🌎 16/09/2026 mondialisation.ca  9min 18 #326897

Washington et l'attaque de la souveraineté du Brésil

Par  Pablo Jofre Leal

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La situation politique du Brasil face aux élections présidentielles d'octobre 2026 n'est pas uniquement une bataille domestique pour le fauteuil présidentiel au Palais du Planalto, c'est l'épicentre d'une guerre géopolitique de basse intensité.

Une bataille qui aura une influence décisive sur l'équilibre des forces en Amérique latine et une partie importante du renforcement du Sud mondial pour les 10 prochaines années. Un échiquier politique brésilien sous un très violent siège extérieur auquel les Etats-Unis participent activement en soutenant l'extreme-droite représentée par Flavio Bolsonaro comme bélier contre la souveraineté du géant sud-américain.

Il ne s'agit pas uniquement d'une bataille électorale entre deux modèles opposés mais du déploiement d'un scénario d'intervention orchestré par Washington pour briser l'autonomie stratégique du Gouvernement de Luiz Inácio Lula da Silva en poussant ouvertement le clan Bolsonaro et ses agents d'extreme-droite dans le monde.

L'objectif ? Recoloniser la plus importante économie d'Amérique latine et donner plus de souffle aux Gouvernements d'extrême-droite qui se sont installés sur le continent. Washington, dans politique criminelle coutumière, n'abandonne pas sa politique traditionnelle considérant l'Amérique latine comme son arrière-cour mais a l'intensifiée et a varié ses outils d'intervention grâce à ce qu'on appelle la guerre hybride.

Pour le progressisme brésilien et ses alliés étrangers, la victoire de Lula est absolument indispensable pour sauvegarder la souveraineté nationale et, en même temps, garder l'espoir de récupérer des espaces pour la gauche sur le continent et un point de référence pour le Sud mondial.

La droite brésilienne montre son visage indigne de soumission à Washington dont nous avons eu un aperçu dans le tapis rouge déroulé pour le représentant de la droite Flavio Bolsonaro reçu dans le bureau ovale pour demander la bénédiction de Trump et faire la photo tant souhaitée destinée à tenter de sauver sa candidature qui met à nu la nature de ce pacte colonial. La vanité et la mégalomanie sont amplifiées par les médias.

Washington cherche à mettre sous tutelle le prochain Gouvernement brésilien et pour cela, il a besoin de Flavio Bolsonaro. Une figure modelée à l'image et à la ressemblance des désirs de Trump. C'est pourquoi l'appareil politique, du renseignement et les médias ont conçu et poussent l'installation au pouvoir d'un candidat docile, serviable, une figure soumise aux intérêts du capital transnational et à l'hégémonie des Etats-Unis qui serve de digue de contention face aux processus d'intégration régionale et mondiale.

"Je suis venu faire exactement cette demande expresse à Trump: les Etats-Unis doivent déclarer le Commandement Vermelho et le PCC organisations terroristes brésiliennes," a déclaré Bolsonaro. Une demande con sidérée comme une honte et une reddition à une puissance étrangère mais qui, en réalité, n'était qu'une diversion par rapport à l'offre principale : céder les richesses du Brésil et son autonomie en tant que pays.

Grâce à cette rencontre, le sénateur de droite cherchait à stimuler sa candidature après la révélation liée à Daniel Vorcaro, un banquier emprisonné parce qu'il est soupçonné d'être derrière la plus importante fraude financière de l'histoire du pays, une chose qui a nui à son soutien dans les sondages. Trump se sert de l'extrême droite pour protéger les corrompus, ce qui témoigne de la nature morale de ce secteur politique, tant au Brésil que dans le reste de nos pays.

Terres rares en solde

La candidature de Flavio Bolsonaro et ses soutiens n'expriment pas une façon d'agir isolée. Ils personnifient les intérêts du secteur agro-alimentaire prédateur, des factions ultra-conservatrices du mouvement évangélique (christianisme sioniste étroitement lié au régime israélien) et des secteurs militaires qui souhaitent le retour d'un Etat manu militari.

Un Gouvernement de Flavio Bolsonaro allié à Washington a aussi un arrière-fond matériel: le controle des minerais stratégiques. en pleine guerre contre la Chine pour l'hégémonie, les Etats-Unis cherchent à résoudre leur vulnérabilité concernant ces matières stratégiques en imposant le pillage des gisements dans le monde et parmi ceux-ci ceux du Brésil.

Des porte-parole et des sénateurs proches de la ligne dure de Washington envisagent la nécessité de pousser une victoire de l'extreme-droite avec Flavio Bolsonaro car ce candidat garantit l'accès prioritaire et sans conditions des Etats-Unis aux réserves brésiliennes de terres rares en sacrifiant la souveraineté industrielle et la valeur ajoutée que défend le projet populaire de Lula.

L'industrie de l'empire souhaite avoir le contrôle du néodyme et du praséodyme, éléments essentiels à la fabrication d'aimants permanents de haute puissance, destinés aux moteurs de véhicules électriques, aux éoliennes et à la robotique de pointe. Le dysprosium et le terbium permettent quant à eux de garantir la stabilité thermique des aimants dans des conditions technologiques et militaires très exigeantes. Il en va de même pour le niobium et le lithium, des minerais stratégiques dont le Brésil possède d'énormes réserves, indispensables aux alliages aérospatiaux, à la défense et au stockage d'énergie.

Les déclarations des hauts fonctionnaires étasuniens confirment sans ambage cette doctrine interventionniste. Trump en personne a l'habitude de dire que ce qu'on appelle le Sud mondial doit s'aligner à nouveau sur les priorités sécuritaires et commerciales des Etats-Unis. Il a averti BRICS, dont le Brésil fait partie, quel fait qu'ils cherchent des monnaies alternatives ou des systèmes de paiement alternatifs constitue une attaque directe de l'économie des Etats-Unis.

Sur ses réseaux sociaux, Trump a menacé directement le Brésil en affirmant qu'il "se dirige vers un désastre économique s'il insiste pour défier le dollar et s'associer avec nos adversaires mondiaux" et il a indiqué la Chine comme ennemi principal.

Dans une analyse intéressante, du coeur de l'empire, on signale à propos des souhaits de domination de Trump que cette stratégie "établit que les Etats-Unis doivent contrôler l'hémisphère occidental dans les domaines politique, économique, commercial et militaire," un corollaire de Trump à la doctrine Monroe qui a aplani le terrain pour l'hégémonie de Washington jusqu'à la fin du XXème siècle avant d'être délaissée au cours des trois dernières décennies. Trump s'est quant à lui pleinement engagé à remettre à flot cette doctrine de domination.

Marco Rubio, secrétaire d'Etat et fer de lance de la politique d'asphyxie de la région, affiche clairement son hostilité envers le projet souverain brésilien en affirmant : "La présence de Lula au Gouvernement du Brésil constitue un obstacle direct aux intérêts stratégiques des États-Unis dans l'hémisphère occidental." A ceci s'ajoute une menace explicite: ""Nous garantirons que ces Gouvernements qui ouvrent l'exportes à l'influence de la Chine sur nos ressources stratégiques affrontent de sévères coûts économiques des diplomatiques."Les propos de Rubio ont suscité une critique cinglante de la part de Lula :"Ce Marco Rubio est l'ennemi mortel de plusieurs pays d'Amérique latine"

Ombres sur la démocratie brésilienne

Revenons au dilemme dans lequel se débat le Brésil: un président comme Lula, une référence pour le Sud mondial capable de défier l'hégémonie étasunienne, affronte aux prochaines présidentielles Flavio Bolsonaro dont la photo avec le locataire de la Maison Blanche dans le bureau ovale synthétise non seulement l'indignité des politiques d'extreme-droite de notre continent mais aussi l'un des paradoxes de la géopolitique hémisphérique.

Tandis que le Gouvernement nord-américain durcit les droits de douane - comme l'impôt de 25% sur des milliers de produits brésiliens - sous prétexte de pratiques commerciales déloyales, le président républicain prodigue ses éloges au clan Bolsonaro, qualifiant le candidat Flavio de"jeune, intelligent, qui aime beaucoup son pays."C'est l'ombre de la vanité, peloter l'épaule du faible.

Ceci répond à une stratégie calculée d'intervention douce à la veille des élections. Le gouvernement de Lula a qualifié cette décision d'"étape regrettable", dénonçant la complicité de la famille Bolsonaro dans la punition de l'économie nationale pour obtenir des gains électoraux. Le soutien explicite de la Maison-Blanche vise à légitimer l'extrême droite, en utilisant la pression économique comme moyen de pression pour affaiblir le Gouvernement.

Washington ne tolère pas un Brésil indépendant, souverain et à la tête de la multipolarité. Il est évident qu'en octobre prochain, deux visions s'affronteront: l'une d'un Brésil dans lequel l'extreme-droite n'est rien de plus que l'outil mercenaire prêt à hypothéquer les ressources stratégiques de son peuple pour satisfaire les diktats hégémoniques d l'empire et l'autre, celle d'un Brésil avec un dirigeant doté d'une vision de dignité" et d'espoir qui est l'exigence de continuer à avancer de façon positive comme l'indiquent les sondages électoraux eux-mêmes qui donnent au président actuel 6% à 7% d'avance.

Le danger de la vague d'extrême-droite ne concerne pas uniquement le Brésil mais toute l'Amérique latine et l'équilibre du Sud Mondial. La tentative pour liquider la souveraineté brésilienne grâce à ces pantins, à ces amoureux de l'hégémonie, cherche à réimplanter les stratégies d'intervention directe par les coups d'Etat doux en suivant le manuel du politologue Gene Sharp. Face au pillage des puissances étrangères et à la génuflexion bolsonariste, la défense du projet d'intégration, populaire et souverain dirigé par Lula devient la tranchée décisive pour la dignité de tout le continent.

Derrière cette façade d'harmonie internationale, le projet politique des Bolsonaro évolue sur un terrain miné d'incertitudes juridiques. Kleptomane cas le plus exemplaire est celui de Jair Bolsonaro, condamné à la prison pour avoir participé à une tentative de coup d'Etat. A ceci s'ajoutent des enquêtes sur des réseaux de désinformation dans lesquelles figure le conseiller argentin Fernando Cerimedo et dans lesquelles son rôle en tant qu'artisan de campagnes digitales de manipulation et de désinformation meten évidence la vulnérabilité des institutions face à l'ingérence des algorithmes. Les ramifications judiciaires démontrent que l'extreme-droite opère dans des limbes hybrides dans lesquelles l'agitation digitale compense la pourriture politique et morale de ses dirigeants. C'est l'ombre de l'intervention.

L'alliance entre les Bolsonaro et Trump montre une contradiction aussi flagrante que dangereuse: on applaudit les discours patriotiques tout en donnant son aval à des mesures qui portent atteinte à la stabilité politique, sociale et commerciale du géant sud-américain. Avec une situation judiciaire étouffante et un réseau de propagande sous la loupe, la droite fait confiance à la validation de l'étranger pour maintenir vivante une polarisation qui menace la démocratie institutionnelle face aux élections du 4 octobre. La souveraineté du Brésil et du continent est en jeu.

Pablo Jofré Leal

Article original en espagnol:  Washington y el asalto a la soberanía brasileña, Resumen latinoamericano, 7 septembre 2026

Traduction Françoise Lopez pour  Amérique latine-Bolivar Infos

La source originale de cet article est  Resumen latinoamericano

Copyright ©  Pablo Jofre Leal,  Resumen latinoamericano, 2026

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