🧱 12/10/2026 ssofidelis.substack.com  5min ⁎️ 5 #329736

 Israël : Netanyahou réclame une enquête sur les sources du film Naza

Netanyahu veut poursuivre les 24 Israéliens témoins de crimes de guerre du film Naza

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Netanyahu veut poursuivre les 24 Israéliens témoins de crimes de guerre du film NAZA

Par  Yoann, le 12 octobre 2026

Vingt-quatre Israéliens racontent les méthodes employées par leur propre armée à Gaza. Benjamin Netanyahu a trouvé ses suspects, ceux qui ont osé parler. Le 11 octobre 2026, le Premier ministre israélien a demandé l'ouverture d'une enquête pénale contre les participants au documentaire NAZA, récompensé à la Mostra de Venise. Après les menaces contre les réalisateurs, voici donc la suite du programme : retrouver les témoins anonymes et les traîner devant la justice. La liberté d'expression version Netanyahu commence à ressembler à une enquête de police.

Le Premier ministre israélien ne se contente plus de dénoncer le documentaire. Dans une lettre adressée à la procureure générale Gali Baharav-Miara, au chef d'état-major Eyal Zamir et au directeur du Shin Bet David Zini, il réclame des investigations pour identifier les personnes ayant participé au film.

Selon  les informations publiées le 11 octobre, Netanyahu réclame des poursuites pour divulgation d'informations secrètes, diffamation pénale et atteinte aux intérêts diplomatiques et sécuritaires d'Israël.

Il accuse le documentaire de présenter un récit "faux, trompeur et biaisé", portant gravement atteinte à l'image du pays.

Voilà donc la priorité du gouvernement : identifier ceux qui ont parlé, déterminer quelles informations ils ont révélées et envisager des sanctions pénales.

Le film affirme pourtant documenter des actes autrement plus graves que des indiscrétions militaires.

24 militaires israéliens racontent comment Gaza a été bombardée

Nous avons déjà consacré  un article au documentaire NAZA et à son prix spécial du jury à Venise, en septembre dernier.

Réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor, le film donne la parole à 24 membres de l'armée et des services de renseignement israéliens. Leurs identités sont dissimulées.

Ils décrivent notamment les mécanismes de surveillance utilisés à Gaza, le recours à l'intelligence artificielle pour sélectionner des cibles et les procédures permettant d'autoriser des frappes malgré un nombre prévisible de victimes civiles.

Le titre NAZA provient d'un acronyme hébreu désignant les dommages collatéraux.

Certains témoignages évoquent des frappes contre des habitations alors que la présence de familles était connue. Le documentaire présente ces pratiques non comme de simples accidents, mais comme les conséquences de méthodes de ciblage organisées.

L'armée israélienne conteste ces accusations. Dans une réponse détaillée, elle affirme que les décisions de frappes sont prises par des êtres humains et rejette notamment l'existence d'autorisations automatiques fondées sur un nombre fixe de victimes civiles.

Les témoignages restent donc contestés. Leur vérification indépendante est essentielle. Mais poursuivre ceux qui les ont livrés ne permettra pas, à elle seule, de déterminer ce qui s'est réellement passé.

Après les réalisateurs, les témoins dans le viseur

Cette nouvelle offensive intervient après les pressions déjà exercées contre les cinéastes.

En septembre, le ministre israélien de la Culture, Miki Zohar, avait réclamé que Yuval Abraham et Rachel Szor soient privés de leur nationalité israélienne, les accusant de trahison.

Nous avions alors rapporté  ces menaces de déchéance de nationalité contre les deux réalisateurs.

La progression est remarquable : un documentaire primé à Venise, des cinéastes accusés de trahison, puis une demande d'enquête pénale contre les sources anonymes.

Il ne manquerait plus qu'une commission gouvernementale chargée de choisir les documentaires autorisés à recevoir des récompenses.

Derrière le sarcasme, la situation est autrement sérieuse. Si les autorités parviennent à identifier les témoins, ceux-ci pourraient faire face à des poursuites. De quoi dissuader d'autres militaires de raconter ce qu'ils ont vu ou fait pendant la guerre.

Et c'est précisément ce qui rend cette démarche préoccupante : une enquête sur les sources risque de décourager les futurs témoignages, indépendamment de la véracité des accusations formulées dans le film.

Et les accusations de crimes à Gaza, qui les examine ?

Les révélations de NAZA ne surgissent pas dans le vide. D'autres enquêtes ont déjà documenté des bombardements meurtriers et des décisions militaires contestées.

En septembre,  l'affaire de la mort de Hind Rajab et des tirs contre son véhicule et une ambulance avait de nouveau posé la question de la responsabilité des soldats israéliens.

Le gouvernement peut naturellement contester les témoignages de NAZA. Il peut également demander une enquête sur la divulgation éventuelle de renseignements classifiés. Cela ne dispense pas d'examiner les accusations de violations du droit international humanitaire.

Pour l'instant, Netanyahu réclame publiquement l'identification et la poursuite des personnes qui ont participé au film. Cette demande ne signifie pas qu'elles ont déjà été inculpées ou condamnées.

Mais le message  politique est limpide : ceux qui racontent les méthodes de l'armée israélienne risquent désormais de devoir se défendre devant la justice.

Au fond, pour Netanyahu, le problème de NAZA n'est peut-être pas seulement ce que racontent ces 24 témoins. C'est qu'ils soient encore libres de le raconter.

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