🇺🇸 05/11/2026 investigaction.net  6min ⁑️ 2 #332357

 Chaotique, corrompue, confuse, l'Amérique se rend aux urnes

Trump est sur le départ

Atilio Boron

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Le magnat new-yorkais avait transformé ces élections législatives en un plébiscite sur son mandat à la Maison-Blanche. Elles ont tourné au fiasco. De quoi faire peser des doutes sur l'avenir de J.D Vance et Marco Rubio appelés à reprendre la barre d'un navire gravement endommagé en pleine tempête.

Donald Trump vient clore une semaine calamiteuse pour les extrêmes droites. Tout a commencé le dimanche 25 octobre avec la cuisante défaite de Flávio Bolsonaro face à Luiz Inácio "Lula" da Silva. Deux jours plus tard, Benjamin Netanyahu essuyait à son tour une défaite politique, même si elle n'était pas électorale, en Israël. Son rassemblement de génocidaires et de suprémacistes violents a certes obtenu la majorité des sièges à la Knesset, avec 53 élus. Mais les 48 sièges remportés par le bloc d'opposition de centre droit lui offrent la possibilité de former un gouvernement, à condition de parvenir à bâtir une coalition avec les partis improprement qualifiés d'"arabes" - puisqu'ils comprennent aussi certaines formations politiques juives ainsi que le Parti communiste israélien. Ces partis ont réalisé une performance historique en décrochant 19 sièges. Netanyahu, en revanche, ne dispose d'aucune marge de manœuvre pour constituer une coalition gouvernementale. Enfin, ce mardi 3 novembre, l'électorat a tourné le dos à Trump, lui infligeant une défaite écrasante.

Le milliardaire new-yorkais avait transformé ces élections législatives en référendum sur son bilan à la Maison-Blanche. "Même si mon nom ne figure pas sur les bulletins, ils savent que je suis derrière chacun des candidats républicains." Et il a perdu sans appel. Sa promesse démagogique de verser 5 000 dollars à chaque citoyen américain si les républicains obtenaient la majorité dans les deux chambres du Congrès n'y a rien changé. La population est restée sourde à ses promesses.

La défaite enregistrée au Texas, l'un des principaux bastions républicains, a certainement été particulièrement douloureuse pour lui et ses complices milliardaires. Trump s'était personnellement engagé contre James Talarico, le candidat démocrate qui affrontait Ken Paxton, cet inquiétant avocat ultraconservateur - et procureur général de l'État, de surcroît ! - qui avait bénéficié d'un généreux don d'Elon Musk (190 millions de dollars). Une somme à peine inférieure à ce que les démocrates allaient dépenser pour l'ensemble de leur campagne et qui représente près de la moitié de ce que le propriétaire du réseau social X avait investi pour "renforcer" la démocratie américaine. Pardon : la "ploutocratie" qui gouverne les destinées de ce pays. Au total, les sommes engagées ont atteint 446 millions de dollars. Toujours est-il qu'avec Talarico, un démocrate fait son retour au Sénat pour la première fois depuis 1988.

Il faut souligner que l'importance du Texas est souvent sous-estimée dans de nombreuses analyses de la politique américaine. L'État ne possède pas le prestige de New York ou de la Californie, ce qui constitue une grave erreur d'appréciation. Avec ses 32 millions d'habitants, il est le deuxième État le plus peuplé de l'Union, derrière la Californie et ses 39 millions d'habitants. Son produit intérieur brut avoisine les 3 000 milliards de dollars, dépassant celui du Brésil (2 200 milliards) et celui de toutes les autres économies d'Amérique latine. Si l'on établissait un classement des principales économies mondiales, la Californie occuperait la cinquième place et le Texas la neuvième, talonnant la France. Par ailleurs, quatre des dix plus grandes villes des États-Unis se trouvent sur son vaste territoire : Houston, San Antonio, Dallas et Fort Worth.

Avec ses 695 000 kilomètres carrés, le Texas est également le deuxième plus grand État du pays, derrière l'Alaska et ses 1,7 million de kilomètres carrés. On comprend dès lors le désespoir du propriétaire de Tesla, Starlink et X à l'idée de perdre un territoire aussi stratégique. Car ce n'est pas seulement un siège de sénateur qui a échappé aux républicains : la gouvernance de l'État leur a également été arrachée par Regina "Gina" Hinojosa, d'origine mexicaine, devenue la première femme latino-américaine à diriger le Texas. Elle a largement battu Greg Abbott, gouverneur républicain depuis dix ans et fidèle allié de Trump.

L'autre obsession du président américain était le Kansas. Depuis 1932, cet État avait toujours été hostile aux démocrates. Mais cette tradition a volé en éclats ce mardi avec la victoire d'Adam Hamilton, pasteur méthodiste et écrivain. Il convient de noter que Talarico partageait jusqu'ici son temps entre son mandat de parlementaire au niveau de l'État et ses études au séminaire presbytérien de théologie. Tous deux sont devenus les bourreaux du milliardaire new-yorkais. Pour ne rien arranger, le candidat démocrate du Michigan, Abdul El-Sayed, tant vilipendé par Trump, a lui aussi remporté les élections dans cet État, devenant ainsi le premier sénateur musulman de l'histoire du Sénat US.

Trump est le grand perdant de ces élections, alors même qu'aucun président ne s'était autant impliqué dans un scrutin de mi-mandat. Il a mobilisé ses amis milliardaires, qui ont ouvert leurs coffres pour garantir le maintien de la domination républicaine au Congrès. Les chiffres donnent le vertige : aux 446 millions de dollars d'Elon Musk s'ajoutent les contributions de Richard et Elizabeth Uihlein (150 millions), de Jeff et Janine Yass (110 millions) et de Miriam Adelson, la grande prêtresse des casinos (67 millions). Toutes ces sommes ont alimenté la campagne républicaine. Les démocrates ont, de leur côté, bénéficié de la générosité de George Soros, qui a versé 102 millions de dollars, de Michael Bloomberg, avec un don de 84 millions, ainsi que de Reid Hoffman et Michelle Yee (LinkedIn), qui ont apporté 41 millions de dollars. S'il fallait encore une preuve de la pénible régression de la démocratie étasunienne vers une odieuse ploutocratie, les chiffres du financement des élections d'hier parlent d'eux-mêmes, avec une éloquence irréfutable.

Les causes profondes de cette débâcle républicaine sont multiples et feront l'objet d'un autre article. Parmi elles figurent les conséquences économiques de la guerre menée par Trump et Netanyahu contre l'Iran, qui a provoqué une flambée généralisée des prix, à la suite du doublement du coût du gallon de diesel, entraînant une baisse du pouvoir d'achat de la population. À cela s'ajoute l'indignation suscitée par la chasse aux immigrés lancée par l'ICE, ainsi que le mécontentement - ou plutôt la rage - généralisé face à cette politique impulsée depuis la Maison-Blanche. Une colère qui se reflète dans les faibles taux de popularité du président, oscillant entre 32 et 35 % selon les différents sondages.

Dans ces circonstances, la vieille théorie du "canard boiteux" retrouve toute son actualité à la lumière de ces résultats. Ceux-ci jettent notamment de lourdes ombres sur l'avenir de James D. Vance et de Marco Rubio, deux prétendants appelés à prendre les commandes d'un navire sérieusement endommagé, en pleine tempête au milieu de l'océan.

Ces résultats portent également un coup sévère à l'"Écran des Amériques", déjà passablement rouillé, cette bande de fachos latino-américains d'extrême droite qui voit son chef groggy dans un coin du ring et ne peut que prier pour qu'on ne lui assène pas le coup de grâce. Tout aussi consterné doit être, à l'heure qu'il est, le plus grand lèche-bottes de l'Empire, Javier Milei, qui assiste à l'effondrement de son alliance mafieuse avec Bolsonaro, Bibi et désormais Trump. Heureusement pour lui, il sera en Espagne pour y diffuser sa mystique rédemptrice. Reste à espérer que ses amis de Vox et du PP y mordent eux aussi la poussière de la défaite.

Source origainale:  Pagina12
Traduit de l'espagnol par  Investig'Action

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