⯇️ ⯈️
📚 07/11/2026 euro-synergies.hautetfort.com  6min ⁑️ 8 #332617

 Chaotique, corrompue, confuse, l'Amérique se rend aux urnes

Midterms 2026 et élections en Israël

500px/350px - 86.43 Koreduce by 50%del

par Alexandre Douguine

L'Amérique est une fois de plus entre les mains des démocrates. Dès lors, malgré l'échec honteux de Trump dans l'accomplissement de sa propre mission historique — car il était le dernier espoir de toutes les couches conservatrices, en Amérique comme en Europe et dans le monde entier; après tout, il aurait pu accepter un monde multipolaire, mais non ! —, tout repose encore sur lui. Son sionisme, son sionisme chrétien, Bibi et ses propres faiblesses politiques l'ont entraîné dans ces aventures qui ont réduit à néant ses débuts prometteurs. Et pourtant, c'est précisément lui qui empêche encore le monde de sombrer définitivement.

Même un tel Trump — un Trump boiteux, un demi-Trump, un Trump tronqué, un "canard boiteux", comme on appelle les présidents américains après qu'ils ont perdu les élections de mi-mandat — reste, pour l'instant, celui sur qui repose l'équilibre mondial. Cette paix fragile repose sur une personne aussi peu fiable et aussi contradictoire que Trump. Et cela rend la situation extrêmement tendue — pour les Européens, pour les Américains et pour nous.

Présentateur : Le 27 octobre, des élections législatives ont eu lieu en Israël. Le Likoud, dirigé par Benjamin Netanyahou, a obtenu 27 sièges sur 120, tandis que le principal bloc d'opposition le talonne avec 21 sièges. Au vu de ces chiffres, Netanyahou ne dispose pas encore d'une majorité stable lui permettant de constituer un gouvernement de plein exercice; la situation ressemble à une nouvelle impasse politique extrêmement difficile à dénouer. Que va-t-il se passer maintenant en Israël ? Cela signifie-t-il que l'ère historique de Netanyahou touche enfin à sa fin?

500px/333px - 112.58 Koreduce by 50%del

Alexandre Douguine : Remarquez : Netanyahou a gagné, en obtenant un peu plus de sièges, et son principal adversaire — lui aussi sioniste, Gadi Eisenkot (photo) — en a recueilli un peu moins. Mais, sur le fond, leurs politiques sont très semblables. La seule différence est qu'Eisenkot a critiqué Trump pour son ultraradicalisme: il estime que cette politique eschatologique de création par la force d'un "Grand Israël" est prématurée, tandis que Netanyahou considère que le moment présent est précisément le plus propice. C'est là leur principal désaccord. Il y a aussi le différend sur l'incorporation des religieux orthodoxes dans l'armée: Netanyahou y est opposé, Eisenkot y est favorable; ce dernier se présente comme un responsable politique plus laïque et nationaliste.

Mais le plus important est ailleurs: les partis arabes — la "Liste unifiée" et Ra'am — ont obtenu ensemble environ 19% des voix aux élections. Et ce poids électoral donne théoriquement à Gadi Eisenkot la possibilité de former un gouvernement. Pour cela, il devra bien entendu transiger sur certains dogmes sionistes et conclure une alliance avec les Arabes afin de devenir Premier ministre.

Si cela se produit, nous assisterons à des changements radicaux, tant en Israël même qu'en Amérique, car toute la logique des actions à venir sera profondément remaniée. Gadi Eisenkot n'est ni un pacifiste de gauche ni un démocrate libéral. C'est un sioniste agressif, qui ne le cède en rien à Netanyahou, mais sans cette dimension extrémiste et eschatologique. Il est plus laïque, plus lucide et plus pragmatique.

400px/500px - 135.78 Koreduce by 50%del

S'il forme une coalition avec la liste arabe — ce contre quoi une partie de la droite, notamment Lieberman, s'élève déjà —, Netanyahou est fini. Et c'est une affaire d'une gravité extrême. Cela aura des répercussions sur le monde entier, car Netanyahou est le principal moteur de l'escalade. Tout ce que fait Netanyahou est directement lié à l'attente de l'arrivée imminente du Messie, à l'édification d'un "Grand Israël", au génocide des Palestiniens et à la destruction du monde arabe. Il s'agit d'un scénario extrêmement radical autour duquel s'est construite une part importante de la politique étrangère américaine, puisque Netanyahou tente désespérément d'entraîner Trump dans une frappe nucléaire contre l'Iran.

Si Eisenkot consolide sa position, forme une coalition et devient un Premier ministre légitime, la situation évoluera sensiblement vers la désescalade — ou, du moins, ce projet eschatologique ultraradical sera reporté.

Différentes configurations restent toutefois possibles. D'un côté, les Arabes font savoir qu'ils sont prêts au dialogue, tout comme Eisenkot. De l'autre, on ne peut exclure qu'une partie de l'aile droite de Bibi — par exemple le parti religieux Shas, qui hésite constamment — décide de rallier Eisenkot, auquel cas celui-ci disposera de suffisamment de voix provenant uniquement des partis juifs. Une telle éventualité est peu probable, mais elle ne peut être exclue.

Une troisième possibilité serait que tout se bloque, qu'aucune coalition ne se forme, que Netanyahou continue, par inertie, d'assurer l'intérim à la tête du gouvernement et que de nouvelles élections soient convoquées. Mais personne ne souhaite cela en Israël. L'immense majorité tend à considérer qu'une alliance entre Eisenkot et le bloc arabe constitue une véritable issue, aussi bien pour les sionistes modérés que pour les partisans d'un scénario moins radical.

Il n'existe plus de courant démocratique ou de gauche en Israël; les analystes sont unanimes: il n'y subsiste que différentes formes d'un ultranationalisme assez dur. Mais, même dans ce contexte, Netanyahou représente le pôle le plus radical, absolument extrémiste. L'idée de faire sauter la mosquée Al-Aqsa, de s'emparer de Damas, de bâtir un "Israël d'une mer à l'autre" dans l'attente du Messie et de l'arrivée imminente du "roi des Juifs" — dont Netanyahou se considère sincèrement comme le précurseur —, c'est trop, même pour une société israélienne enfiévrée et ancrée à l'extrême droite.

400px/500px - 150.4 Koreduce by 50%del

Une question fondamentale est donc en train de se trancher là-bas, et son issue aura inévitablement des répercussions sur le monde entier, compte tenu de l'influence colossale de ces forces sur la scène mondiale.

Présentateur : Si Eisenkot franchit effectivement ce pas et forme un gouvernement, quelle sera la position d'Israël sur le front iranien ? En quoi les approches de Netanyahou et de son adversaire diffèrent-elles concrètement sur le plan militaire?

Alexandre Douguine : La ligne directrice d'Eisenkot est que Netanyahou a commis une erreur fatale en déclenchant cette guerre. En conséquence, Eisenkot sera enclin non pas tant à retirer entièrement la question iranienne de l'ordre du jour qu'à en atténuer considérablement l'intensité. Si les Iraniens ne provoquent pas une nouvelle escalade — et ils s'en abstiendront très probablement, puisqu'ils conduisent leur politique étrangère avec une extrême rationalité —, on peut alors raisonnablement s'attendre à une désescalade.

Cela serait également extrêmement bénéfique pour les Américains et constituerait une véritable bouée de sauvetage pour Trump.

Voyez-vous, toute la logique de Netanyahou repose sur l'attente que le Messie se manifeste devant eux à cet instant précis. Si le Messie n'apparaît pas au cœur de cette situation critique et eschatologique, alors tout leur édifice commence à s'effondrer, et tout aura été vain. Voilà pourquoi ils se retrouvent dans une impasse désespérée. Je suis convaincu que la seule et dernière chance de Netanyahou de se maintenir au pouvoir est de persuader à tout prix Trump de lancer une frappe nucléaire contre l'Iran. Ce scénario est toujours sur la table ; il demeure d'actualité. Et s'il se réalise, ce sera une catastrophe absolue, colossale — avant tout pour Israël lui-même.

 euro-synergies.hautetfort.com