La politique étrangère commence et s'achève sur le terrain national.
La guerre en Ukraine tuera les gouvernements européens traditionnels
Donald Trump vient de subir une lourde défaite aux élections de mi-mandat américaines. Les démocrates ont remporté les deux chambres. Certains médias britanniques parlent d'un séisme. Il n'en est rien. Cette défaite était prévisible dès le début de la dernière phase de la guerre contre l'Iran, en février.
La politique étrangère commence et s'achève sur le terrain national. La plupart des citoyens se désintéressent totalement de la politique étrangère tant qu'elle ne porte pas directement atteinte à leurs intérêts. Trump a appauvri les Américains et leur a donné le sentiment d'être moins en sécurité. Sa politique étrangère a fini par produire ses effets sur le territoire national, et il était évident depuis le début qu'il en serait ainsi.
Trump était confronté à un choix simple : mettre rapidement fin à la guerre contre l'Iran et passer pour faible, ou poursuivre le conflit et passer pour incompétent. Je le répète depuis le début. Il a choisi la deuxième option.
L'État iranien est toujours debout. Des années de sanctions l'avaient déjà contraint à mettre en place une économie de résistance. Sa principale riposte a consisté à fermer le détroit d'Ormuz et, avec les Houthis, à perturber le détroit de Bab el-Mandeb et à frapper la production pétrolière saoudienne. Il en a résulté un choc économique mondial qui s'est répercuté sur les prix de l'essence aux États-Unis et sur l'inflation dans tous les secteurs. Les Américains ordinaires l'ont ressenti dans leur portefeuille, sans entrevoir la moindre issue. Trump, lui, a continué à parler de victoire.
La plupart des gens ne pensent guère à la politique étrangère. Ils ne la remarquent que lorsqu'elle commence à nuire à leur prospérité ou à leur sentiment de sécurité. Cette année, suffisamment d'Américains ont établi ce lien pour infliger une déroute au Parti républicain lors des élections de mi-mandat. Les démocrates ont essentiellement fait campagne sur l'économie, et cela a suffi.
Trump a essayé les droits de douane, les sanctions, les accords et les menaces. Rien de tout cela n'a résolu le problème fondamental créé par la guerre. Il est désormais un président en fin de mandat, privé de toute véritable capacité d'action (lame duck).
La politique étrangère doit servir les intérêts fondamentaux d'un pays, faute de quoi elle échoue. Ces intérêts sont toujours les mêmes.
- Vos frontières sont-elles sûres ?
- La population est-elle en sécurité ?
- Le pays devient-il plus prospère ?
L'Iran se trouve à des milliers de kilomètres des États-Unis. Il ne menace pas le territoire américain. L'idée qu'il représente une menace existentielle pour les Américains ordinaires n'a jamais été crédible. La guerre a appauvri les Américains. Voilà pourquoi elle a échoué.
La même leçon vaut pour l'Europe. Depuis près de cinq ans, les partis traditionnels présentent la guerre en Ukraine comme une croisade morale dont les citoyens ordinaires doivent simplement assumer le coût. La plupart des Européens connaissent peu de choses de l'Ukraine ou de la Russie et s'y intéressent encore moins.
Pendant un certain temps, les gouvernements ont réussi à obtenir l'adhésion de la population grâce au bombardement quotidien d'une propagande massive. Mais cette stratégie commence aujourd'hui à s'essouffler.
Les Européens ne se sentent pas davantage en sécurité à cause de cette guerre. Ils se sentent plus pauvres. Les coûts de l'énergie sont élevés, les emplois industriels disparaissent en Allemagne, la dette augmente au Royaume-Uni et les services publics sont sous pression en France.
Lorsque la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, a déclaré qu'elle se moquait de ce que pensaient ses électeurs et qu'elle ferait passer les Ukrainiens en premier, elle a parfaitement illustré la dérive de l'Europe : celle-ci a perdu de vue ses intérêts stratégiques fondamentaux.
Les valeurs et la volonté de se montrer bienveillant envers l'Ukraine ne constituent pas des intérêts stratégiques fondamentaux.
Les mondialistes ont réussi à imposer leur politique pendant quelques années, mais les électeurs ont désormais ouvert les yeux.
Le soutien politique en Europe occidentale se déplace vers les partis qui donnent la priorité aux préoccupations et aux intérêts nationaux.
- L'Allemagne a connu des manifestations contre la hausse du coût de la vie.
- En France, des manifestations dénoncent la situation des écoles et des services publics, tandis que l'argent continue d'affluer vers l'Ukraine.
- Le Royaume-Uni vient d'envoyer 10 milliards de livres supplémentaires à l'Ukraine, alors que les intérêts de la dette approchent les 109 milliards de livres par an.
- En Pologne, le gouvernement est déjà inquiet à l'approche des prochaines élections, et le gouvernement de Tusk a tenté d'orchestrer un coup d'État constitutionnel.
La guerre en Ukraine n'est pas une guerre de nécessité pour le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne ou le reste de l'Union européenne. Une guerre de nécessité est une guerre menée en légitime défense, lorsque le pays lui-même est attaqué.
La guerre en Ukraine est une guerre de choix.
Plus elle se prolonge sans apporter de bénéfice évident aux citoyens ordinaires, plus il devient difficile de la justifier.
La Commission européenne, qui n'est soumise à aucune élection, aggrave le problème. Les gouvernements nationaux ont transféré des décisions essentielles à une instance non élue, à Bruxelles, puis ont demandé à leurs propres électeurs d'en payer la facture. Cela accentue le déficit démocratique.
La Russie et la Chine ont géré leur situation différemment.
Les Russes considèrent dans leur grande majorité la guerre en Ukraine comme une guerre de nécessité. Cela facilite la mobilisation politique, même si les coûts humains et économiques sont bien réels.
La Russie a également mieux protégé sa population des pires conséquences économiques que ne l'a fait l'Europe. Le chômage est faible, les salaires ont augmenté et l'État n'a pas subi les mêmes tensions budgétaires.
La Chine, quant à elle, a évité les grandes guerres. Elle s'est concentrée sur la croissance économique à long terme, les capacités industrielles et le progrès technologique. Elle n'a pas risqué de compromettre ces avancées en lançant une invasion de Taïwan. La Chine joue sur le long terme.
La différence est simple :
- Les Américains s'appauvrissent à cause de la guerre contre l'Iran.
- Les Européens s'appauvrissent à cause de la guerre en Ukraine (et de la pression supplémentaire exercée par la guerre contre l'Iran).
- Les Russes ne subissent pas les mêmes contraintes économiques.
- Quant aux dirigeants chinois, ils ont jusqu'à présent refusé de risquer leurs acquis économiques dans une aventure militaire.
Voilà pourquoi le centre de gravité mondial continue de se déplacer vers l'Est.
Les partis traditionnels européens sont désormais confrontés à une série d'élections au cours des trois prochaines années. La France, la Pologne, l'Allemagne et le Royaume-Uni figurent tous au calendrier électoral. Les électeurs qui établissent un lien entre la baisse de leur niveau de vie et les choix de politique étrangère sanctionneront les partis responsables, tout comme les électeurs américains ont sanctionné Trump et les républicains.
Il est encore temps pour les partis traditionnels européens de changer de cap et de faire passer la situation intérieure au premier plan. Je vois peu de signes indiquant qu'ils le feront.
Ils sont mal conseillés, réticents à reconnaître leurs échecs et, dans le cas de l'Europe, structurellement incapables de coordonner une stratégie cohérente entre 27 gouvernements et la Commission.
On ne gagne pas les guerres en les confiant à des comités (comme je l'ai déjà souligné d'innombrables fois).
La politique étrangère commence et s'achève toujours sur le terrain national. Trump vient de l'apprendre à ses dépens. Les dirigeants européens l'apprendront à leur tour, lors des prochaines élections où leurs citoyens auront la possibilité de choisir ceux qui les gouverneront.
Par Ian Proud - 4 novembre 2026
Source: Thepeacemonger.substack.com
