Fausto Giudice
On croyait qu'il n'existait qu'une façon de ne pas entendre le verdict des urnes. Ces dernières semaines ont prouvé qu'il y en avait au moins quatre, selon qu'on sort du pays, de l'électorat, du calendrier ou du bulletin.
Épreuve n° 1 : le saut en longueur (de l'aéroport)
Dimanche, Lula l'a emporté avec 51,79 % des voix. Flávio Bolsonaro, battu, a d'abord fait savoir qu'il ne pouvait reconnaître le résultat et saisirait la justice. Son propre parti s'est senti moins en forme et a reconnu la défaite dès le lendemain, ce qui a dû ajouter une grosse couche de saudade à l'ambiance de famille recomposée.
Lundi, un juge lui a ordonné de remettre ses passeports. Il n'a pas jugé utile de se conformer à cette formalité. Mardi, les rumeurs d'un vol privé via l'Argentine ont été démenties par son équipe et par Buenos Aires, avec une unanimité qui aurait dû mettre la puce à l'oreille. Mercredi, les autorités argentines elles-mêmes situaient le sénateur et sa famille en vol vers l'Équateur. Il a ainsi réussi un exploit rare : quitter un pays dont son entourage jurait qu'il n'était pas parti.
Washington, qui a annoncé des visas pour la famille, s'est dit compréhensif. Son frère, installé au Texas, avait prêché l'exil avant la lettre, ce qui fait de lui, en politique, le seul prophète à être aussi agent de voyages. Dimanche on le voyait président. Mercredi il était le premier candidat à avoir mené sa campagne en première classe et sa défaite en jet privé, avec escales. Le Brésil, lui, a gardé ses électeurs, ses urnes et sa Cour électorale, qui a compté les bulletins et publié le résultat. Quel culot, cette cour !
Épreuve n° 2 : le tir à l'arc (cible dessinée après coup)
À Tel-Aviv comme à Jérusalem, l'élection de mardi a produit une arithmétique que la décence demandait de traiter avec précaution. Le bloc de Netanyahou plafonne autour de 55 à 56 sièges selon les résultats partiels, alors que la majorité en exige 61. Le Likoud reste le premier parti, ce qui est un fait, et l'opposition n'a pas de majorité non plus, ce qui est un autre fait. Le Premier ministre y a vu la confirmation d'une "majorité décisive au sein du public sioniste et juif".
La méthode mérite d'être saluée. Quand le résultat est décevant, on ne conteste pas le scrutin : on rétrécit l'électorat jusqu'à ce que le total devienne flatteur. Appliquée avec constance, elle permet de gagner n'importe quelle élection, y compris la prochaine, y compris celles qu'il a perdues, et de remporter à l'unanimité le référendum du salon de la famille. Les électeurs arabes, dont les partis atteignent un niveau historique selon les premiers décomptes, pourront constater qu'ils étaient bien comptés, mais pas dans la bonne colonne.
Épreuve n° 3 : le marathon des scrutins différés
À Ramallah, on a perfectionné l'art le plus économe en bulletins de vote : celui de ne pas en distribuer. Les premières législatives depuis près de vingt ans, prévues en novembre 2026, sont reportées au 11 septembre 2027, avec la présidentielle dans le même sac pour économiser des convocations. Élu en 2005 pour quatre ans, le président, bientôt 91 ans, s'apprête à fêter en janvier ses 22 ans de mandat provisoire.
Les raisons invoquées, l'occupation, les restrictions imposées par Israël, la catastrophe de Gaza, sont réelles, et c'est ce qui rend l'exercice si confortable : le prétexte est toujours disponible, la date jamais. Le scrutin n'est pas annulé, il est en préparation depuis vingt ans. Le peuple palestinien dispose ainsi de l'électorat le mieux entraîné du monde, qui n'a pas voté depuis si longtemps qu'il pourrait s'inscrire aux Jeux olympiques du Sabr oua Soumoud (patience et résilience).
Épreuve n° 4 : le sprint final (28 meetings à la chaîne)
Aux USA, le président n'est pas candidat aux élections de mi-mandat, ce qui l'a obligé à faire preuve d'imagination. À son vingt-huitième meeting, il a demandé aux électeurs de faire comme s'il figurait sur le bulletin ("pretend I'm on the ballot"), procédé simple et séduisant : on vote pour quelqu'un d'autre en pensant très fort à lui. Il promet un "dividende" de 5 000 dollars à chaque adulte si les Républicains gagnent et une dépression façon 1929 si les Démocrates l'emportent. Le vote devient un contrat d'assurance dont la prime se paie en bulletins. Entre deux applaudissements, il a signé un décret depuis la scène, pour que la paperasse aussi ait son public.
Il a également dénoncé des élections "truquées" au Brésil, avec le naturel de quelqu'un qui reconnaît un truquage au premier coup d'œil. Précisons qu'il n'est pas certain que le Brésil ait vu le même scrutin que lui, le sien étant celui où l'on gagne.
Classement
Le jury, incapable de départager les concurrents, a constaté qu'ils partagent une même grande idée : le résultat n'est qu'un point de départ, une première version que l'on peut toujours améliorer par l'exil, la soustraction, le report ou la substitution. Le Brésilien sort du pays, l'Israélien de l'électorat, le Palestinien du calendrier, l'USAméricain du bulletin. Seul le public reste sur place : citoyens, électeurs, comptables des bulletins, avec la désagréable impression d'être le dernier à être encore dans la salle.
La médaille d'or n'a pas été décernée. La cérémonie a été reportée au 11 septembre 2027.
Source: Tlaxcala
