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 Lula da Silva remporte l'élection présidentielle brésilienne de 2026 au second tour

Le Brésil et le « miracle » Lula

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 Par Guilherme Casarões de la  Florida International University, le 26 octobre 2026

Il y a trois semaines, les  nécrologies politiques du président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva étaient déjà toutes rédigées.

Le candidat d'extrême droite à la présidence, Flávio Bolsonaro, fils de l'ancien président emprisonné Jair Bolsonaro, sortait du premier tour de l'élection présidentielle  avec une avance qui semblait impossible à rattraper.

À 80 ans, Lula semblait se diriger vers une sortie discrète après quatre décennies passées au cœur de la vie politique brésilienne.

Dimanche, cependant, Lula a prouvé que tout le monde avait tort.

Il a remporté le second tour et s'est assuré un quatrième mandat non consécutif à la présidence du Brésil.

Une nuit de premières

Le résultat de cette élection est sans précédent dans la politique brésilienne à au moins trois égards.

Premièrement, aucun candidat à la présidence brésilienne n'a jamais remporté le premier tour pour ensuite perdre le second. Depuis l'adoption du système à deux tours par la Constitution brésilienne de 1988, le candidat en tête au premier tour a toujours fini par l'emporter.

Lula a brisé ce schéma en transformant, en l'espace de trois semaines, une défaite d'environ 2,2 millions de voix au premier tour en une victoire écrasante.

Deuxièmement, aucun président brésilien n'a jamais été élu quatre fois. À l'issue de son nouveau mandat, Lula aura gouverné le Brésil pendant 16 années (non consécutives) - le plus long mandat d'un président démocratiquement élu de l'histoire du pays.

Seul Getúlio Vargas a gouverné plus longtemps. Il a exercé le pouvoir pendant près de deux décennies, marquées par une révolution, une dictature et des élections démocratiques entre les années 1930 et 1950, et est largement considéré comme le président le plus influent du Brésil.

Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva et ses partisans à Alagoinhas en juillet. (Palácio do Planalto /Flickr/ CC BY-ND 4.0)

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Troisièmement, aucune campagne de second tour au Brésil n'a jamais mobilisé autant de gens dans les rues et sur les réseaux sociaux, tant du côté des partisans que des opposants.

Contrairement au premier tour, le second tour n'a pas été calme, ni marqué par les publicités télévisées. Le Brésil a connu une mobilisation massive des électeurs, et celle-ci a été acharnée.

La gauche brésilienne a mené un combat difficile contre les  réseaux sociaux, les  élites économiques et un Tribunal suprême électoral dont le président a été accusé d' avoir tenté de faire pencher la balance en faveur de Bolsonaro.

Lula a déjà à son actif de nombreux miracles politiques, et il vient d'en ajouter un de plus à la liste.

Un résultat aux implications dépassant les frontières du Brésil

Vargas, au centre, en 1930. (Claro Jansson/Wikimedia Commons/Domaine public)

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La victoire de Lula a des implications bien au-delà des frontières du Brésil, et notamment pour trois raisons.

À l'échelle mondiale,  le Brésil reste un rempart contre la montée de l'extrême droite. Lors des récentes élections en Amérique latine et en Europe,  les partis et dirigeants d'extrême droite ont progressé presque partout.

Le Brésil, quatrième plus grande démocratie du monde, a désormais inversé la tendance et constitue un symbole que les démocrates d'autres pays ne pourront ignorer.

Au niveau régional, Lula a défié la " malédiction du président sortant". Depuis dix ans en Amérique latine, les partis au pouvoir ont enchaîné les défaites électorales, sanctionnés par les électeurs en raison de l'inflation, de l'insécurité et de la stagnation économique.

L'économie brésilienne se portait raisonnablement bien, mais ses progrès étaient modestes et répartis de manière inégale. Tout laissait présager une défaite, et Lula a pourtant réussi à renverser la tendance.

Sa victoire constitue également un frein à ce que les critiques ont qualifié de " Doctrine Donroe", en référence à la volonté de l'administration Trump d'ancrer plus fermement l'hémisphère occidental dans la sphère d'influence américaine par le biais de droits de douane, de menaces et de  clientélisme politique.

Bolsonaro a fait campagne en se présentant comme le partenaire privilégié de Washington en Amérique du Sud. Les électeurs brésiliens ont rejeté cette offre.

Le président américain Donald Trump face au sénateur Flávio Bolsonaro lors d'une réunion à la Maison Blanche en mai, sous les yeux d'autres responsables politiques brésiliens. (Donald Trump/Truth Social/Wikimedia Commons/Domaine public)

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Sur le plan intérieur, ce résultat montre aussi le pouvoir de la mobilisation populaire de gauche. Après les mauvais résultats de Lula au premier tour, sa campagne  a redonné de l'énergie à des partisans démoralisés et a formé une large coalition d'électeurs, dont certains ont voté moins pour Lula que contre ce que Bolsonaro représente. Elle a également incité ceux qui étaient restés chez eux au premier tour à se rendre aux urnes.

La bataille n'est pas terminée

Lula ne doit pas confondre survie et réhabilitation. Certes, il a corrigé le tir. En trois semaines, il a reconnu les erreurs commises au cours de ses quatre années au pouvoir, notamment lors d' une campagne de premier tour peu convaincante. Il a affiné son message, élargi ses alliances et s'est adressé directement aux électeurs qu'il avait perdus. Ce n'est pas un mince exploit pour un homme politique, aussi expérimenté soit-il.

Mais il doit désormais gouverner un pays plus polarisé que jamais. La violence politique dans les rues s'est intensifiée et  les discours de haine circulent librement sur Internet.

Des personnalités d'extrême droite, dont Nikolas Ferreira et Lucas Pavanato, ont déjà déclaré qu'elles  n'accepteront pas ce résultat électoral. Bolsonaro a déclaré dimanche soir qu'il ne reconnaîtra pas sa défaite et demandera l' annulation du scrutin.

Et puis  il y a Washington. Compte tenu des liens étroits entre la Maison Blanche et la famille Bolsonaro, le risque est réel que  l'administration Trump remette en cause, voire refuse de reconnaître le résultat de l'élection. Ce serait exceptionnel, et encore impensable il y a quelques années.

La situation se complique considérablement avec la bataille juridique qui éclate le jour même du scrutin. Suite à des allégations de dissuasion des partisans de Lula de se rendre aux urnes dans plusieurs villes, les juges de la Cour suprême et du Tribunal suprême électoral du Brésil  se sont affrontés sur la question de la prolongation des heures d'ouverture des bureaux de vote. Quels que soient les fondements juridiques, ce différend offre au camp perdant un argument tout trouvé : celui des "irrégularités électorales".

Une situation qui pourrait s'avérer très préoccupante et s'étendre sur plusieurs semaines.

3 questions pour le prochain mandat de Lula

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Lorsque Lula prendra ses fonctions le 5 janvier, trois enjeux définiront son quatrième mandat.

Le premier est de savoir comment Lula va gouverner un pays profondément divisé, avec une majorité conservatrice au Congrès et plus d'une douzaine de gouverneurs d'État de droite.

Le pouvoir législatif, qui l'a pris en otage ces quatre dernières années, est devenu plus hostile, et plus déterminé. Chaque budget, chaque réforme et chaque nomination feront l'objet de négociations difficiles, avec la menace d'une procédure de destitution pour Lula.

Le deuxième est celui de la reconstruction. Comment va-t-il s'attaquer aux problèmes qui dépassent largement les querelles partisanes ?

Parmi ceux-ci figurent les pressions budgétaires liées à l'augmentation des dépenses publiques, une perte constante de confiance à l'égard des institutions démocratiques et un système institutionnel qui ne fonctionne plus correctement.

La Cour suprême, autrefois garante de l'ordre démocratique, a vu sa légitimité érodée par un scandale financier majeur impliquant  Banco Master. Bien que le président ne puisse pas "réformer" une cour, il peut refuser de considérer cette crise comme une affaire qui ne le concerne pas.

La troisième question, la plus cruciale, est la suivante : Lula, son Parti des travailleurs (PT) et l'ensemble des forces démocratiques brésiliennes profiteront-ils de ce répit pour renouveler la politique brésilienne ? Cela impliquerait :

  • de nouvelles alternatives de gouvernance politique, au-delà des dirigeants vieillissants qui dominent la gauche depuis 40 ans
  • de nouvelles formes de participation politique populaire qui ne soient pas tributaires d'une seule personnalité charismatique
  • un nouveau discours destiné aux travailleurs précaires, aux familles religieuses et aux électeurs en colère qui se sont tournés vers l'extrême droite.

C'est le seul véritable antidote à la polarisation, et il ne viendra pas d'une seule élection ni d'un seul dirigeant.

Le retour de Lula a fait gagner du temps au Brésil. Quant à savoir s'il permettra d'aller plus loin, cela dépend de ce que lui et ses alliés feront au cours des quatre prochaines années, étape par étape.

Lula a accompli un nouveau miracle. Sa dernière mission consiste à faire en sorte que le Brésil n'en ait pas besoin d'un autre.

Traduit par  Spirit of Free Speech

*  Guilherme Casarões est maître de conférences en études brésiliennes à  la Florida International University

 consortiumnews.com

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