
Par Nate Bear, le 6 octobre 2026
Une motion adoptée par les membres du Parti vert d'Angleterre et du Pays de Galles, déclarant que le sionisme est forme de racisme, a suscité, comme on pouvait s'y attendre, une vague d'hystérie aiguë et de condamnations hyperboliques au sein de l'establishment politique et médiatique britannique.
Mais le pire, c'est la façon dont les dirigeants du Parti vert ont cédé. Quatre de leurs cinq députés (élus en 2024 en grande partie grâce à leur opposition au génocide israélien et à la conviction que cela faisait d'eux des antisionistes) s'y sont opposés, et le chef du parti, Zack Polanski, n'a même pas voté en faveur de la motion. Il a préféré tergiverser, affirmant que la "version du sionisme pratiquée par le gouvernement israélien" est raciste, tout en niant que le sionisme soit une idéologie intrinsèquement raciste.
C'est là un argument des plus malhonnêtes que beaucoup ont avancé à l'issue du vote, y compris de soi-disants alliés de la Palestine et opposants au génocide de Gaza. Le désir des Juifs de disposer d'une patrie n'est pas raciste, disent-ils, et devrait être dissocié du sionisme tel qu'il existe réellement sous la forme d'Israël, qui, lui, l'est.


Ce ne sont que des balivernes hypocrites.
Tout d'abord, croire au sionisme, c'est-à-dire au droit des Juifs à disposer d'un État juif, n'est pas une conviction "extrêmement pragmatique" qui échappe à toute idéologie de suprématie raciale, comme le suggère Alonso. C'est une idéologie de suprématie raciale. Il ne s'agit pas simplement de croire que les Juifs peuvent s'installer dans un autre lieu sûr et s'y intégrer en respectant ses coutumes, ses pratiques et ses institutions au pouvoir. C'est la croyance en la création d'un État juif doté de ses propres coutumes, pratiques et institutions. Mais surtout, c'est la conviction que les Juifs doivent pouvoir créer un nouvel État ethnique doté de nouvelles institutions là où des populations EXISTENT DÉJÀ. Or, on ne peut évidemment pas agir ainsi sans croire que les populations existantes sont inférieures à soi et que l'on dispose donc du droit divin de les remplacer, eux, leurs cultures, leurs pratiques et leurs institutions. Le racisme est inscrit dans la logique même du concept ! On ne peut pas déplacer et procéder à l'épuration ethnique d'un peuple déjà là sans être raciste ! Quel que soit l'endroit où un État juif serait créé - en Palestine ou en Mongolie extérieure -, ce serait le cas. On ne peut pas, comme Owen Jones semble le croire, défendre un sionisme sans porter préjudice à un autre peuple. À moins d'établir l'État juif sur la Lune, le sionisme, par définition et par nécessité, implique l'épuration ethnique. Il est donc clairement raciste. Les dirigeants verts devraient faire valoir ces arguments et exiger de leurs adversaires qu'ils expliquent en quoi le nettoyage ethnique n'est pas du racisme, plutôt que de se plier pathétiquement à une indignation fabriquée de toutes pièces, destinée à protéger un projet colonialiste de peuplement génocidaire.
Jones applique également une théorie de "l'autodétermination" au sionisme, la reliant plus étroitement aux luttes générales pour l'indépendance menées par d'autres groupes ethniques ou religieux. D'autres sionistes ont, ces derniers jours, utilisé ce terme précis pour défendre et excuser le sionisme et Israël, à l'instar du député vert Adrian Ramsey, qui a déclaré s'opposer à la motion car elle irait contre sa conviction en l'autodétermination juive.
Consciemment ou par ignorance, le terme "autodétermination" est totalement détourné de son sens à l'égard d'un État juif. Historiquement, le concept d'autodétermination s'est appliqué à des groupes minoritaires vivant sous un régime majoritaire violent et oppressif, et qui revendiquaient leur indépendance vis-à-vis de ce régime. Il trouve son fondement et se définit par des impératifs moraux clairs quant à la souffrance des opprimés face à leurs oppresseurs. Les Juifs n'ont jamais vécu sous un régime palestinien majoritaire oppressif ! Ils ont vécu, à différentes époques, sous des régimes oppressifs et discriminatoires à des milliers de kilomètres de là, en Europe occidentale et orientale. Et ce sont évidemment les Européens qui ont commis des massacres contre les Juifs, pas les Palestiniens. Il n'existe aucun droit à l'"autodétermination" sur la terre d'autrui et à l'encontre de ceux qui ne vous ont rien fait. Cette conception est non seulement illogique, mais aussi obscène : elle permettrait de justifier qu'un groupe de victimes, où qu'il se trouve dans le monde, procède aux épurations ethniques de qui bon lui semble, sous prétexte qu'il a été victime de discrimination dans le passé. L'autodétermination sur le territoire d'autrui relève de la perversion morale d'une idée fondamentalement juste et louable.
Le peuple auquel l'idée d'autodétermination s'applique le plus naturellement et logiquement, ce sont les Palestiniens. Ils sont victimes de discrimination, d'abus et de massacres en raison de leur appartenance ethnique, sur leurs propres terres, sous le joug injuste d'un régime dictatorial majoritaire issu d'un groupe ethnique différent. On leur a bel et bien volé leurs terres, et leurs institutions - du Haut Comité arabe au Conseil suprême musulman en passant par les conseils municipaux - ont été détruites et remplacées par celles des envahisseurs coloniaux. Ces envahisseurs coloniaux ont commis un génocide à leur encontre.
Il est difficile de déterminer si le débat autour du sionisme relève d'une tromperie délibérée ou s'il est le fruit d'une ignorance acquise. Une grande partie de ce débat est certainement opportuniste. Autrement dit, ceux qui savent que le sionisme trouve son origine dans la suprématie (raciste) prétendent qu'il s'agit d'un noble projet d'autodétermination, car ce sont des sionistes cherchant à maintenir le statu quo. Et ceux qui ignorent les origines suprémacistes (racistes) du sionisme ne veulent pas les connaître, car ils ne souhaitent pas ébranler leur vision du monde suprémaciste et judéo-centrique. Quelle que soit la raison - ignorance délibérée ou acquise -, les motivations sont fortes pour entretenir des fictions sur ce qu'est réellement le sionisme et ce qu'il représente.
Une autre difficulté importante réside en ce que beaucoup de gens croient relativement innocemment, à la suite d'un lavage de cerveau culturel et éducatif, que le sionisme est directement issu de l'Holocauste. Que les Juifs, en quête de sécurité après la Seconde Guerre mondiale, ont réclamé un État, et que l'ONU leur en a consciencieusement accordé un en 1948. Très peu de gens savent que le sionisme est apparu comme une idéologie ethno-nationaliste près d'un siècle auparavant, et qu'il a été conçu comme une idéologie explicitement coloniale de peuplement.
Les prémices du sionisme
L'un des premiers penseurs nationalistes juifs, Moses Hess, a publié "Rome et Jérusalem" en 1862, ouvrage dans lequel il plaidait en faveur d'une implantation juive en Palestine. En 1896, le théoricien et responsable sioniste Theodor Herzl a écrit "L'État juif", dont une section entière est intitulée "L'occupation de la terre". Herzl y affirme que "les Juifs obtiendront la Palestine", tout en prédisant que "l'infiltration juive est vouée à l'échec" en raison de la résistance palestinienne. Un autre éminent sioniste juif du XIXe siècle, Ben-Yehuda, a écrit
qu'"il n'y a aujourd'hui que cinq cent mille Arabes pas particulièrement puissants, à qui nous prendrons facilement le pays".
Vladimir Jabotinsky, sioniste du début du XXe siècle, est souvent considéré comme l'un des pères du sionisme. Il a qualifié à plusieurs reprises la colonisation juive en Palestine de "colonisation", tandis que le premier Premier ministre d'Israël, David Ben Gourion, décrivait en 1937 la Palestine comme
"recelant un vaste potentiel de colonisation dont les Arabes n'ont ni besoin ni les compétences pour l'exploiter". Il affirmait que les Juifs s'installeraient en Palestine "par le biais d'un accord et d'une entente avec les Arabes, ou par d'autres moyens".
Ces "autres moyens" auxquels il faisait référence étaient le nettoyage ethnique violent qu'il a fini par organiser lui-même. Le sionisme est apparu bien avant 1945 et a été explicitement décrit par les juifs sionistes comme un projet de colonisation par des colons. Ces faits sont d'une évidence telle qu'il ne faut pratiquement aucun effort pour les connaître. On ne peut donc que conclure qu'ils sont tout simplement ignorés, tant par les soi-disant alliés que par les ennemis de la Palestine, par opportunisme au service des intérêts et des sensibilités sionistes.
Et aujourd'hui, 150 ans après l'émergence du sionisme en tant qu'idéologie coloniale explicite, l'État juif a commis un génocide et on est censé croire que ce génocide peut en quelque sorte découler concrètement d'un État non raciste. Encore une absurdité. Seul le racisme engendre le génocide. Seul le racisme engendre une société d'apartheid qui aspire à procéder au nettoyage ethnique de deux millions de personnes. Les ruines de Gaza illustrent parfaitement ce qu'a toujours été le sionisme en tant qu'idéologie.

Comme tout est désormais plus évident que jamais, ce que nous commençons à observer est une tentative de réhabilitation du sionisme. Les tentatives de dissocier Israël de son idéologie sous-jacente pour le réintégrer discrètement dans la société impérialiste bien-pensante se multiplient. Les libéraux détestent que les droits des Palestiniens, le génocide, l'apartheid et le sionisme deviennent des enjeux électoraux. D'où l'indignation suscitée par la motion des Verts, qui va servir à tenter de détruire le parti, tout comme Corbyn et son mouvement ont été détruits par une pseudo-hystérie antisémite. D'où Mamdani et ses trahisons, et les réactions violentes, même parmi les soi-disant gens de gauche, à l'encontre de ceux qui dénoncent cette réhabilitation. J'en ai fait les frais l'autre jour lorsque Hasan Piker, une personnalité multimillionnaire des réseaux sociaux dotée de la capacité intellectuelle d'une éponge de mer, m'a attaqué et a pris le parti d'un sioniste israélien à propos de ma critique de Mamdani. Lors de son direct, Piker, qui il y a quelques mois encore critiquait violemment les sionistes, a déclaré qu'il était heureux d'avoir des fans au sein de l'armée israélienne. Piker compte plus de 5 millions d'adeptes sur l'ensemble de ses réseaux sociaux, et ceux-ci découvrent aujourd'hui que des soldats ayant commis un génocide peuvent non seulement être réhabilités, mais aussi intégrés à un mouvement de gauche.
Piker promeut un "big-tentisme" libéral sans principes et voué à l'échec.
Il promeut ce même libéralisme social-démocrate qui a engendré un génocide.
Il promeut un libéralisme génocidaire.
Sur le plan intellectuel, Piker et les dirigeants verts montrent à quoi ressemble concrètement "l'esprit critique" lorsqu'il s'apparente à une plaie ouverte : l'hémorragie confuse de positions contradictoires dans une vaine quête de légitimité au sein d'un système démocratique libéral.
Et une fois encore, on réalise pourquoi un véritable progrès et une véritable justice sont inconcevables dans les limites de la démocratie libérale.
Cela ne veut pas dire que la motion des Verts était une mauvaise chose. Loin de là. Elle contribue à accentuer les contradictions, met en évidence les fraudes performatives et crée une tension utile, voire destructrice, qui ouvre de nouveaux horizons au changement.
Mais en tant que système susceptible d'apporter des changements concrets, la démocratie libérale, si elle ne détruit pas les meilleures intentions et les voix les plus attachées à leurs principes, les assimile et les réoriente pour servir ses propres intérêts.
La plupart du temps, cependant, en tant que système conçu pour soutenir l'impérialisme capitaliste, elle se contente de promouvoir les sionistes, les capitalistes et les néo-fascistes ou fascistes avérés.
C'est pourquoi seule une perspective révolutionnaire permettra à tous de proclamer fièrement cette vérité indéniable : le sionisme est raciste.
Et seule une perspective révolutionnaire permettra de libérer la Palestine.
Traduit par Spirit of Free Speech