Journal dde.crisis de Philippe Grasset
4 novembre 2026 - Tour le monde connaît désormais quelques-unes des composantes de la "victoire historique", la 'Blue Wave' de ce 3 novembre. Alors, pour prendre l'événement en contrepied, - on y reviendra quand les choses se seront clarifiées, - je vais adopter une démarche analogique. 1937 et 1994, où se produisirent deux événements analogiques concernant deux présidents démocrates, pourtant dans des situation s constitutionnelles différentes :
• Franklin Delano Roosevelt (FDR), réélu massivement en 1936 avec une majorité totale au Congrès et entreprenant en 1937 une action législative révolutionnaire ;
• Bill Clinton, confronté à une victoire républicaine massive dans les midterms, également avec un basculement des deux chambres pour la première fois depuis 1954
FDR en 1936-1937
Après une victoire (première réélection) sans précédent dans l'histoire des USA, au niveau du nombre d'États et encore plus des votes populaires, FDR lança une réforme institutionnelle radicale qui le fit accuser par ses adversaires de vouloir établir une dictature, à l'image des régimes fascistes en Europe. Pour les précisions, ici et ci-après, je m'en remets à l'IA Gémini. (Indication chronologique : j'ai d'abord demandé des détails sur le cas Clinton-1994, puis, la chose me revenant en mémoire, des détails sur FDR-1937.)
"Je peux tout à fait confirmer cette brillante analogie historique [avec Clinton-1994], tout en apportant les précisions juridiques et politiques factuelles sur ces deux séquences charnières.
Dans les deux cas, un président réélu ou élu avec un agenda intérieur extrêmement ambitieux se heurte à un mur politique (le Congrès ou la Cour suprême), ce qui l'oblige à opérer un pivot stratégique vers la politique internationale, un domaine où l'exécutif américain dispose constitutionnellement d'une bien plus grande liberté d'action.
Franklin D. Roosevelt (1937) : Le"Court-Packing Plan"et le coup d'arrêt du New Deal
En 1936, FDR est réélu lors d'un des plus grands raz-de-marée de l'histoire américaine (46 États sur 48 gagnés face à Alf Landon). Fort de cette légitimité populaire écrasante et d'une majorité démocrate pléthorique au Congrès, il décide de briser le dernier contre-pouvoir qui bloque ses réformes économiques (le New Deal) : la Cour suprême.
• Le mécanisme de la réforme : En février 1937, Roosevelt présente le Judicial Procedures Reform Bill. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, il ne s'agissait pas techniquement de transférer du pouvoir direct de la Cour à la présidence (ce qui aurait nécessité une révision constitutionnelle impossible), mais d'une manipulation de la composition de la Cour (stratégie dite de court-packing). La loi prévoyait que pour chaque juge de la Cour suprême ayant dépassé l'âge de 70 ans et refusant de prendre sa retraite, le président obtiendrait le droit de nommer un nouveau juge supplémentaire (jusqu'à un maximum de 6 juges en plus, faisant passer la Cour de 9 à 15 membres). L'objectif politique était limpide : noyer la majorité conservatrice sous des juges progressistes nommés par lui.
• La fronde du Congrès et l'échec : La manœuvre est perçue, y compris par son propre camp, comme une tentative de dérive autoritaire dictatoriale menaçant la séparation des pouvoirs. Sa propre majorité démocrate se fracture. Le coup de grâce est porté par le décès soudain du leader de la majorité au Sénat, Joseph Robinson, qui portait le projet, et par le rejet officiel du texte par le Comité judiciaire du Sénat, alors majoritairement démocrate. FDR doit retirer son texte en juillet 1937 : c'est son premier grand échec politique."
Clinton en 1994
Après ses deux premières années suivant une élection-surprise et triomphale, avec un programme intérieur ambitieux mais qui connut ses premiers déboires, Clinton se trouva en novembre 1994 face à une formidable victoire républicaine (les deux Chambres) aux midterms, sous la conduite dr crlui qui serait le nouveau 'Speaker' de la Chambre, Newt Gingrich. A nouveau IA-Gémini.
"La victoire historique du Parti républicain lors des élections de mi-mandat (midterms) du 8 novembre 1994, souvent qualifiée de "Révolution républicaine", a mis fin à 40 ans de domination ininterrompue des démocrates à la Chambre des représentants. Cet événement majeur a propulsé Newt Gingrich au poste de Speaker (président de la Chambre) en janvier 1995.
Cette bascule historique s'est construite autour de plusieurs conditions et stratégies clés :
La nationalisation de la campagne : Le Contract with America
Jusqu'en 1994, les élections législatives américaines étaient principalement dictées par des enjeux locaux. Newt Gingrich et Dick Armey ont bouleversé cette tradition en nationalisant le scrutin autour d'un programme commun.
• Un engagement écrit : Fin septembre 1994, plus de 300 candidats républicains ont signé le Contract with America sur les marches du Capitole.
• Dix promesses phares : Le texte listait des réformes précises à voter dans les 100 premiers jours, incluant des baisses d'impôts, la baisse des budgets de fonctionnement du Congrès, une réforme profonde de l'État-providence (welfare), et un amendement constitutionnel pour équilibrer le budget fédéral. [...]
Le bilan chiffré de la victoire
L'ampleur du raz-de-marée a surpris les observateurs de l'époque :
• Un basculement historique : Les républicains ont gagné 54 sièges à la Chambre des représentants et 8 sièges au Sénat, reprenant le contrôle simultané des deux chambres pour la première fois depuis 1954.
• Aucun sortant républicain battu : Fait exceptionnel, absolument aucun parlementaire républicain sortant n'a perdu son siège, tandis que 34 démocrates sortants (dont le Speaker en poste, Tom Foley) ont été évincés."
Face à la défaite : FDR-1937 et Clinton-1994
Ces deux cas très similaires, - et d'ailleurs, c'est notre thème, que rejoint le cas Trump, - montrent une issue très similaire. Elle est ainsi aimablement résumée de cette façon par l'ISA Gémini :
"Votre parallèle est historiquement très juste. Pour FDR en 1937 comme pour Clinton en 1995, la politique étrangère a servi d'exutoire et de terrain de reconquête de l'autorité présidentielle après que leurs ambitions de transformation de la société américaine eurent été stoppées nettes par les autres institutions de Washington."
• Pour FDR, ce fut cette évolution fondamentale, fort peu connue et pourtant essentielle puisqu'elle marque la marche de Roosevelt vers une politique belliciste complètement contraire à la tendance générale régnant alors aux USA (isolationnisme, 'America First'). A partir de là, engagement derrière les démocraties européennes, l'armement de l'Angleterre et l'entrée en guerre suivant l'attaque de Pearl Harbor, - plus ou moins prévue après la tension avec le Japon avec la politique prochinoise de FDR et son embargo du Japon, enchaînant sur Pearl Harbor et la plus qu'étrange déclaration de guerre de l'Allemagne aux USA du 11 décembre 1941 (nullement nécessaire selon les liens existant entre Allemagne et Japon) :
"Le pivot vers l'extérieur : Constatant que sa coalition intérieure s'effrite (le Congrès votant de moins en moins ses réformes sociales) et face à la montée des périls en Europe et en Asie (discours de la"Quarantaine"à Chicago dès octobre 1937), FDR va progressivement délaisser le New Deal pour endosser les habits de chef de la diplomatie, puis de"Docteur Gagne-la-Guerre", contournant l'isolationnisme du Congrès."
• Clinton reçut les résultats des midterms comme un choc terrible, qui déclencha chez lui une dépression profonde, entravant dramatiquement son travail, à peu près jusqu'à la fin du printemps 1995. Son redressement fut effectivement réalisé grâce à la politique extérieure, avec le premier exemple de l'entrée des USA dans la crise de l'ex-Yougoslavie (d'où ils s'étaient tenus désengagés jusqu'alors). Ce redressement fut principalement marqué par les accords de Dayton de l'automne 1995 obtenus quasiment par la force psychologique (pressions sur les négociateurs non-US, dans le cadre de la base militaire de Dayton qui faisait figure de camp d'internement pour les négociateurs non-US, dont les Français, jusqu'au bouclage de l'accord). Cet accord par détention pressante se fit sous la direction de l'ambassadeur Richard Holbrooke, diplomate d'une exceptionnelle violence psychologique dans les "négociations" comme pour le reste.
"• Le pivot vers la politique étrangère : Bloqué sur le plan législatif national par Gingrich, Clinton trouve un second souffle et réaffirme son autorité présidentielle à l'international, un domaine où le Congrès américain a beaucoup moins d'emprise directe.
• Les actions marquantes de ce pivot (1995-1999) :
- Les Balkans : Après avoir longuement hésité, Clinton prend le leadership de l'OTAN pour mener les frappes aériennes en Bosnie (1995), ce qui débouche sur les Accords de Dayton orchestrés par la diplomatie américaine. Il réitérera cette diplomatie de la force au Kosovo en 1999.
- Le commerce international : S'alliant ironiquement avec les républicains contre l'aile gauche de son propre parti, il sanctuarise la mondialisation économique (OMC, accords de l'ALENA/NAFTA).
- Le Proche-Orient et l'Irlande : Il s'implique personnellement et intensément dans les négociations de paix (Accords d'Oslo II en 1995, Accord du Vendredi saint en Irlande du Nord en 1998)."
Trump, "président paralysé"
Résumé : FDR-1937 et Clinton-1994 étaient donc à l'opposé de l'état de "présidents paralysés"...
Il est évident que les résultats des midterms-2026 rejoignent les séquences FDR-1937 et Clinton-1994. Bien entendu, l'analogie s'arrête là, avec la différence de personnalité, de leurs états mentaux, de l'environnement politique et psychologique qui est aujourd'hui infiniment plus grave qu'en 1937 et en 1994.
Il n'empêche qu'en théorie, Trump est très loin, à l'image de FDR et de Clinton, d'être un président paralysé et sans aucun moyen d'action. Connaissant le personnage, on dira qu'il s'agira d'un "président furieux" et ivre de vengeance contre le destin évidemment manipulé qui n'a pas obéi à ses consignes. Alors, il peut prendre des décisions importantes en politique étrangère sans nécessairement passer par le Congrès, et même combattre le Congrès par des moyens constitutionnels si le Congrès décide des actions, notamment budgétaires, de politique étrangère (par exemple, l'aide à l'Ukraine). La question de la guerre, notamment par rapport à la loi sur les 'Pouvoirs de Guerre', est également susceptible de batailles bureaucratiques à cause des questions de délais, où le président n'est pas nécessairement perdant.
Il est possible que certains acteurs étrangers, fort incultes sur l'histoire et les précédents de la politique américaniste, regrettent d'avoir publiquement soutenu les démocrates contre Trump. Un bon exemple est celui de l'UE qui a pris cette position en flèche, mais qui va se retrouver encore plus exposée aux colères soudaines et incontrôlables de Trump, toujours favorables aux États-membres anti-UE, et colères décuplées par l'humiliation des midterms.
Bref ? La messe n'est pas dite, mais pat contre le " désordre chaotique" est plus que jamais à l'ordre du jour. La personnalité déséquilibrée et incontrôlable de Trump est un facteur intéressant pour cela.