors du premier mandat de Donald Trump, quand il avait annoncé qu'ils quittaient le nord-est de la Syrie), les Forces démocratiques syriennes se sont immédiatement adressées à nous, en disant: aidez-nous à nous intégrer dans ces processus. Nous avons commencé à les aider. Puis les Américains sont revenus, et les Forces démocratiques syriennes ont perdu tout intérêt pour nous.

Nous sommes donc toujours prêts à rendre service. Mais le fait que le Nord-Est de la Syrie ait volontairement accepté de signer un document correspondant avec les autorités centrales à Damas est un fait. C'est leur décision souveraine.

Je n'ai pas entendu dire que la langue kurde ait été interdite. Ce n'est absolument pas le cas. Ce n'est pas le régime ukrainien, qui s'emploie véritablement à imposer ses vues nationalistes et nazies.

Donc, si un jour les parties concernées manifestent un intérêt pour que la Russie joue un rôle, nous serons prêts à préciser ce qu'on attendrait concrètement de nous.

Question (traduite de l'anglais): Monsieur le Ministre, c'est formidable de vous revoir ici. "Vous en parlez chaque année", dit le Ministre. Oui, j'en parle chaque année. Je pense que nous le pensons tous sincèrement. Vous connaissez cet endroit mieux que probablement tout autre ministre qui y prend la parole.

Vous avez dit très clairement dans votre discours à l'Assemblée générale de l'ONU que vous constatez des changements substantiels dans le paysage politique mondial avec l'émergence de nouvelles forces, que la superpuissance des États-Unis et la force de ceux qui se trouvent dans l'hémisphère occidental diminuent.

Au cours de vos discussions avec le Secrétaire d'État américain Marco Rubio, avez-vous entrevu des perspectives de coopération plus approfondie avec l'administration de Donald Trump?

Sergueï Lavrov: Nous entretenons avec l'administration du Président des États-Unis Donald Trump un dialogue régulier dans différents formats, et cela seul correspond déjà à la normalité. Car si les relations se réduisent à émettre chaque matin des déclarations de propagande condamnant la Russie et exigeant de lui infliger une "défaite stratégique", ce n'est pas de la diplomatie.

Les Américains pratiquent justement la diplomatie. Certes, une diplomatie dure, car en parallèle, sur fond de conversations très humaines, voire amicales, ils mènent une politique agressive d'éviction de la Russie de l'économie mondiale. Vous le savez.

Quand j'ai rencontré Marco Rubio pour la première fois, c'était en février 2025 à Riyad, peu après le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, il avait déclaré dans son intervention liminaire que les États-Unis voulaient que les collègues russes comprennent que sous Donald Trump, ils mènent une politique fondée sur les intérêts nationaux, sans aucune idéologie. Et simultanément, ils reconnaissent que d'autres États, en particulier les grandes puissances, ont aussi des intérêts nationaux qu'ils sont prêts à respecter. Et dans les cas où les intérêts des États-Unis et de leur partenaire, la Russie en l'occurrence, coïncident (et de tels cas seront très rares, mais néanmoins), ce serait une erreur de ne pas transformer cette convergence en projets pratiques et matériels mutuellement bénéfiques. Mais dans les cas où les intérêts des États-Unis et de la Russie ne coïncident pas, ce serait une erreur encore plus grave de permettre que cette divergence dégénère en confrontation. A fortiori en une confrontation dure.

Nous sommes pleinement d'accord avec cette affirmation. De nombreuses réunions ont lieu, je crois avoir déjà rencontré Marco Rubio cinq, voire six fois depuis le début de la nouvelle administration républicaine. En parallèle, les représentants du Président des États-Unis Donald Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner, viennent et communiquent avec nos autres représentants. Le Président russe Vladimir Poutine les reçoit. De très bonnes discussions.

Et ils disent toujours: vous comprenez, l'Ukraine, c'est la guerre de l'ancien président des États-Unis Joe Biden, ce n'est pas notre guerre. Et malheureusement, quand ils sont revenus à la Maison Blanche, l'Ukraine, grâce aux efforts de Joe Biden, s'est retrouvée tout en haut de l'agenda international. C'est pourquoi, qu'on le veuille ou non, il faut l'"écarter" du chemin, car elle "encombre" la route vers l'épanouissement mutuellement bénéfique russo-américain.

À Anchorage, il nous semblait qu'un pas avait été fait pour "écarter" l'Ukraine du chemin. Mais nous avons accepté ce que le Président des États-Unis Donald Trump proposait, et Vladimir Zelenski a refusé d'accepter. Et le Président français Emmanuel Macron (en juin dernier, il y a eu un sommet à Évian) a déclaré publiquement et fièrement aux journalistes qu'ils avaient "enterré" Anchorage et que l'Amérique était désormais avec eux. Ce n'est pas à Emmanuel Macron d'en juger, mais plutôt à l'Amérique.

Nous sommes prêts. Nous parlerons toujours. Surtout avec des pays comme les États-Unis. Nous écouterons toujours, nous dirons toujours honnêtement ce avec quoi nous ne sommes pas d'accord. Et nous ne sommes notamment pas d'accord avec le fait que sous couvert de ces discussions (à mesure que l'"histoire ukrainienne" traîne et face à l'incapacité de forcer Vladimir Zelenski à accepter les compromis), c'est désormais non plus Joe Biden, mais le Président des États-Unis Donald Trump qui adopte des sanctions contre la Russie. Qui plus est, l'administration actuelle reconduit automatiquement toutes les sanctions introduites par Joe Biden. Absolument toutes les sanctions antirusses.

Un mois après la réunion d'Anchorage, de nouvelles sanctions ont été annoncées contre notre compagnie pétrolière privée Lukoil et la compagnie pétrolière publique Rosneft. Aujourd'hui, elles sont tout simplement "évincées" des marchés internationaux.

C'est pourquoi nous percevons cela comme révélateur des intérêts nationaux des États-Unis. Les États-Unis ont adopté une doctrine exigeant d'assurer la domination de l'Amérique du Nord (sans le Canada, bien sûr, pour l'instant uniquement les États-Unis) sur les marchés énergétiques mondiaux.

Regardez ce qui s'est passé au Venezuela. Il a été dit que le Président du Venezuela Nicolas Maduro était un narcotrafiquant, et qu'il fallait donc changer le régime. Maintenant, il s'avère que les Américains ont tout simplement pris le contrôle de l'industrie pétrolière en copropriété américano-vénézuélienne. L'Iran était accusé de soutenir le terrorisme pendant 47 ans. Et puis, au cours des négociations, il y a eu des périodes où les Américains proposaient aux Iraniens de contrôler conjointement le détroit d'Ormuz. Nous comprenons et devons le dire franchement que les intérêts nationaux des États-Unis sont assez égoïstes.

Dans nos conversations, nous essayons de leur expliquer ce par quoi nous avons commencé: dans le monde actuel, il est impossible pour un seul pays (même pour un pays comme les États-Unis) de résoudre tous les problèmes mondiaux, qui plus est aux dépens des autres pays. Je suis convaincu que la vie apprendra à nos partenaires américains à commencer à penser en termes de multilatéralisme: ils ne sont pas les seuls dans ce monde à représenter une force économique et militaire, et dans l'ensemble un acteur indépendant sur la scène internationale.

Question (traduite de l'anglais): Nous avons entendu vos remarques dans votre discours à l'Assemblée générale de l'ONU concernant les qualités que la Russie souhaiterait voir chez le nouveau Secrétaire général. Nous sommes à la dernière étape de la sélection du Secrétaire général. La Russie est-elle satisfaite des candidats actuels ? La Russie a-t-elle des réserves à l'égard des deux candidates ayant obtenu le plus de voix lors du vote officieux du Conseil de sécurité de l'ONU, Rebeca Grynspan et Carolyn Rodrigues-Birkett?

Sergueï Lavrov: J'ai déjà effleuré ce sujet un peu plus tôt au cours de la conférence de presse d'aujourd'hui. Ces qualités sont consacrées dans la Charte de l'ONU. Il y est dit que le Secrétaire général est le principal responsable administratif. Cela crée déjà un certain cadre qu'il ne faut pas dépasser. Il est inadmissible que le Secrétaire général tente de prendre des décisions unilatérales et prenne parti dans des situations où les membres de l'ONU sont divisés.

Le deuxième critère présent dans la Charte de l'ONU est l'impartialité et l'équilibre de ses actions, ainsi que de celles de tout collaborateur du Secrétariat. J'ai des raisons de croire que contrairement à la direction actuelle du Secrétariat, parmi les personnes actuellement candidates au poste de Secrétaire général, il y a des personnes qui répondent à ces critères, des représentants de pays d'Amérique latine et d'autres continents, bien que l'Amérique latine occupe actuellement la place prioritaire en vertu du principe informel de rotation. Parmi elles figurent les deux représentantes d'Amérique latine que vous avez mentionnées.

Question: Que pourriez-vous dire aux dirigeants européens qui appellent régulièrement et sérieusement à se préparer à la guerre contre la Russie?

Sergueï Lavrov: C'est déjà lassant de parler de ce sujet. Nous avons exposé notre position à maintes reprises, je ne peux donc rien ajouter.

Le Président russe Vladimir Poutine l'a exposée lui-même. Récemment, à Saint-Pétersbourg, il a confirmé cette position. Il a dit que nous n'avons pas l'intention de faire la guerre à l'Europe. C'est délirant et absurde. Mais c'est justement l'Europe qui se prépare à la guerre contre nous. Ils confirment chaque jour qu'en 2030 au plus tard, les Européens doivent être prêts à la guerre. Une telle position peut devenir une prophétie autoréalisatrice, car ils investissent en ce moment d'énormes sommes dans la production d'armements. Et à un moment donné, un aventurier (et il y en a beaucoup parmi ces élites actuelles) dira: nous avons tant accumulé, et qu'en faire ? Il n'y a nulle part où l'écouler. Et nous avions promis d'attaquer la Russie ! Dans ce cas, s'ils nous attaquent, car nous n'en avons pas l'intention, comme l'a dit le Président russe Vladimir Poutine, "nous ne manquerons pas de répondre". Il a également dit que ce serait une guerre tout à fait différente, et qu'elle serait courte.

Question (traduite de l'anglais): En 2016, le Président russe Vladimir Poutine a déclaré que la Roumanie figurait désormais parmi les cibles de la Russie, en raison de la présence d'armements américains sur son territoire. Visez-vous toujours la Roumanie?

Sergueï Lavrov: C'est un secret.

Question (traduite de l'anglais): Le Président des États-Unis Donald Trump a invité, par l'intermédiaire du Secrétaire d'État Marco Rubio, le Président russe Vladimir Poutine à Miami en décembre pour la réunion du G20. Il a été dit que ce serait une bonne occasion d'échanger des points de vue. Je ne m'attends pas à ce que vous nous donniez une réponse quant à la participation ou non du Président russe Vladimir Poutine. Mais cela représente-t-il autre chose ? Par exemple, un mouvement vers l'amélioration des relations bilatérales ? Car le Président des États-Unis Donald Trump a récemment aussi rencontré le Président de la République populaire de Chine Xi Jinping. Considérez-vous cela comme un réchauffement des relations avec la Russie?

Sergueï Lavrov: Je viens de décrire assez en détail comment nous évaluons l'étape actuelle des relations avec les États-Unis. Il y a beaucoup de contradictions.

Quant à l'invitation au sommet du G20, il n'existe même pas de notion telle que "nous t'invitons à venir discuter avec nous". Les 20 États composant le G20 sont des membres égaux de cette enceinte.

Le pays président choisit et fixe la date, envoie les invitations. Mais ce n'est pas du genre "moi, je t'invite au sommet du G20". L'invitation est libellée comme suit: "Monsieur le Président, vous êtes membre du G20. Nous organisons cette année la réunion tel jour." C'est tout. C'est ainsi que nous le percevons. D'ailleurs, dans mes contacts avec le Secrétaire d'État américain Marco Rubio, j'ai mentionné qu'il est inadmissible de déclarer que les États-Unis n'inviteront pas l'Afrique du Sud au sommet. Et qu'à la place de l'Afrique du Sud, ils inviteraient la Pologne. C'est une violation des fonctions et des prérogatives de la présidence. Pour quelle raison ? L'élargissement du G20 ne se fait que par consensus. Il n'y a eu aucune discussion sur l'exclusion de l'Afrique du Sud et son remplacement par la Pologne. Ici, nos "amis" américains ont quelque peu outrepassé leurs prérogatives.

Question (traduite de l'anglais): Vous parlez beaucoup des sanctions contre la Russie. Vous venez aux États-Unis, à l'ONU. Y a-t-il aussi la possibilité de se rendre à Miami?

Sergueï Lavrov: Vous pensez que j'ai très envie d'aller à Miami?

Question (traduite de l'anglais): Je ne sais pas. J'aimerais l'entendre de votre part.

Sergueï Lavrov: Les annonces sur les déplacements du Président russe Vladimir Poutine sont faites par les collaborateurs de son Administration.

Question (traduite de l'anglais): Y a-t-il eu un accord spécifique sur le lancement en 2018 de l'opération turque dans le nord de la Syrie ? Comment se déroule actuellement l'intégration du nord de la Syrie avec Damas ? En dehors de la Syrie, la Russie entretient-elle des relations avec les Kurdes en Iran, pour ne pas les perdre à nouveau?

Sergueï Lavrov: Si vous suivez notre position sur les pays que vous avez mentionnés, vous devez bien la connaître.

Avec nos collègues turcs, nous avons effectivement conclu, dans la seconde moitié des années 2010, plusieurs accords tant sur la frontière nord de la Syrie avec la Turquie que sur la zone d'Idleb.

Tout n'a pas été appliqué comme nous l'avions convenu, mais néanmoins nous estimons qu'avec la Turquie, nous avons dans l'ensemble des représentants fiables avec lesquels il est possible de travailler. Tout ne réussit pas toujours, mais nous n'avons pas à douter de la sincérité de ce que nous discutons et convenons avec nos collègues turcs.

Quant aux Kurdes. Nous n'avons jamais interrompu nos relations ni avec les Kurdes syriens, ni avec les Kurdes irakiens, ni avec les Kurdes iraniens. Les Kurdes iraniens ont leur propre problème, car ils se trouvent sur le territoire de l'Irak. Quand on tente de les utiliser contre la République islamique d'Iran, c'est évidemment une provocation.

Nous ne voudrions pas que les accords qui sont tant bien que mal conclus, aussi bien sur la Palestine que sur le détroit d'Ormuz, subissent le même sort prédestiné par l'Occident aux décisions prises sur la crise ukrainienne au cours des douze dernières années.

(Traduction libre :  lecridespeuples.substack.com)

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