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Chaotique, corrompue, confuse, l'Amérique se rend aux urnes

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Par  Patrick Lawrence, le 1er novembre 2026

L'espoir triomphe une fois encore de l'expérience.

Au printemps dernier, alors qu'il était déjà clair que le Parti républicain au pouvoir perdait la faveur des électeurs américains et que la bonne étoile de Donald Trump commençait à blêmir, le 47e président a menacé d'annuler les élections législatives de mi-mandat. Une telle décision aurait évidemment déclenché une crise constitutionnelle d'une ampleur historique, pour ne pas dire plus. Bien que de toute évidence, le président Trump ignore la Constitution, l'annulation d'une élection aurait sans doute constitué l'abus de pouvoir de trop. Les Américains qui tiennent à voter se rendront donc aux urnes comme prévu ce mardi. Pour information, je n'en ferai pas partie.

Les scrutins politiques aux États-Unis ont toujours plus ou moins pris la forme de bagarres généralisées depuis la fondation de la nation. On recense de nombreux cas d'élections volées, truquées ou corrompues de toute autre manière pour étouffer la volonté populaire. Parmi les exemples récents les plus tristement célèbres figure le fiasco des "bulletins mal perforés" en Floride, qui, aux yeux de tous, a privé Al Gore de la victoire lors de l'élection de 2000 pour la remettre, comme par un coup du destin, à George W. Bush.

Mais les élections de mi-mandat de 2026 - âprement disputées et très suivies, alors que le sort de Trump en tant que président, et par conséquent celui de l'Amérique, est en jeu - sont les élections les plus manipulées de toute ma vie. Sans hésitation aucune

Ayant passé la majeure partie de ma vie professionnelle en tant que correspondant à l'étranger, je me suis souvent demandé à quoi pouvait ressembler le processus politique américain aux yeux de ceux qui sont habitués aux procédures légales, aux restrictions concernant les sommes que peuvent dépenser les candidats, la durée de leur campagne électorale, leur utilisation des médias de masse pour se promouvoir - bref, aux limites généralement admises du mensonge et de la diffamation entre candidats. J'ai trouvé cet exercice instructif. Il nous rappelle à quel point, même dans un système politique où tromper les électeurs est depuis longtemps pratique courante, notre république, déjà en pleine tourmente, touche le fond.
À bien y réfléchir, cela semble inévitable. J'ai longtemps soutenu, en m'inspirant de Twain, de Du Bois et d'autres, que les Américains peuvent disposer d'un empire à l'étranger ou d'une démocratie chez eux, mais pas des deux à la fois. Tel a été le choix de la nation depuis qu'elle s'est imposée comme puissance mondiale avec la guerre hispano-américaine à la fin du XIXe siècle. Les soi-disant dirigeants américains ont fait ce choix bien avant l'arrivée de Donald Trump. Ce qui caractérise notre temps, c'est à quel point ce choix est terriblement flagrant. L'une des caractéristiques frappantes de la vie politique américaine, notamment mais pas uniquement pendant les années "Trump II", tient à l'ampleur de la normalisation de la gestion de l'empire et du démantèlement de la démocratie américaine - qui n'a jamais pleinement fonctionné -, largement acceptés comme la "réalité du moment", celle avec laquelle les Américains doivent composer, celle pour laquelle ils votent. Cette réalité s'est imposée brutalement pendant la campagne électorale de 2026, du moins pour certains d'entre nous. En fait, elle ne s'est pas imposée soudainement, mais s'est installée sur une longue période, de sorte que la plupart de ceux qui se rendront aux urnes mardi n'ont pas remarqué, à l'instar des grenouilles dans la marmite qui commence à bouillir, qu'ils cautionnent en réalité l'effondrement de la démocratie même à laquelle ils prétendent participer.

Les élections de mi-mandat de 2026 ressemblent un peu, à mon sens, aux seconds mariages : le triomphe de l'espoir sur l'expérience. Et donc, voici quelques observations depuis un pays où aucune des limites susmentionnées n'existe et où, contrairement aux idées reçues, il n'est pas rare que la loi soit enfreinte ou détournée au point d'en être méconnaissable au profit des ambitions démesurées, des obsédés du pouvoir - où c'est l'argent qui parle le plus fort, de loin, et où le succès est la récompense ultime, peu importe les moyens employés pour y parvenir.

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Il fut un temps où le Congrès américain débattait de l'opportunité de limiter les sommes dépensées pour soutenir un candidat donné à une fonction élective. Avec le recul, je doute que ces débats, qui remontent aux années 1970, après le Watergate, aient jamais été aussi sincères qu'ils semblaient l'être à l'époque, puisque les législateurs en exercice étaient appelés à adopter des lois qui leur étaient largement défavorables. Cela étant, aucune réflexion sérieuse n'a été menée sur la réforme du financement des campagnes électorales depuis que la Cour suprême, dans une décision tout à fait irrationnelle rendue en 2010, a statué que l'argent est une forme d'expression et ne peut donc pas être restreint.

Permettez-moi de revenir sur ce dernier point, tant je le trouve ahurissant : aux États-Unis, l'argent est considéré comme une forme d'expression, et le Premier Amendement de la Constitution consacre la liberté d'expression comme un droit inaliénable.

Le 28 octobre, la Commission électorale fédérale (F.E.C.) a indiqué que les candidats aux élections de mi-mandat ont dépensé 3,2 milliards de dollars pour leurs campagnes - 2,02 milliards pour ceux qui briguent un siège à la Chambre des représentants et 1,18 milliard pour ceux qui se présentent au Sénat. Autrefois, les plus gros contributeurs étaient les syndicats et divers groupes de pression - industriels de tous horizons, agriculteurs, assureurs santé, Wall Street. Alors que ces groupes d'intérêt continuent de signer des chèques, les Américains parlent désormais de "la classe des donateurs", composée principalement de milliardaires de la Silicon Valley, de génies de l'intelligence artificielle, de magnats des médias et - n'oublions pas ces obsessionnels pervers - de riches sionistes et des lobbies pro-israéliens, l'AIPAC en tête. Pour aller au bout de la réflexion, les milliardaires de la Silicon Valley, les magnats des médias et les riches sionistes sont bien souvent les mêmes personnes.

La semaine dernière, le cycle électoral de 2026 a battu le précédent record pour devenir le plus coûteux de l'histoire des États-Unis. Ce qui me frappe surtout, c'est le ton neutre avec lequel les médias grand public rendent compte du caractère tout à fait inacceptable de telles sommes consacrées à la politique américaine. "Où les partis se surpassent mutuellement dans la guerre publicitaire des élections de mi-mandat" : tel est le titre parut dans le New York Times la semaine dernière. Ce compte rendu neutre d'une réalité totalement antidémocratique caractérise bien les médias dominants. Ils sous-entendent que le camp qui lève le plus de fonds a toutes les chances de l'emporter le 3 novembre, et que cette situation est tout ce qu'il y a de normal.
Le Times, soit dit en passant, a effectué ses propres calculs concernant les sommes en jeu dans les élections de mi-mandat. Il semble que les candidats aux sièges du Sénat aient dépensé 2,4 milliards de dollars cette fois-ci, soit plus du double de ce qu'a rapporté la Commission électorale fédérale (FEC). Selon les estimations du Times, les candidats aux élections de mi-mandat de 2026 auront dépensé 3,9 milliards de dollars avant même de savoir s'ils ont gagné ou perdu.
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La pratique connue sous le nom de "gerrymandering" tire son nom d'Elbridge Gerry qui, en tant que gouverneur du Massachusetts en 1812, a signé un projet de loi redessinant les circonscriptions électorales de l'État au profit du Parti démocrate-républicain, ancêtre du Parti démocrate actuel. La circonscription ainsi créée avait la forme d'une salamandre, d'où le terme utilisé aujourd'hui.

Aux États-Unis, les circonscriptions électorales sont redécoupées après le recensement national, qui a lieu une fois par décennie, si un redécoupage s'avère nécessaire en raison d'évolutions démographiques. Mais le détournement cynique du redécoupage électoral est un phénomène qui existe depuis l'époque du gouverneur Gerry. Si une circonscription présente une forte concentration de minorités susceptibles de voter démocrate, par exemple, une administration républicaine peut la redécouper de manière à diluer le vote démocrate. Les deux caractéristiques du "gerrymandering" à retenir ici sont qu'il s'effectue généralement selon des interprétations contestables de la loi et qu'il s'agit, sans exception, de formes de fraude politique.

La saison politique 2025-2026 a été une véritable débauche de "gerrymandering". Il n'y a pas d'innocents dans cette affaire. Six États - la Californie, la Floride, la Caroline du Nord, l'Ohio, le Tennessee et le Texas - ont tous redécoupé leurs circonscriptions au profit de l'un ou l'autre des partis. Dans trois autres - l'Alabama, la Louisiane et l'Utah -, les circonscriptions ont fait l'objet d'un redécoupage électoral après que les Républicains ou les Démocrates ont saisi la justice pour les modifier. Le Missouri dispose d'un plan de redécoupage, mais celui-ci est suspendu dans l'attente d'un référendum populaire. D'autres redécoupages électoraux sont prévus en 2027 et 2028, en prévision de l'élection présidentielle de cette dernière année.

Le charcutage électoral risque de fausser le vote des électeurs, comme c'est le cas - et c'était le but recherché - depuis qu'Elbridge Gerry a inventé cette pratique. Lors des élections de mi-mandat, pour ne citer qu'un exemple, jusqu'à six membres noirs de la Chambre des représentants pourraient perdre leur siège uniquement en raison d'un redécoupage électoral motivé par des considérations politiques. La Cour suprême est l'un des facteurs à l'origine de cette vague de charcutage électoral. Ayant radicalement basculé à droite ces dernières années, la Cour a systématiquement affaibli la loi sur les droits de vote de 1965, adoptée dans un contexte d'influence croissante du mouvement des droits civiques. Plus récemment, le président Trump a mené une opération de redécoupage électoral État par État depuis le début de son second mandat. Et on récolte ce que l'on sème : la Californie, qui a adopté une nouvelle carte électorale l'année dernière, est un État fortement démocrate. Un nouveau redécoupage électoral - du "gerrymandering" sous un autre nom - est prévu en Californie avant les élections de 2028.

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L'une des farces les plus absurdes de cette saison politique s'est déroulée en Alaska. Le système de vote préférentiel de cet État, une curiosité dans la politique américaine, permet à quatre candidats, deux de chaque parti, de se présenter aux élections. Dans ce cas précis, le sénateur républicain sortant qui défend son siège s'appelle Dan S. Sullivan. Puis, au printemps dernier, un enseignant à la retraite originaire d'un petit village de pêcheurs a annoncé - presque littéralement sorti de nulle part - qu'il se présenterait contre Dan S. Sullivan, également sous l'étiquette républicaine. Il s'appelle Dan J. Sullivan.
Ce mardi, la candidate démocrate au siège de Dan S. Sullivan au Sénat, Mary Peltola, qui occupait auparavant un siège à la Chambre des représentants, se présentera comme seule Démocrate à l'élection face aux deux Sullivan : Dan S. et l'arriviste Dan J. Il va sans dire que la confusion parmi les électeurs républicains, et donc la dilution du soutien dont bénéficie le sénateur sortant Dan S., est quasi inévitable.

Le ministère de la Justice, une création du président Trump depuis son entrée en fonction en janvier de l'année dernière, a déposé la semaine dernière une action en justice visant à bloquer la certification du résultat électoral s'il peut être démontré, quelle que soit la manière d'y parvenir, que l'inscription de Dan J. sur le bulletin de vote a coûté des voix à Dan S. Jusqu'à cette semaine, les Démocrates adoptaient la posture du "rien vu, rien entendu, rien dit" des sanzaru, les trois singes sages du conte populaire japonais. Puis l'ancienne directrice de campagne de Peltola, licenciée en août, a divulgué des informations. Mercredi, le New York Times a publié son récit de la longue et vaste conspiration au sein de l'appareil démocrate visant à dénicher autant de Dan Sullivan qu'il y en avait en Alaska et à convaincre l'un d'entre eux de se présenter comme républicain contre Dan S. "Les électeurs de l'Alaska doivent savoir", a déclaré Elisa Rios au Times.

Les Américains doivent le savoir, selon moi. C'est le système auquel ils sont invités à participer.

Personne ne sait ce qui se passera si Mary Peltola l'emporte. On peut s'attendre à une série interminable de poursuites judiciaires. Et il s'avère que ce genre de subterfuge pour diluer le soutien d'un candidat - le recours à des "candidats tiers de diversion", comme le dit le Times - est une ruse de longue date à laquelle les deux partis ont déjà eu recours. Et il y a des variantes. Dans l'Ohio, les républicains auraient dépensé plus de 2 millions de dollars pour promouvoir un certain Greg Levy contre Jon Husted, le Républicain sortant, aux côtés de Sherrod Brown, un Démocrate qui a lancé un sérieux défi à Husted. Greg Levy est le candidat d'un groupe dont personne n'a jamais entendu parler, appelé le Parti pour le socialisme et la libération. Ils espèrent ainsi que Levy parviendra à détourner suffisamment de "progressistes" des Démocrates pour faire basculer une élection serrée en faveur de Husted.

Ça n'arrive qu'en Amérique, terre d'opportunités.
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À ce stade, le Comité américano-israélien des affaires publiques (A.I.P.A.C.) a corrompu l'ensemble des 435 membres de la Chambre des représentants et des 100 sénateurs, à de rares et honorables exceptions près. Cette opération d'achat d'influence systématique s'étend sur plusieurs décennies. Enfin, et en grande partie grâce aux campagnes terroristes menées par le régime sioniste à Gaza, en Cisjordanie, au Liban et, plus récemment, en Iran, l'AIPAC semble récolter ce qu'il a semé. Maintenant que ses machinations, autrefois clandestines, sont exposées au grand jour, un nombre décisif d'électeurs refuse de soutenir les politiciens qui acceptent les dons de l'AIPAC. Il existe désormais deux sites web, AIPAC Tracker et Track AIPAC, dont la mission est d'indiquer aux électeurs quels candidats et législateurs en exercice reçoivent des fonds de l'AIPAC et quels montants ils perçoivent dans chaque cas.

Ce n'est que récemment que l'AIPAC a commencé à injecter directement de l'argent dans les élections : il a investi ses millions dans la publicité et la propagande, après avoir soudoyé ou contraint la quasi-totalité des candidats en lice. Ce n'est que ces dernières années, alors que le vent tournait en sa défaveur, qu'il s'est senti contraint d'investir dans les campagnes électorales. L'AIPAC ne divulgue pas ses dépenses politiques, mais les données disponibles indiquent qu'elles se sont élevées à plusieurs centaines de millions de dollars au cours des campagnes des élections de mi-mandat de cette année.
Dans le même temps, la saison électorale de 2026 a clairement montré que, depuis les événements du 7 octobre 2023, accepter l'argent de l'A.I.P.A.C. passe d'un atout à un handicap. La course au Sénat dans le Michigan en est une illustration célèbre. Un médecin musulman du nom d'Abdul El-Syed, critique virulent de l'État sioniste, a battu Haley Stevens, bénéficiaire désormais dépitée d'environ 30 millions de dollars de fonds de l'AIPAC. L'opposition au génocide perpétré par Israël, qu'El-Syed appelle par son nom, est au cœur de sa campagne - tout comme les apologies de "l'État juif" l'étaient pour celle de Stevens. La Démocrate battue a passé la semaine dernière à tenter de saboter la campagne d'El-Sayed sous prétexte de la soutenir. Cet après-midi, Stevens est allée jusqu'au bout, transférant son soutien - pour ce que cela vaut - à Mike Rogers, le Républicain sioniste qui se présente contre El-Sayed. Trente millions de dollars, ça va loin, et ça continue !

Dernièrement, l'AIPAC s'est mis à dissimuler son financement par le biais de sa filiale au nom trompeur, le United Democracy Project. Et, les propagandistes sionistes ne manquant jamais une occasion, ils attaquent leurs adversaires dans des publicités non pas pour leurs critiques envers Israël, mais pour d'autres positions, généralement mineures. Le candidat Untel s'oppose, par exemple, au contrôle du prix des médicaments sur ordonnance, peut-on lire dans une publicité de l'AIPAC, sans jamais mentionner que ce candidat Untel s'oppose farouchement aux agressions sionistes. C'est une manœuvre habile pour brouiller les pistes.

La semaine dernière, un événement intéressant s'est produit. L'AIPAC a annoncé ne plus soutenir publiquement de candidats, ne plus leur verser de contributions directes, ni affecter de quelque manière que ce soit des fonds destinés à leurs campagnes. Il a clairement l'intention de continuer à acheter les élections comme il l'a fait ces dernières décennies, mais désormais, en plus du United Democracy Project, il recourt à des portails de dons en ligne, à des PAC fantômes et à d'autres méthodes pour dissimuler les flux d'"argent noir". J'interprète néanmoins cette décision de l'AIPAC comme un recul. Les Américains et ceux qui cherchent à gagner leurs voix ont-ils enfin commencé à extirper le cancer des lobbies pro-israéliens du corps politique ? Une telle opération va prendre des années, mais le simple fait de poser la question suffit à me réjouir.
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Les lecteurs d'un certain âge se souviendront peut-être de la campagne hargneuse et sordide que Richard Nixon a menée en 1950 pour décrocher un siège au Sénat en tant que représentant de la Californie. Son adversaire était une redoutable Démocrate nommée Helen Gahagen Douglas, et la course était serrée. Nixon joua alors la carte de la bassesse. Qualifiant Gahagen Douglas de crypto-communiste, "rose jusqu'à ses sous-vêtements", l'équipe de Nixon distribua de manière infâme des centaines de milliers de tracts roses assortis. N'oublions pas que c'était au début de la Guerre froide, à une époque où des attaques de ce genre pouvaient constituer des condamnations fatales.

La semaine prochaine, nous commémorerons les soixante-seize ans de la victoire écrasante de Nixon sur Gahagen Douglas, qui ne se présenta plus jamais à une élection. C'est cette victoire qui propulsa Nixon sur la scène nationale. Et elle lui valut le surnom qui le suivit toute sa vie : "Tricky Dick" [Richard la crapule].

Les "Tricky Dick" ont été légion pendant la campagne électorale de 2026. Le Dr El-Sayed fait l'objet d'attaques islamophobes incessantes en raison de ses convictions religieuses, dont l'intention secrète serait d'introduire la charia dans le Michigan. Trump le qualifie de "djihadiste vicieux et violent" - une variante post-11 septembre de la thèse des "communistes cachés sous le lit" propre aux années 1950 maccarthystes. Ailleurs, James Talarico, candidat démocrate au Sénat au Texas, est "accusé" - c'est apparemment le must ces jours-ci - d'être gay, végétalien ou étrangement bienveillant envers les enfants transgenres. Adam Hamilton, un Démocrate du Kansas qui aurait 9 points d'avance sur le sénateur républicain sortant, serait "probablement en train de séduire des enfants". Presque tout cela vient du camp républicain et relève souvent de la diffamation. Mais les Démocrates ne sont pas en reste. Gavin Newsom, le gouverneur de Californie aux ambitions démesurées, s'est mis à "accuser" ses détracteurs de droite d'être des homosexuels refoulés.

La culture politique américaine s'est considérablement dégradée depuis l'époque de Nixon. Le racisme, la xénophobie et l'homophobie font toujours partie de l'ADN américain. Qui peut s'associer à des élections menées de la sorte ?
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À l'heure où j'écris ces lignes, les Démocrates devraient reprendre le contrôle de la Chambre des représentants et pourraient - avec quelques incertitudes - remporter la majorité au Sénat. Un tel résultat exposerait brusquement le président Trump et les membres de son cabinet à une procédure de destitution. De nombreuses personnalités politiques démocrates, les responsables de l'organisation des élections et les juristes constitutionnalistes s'inquiètent depuis des mois de ce que la machine politique de Trump pourrait faire si les sondages laissaient entrevoir un tel revirement. Trump déploiera-t-il des troupes fédérales ? Y aura-t-il des rafles contre les immigrés à proximité des bureaux de vote ? Des agents fédéraux saisiront-ils les bulletins de vote des États, alors que la Constitution autorise ces derniers à organiser les élections ? Saisiront-ils le matériel électoral ? Le ministère de la Justice de Trump contestera-t-il la validité des résultats ?

Bill Bradley, sénateur démocrate respecté depuis quatre administrations, de la fin des années 1970 à la fin des années 1990, a partagé ces inquiétudes dans une tribune publiée le 27 octobre dans The New York Times sous le titre "Ma crainte pour les élections de mi-mandat" :

"En 2026, nous sommes confrontés à une nouvelle menace : une campagne concertée menée par le pouvoir exécutif du gouvernement fédéral pour saper les élections de mi-mandat. Nous ne savons pas si les responsables de l'administration Trump mettront à exécution leurs menaces d'entraver le travail des autorités électorales, mais nous devons nous y préparer".

Nous n'en savons rien pour l'instant. Les Américains sont prévenus depuis le printemps dernier : le régime Trump et la machine républicaine étaient, et restent probablement prêts à faire des élections de mi-mandat de 2026 les plus antidémocratiques de l'histoire des États-Unis. Mais c'est une pure fiction d'affirmer, comme le fait Bradley, que "la tradition américaine d'élections libres et équitables" est en jeu. C'est là une illusion lourde de conséquences : elle empêche les électeurs de faire face à la réalité mentionnée plus haut, ce que je considère comme un devoir urgent.

Je conclurai en précisant que deux points sont d'ores et déjà certains.

Premièrement, le système politique américain est trop fragile pour résister au chaos qu'entraînerait le régime Trump s'il met à exécution le genre de menaces que le président a proférées ces derniers mois. Une déstabilisation intérieure (pire encore que ce qui est déjà visible) et une crise géopolitique d'une ampleur imprévisible sont tout à fait plausibles. De plus, toute manœuvre politique douteuse, dont les deux partis ont fait une tradition au fil des siècles, anéantirait le peu qu'il reste du processus démocratique américain.

Deuxièmement, avant même que les Américains ne votent et que les résultats ne soient connus, les élections de mi-mandat de 2026 serviront d'indicateur des dégâts que cette république en ruine a déjà subis. Lorsqu'une nation se rend aux urnes sur fond d'angoisses comme celles exprimées par Bill Bradley, c'est qu'elle a perdu toute confiance en elle. Elle doute désormais de sa Constitution. Elle n'est plus ce qu'elle fut ou ce qu'elle croyait être. Ni elle ni son peuple ne peuvent plus voir clairement ce que l'avenir leur réserve.

Traduit par  Spirit of Free Speech

 ssofidelis.substack.com

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Admin 2026-11-04 #15806 🇫🇷
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In an era of clueless voters and profoundly dishonest candidates, cynicism is one of the last best checks on political power run amok. Regardless of the final vote count in Tuesday's midterm congressional elections, both Republicans and Democrats have earned all the distrust they will reap.

Any hope that elections would safeguard the Constitution should have perished after 9/11.