
Par Finian Cunningham, le 5 novembre 2026
Le vote contre Trump ne doit pas être vu comme un vote pour l'autre parti dans un système où les rôles s'inversent. C'est un rejet puissant du système.
Donald le démagogue est désormais officiellement devenu Donald Duck après la débâcle des élections de mi-mandat. Alors que son Parti républicain a essuyé une "énorme" défaite et que les démocrates ont pris le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat, les deux années restantes feront de Trump le prototype du président "boiteux" par excellence.
Il n'y a pas d'autre moyen d'interpréter ces résultats. C'est un rejet massif de Trump et de sa présidence belliciste et manipulatrice.
La sanction a été si retentissante que même le démagogue en chef n'a pas osé brandir ses habituelles fanfaronnades sur les "élections volées" et les "résultats truqués". Impossible de présenter cette défaite sous un meilleur jour. Trump a même félicité les Démocrates pour leur "bonne performance".
Il a toutefois tenté de faire croire que l'élection représente un rejet du Parti républicain, et non de sa personne. Dans un élan pathétique, Trump a ainsi déclaré que si son nom avait figuré sur les bulletins de vote, il aurait "remporté une victoire écrasante". Et ce, bien qu'il ait demandé à ses partisans dans ses meetings électoraux d'"imaginer" qu'ils votent pour lui. Ces propos ont été particulièrement déplaisants pour les candidats républicains que Trump avait fermement soutenus.
Le soir où les résultats ont balayé le "mur rouge" républicain, Trump a semblé fatigué et résigné lors d'une interview téléphonique accordée à Fox News. Peut-être était-ce dû à l'heure tardive après une longue journée, ou encore à l'âge qui rattrape ce président de 80 ans dont l'acuité mentale semble décliner depuis quelques mois. Mais quelque chose de plus que son seul état personnel semble être en cause. Force est de constater que le phénomène populiste Trump s'est essoufflé.
Donald Trump a su habilement surfer sur une vague populiste de mécontentement à l'égard de l'establishment en 2016, puis à nouveau en 2024 lorsqu'il a été réélu à la Maison Blanche. Il était censé avoir brisé le moule de la politique corrompue de Washington associée aux deux principaux partis, avec des slogans raccoleurs comme "assécher le marais", "rendre sa grandeur à l'Amérique" et "l'Amérique d'abord" en mettant fin aux "guerres sans fin"
Mais pour beaucoup, son second mandat a révélé une famille Trump plus véreuse que n'importe quelle autre famille d'élus, avec ses transactions d'initiés, ses manipulations de marchés et son copinage avec des milliardaires de la Big Tech comme Elon Musk, qui a injecté des millions, un montant record, dans les élections de mi-mandat pour soutenir les Républicains.
La guerre désastreuse menée par Trump contre l'Iran et son soutien indéfectible à Israël ont tourné en dérision ses promesses de mettre fin aux guerres. Les Américains ne sont pas seulement écœurés par les effusions de sang et les destructions choquantes. Ils sont révolés par la duplicité flagrante et les mensonges de Trump qui n'ont fait qu'amplifier une misère économique d'une ampleur sans précédent. Le principal grief des électeurs à l'approche des élections de mi-mandat : la flambée du coût de la vie due aux prix record du carburant et des denrées alimentaires. Mais la plupart des gens réalise que ces difficultés économiques résultent de la guerre insensée menée par Trump contre l'Iran et de la coupure de l'approvisionnement en pétrole du Moyen-Orient.
Les vieilles ruses du démagogue ont elles aussi perdu de leur superbe. Avant les élections, Trump disait que si les Démocrates gagnent, le pays sera pris d'assaut par des "communistes, des djihadistes et autres dingues'. Toute cette campagne alarmiste s'est soldée par un échec, les électeurs - y compris beaucoup de ceux qui ont auparavant soutenu Trump - ayant ignoré ses divagations.
L'élection d'Abdul El-Sayed en tant que premier sénateur musulman dans l'État clé du Michigan en est le parfait exemple. Trump a honteusement calomnié El-Sayed en le qualifiant, avec des propos racistes, de "dangereux radical". Mais le jour du scrutin, les électeurs se sont ralliés au candidat démocrate qui a fait campagne en dénonçant la complicité de Trump dans le génocide perpétré par Israël à Gaza.
Le cirque de Trump touche peut-être à sa fin dans le chaos, mais la grogne aux États-Unis, elle, ne s'éteint pas. La vague de suffrages en faveur des Démocrates n'était pas destinée à l'establishment du parti. C'est l'aile la plus à gauche des Démocrates qui semble avoir enregistré les meilleurs résultats.
On a le sentiment palpable que ce cycle électoral représente bien plus qu'une simple révolte contre le président sortant. Les Américains réclament une politique plus radicale et plus progressiste que celle du système bipartite de Washington.
Les Américains sont indignés et révoltés par le capitalisme de copinage, les inégalités de richesse obscènes et le bellicisme permanent qui sévit à Washington, quel que soit le parti au pouvoir. Ils ont cru que Trump apporterait le changement. Il ne l'a pas fait. Il n'a fait que perpétuer la même politique, avec en prime ses manières d'escroc. Dans ce monde de "post-vérité", la vérité a finalement rattrapé Trump et l'ensemble du système politique américain.
Trump n'a rien changé, le système reste le même. Le Parti démocrate est tout aussi vénal, tout aussi servile vis à vis de Wall Street et des grandes entreprises, et tout aussi belliciste que le Parti républicain. On a peut-être réussi à se débarrasser d'un incapable pour l'instant, mais cet intermède ne doit pas servir de coup de pouce à un autre parti d'incapables pour monter sur le devant de la scène.
Nous pourrions assister à un changement historique aux États-Unis, à l'instar des événements dans l'Europe. Jamais auparavant au cours des décennies suivant la Seconde Guerre mondiale, autant de citoyens occidentaux n'ont pris conscience que la politique traditionnelle est à ce point discréditée et dysfonctionnelle. Des élections ont lieu, les votes sont exprimés, et rien ne change pour le bien des populations. Les guerres et la pauvreté sont omniprésentes, quel que soit le gouvernement au pouvoir. Des parodies de démocratie.
Le vote contre Trump ne doit pas être perçu comme un vote pour l'autre parti dans un cirque politique où les partis alternent au pouvoir. C'est un rejet puissant du système.
On attribue à James Carville, directeur de campagne de Bill Clinton, la stratégie électorale victorieuse des Démocrates dans les années 1990, fondée sur le slogan "C'est l'économie, idiot".
Ce slogan pourrait être remis au goût du jour pour un véritable mouvement du peuple aux États-Unis et en Europe aujourd'hui. Par respect pour nous, le peuple, nous pouvons omettre le mot "idiot". C'est le système.
Traduit par Spirit of Free Speech