À peine le mois d'octobre clos, Trump livre déjà sa première recette géopolitique de novembre : une agression clandestine contre Qeshm qui, du détroit d'Ormuz aux urnes américaines, trahit la panique d'un pouvoir dépassé par l'Eurasie et prêt à frôler l'Armageddon pour maintenir l'illusion d'une puissance en effritement.
Alors que l'Amérique s'apprête à trancher son avenir aux urnes lors des " midterms", cette attaque clandestine trahit la fuite en avant d'une administration Trump aux abois qui, humiliée sur tous les fronts et réduite au rang de tigre de papier face au bloc eurasiatique, cherche par un coup d'éclat désespéré dans le détroit d'Ormuz à masquer l'inexorable crépuscule de son hégémonie, et celle de son pays.
L'éclipse du pouvoir
Mardi 3 novembre, jour de midterms aux États-Unis. Les urnes s'ouvrent à Washington dans un climat de fébrilité extrême. La tension extrême. Au même instant, des missiles de croisière américains frappent l'île stratégique de Qeshm dans le détroit d'Ormuz. Qeshm brûle dans le silence pesant d'une opération tenue strictement secrète. L'administration Trump tente de facto un coup d'éclat militaire désespéré. Ce geste trahit pourtant une immense détresse politique intérieure. L'opération clandestine masque très mal les fissures majeures d'un empire aux abois. La panique gagne la présidence américaine face à la sanction des urnes.
Paradoxalement, l'empire américain vacille sur ses fondations géopolitiques. La politique d'endiguement a totalement échoué. De Taïwan au Levant, la dissuasion stratégique américaine s'effondre lamentablement. Frapper Qeshm relève du pur théâtre militaire. C'est un acte de désespoir absolu. Washington cherche à masquer sa vulnérabilité globale. Le signal envoyé au monde est plus que jamais désastreux. Il confirme l'impuissance de la puissance. L'Eurasie observe cette agitation sans trembler, d'autant plus que le déclin américain franchit un point de non-retour. L'illusion impériale se dissipe dès lors dans le golfe Persique.
Le piège d'Ormuz
L'île de Qeshm n'est pas un choix anodin. C'est le verrou central du détroit d'Ormuz. L'armée américaine y vise un symbole géographique majeur. Mais la réalité tactique est cruelle pour Washington. Téhéran maîtrise parfaitement l'art de la guerre asymétrique. Le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) anticipe chaque mouvement ennemi avec précision.
Avant l'attaque de ce 3 novembre, l'escalade verbale révélait une joute cynique. Donald Trump déclarait vouloir opposer la "mère de toutes les bombes" à la menace perse. Le général Hossein Salami lui a répliqué sèchement : l'Iran répondra par le "père de tous les missiles" et transformera Ormuz en un tombeau d'acier. Tandis que le Pentagone évoquait une "chirurgie de précision", Téhéran raillait la "cécité de l'aigle américain". Ces jeux de mots sanglants précédaient l'étincelle. La rhétorique trumpienne s'effondre devant la réalité du terrain.
En réalité, l'Iran détient des capacités de riposte stratégiques dévastatrices. Sa doctrine s'appuie sur une profondeur géographique unique. Ses missiles hypersoniques Fattah-2 et ses essaims de drones verrouillent le golfe Persique. À la "mère de toutes les bombes", Téhéran oppose désormais sa capacité d'amputation asymétrique. La menace iranienne ne vise plus seulement les bases régionales. Elle atteint désormais directement le territoire américain. Les représentations diplomatiques et économiques de Washington sont des cibles accessibles partout sur la planète. La sécurité nationale américaine est donc directement menacée.
C'est pourquoi, l'asymétrie militaire inverse brutalement le rapport de force traditionnel. Un missile iranien à bas coût peut neutraliser un bâtiment naval de plusieurs milliards. En frappant Qeshm, l'administration Trump déclenche un engrenage incontrôlable. Elle expose l'Amérique à un embrasement direct. La riposte stratégique de Téhéran sera décalée, indirecte et implacable. Les infrastructures vitales américaines restent sous le feu potentiel de cette asymétrie. Le piège iranien se referme inévitablement sur Washington.
La fin de la dissuasion
L'attaque de Qeshm ne survient pas dans un vide géopolitique. Elle s'inscrit directement dans une suite d'échecs systémiques majeurs accumulés au cours des dernières années. L'hégémonie américaine s'effrite simultanément sur tous les théâtres.
En Ukraine, depuis février 2022, l'impasse stratégique s'est muée en défaite sérieuse. L'aide militaire américaine n'a pas fléchi la résolution russe. La doctrine d'endiguement y a révélé ses limites structurelles, à la clé, un nouveau Yalta en schématisation: Chine, États-Unis et Russie. À Gaza, depuis le 7 octobre 2023, l'alignement inconditionnel de Washington a détruit tout son crédit diplomatique. Le Sud global rejette massivement le double standard euro-américain et occidental. Dans l'Indo-Pacifique, lors des grandes manœuvres chinoises d'octobre 2024 et 2025, la marine américaine a fait preuve d'une passivité criante. Beijing resserre son étau sur Taïwan sans tirer une seule cartouche. Les partenaires asiatiques doutent désormais ouvertement de l'engagement américain.
Curieusement, l'administration Trump du " MAGA" et de l'" America First" accumule les humiliations stratégiques. L'image d'une Amérique invincible est définitivement souillée, d'autant plus que l'impuissance américaine s'étale au grand jour. L'usage de la force ponctuelle traduit de facto une absence totale de vision grand-stratégique. On ne compense pas un effondrement géopolitique global par des frappes clandestines. L'illusion du contrôle donc s'est totalement dissipée. Le monde multipolaire s'impose désormais comme une réalité incontournable. L'Amérique ne fait plus peur à personne.
Les tigres de papier
Analytiquement parlant, l'histoire géopolitique offre des enseignements impitoyables. Les empires en déclin multiplient les aventures militaires extérieures. Ils cherchent désespérément à retarder leur chute irrémédiable par la gesticulation martiale. L'Amérique de Trump incarne aujourd'hui cette dérive historique.
L'attaque de Qeshm précipite le retour au Grand Jeu des alliances qui polarise davantage la scène internationale et fait peser sur l'humanité le spectre de l'Armageddon. L'engrenage mortel menace d'emporter l'ordre mondial dans un chaos destructeur. La Russie, la Chine, la Corée du Nord et l'ensemble du Sud global soutiennent fermement l'Iran. En face, l'UE, l'Europe, l'OTAN et l'Occident collectif ne manifestent qu'un soutien feint aux États-Unis. La défaite de l'Occident est, dans ce contexte précis, inévitable; les alliés ayant découvert, trop tard, qu'ils sont davantage ennemis qu'amis.
Ces manœuvres spectaculaires représentent de la simple figuration politique dolosive. Washington agit désormais en tigre de papier. Le pouvoir américain rugit, mais ses armes sont impuissantes face aux blocs émergents. Les adversaires eurasiatiques - Moscou, Pékin, Téhéran et Pyongyang - forment une alliance solide scellée par le pacte stratégique de juin 2024. Ils coordonnent leurs actions stratégiques avec une précision d'horloge. L'isolement diplomatique de l'Iran est une pure vue de l'esprit, d'autant plus que l'intégration eurasiatique contourne définitivement les sanctions occidentales.
Dans ce contexte, frapper Qeshm le jour même des élections de mi-mandat est une tactique électorale grossière et superfétatoire. Trump cherche à galvaniser son électorat par un spectacle de fermeté artificielle, accompagné du sourire qui risque de s'étrangler dans sa gorge. Mais la stratégie internationale ne saurait être l'otage du calendrier électoral américain. Cette confusion des genres affaiblit durablement la position de Washington. L'Eurasie lit dans ce jeu désespéré avec une aisance déconcertante. Chaque frappe secrète révèle une faiblesse structurelle. Chaque bravade accentue l'isolement stratégique des États-Unis. L'Amérique ne fait que précipiter son propre déclassement mondial.
Il est évident que l'attaque du 3 novembre sur l'île de Qeshm marquera les annales de la géopolitique. Non par ses résultats tactiques ridicules, mais par ce qu'elle révèle du pouvoir américain. Elle scelle le fiasco historique du néo-impérialisme américain. L'administration Trump croyait projeter une image de puissance restaurée par le MAGA. Elle a simplement étalé son impuissance systémique aux yeux du monde entier. L'asymétrie militaire iranienne répondra à la provocation au moment et à l'endroit choisis.
On peut dire que l'arc eurasiatique sort renforcé de cet épisode dramatique. Le déclin américain n'est plus une prédiction théorique. C'est un fait accompli visible par tous. La superpuissance de Washington appartenait au siècle dernier. En ce jour d'élection, l'Amérique contemple avec effroi l'ombre de son propre passé. L'ère de la domination unilatérale est définitivement close. Le rideau tombe ainsi sur le siècle américain.
Mohamed Lamine KABA, Expert en géopolitique de la gouvernance et de l'intégration régionale, Institut de la gouvernance, des sciences humaines et sociales, Université panafricaine
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