
Par George Hazim, le 7 octobre 2026
Trois ans après le 7 octobre, la destruction de Gaza est présentée comme le succès du Hamas et le triomphe d'Israël. Ce récit efface l'histoire palestinienne et édulcore les actes commis par Israël.
Trois ans après le 7 octobre, la destruction de Gaza est réécrite pour être présentée comme un succès du Hamas et un triomphe d'Israël.
Trois ans après le 7 octobre, une autre version de l'histoire s'écrit sous nos yeux, une version où la destruction de Gaza est en quelque sorte imputée à ceux qui sont ensevelis sous ses décombres, où Israël apparaît à la fois comme victime et vainqueur, et où plus de sept décennies de dépossession palestinienne sont commodément effacées.
Affirmer que le Hamas est le seul responsable de la catastrophe qui s'est abattue sur Gaza va bien au-delà d'un simple débat sur une guerre. C'est tenter, une fois encore, de réduire l'histoire palestinienne au 7 octobre 2023, effaçant ainsi tout ce qui a précédé et justifiant presque tout ce qui a suivi.
L'histoire n'a pas commencé ce matin-là.
En 1948, plus de la moitié de la population arabe de Palestine a fui ou a été expulsée pendant les violences qui ont entouré la création d'Israël - la Nakba palestinienne. Israël a fini par contrôler environ 77 % de la Palestine sous mandat.'
En 1967, Israël a occupé la Cisjordanie, Jérusalem-Est et Gaza, provoquant un nouvel exode palestinien estimé par l'ONU à environ un demi-million de personnes.
Des décennies d'occupation ont suivi.
Tout comme les colonies, l'appropriation des terres, le contrôle militaire et une perspective de souveraineté palestinienne significative qui s'éloigne toujours plus.
Israël a opéré le retrait permanent de ses troupes et de ses colons de l'intérieur de Gaza en 2005, mais a conservé un contrôle étendu sur les frontières, le littoral et l'espace aérien de Gaza. Après l'élection du Hamas à Gaza en 2007, Israël a imposé un blocus total.
C'est là l'histoire systématiquement occultée concernant le 7 octobre.
Ce qui s'est passé ce jour-là a bien sûr été horrible. Des civils israéliens ont été tués et des otages ont été pris. Mais ces événements ne sont pas survenus dans un vide historique.
Pour les Palestiniens, Gaza est désormais synonyme d'enfermement.
Le 7 octobre peut donc être compris, à travers le récit de la résistance palestinienne, comme une violente évasion de prison - une tentative de briser l'architecture physique qui entoure Gaza et de ramener la question palestinienne à l'ordre du jour international, alors que celui-ci semble de plus en plus disposé à s'accommoder d'un apatridisme palestinien permanent.
Les gouvernements occidentaux qualifient le Hamas d'organisation terroriste.
Mais une qualification gouvernementale ne peut faire disparaître les conditions politiques qui ont donné naissance à un mouvement armé, ni transformer des décennies d'occupation et de blocus en une histoire insignifiante.
Le Hamas est également perçu par ses partisans comme un mouvement de résistance palestinien armé opposé à l'occupation. Cette description ne rend pas les meurtres licites. Mais le qualificatif "terroriste" n'explique pas non plus pourquoi le 7 octobre a eu lieu.
Et le récit fondateur du 7 octobre lui-même mérite d'être examiné de près.
La formulation sans cesse répétée selon laquelle le Hamas aurait simplement "massacré 1 200 Israéliens" réduit les civils, les soldats, les agents de sécurité et les ressortissants étrangers à un chiffre politiquement percutant. D'autres groupes armés palestiniens ont participé à ces événements. Et des preuves documentées établissent un fait initialement considéré presque comme une hérésie : les forces israéliennes ont tué des Israéliens ce jour-là.
Le journal israélien Haaretz a révélé par la suite que des procédures de type "Hannibal" ont été largement ordonnées au cours de l'attaque.
À 11 h 22 est parvenu cet ordre extraordinaire :
"Pas un seul véhicule ne doit rejoindre Gaza".
Les commandants israéliens savaient que les véhicules se dirigeant vers Gaza transportaient des Israéliens.
Des chars, des drones, de l'artillerie et des hélicoptères d'attaque ont opéré sur un champ de bataille bondé de combattants palestiniens, de soldats israéliens, de civils et de prisonniers.
ABC a par la suite rapporté le témoignage de l'ancien colonel de l'armée de l'air israélienne Nof Erez, qui a qualifié ce qui s'est passé de "stratégie Hannibal à grande échelle". Un reportage d'investigation cité par ABC a révélé que 70 véhicules ont été détruits par l'aviation et les chars israéliens alors que les militaires ont tenté d'empêcher toute personne d'être emmenée à Gaza.
Le nombre exact d'Israéliens tués par les forces israéliennes reste indéterminé.
Mais la responsabilité d'Israël dans ces décès ne peut plus être simplement ignorée par un journalisme responsable.
Et la question des responsabilités est encore plus vaste.
Le 7 octobre n'a pas créé l'occupation. Il est le résultat de décennies d'occupation. Il n'a pas créé le blocus. Il l'a brisé. Il n'a pas créé la dépossession, l'apatridie ou l'emprisonnement des Palestiniens. Il s'est produit en dépit de cette histoire.
Rien de tout cela n'excuse le massacre de civils.
Mais voici l'extraordinaire deux poids, deux mesures.
On accorde à Israël le droit au contexte. On le refuse aux Palestiniens. La violence israélienne s'expliquerait par ce qui l'a précédée. La violence palestinienne est dissociée de tout ce qui l'a précédée. Israël riposte. Les Palestiniens sèment la terreur. Israël a des impératifs de sécurité.
On attend apparemment des Palestiniens qu'ils acceptent indéfiniment l'occupation et l'enfermement.
Puis arrive le 7 octobre, l'horloge historique se remet à zéro, et tout ce qu'Israël fait par la suite devient une "riposte".
Mais Israël a fait des choix après le 7 octobre.
Israël a choisi les proportions de sa campagne militaire.
Israël a choisi ses politiques de ciblage.
Israël a largué les bombes.
Israël a tiré au canon.
C'est Israël qui a défini la stratégie militaire à l'origine de la dévastation de Gaza.
Qualifier les morts et les destructions palestiniennes qui en ont résulté de "seul exploit" du Hamas revient à une inversion extraordinaire des responsabilités.
Ce n'est pas le Hamas qui a piloté les avions israéliens, fait tirer l'artillerie israélienne et défini la politique de ciblage d'Israël.
Mais Israël, oui.
Un État ne peut transférer la responsabilité de ses propres actes militaires à son ennemi simplement parce qu'il aurait commis des atrocités le premier.
Et le droit international remet de plus en plus en cause l'idée que l'occupation puisse se poursuivre indéfiniment.
En juillet 2024, la CIJ a conclu que la présence persistante d'Israël dans les territoires palestiniens occupé est illégale. Elle a estimé que les politiques israéliennes de colonisation et d'annexion font obstacle à l'autodétermination palestinienne et a déclaré qu'Israël doit cesser toute nouvelle activité de colonisation et mettre fin à sa présence illégale aussi rapidement que possible. Cet arrêté est important car il démolit le mythe selon lequel l'occupation ne serait qu'une rhétorique palestinienne.
Pourtant, on continue d'exiger des Palestiniens qu'ils disparaissent de leur propre histoire.
Quand Gaza est bombardée, on accuse le Hamas.
Quand des familles palestiniennes sont déplacées, on accuse le Hamas.
Quand des enfants meurent, on accuse le Hamas.
Quand Gaza devient de plus en plus invivable, on accuse le Hamas.
Israël - bien qu'il dispose d'une supériorité militaire écrasante et qu'il mène effectivement la campagne - devient un instrument presque passif dont le Hamas se servirait pour détruire les Palestiniens.
Ce n'est pas une analyse pertinente et la dévastation militaire ne constitue pas nécessairement une victoire stratégique.
Trois ans après le 7 octobre, les Palestiniens sont toujours apatrides. Gaza est en ruines. Il n'y a pas de règlement politique durable. Il n'y a ni État palestinien ni réconciliation.
Le Hamas n'a pas disparu, pas plus que le nationalisme palestinien.
Israël peut détruire des bâtiments.
Il peut assassiner des commandants.
Il peut occuper des territoires.
Mais une puissance militaire écrasante ne peut faire disparaître un ressentiment politique à coups de bombes.
Et c'est là la leçon que l'Occident refuse sans cesse de tirer.
Que les Palestiniens ont des aspirations nationales, tout comme les Israéliens.
Ils ont une mémoire historique, comme les Israéliens.
Leurs morts comptent autant que les morts israéliens.
Leurs enfants ont exactement la même valeur humaine.
L'histoire ne jugera pas sévèrement le Hamas pour l'attaque du 7 octobre.
Mais l'histoire examinera l'occupation qui l'a précédé, le blocus imposé à Gaza, l'expansion des colonies, le comportement d'Israël le 7 octobre même et les ravages infligés par la suite aux Palestiniens.
Et l'histoire se penchera également sur le journalisme.
Elle se demandera si les médias ont contesté le pouvoir ou s'ils l'ont justifié. Si les morts palestiniens ont été traités comme des tragédies humaines ou comme des statistiques, et si l'horreur infligée aux Israéliens au cours d'une terrible journée s'est transformée en autorisation d'infliger l'horreur à un autre peuple.
Il faut se souvenir du 7 octobre.
Mais cela ne peut effacer 1948 ni 1967.
Cela ne peut effacer l'occupation ni Gaza.
Et cela ne peut effacer l'histoire palestinienne.
Car dans ce cas, il ne s'agit pas de journalisme, mais d'une réécriture de l'histoire.
Traduit par Spirit of Free Speech